‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 63 sur 70 · CALOMNIE 2K · texte numérisé non relu

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l'estime publique ses principaux champions, et il s'y employait de son mieux, persuadé que la fin justifie les moyens.

Nous devons donc nous abstenir de la médisance, de la calomnie, de l'injure, c'est-à-dire de toutes les formes de langage par lesquelles on peut attenter soit aux intérêts soità la dignité d'autrui : c'est poumons un devoir strict. Nous ne devons pas éviter avec moins d'horreur ces habitudes de délation qui tendent malheureusement à s'introduire parmi nous : les mœurs publiques d'un pays libre comme le nôtre ne doivent être ni celles de l'Empire romain ni celles delà Terreur. Nous devons aussi nous garder scrupuleusement de toute immixtion indiscrète dans les affaires de notre semblable, de toute ingérence policière dans sa vie intime, en un mot, de toute atteinte à sa personnalité; car c'est toujours à ce point central qu'il faut en revenir. « La propriété, dit un auteur contemporain, est inviolable. Sous aucun prétexte il n'est permis d'y porter la main, de l'employer à quoi que ce soit, d'y faire aucun changement, de l'amoindrir, à plus forte raison, de s'en emparer sans la permission du propriétaire. Mais pour le moi de l'homme, on n'y a pas regardé de si près. Il est livréà l'inspection du premier venu, abandonné à l'indiscrétion des biographes, àl'exploitation deslibellistes, à l'insulte des zélateurs, armés du glaive delà paroleetdu stj'let de l'écriture. Attaquez la vie publique, pourvu que la défense soit, libre, je n'ai rien a objecter. Mais la vie privée, à qui est-elle? Comment le secret de mon intérieur, de mes

habitudes, toujours ridicules ou basses par quelque endroit, peut-il être divulgué ? Comment cette divulgation peut- elle devenir une spéculation ?... Quandmême ces biographies, illustrations ou charges, ne contiendraient rien de calomnieux, elles sont indécentes : il n'est pas bon, pour la liberté et l'honneur d'un peuple, que les citoyens, mettant en scène l'intimité de leur vie. se traitent les uns les autres comme des valets de comédie et des saltimbanques. Voulezvous préparer un peuple à la servitude ? faites que les personnes se méprisent, détruisez le respect 1 ... »

1 Proudhon, La Justice, t. I, p. 93.

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