‹ Nos devoirs et nos droitsChapitre 65 sur 70 · INÉGALITÉ DES FORTUNES · texte numérisé non relu

INÉGALITÉ DES FORTUNES

propriété qui avait le défrichement pour origine Toute terre roturière venait par conséquent du travail le plus respectable, et c'était le plus grand nombre, car beaucoup de terres anoblies avec le temps, à cause de celui qui les possédait, avaient commence par être des terres roturières 1 . »

Il doit être permis de conclure des considérations quiprécèdent que la propriété dérive primitivement du travail ou d'une première occupation, qui est déjà elle, même un travail, et qu'elle est par conséquent vraiment digne de respect. Elle l'est au même titre que notre activité et notre intelligence, puisqu'elle résulte de l'emploi normal et régulier que nous en fai sons; elle l'est au même titre que nous-mêmes, puisqu'elle est la manifestation extérieure de notre personne et que notre personne est respectable non seulement dans son essence et dans son for intérieur, mais encore dans ses développements et dans ses œuvres, c'est-à-dire dans les objets où elle a mis quelque chose d'elle- même et qu'elle a marqués de son empreinte.

Certains auteurs conviennent que la propriété est légitime, mais ils trouvent qu'elle est répartie trop inégalement entre les habitants de cette planète. Ontils raison, ont -ils tort? c'est un point qu'il s'agit maintenant de discuter.

D'abord, quelle est la première cause de cette inégalité des biens qu'on trouve si injuste? C'est

l TMers, De la propriété, 1, I, cb. XUI.

y02 NOS DEVOIRS ET NOS DROITS

l'inégalité des facultés soit physiques soit morale* que la nature a départies aux différents hommes. Suivant qu'ils sont plus ou moins forts, plus ou moins adroits, plus ou moins intelligents, plus ou moins prévoyants, plus ou moins actifs, plus ou moins laborieux, ils produisent et accumulent plus ou moins, c'est-à-dire deviennent plus ou moins riches, sans que personne ait le droit de s'en plaindre. Dans la vie sauvage, l'homme le plus vigoureux et le plus infatigable, le plus industrieux et le mieux avisé fera toujours meilleure chasse que celui qui ne possède pas ces qualités, et sera toujours moins exposé à manquer de provisions. Ce dernier sera-t-il donc fondé à se plaindre de lui et à exiger qu'il lui fasse part des produits de sa chasse ou qu'il aille à la chasse pour lui, une fois qu'il aura ce qu'il lui faut? Évidemment non. L'inégalité des produits, résultant de l'inégalité des facultés, n'a donc rien en soi qui choque la justice et qui puisse donner lieu à la moindre réclamation. C'est une vérité qui ressort des pratiques de la vie civilisée comme de celles de la vie sauvage. Le laboureur, sain de corps et d'esprit, qui cultive ses champs avec activité et par de bons procédés, qui choisit, pour les élever, les bestiaux les plus utiles, qui se ménage avec ses voisins les échanges les plus avantageux, finit par faire ses affaires et par vivre assez largement, lui et sa famille, tandis que, tout à côté, un pauvre hère moins robuste, moins actif et moins intelligent végète, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, sur les limites de l'indigence. Ce dernier

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