DÉFAUTS A CORRIGER
Pour être juste,il faut admettre qu'aucune des conditions ci-haut désignées n’ont été exigées ni obtenues pleinement de part et d’autre, jusqu'à présent. Il ne faut donc pas être surpris si nos écoles laissent encore beaucoup à désirer.
Il faut surtout ne pas oublier qu'après avoir donné l’existence légale aux écoles, ceux qui ont été préposés à l’exécution de la loi de 1869 ont presque totalement négligé les moyens propres à en assurer le bon fonctionnement. En deux mots, la loi d'agriculture qui régit ces écoles est restée jusqu'ici lettre morte, ou à peu près!
À mon avis, Ce qui a également beaucoup nui aux écoles de Sainte-Anne et de l’Assomption c’est que les ecclésiastiques qui ont été les directeurs et les sous-directeurs de ces écoles n’ont jamais fait, au préalable, un cours théorique et pratique
d’agronomie, mais que, au contraire, jusqu'au jour de leurs nouvelles fonctions ils connaissaient généralement fort peu de chose en agriculture. Le supérieur du collège classique auquel l'école d’agricalture est greffée est de droit le directeur de l’école. Je crois pouvoir dire, sans injustice, qu'il ne s'occupe guère d'agriculture. L’assistant directeur est un ecclésiastique chargé, apparemment, de la morale des élèves et s’occupant peu de l’agriculture proprement dite. Il suit de là que ces écoles n’ont pas, à proprement parler, de chefs véritables, et qu'il existe peu ou point de cohésion entre les directeurs et sous-directeurs de ces écoles et les professeurs d'agriculture, chefs de pratique, etc. Et pourtant, il est de toute évidence que, pour vaincre les préjugés populaires dans ce pays contre l’agronomie ou, si l’on préfère, l’agriculture raisonné: il faut donner à nos écoles d'agriculture des chefs très habiles et très expérimentés en agronomie, capables de démontrer, par les plus utiles et les plus profitables pratiques en agriculture, qu'un homme bien instruit dans tout ce qui regarde cet art fait beaucoup mieux payer les terres sous son contrôle que ne le font la masse des cultivateurs du pays. (1)
Mais que l’on me comprenne bien: loin d’objecter à ce que les prêtres dirigent ces écoles établies en faveur de la jeunesse catholique, je suis persuadé que les plus grands services à rendre dans nos écoles françaises d'agriculture peuvent venir du dévouement entier d’ecclésiastiques, ou de religieux, qui feront pour l’agriculture ce que notre clergé a fait pour l’enseignement classique. Cependant, comme nul ne peut enseigner utilement ce qu'il n’a pas appris à fond, il
(1) Le créateur et le fondateur de nos écoles d'agriculture est le révérend messire Pilote, membre du conseil d'agriculture, curé de Saint-Augustin, (Portneuf ) et ancien supérieur du collège Sainte- Anne. Il est de notre devoir de dire ici qu’un homme du dévouement et de l'énergie de M. Pilote, pouvait, dans des circonstances favorables, être supérieur d’un collège classique et faire fleurir en mème temps une institution d'enseignement agricole créée par lui.
Malheureusement, M. Pilote lui-même ne put pas suffire au travail que lui imposait sa double tâche, et après avoir lutté bien des années contre.les embarras de tous genres qu’il avait à surmonter, il fut obligé de se retirer.
Mais ce que nous disons à la louange de M. Pilote, auquel notre province doit une dette de reconnaïssance pour la création d’une œuvre si utile, prouve notre thèse, savoir : qu’il est à peu près impossible d’être en même temps le directeur d’une école d'agriculture vraiment utile et le supérieur efficace d’un collège classique et d’un grand séminaire,
faudrait que nos directeurs d'écoles d’agriculture s’oceupassent, pour ainsi dire, exclusivement d’agriculture, après avoir fait un apprentissage spécial dans la pratique, aussi bien que de profondes études de l'agriculture scientifique. Notons, en passant, que je ne demande pas, pour aujourd’hui même, des directeurs aussi habiles en agriculture que nous aurons le droit d’en demander après quelques années d’expérience. Mais, ce sur quoi je me permets d’insister, c’est que nos écoles soient au plus tôt confiées aux ecclésiastiques, les plus compétents possible, qui voudront bien accepter, pour leur vie entière s’il le faut, la mission de faire réussir nos écoles d'agriculture. Il va sans dire que cette mission, toute spéciale, ne pourrait leur être donnée qu'avec l’entière appro- ‘ bation de leurs supérieurs ecclésiastiques. Je n’hésite pas à dire que je viens d'indiquer le point le plus faible dans l’organisation de nos écoles de l’Assomption et de Sainte-Anne, savoir: une direction constante et énergique donnée par des spécialistes dévoués, s’occupant exclusivement de leur école ; tandis qu’au contraire, ce qui me donne de l'espoir pour l'école de Richmond, c’est que le directeur actuel de cette institution est en mesure de tout diriger dans cet établissement: la culture et l’enseignement, aussi bien que l’économie interne et externe. Voilà, en un mot, le genre de direction que je crois indispensable dans toutes nos écoles.
Un autre défaut, assez grave à mon avis, à l’Assomption et à Sainte-Anne, c’est que les élèves ne pensionnent pas dans l'établissement. Il leur faut aller au dehors pour leurs repas, ce qui nécessite une perte de temps, des frais de toilette, des distractions dans leurs études, ete. De plus, à mon avis, les élèves ne prennent pas une part assez active et assez marquée dans l’ensemble des travaux de la culture. On cbjecte que ces élèves n’ont pas assez d'expérience ni d'intérêt, et que leur travail est sinon nuisible au moins fort peu utile. Il me semble que les élèves soutenus par l'argent public devraient être, à l'école d'agriculture, ce qu'est un fils intelligent, actif et dévoué chez le cultivateur : l’exécuteur de tous les travaux qui se présentent. Il faut une bonne direction, sans doute, Mais l'élève qui, sous une bonne direction, n’exécute pas, d’une manière profitable, les travaux qui lui sont confiés, manque ou d'intelligence cu de bonne volonté. Dans les deux cas, il ne mérite pas de recevoir sa pension et son éducation gratuitement, aux dépens de l'Etat. Il me semble qu’on ne devrait admettre, à titre de boursiers, dans nos écoles d’agriculture
que les élèves qui ont pratiqué bona fide l’agriculture pendant au moins trois ans. De semblables élèves feraient mieux les travaux sur la terre de l’école, et ils seraient mieux préparés à l'étude des problèmes qui composent l’agronomie.