ÉCOLE D'INSTRUCTION LAITIÈRE, INDISPENSABLE
Un troisième défaut, mais qui, pour celui-là, se retrouve dans nos trois écoles, est dans le fait qu’on ne s'applique pas suffisamment à pratiquer et à enseigner tout ce qui se rattache à l’industrie laitière. Cette industrie est intimement liée à l'élevage des animaux, même de ceux de boucherie puisque les meilleures laï‘‘ères doivent finir par là. Elle comprend presque toutes le : ! :anches d'agriculture, en vue de la production économique de la nourriture pour le bétail, et de l'utilisation des bas produits. Il faut admettre aujourd’hui que c’est presque exclusivement par cette industrie que notre agriculture se regénère. L'élève de nos écoles d’agriculture devrait donc être mis en mesure de devenir un bon fabricant de beurre et de fromage, en même temps qu’il devrait apprendre commeut produire et l’animal et le lait, dans les meilleures conditions économiques. Je suis certain que nos écoles n’auront plus aucune difficulté à recruter des élèves, et en grand nombre, du moment que cet art si profitable formera une partie essentielle de l’enseignement.
Il est assez difficile, et peut-être impossible, d’attacher une bonne école d'industrie laitière à chacune de nos trois écoles d'agriculture. Ce serait tripler les dépenses et s'exposer à manquer de professeurs compétents.
Mais rien n’empécherait de fonder une excellente école provinciale de laiterie, avec ferme modèle annexe pour la production du lait, l'élevage des veaux,etc. A cette école spéciale, les élèves des trois écoles d'agriculture pourraient venir compléter leur cours, en ce qui regarde cette industrie seulement. De même les fabricants de beurre et de fromage auraient ainsi l’occasion de se perfectionner et prendre des diplômes, surtout si cette école pratiquait le système si profitable de la fabrication du beurre et du fromage en hiver aussi bien qu'en été.
Ces quatre écoles bien dirigées, pourraient et devraient amener un Changement complet dans notre agriculture, par toute la province, et en peu d'années. Avec quinze élèves par école, —et rien ne devrait nous empêcher d’avoir trente élèves
dans chacune de nos écoles d’agriculture, — tout comté pourrait ainsi faire instruire en agriculture un de ses meilleurs sujets. Dans peu d'années, chacune des paroisses du pays pourrait posséder, au milieu d'elle, un cultivateur modèle fabricant de beurre et de fromage et gradué d’une de nos écoles.—Ce serait le moyen le plus court, le plus sûr et le plus économique d'arriver à ces fermes modèles dans chaque paroisse que tous Îles patriotes appellent de leurs vœux, mais qui seront irréalisables tant que nos écoles ne pourront vas nous former un bon nombre d’hommes compétents dans les branches essentielles de l’agriculture.
La province donne chaque année trente-cinq mille piastres, au moins, à nos sociétés d'agriculture. Tout le monde admet qu’une partie notable de cet argent est distribuée en pure perte. Une partie comparativement minime de cet octroi, ajoutée à ce que nos écoles ont déjà, entretiendrait un et même deux élèves à nos écoles d’agricultire, pour chacun des comtés de la province! Nous le demandons à tous ; ne vaudrait-il pas mieux changer la destination du tiers des argents payés aujourd'hui aux sociétés d'agriculture, et leur donner ainsi l’occasion d’instruire un des leurs dans une de nos écoles d'agriculture et d’industrie laitière ? Pour nons qui avons eu peut-être plus d’expérience en cette matière que tout autre, à cause de nos rapports fréquents avec les sociétés d'agriculture, les cercles agricoles, ete., ete., la réponse est facile: L'argent donné aux sociétés d'agriculture aujourd’hui ne saurait apporter au pays un centième des bénéfices que vaudrait à la province la diffusion d’un bon enseignement agricole ! Et cet enseignement agricole, pour être complet, doit comporter l’encouragement à donner aux cercles agricoles en formant, dans nos écoles d'agriculture, d’utiles conférences.
Voilà, monsieur le ministre, ce sur quoi je me permets d'insister le plus. Je connais votre désir de faire prospérer l’agriculture. Eh bien, le progrès est là! Il représente plus de millions sonnants, accessibles même à la génération actuelle, que vous et moi ne saurions dire. (1) Et ce progrès si dési-
(1) Pour démontrer que nous n’exagérons rien, nous citerons les progrès dus à l’industrie laitière dans deux paroisses que nous pouvons signaler. A Saint-Jean-Baptiste de Rouville, il existe six fromageries florissantes. Le revenu de ces six fromageries dépasse, me dit-on, soixante mille piastres par année.
Dans Saint-Justin, district des Trois-Rivières, il n'existait qu’une petite fromagerie il y a trois ans. Cette année deux beurreries fromageries ont distribué $22,000 à leurs patrons, Il y & trois ans, la
rable et si recherché peut être obtenu même sans aucun nouveau sacrifice de la part du pays. A vous done de doter notre province de ce qui méritera, à coup sûr, la reconnaissance de la postérité.