SURVEILLANCE ET DIRECTION A DONNER
Permettez-moi maintenant, monsieur le premier ministre, d’attirer votre attention sur un autre point essentiellement important pour le succès futur de nos écoles; je veux parler de la direction et de la surveillance qui doit leur être donnée en votre nom, comme commissaire de l’agricuiture.
Bien qu’un sous-comité du conseil d'agriculture se soit donné beaucoup de peine pour surveiller nos écoles, et que les membres de ce sous-comité y aient mis depuis plusieurs années ue grand dévouement, on peut dire, sans crainte de se tromper, que nos écoles ont manqué du contrôle et même de la surveñlance dont elles auraient eu besoin. Ce contrôle, pour être efficace. doit venir directement et constamment du commissaire de l’agricuiture ou de son représentant. D'ailleurs, c'est ainsi que la loi l’a toujours voulu. Malheureusement jusqu'ici, peut-être par une erreur d'interprétation de la loi, le commissaire, depuis 1869, a délégué ses pouvoir et devoir administratifs au conseil d'agriculture. Or ce conseil, par la nature même de son organisation, est purement et simplement un corps d’aviseurs et ne peut pas donner, à quoi que ce soit, un mouvement direct, actif et constant. Après des délibérations, qui peuvent bien durer des années, il faut au conseil, pour agir, qu'il ait fait rapport au commissaire et que ses délibérations soient approuvées par le lieutenant-gouverneur en conseil. L'expérience l’a prouvée d’ailleurs ; depuis la nouvelle loi passée en 1869,quelle direction véritable
paroisse était réputée pauvre et les cultivateurs endettés. Aujourd’hui, la paroisse est tellement prospère que la propriété foncière y a doublé de valeur dans trois ans. Cette augmentation seule représente au-delà d'un million de piastres, et tout ce progrès est dû, uniquement, au succès obtenu dans l’industrie laitière, à la suite des efforts de l’infatigable curé du lieu, le révérend messire Gérin, avec l’aide de ses intelligents paroissiens.
Enfin, il appert, par des documents officiels indiscutables à mon avis, que les produits annuels de l’agriculture en cette province 8e chiffrent par au delà de soixante-dix millions de piastres, et qu’il est très possible de doubler et de tripler ces sommes annuelles, par une culture mieux raisonnée qui suivra, nécessairement, un enseignement agricole pratique et complet,
a été donnée soit à nos écoles, soit à nos sociétés d'agriculture ? Je ne crains pas de dire que cette direction a été tout à fait illusoire. Dans nos trois écoles on s’est plaint, à moi, de ce que même les lettres les plus pressantes, adressées par les directeurs au secrétaire du conseil n’obtenaient très souvent aucune réponse !
Le conseil a bien fait d'excellents règlements. Malheureusement, pour la plupart, ces règlements ont été ou oubliée ou éludés. Le conseil, qui se réunit trois fois par année, pour quelques heures à la fois seulem:nt, est à peu près dans l’impossibilité même de s’assurer si les règlements qu'il a passés sont exécutés. (1) En réalité, la position qui est faite à nos sociétés d’agriculture et à nos écoles d'agriculture est intenable et il importe que le gouvernement fasse cesser au plus tôt cette anomalie infiniment regrettable, et que la direction à donner, tant aux écoles qu'aux sociétés d’agriculture, parte du commissaire, comme d’ailleurs l’a voulu et prévu notre loi d'agriculture.
Afin de ne laisser aucun doute à ce sujet, je citerai le texte même de la loi, qui se lit comme suit:
(32 Victoria, c. 15, s. 40.) ‘ Tous les pouvoirs et devoirs administratifs ayant trait au contrôle et à la régie des sociétés d’agriculture et des institutions d'enseignement agricole, sont par le présent chapitre conférés au commissaire, qui reçoit leurs rapports annuels, leur paie l'octroi provincial établi en leur faveur, et leur donne des instructions propres à assurer l'entier accomplissement des règlements généraux ou spéciaux adoptés à leur égard par le conseil d'agriculture; et il a le pouvoir, en cas de contravention, de suspendre le paiement de la subvention à ces sociétés ou institutions, et, avec l’approbation du lieutenant gouverneur en conseil, de la supprimer.”
(Idem s. 39.) ‘‘ Tout règlement passé par le conseil d’agriculture et toute résolution ou mesure adoptée par lui doivent être soumis à l'approbation du lieutenant gouverneur en conseil avant de pouvoir être mis à exécution.”
J'ai donc raison de dire que la loi est parfaitement claire, que le conseil d'agriculture est simplement l’aviseur du gouverneur en conseil en matières agricoles et que ce conseil ne
() Depuis dix-huit mois, le conseil d'agriculture ne s’est réuni qu’une fois ! -
peut rien faire du tout, légalement, sans que ses résolutions aient été préalablement approuvées ; tandis que c’est au commissaire qu'il est ordonné de contrôler, régir, payer, surveiller, même suspendre et supprimer.
En face de clauses aussi positives, je suis encore à me demander comment il se fait que tous ces pouvoirs, de contrôle, de régie, de paiement, etce., etc, ont été laissés presque entièrement au conseil d'agriculture après la passation de la loi de 1869! La chambre d'agriculture, avant 1868, avait, incontestablement, ces pouvoirs. Mais la loi de 1869 a aboli la chambre d’agriculture pour que ces pouvoirs et devoirs administratifs passassent au contrôle du commissaire d’agriculture, puisqu'il s'agissait, dans les deux cas, de dépenser l’argent voté par la législature pour assurer le progrès de l’agriculture. J'ai donc raison de dire que l'état actuel des choses que j'ai signalé est une anomalie étrange,
Cette anomalie s'explique cependant par le fait que ni le député commissaire, ni le directeur de l’agriculture ne sont membres du conseil d'agriculture. Pour ce conseil, qui pourtant n’est qu'une branche du département de l'agriculture, c’est tout comme si ces deux fonctionnaires n’existaient pas! Et chose étonnante, tout à fait insolite dans les autres départements publics, c’est que ces mêmes officiers du département de lagriculture n’ont rien, ou presque rien à voir dans toute cette partie, si essentielle, des devoirs du commissaire de l’agriculture. Or, les commissaires d'agriculture changent. Pendant l’exercice de leurs fonctions, ils ont autre chose à faire qu’à chercher une sortie à ce dédale inextricable à première vue. Avant d’avoir bien saisi toute l'étendue de la désorganisation qui existe sous ce rapport dans le département d’agriculture, les ministères se succèdent et un nouveau commissaire d'agriculture est nommé. Voilà mon expérience depuis 1872. Est-il surprenant que les clauses de la loi d'agriculture ci-haut citée soient comme lettre morte? Je ne saurais le taire: le mal est là ! Il suffit cependant de le signaler pour en indiquer le remède.
Quant à nos écoles, il leur faut au plus tôt une direction constante, partant du département d’agriculture. Cette direction, donnée évidemment avec suite, et par le même employé si c’est possible, nécessitera des visites fréquentes, de nature à encourager les élèves et à s'assurer du bon fonctionnement des plans de culture adoptés par l’école et acceptés par
le gouvernement. Il sera également très utile de scruter ainsi tous les détails de l’enseigrement et des résultats obtenus dans la pratique de l’agriculture, afin de les faire connaître, par l'entremise du journal d’agriculture, et de faire bénéficier tous nos cultivateurs des leçons qui sortiront de nos écoles, soit dans la pratique soit dans la théorie.