UNE ÉCOLE UNIQUE
Quelques personnes, bien intentionnées sans doute, ont, de temps à autre, conseillé fortement d’abolir nos écoles d’agriculture pour les remplacer par une école unique, fondée et dirigée comme l’est le collège d'agriculture de Guelph,Ontario, ou comme celui de Lansing, Michigan. Après y avoir mûrement songé, après avoir visité soigneusement ces institutions et pris connaissance des cours qui y sont donnés, je ne crains pas de déclarer ce projet injuste et irréalisable, Injuste, parceque nos écoles actuelles ont des droits acquis et qu’elles méritent d'être conservées. Irréalisable 1. parce que une seule école, quelque bonne qu’elle puisse être, ne saurait donner à notre population agricole tout entière, au point de vue si essentiel de la pratique, les enseignements que donneront nécessairement trois écoles distinctes, situées dans des circonstances tout à fait différentes, suivant des systèmes de culture basés sur les besoins de leurs districts respectifs, et donnant par leurs cultures les enseignements si précieux qu'’offrent des fermes modèles bien dirigées. Ce dernier point est d'autant moins à dédaigner que notre population agricole n’a pas eu les avantages qui découlent des exemples si communs à Ontario etaux Etats-Unis, de praticiens agricoles très avancés et venant d'Europe, dont les cultures dans presque toutes les localités, dans ces deux pays, peuvent servir de modèles. C’est pour cette raison qu'Ontario surtout peut se contenter d’une seule institution, basée plutôt sur l'étude des sciences se rattachant à l’agriculture, et sur des essais variés de cultures jusque là peu connues, que sur la bonne pratique, telle que tous les cultivateurs sont censés la faire sur leurs terres respectives; 2. Irréalisable, encore plus, parce que les collèges d'agriculture de Lansing et de Guelph ont coûté un
rix d'établissement qui nous paraîtrait fabuleux, (environ $500,000 et $350,000 respectivement), et coûtent encore chaque année, pour les frais d'entretien seulement, au moins quatre fois plus que ne coûtent nos trois écoles réunies ; 3. Irréa-
lisable, de plus, parce que notre population ne sent pas encore le besoin, et par conséquent, ne voudrait pas d’une éducation agricole plutôt scientifique que pratique, telle que celle donnée aux fils des cultivateurs anglais et écossais déjà habitués dès l’enfance,pour un grand nombre du moins, aux meilleures pratiques de l'Europe; 4. Irréalisable enfin, à cause des deux peuples distincts dont se compose la population de cette province ; différents par la religion, le langage et les habitudes, ce qui rendrait impossible ou à reu près la direction utile à donner à un pareil établissement