L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
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Cette division de l’enseignement qui comprend les asadémies proprement dites et la plupart des couvents, a aussi une grande importance en ce qu'elle + constitue —, pour cux qui n’abordent pas les études
“classiques — le cours entier et complet qui doit mettre l'élève en état de’ gagner sa vie dans le commerce, ou une exploitation quelconque, s'il n’entre pas dans une école technique pour se préparer à une
branche spéciale de l’industrie.
Il est donc e première nécessité que cet enseignement soit pratique et bien dirigé. Le programme de nos académies * qui comprend aussi l’écolë modèle et l’école primaire, est rédigé avec beaucoup de soin, et l'élève qui le suit en son entier doit être apte à remplir un grand nombre d'emplois honorables. On en trouvera les détails, — pour les écoles catholiques comme pour les écoles protestantes, —dans le Supplément du code de l'Instruction publique de M. Paul De Cazes. L'enseignement du latin y est facultatif,
* Nous nous servons de ce mot ‘académie ”” bien qu'il soit pris ici dans l’acception que lui donne l'anglais ; mais il se trouve aiusi dans le texte de nos lois.
La loi exige que le programme y soit suivi rigouzeusement, pour les branches principales du moins, Autrement, l’académie est déchue de son rang et une partie de la subvention lui est retirée,
On n’y donne peut-être pas assez de place à deux éléments qui nous semblent pourtant d’une importance majeure : c'est la gymnastique, — sur laquelle nous reviendrons plus tard, — et l'éducation politique. Dans les pays de régime constitutionnel où le peuple est appelé à prendre sa large part, par son vote, au gouvernement de l'Etat, il importe beaucoup que l'enfant soit instruit, à l’école, des droits qu’il devra exercer, des devoirs qu’il aura à remplir plus tard. Sans être tenu de suivre un cours complet de droit constitutionnel, qui ne pourrait servir qu'au petit nombre, et qui chargerait des programmes outre mestre, il doit au moins avoir des notions claires et précises sur les points qui le touchent de plus près et qui serviront à régler sa conduite quand il aura lieu d'affirmer sa qualité de citoyen. La forme de la constitution, la loi électorale, la loi municipale et scolaire, les tribunaux de justice inférieure, le jury, ete, : voilà autant de sujets sur lesquels on devrait lui donner au moins les renseignements les plus indispensables, s’il est impossible de s'étendre davantage.
“Le gouvernement des Etats-Unis comme celui du Canada, — disait l’honorable M. Mercier, dans
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une conférence, à Salem, Mass, en décembre 1839, — est parlementaire et représentatif, c’est-à-dire qu'il repose exclusivement sur le vote des électeurs.
L'éfecteur, c'est le citoyen, et le citoyen d’aujour-
d’hui, c’est l'enfant d'hier, Aujourd’hui, il est appelé à voter ; hier, il était appelé à s’instruire dans l’école.
“Comment voulez-vous que l'instruction de l’en-
fant puisse le préparer à ce grand et noble rôle qu’il devra remplir plus tard comme électeur, sous des gouvernements représentatifs comme les nôtres, si on ne lui enseigne point le principe et le fonctionuement de la constitution qui le régit : quels sont les droits qu’il peut exercer ; et quels sont les dangers, au point de vue politique, économique et social, qui le menaceront à un jour douné, s'il n’a pas été mis en état de donner un vote intelligent et raisonné et sur les hommes st sur les choses de son pays ?
“ Nos institutions politiques ayant pour base fondamentale la liberté de l'électorat ; comme moyen essentiel d'action, le droit de réunion et de discussion publiques, et comme but suprême, la conservation des libertés publiques et le gouvernement du
peuple, par le peuple et pour le peuple, ne rece-
vront leur consécration définitive et absolue, ne deviendront réellement stables et assez fortes pour résister aux vagues de la démagogie, ou aux ten-
tatives des dictateurs, que le jour où l'école donnera
l'instruction politique dont je viens de parler, Tant ; 2
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que le citoyen n'aura pas appris, dès le bas âge, que les institutions de son pays sont une conquête arrachée à la tyrannie, et que leur perte sera ug retour à l'esclavage des mauvais jours du passé, il restera indifférent au sort qui le menace, vivant du présent, d’une manière inconsciente, sans songer au lendemain, et sans apprécier les luttes d'autrefois qui lui ont assuré la paix et le bonheur d'aujourd'hui,
“ Croyez-moi, c’est un travail longet péuible que la préparation des intelligences à la jouissance des conquêtes faites, dans un siècle, par les hommes a&’élite qui l’honorent ; et cette prépuration doit se faire dans les familles et à l’école, lentement et graduellement.
“ Napoléon Ier, quand il était l'ami de la liberté, et avant qu'il eût rêvé la domination de l'Europe, avait exprimé cette idée dans ces paroles : “ Ce n'est ‘* pas à coups de massue et par soubresauts qu'on “ peut naturaliser le système moderne ; il faut l’im- “ planter dans l'éducation.”
“ Ce qui veut dire, dans la famille d’abord, dans l'école ensuite.
“ Le philosophe Kant avait dit la même chose en d’autres termes que voici : “ Le plus grand problème “de l'éducation consiste À concilier sous une con- “ trainte légitime la soumission avec la faculté de se “ servir de ja liberté.”
# C'est-à-dire que c’est dans la famille, et ensuite à l'école, que l'enfant apprendra que si la liberté
. garni RTE PA | NE âge, ; À : k A NÉE donne des druits, elle impose aussi des devoir:, et Le ‘1 que l'exercice des premiers et l'accomplisement des F Le (À seconds sont les conditions des bons citoyens. du L “Je ne puis mieux terminer cette étude, ajoute 4 rau à M. Mercier, qu’en vous citant quelques paroles d’Equi L mile. de Girardin, démontrant à l'évidence, ce me 4 ii, L semble, l'influence que nos institutions politiques ù de À doivent avoir sur notre système d'instruction.
4 4 con- 1 “ Ecoutez et méditez bien ces paroles : ‘ élite | kAux-constitutions comme aux édifices, il faut un | dans “-sol ferme et nivelé. # nent. Lo,
té “ L’instruction donne un niveau aux intelligences, dd “ un sol aux idées.
rope 4 sé L-1 “ L’instruction des peuples met en danger les gouqu'on “ vernements absolus : leur ignorance, au contraire, Viens. “ met en péril les gouvernements représentatifs, car
U “Jes débats parlementaires, pour révéler aux masses
hs 4 “ l'étendue de leurs droits, n’attendent pas qu’elles 1] “ puissent les exercer avec discernement, dé" “ Et dès qu'un peuple connaît ses droits, il n’y a ème # plus qu'un seul moyen de le gouverner c’est de due. | : “ l'instruire.
au: dé Ê “ Ce qu'il faut donc à tout gouvernement représi “ sentatif qui prend naissance dans l'élection, c’est ÿ ntitée - “ un, vaste système d'enseignement général, gradué, 4
É sapécis cial, professionnel, qui porte la lumi're au sein “de | l'obscurité des masses, qui remplace toutes les
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“ démarcations arbitraires, qui assigne à chaque classe “ son rang, à chaque homme sa place.
“ L’ignorance met la liberté en péril...
‘ La rouille qui ronge le fer d’une machine exerce “ sur lui une action moins destructive que l’igno- ‘rance populaire sur les engrenages du système “ représentatif, Comment veut-on qu’il fonctionne “ quand toute sa force est employée à vaincre la “ résistance ? ”
“ Enfin laissez-moi vous rappeler la parole prophétique de lord Brougham, l’illustre homme d'Etat
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anglais :
“ C’est l'instituteur, et non plus le canon, qui sera “ désormais l'arbitre des destinées du monde...”
Nous avons tenu à donner en entier cette citation parcequ'elle contient l’essence des meilleurs raisons que l’on puisse invoquer pour réclamer dans le programme des études la part de l’enseignement politique.
Et il y aurait ici, nous le répéions, d'avantageuses modifications à faire sous ce rapport, non-seulement dans nos établissements d'instruction secondaire, mais dans presque toutes les écoles de garçons, à quelque degré qu’elles appartiennent,
L'enseignement “ académique ” comprend aussi le plupart de nos couvents, Quelle instruction reçoiton dans ces dernières institutions ? Dans un certain nombre d’entre elles, le programme d’études est bien
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composé, mais, dans la plupart, le cours n’est pas du tout adapté au genre de vie qui attend plus tard la grande majorité des élèves, Il n’est pas assez pratique ; et on pourrait facilement lui appliquer les remarques que fait M. Hippeau à propos de certaines maisons du même genre aux Etats-Unis :
#,,,, En somine, bien que le noint de vue pratique doive dominer dans cet enseignement, il me paraît peu propre à former d’habiles ménagères et d’utiles maîtresses de maison. Si ces jeunes filles étaient chargées, chacune à leur tour, de la direction de queiyus-unes des branches de l'administration matérielle de l'établissement, comme cela a lieu dans de bonnes institutions de demoiselles, et si le cours d’économie .domestique avait pour objet spécial l’enseignement de tout ce qu'une femme doit savoir pour le gouvernement de l’intérieur de la famille, il me semblerait beaucoup mieux entendu et ii rendrait certainement plus de services. . . .”
Aux Etats-Unis, il y a des Seminaries et des High Schools pour les filles, où l’on enseigne à peu près les mêmes matières que dans les évoles supérieures de garçons. Une élève qui a fait le cours complet peut devenir une docteresse ou une avocate. Nous n’en sommes pas encore rendus là, dans notre province, et l’enseignement de nos couvents ne doit pas, en conséquence, avoir des vues aussi hautes ; il doit se tenir dans ce terre à terre platique qui con-
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