‹ Nos écoles [microforme]Chapitre 7 sur 27 · RARE · texte numérisé non relu

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vient mieux au genre de vie que devra embrasser la jeune fille après sa sortie des classes. Si plus tard, on a le loisir ou lies moyens de pousser plus loin l'étude et la culture des différentes facultés, eh! bien tant

mieux. Mais nous craignons beaucoup, cependant,

que cela n'arrive point, et que la jeune fille, une fois ses classes terminées, qu’elle ait été ou n'ait pas été graduée, ne s'en tienne aux connaissances acquises et ne regarde que d’un œil distrait et indifférent les horizons nouveaux qui pourraient s'ouvrir à son in-

telligence. Elle restera ce qu’on l’a faite, elle vivra

du capital gagné au ecuvent ; et c’est pourquoi il importe grandement qu'on lui fasse apprendre des choses utiles et pratiques, qu’on 4 prépare, en un mot, pour la vie réelle et non pour le nuage et les rêveries.

Les couvents se sont multipliés depuis quelques années ; il n'est presque pas de village un peu important qui ne possède le sien; tant mieux pour la diffusion de l'instruction dans nos campagnes ; mais prenons bien garde de ne pas nourrir l'esprit de nos jeunes filles avec un aliment qui ne leur convient

. point et qui pourra leur être nuisible, Le tout est de savoir bien choisir; c'est là le premier devoir et le

travail le plus délicat.

Et c’est sur ce point que nous appelons l'attention

: spéciale de ceux qui ont mission de surveiller l’en-

‘gnement.

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rx L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR “à \t, ñ ie Nous avons déjà dit, au début de cette étude né- $ té | cessairement incomplète, que nous ne parlerions pas de

à l'enseignement universitaire, lequel a donné jusqu'ici ds les meilleurs résultats dans notre pays. Nous avons | Fe 1 ajouté que, pour procéder avec plus de clarté, nous | à | nous bornerions à classer, sous le titre d’ “ enseigne- F

il ment supérieur,” les ÆHigh-Schools et les collèges Le classiques. Nous nous contenterons, toutefois, de bn nous occuper de ces derniers établissements, parce les que les premiers nous sont moins connus et qu’il y aurait peut-être, du reste, une, certaine indiscrétion à entrer dans un sujet qui relève compiètement de nos

compctriotes d’une autre origine.

js La principale difficulté qui se p:ésente, quand on

Ja parie des études classiques, c’est l’enseignement du

—. grec et du latin. Cet enseignement doit-il occuper la

. 4 première place, ou bien doit-il être relégué au second

à R plan ; faut-il l’imposer aux élèves pendant toute la x durée du cours, où seulement pendant les dernières

Le années ? Telles sont les questions qui se posent tout d’abord à l'esprit et qui appellent fortement l’attengs tion et la sollicitade de ceux qui s'intéressent noneh

seulement à nos écoles mais aux sujets qu'elles sont

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appelées à former, aux résultats que leur enseignement peut produire sur la direction de l'esprit publie, Nous n'avons pas la prétention de résoudre ici un problème qui est depuis longtemps l’objet des investigations les plus sérieuses de la part des hommes distingués de l’Europe, et qui, pendant ces dernières années surtout, a suscité des discussions dont on ne peut attendre qu'un nouveau faisceau de lumières, Nous ne ferons que résumer aussi brièvement que possible, les raisons données de part et d'autre, afin de mettre nos lecteurs au courant de la question — ceux, du moins, qui ne s’en sont pas occupés spécialement, — et de leur faire voir toute son importance et son actualité,

Disposons dès maintenant de cette vieille question de la bifurcation qui a, pendant quelque temps, agité assez fortement les esprits. La bifurcation consistait à séparer, après les classes de grammaire, les élèves qui devaient étudier les sciences de ceux qui devaient étudier les lettres. On a trouvé que ce système forçait trop vite au choix des carrières. D'autre part, les partisans de la bifurcation prétendaient, avec assez de raison, il nous semble, que faire le choix dès le début offrait encore plus de difficulté. Nous n'avons pas le temps d'entrer dans cette discussion : la bifurcation nous paraît morte ou tout au moins moribonde ; maïs ve qui l’a fait condamner, ce ne sont pas les raisons que nous venons de signaler, c'est l'élève lui-même qui s’ést chargé de la rendre

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impossible, Et, ici, nous parlons d’après notre propre expérience ; car nous l'avons eue, nous l'avons même encore quelque part, cette bifurcation, sous forme de division entre le cours classique et le cours commercial, 11 est arrivé que les éièves des deux couts différents ont établi entre eux, en dehors des classes, des lignes de démarcation dont les uns était tont fiers et dont les autres se sentaient vivement froissés. Le cours classique était regardé comme plus relevé et avait nécessairement le pas sur l'autre; en voilà assez quand il s’agit des enfants — et même parmi les hommes — pour entraver la marche d’un enseignement et le rendre, sinon impossible, du moins extrêmement difficile. Du reste, il a été établi que les institutions à double enseignement ne pouvaient pas lutter avantageusement avec celles qui donuent un seul enseignement spécial, et que leurs élèves étaient toujours beaucoup plus faibles, à de rares exceptions près.

Maintenant, ce point écarté, comment doit se donner l'enseignement du grec e& du latin et quelle place doit-il occuper dans la classe? Car il n'est venu à personne encore, que nous sachions, l’idée de le supprimer complètement. : Un grand nombre de spécia-

listes dont nous avons consulté les onvrages, entre autre M. Bréal, M. Hippeau et M. Bauwlry, sont . d'avis qu'aujourd'hui, les circonstances ont changé, que la clarté est acquise désormais à notre expression

du

et que l'étude des langues mortes, nécessaire autrefois pour “dégager notre prose des lourdes chatnes qui l’entravaient,” n’a plus aujourd’hui une aussi

grande utilité.

“Sans doute, dit M. Baudry, nous ne pouvons laisser le latin de côté (nous Français, surtout), sons peine de ne rien comprendre à notre passé et à notre tradition. Notre religion est latine; notre droit ast latin; le français est dérivé du latin, la clef de sa grammaire est dans la grammaire latine, comme une notable partie de sa littérature est un écho de celle des Romains. Si donc on attache quelque importance à ne pas rompre le fil de notre tradition, si l’on aime mieux être des fils légitimes que bâtards, on ne rayera pas le latin de la partie élevée de nos programmes,”

Et c’est ainsi que nous l’entendons,

Mais il faut bien se garder, cependant, de prendre l'accessoire pour le principal et de donner à l’enseignement du latin, tout indispensable qu'il soit, la place d'honneur, ec de lui.subordonner toutes les autres matières du programme. D'ailleurs, ce pregramme lui-même est déjà très chargé, grâce à l’expansion que les besoins du siècle ont dû lui donner. L'étude du latin et du grec, on l’a dit avec raison, est une excellente gymnastique pour l'esprit; mais fautil que cet exercice occupe une aussi grande partie du temps des élèves, et ne pourrait-on pas en retran-

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cher quelque chose pour faire travailler la classe sur un sujet plus immédiatement utile, une langue vivante, par exemp'e ?

“Le latin, dit la circulaire que nous avons déjà citée, est maintenant une langue morte dans toute l'étendue du terme, et le progrès de l’enseignement des Jangues vivantes achèvent complètent cette transformation. On étudiera désormais le latin pour le comprendre, et non le parler. Il est donc naturel de l’enseigner autrement qu'on ne lu fait jusqu'ici ..., J'invite les professeurs des classes élémentaires à ne rien forcer, à espacer davantage les exercices du latin, et, plus tard, du grec; à ne pas tirer tout à eux dès ces premières classes. Je voudrais que le rudiment fut moins tyrannique, que ces jeunes enfants ne fussent pas si vite convaincus qu'ils sont voués au latin et an grec pour toute la suite de leurs études, et que c’est là l’objet presque unique de leur passage au collège.”

Et, pour parvenir à ce résultat, la circulaire propose de notables retranchements :

“Le vers latin, le thème, la dissertation latine, le discours latin ont pour but principal d'enseigner à parler le latin ; la lecture, l'explication des auteurs, la traduction à haute voix et la version écrite ont pour but principal d'enseigner à lire le latin. De ces deux ordres d'exercices, les premiers sont à supprimer ou à restreindre ; les secon:ls sont à développer...

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x 34 pu — 44 — £ “ La disparition du vers latin, la diminution des ù exercices de thème et de compositions latines, et en

général de tous les devoirs écrits, la suppression dans les récitations, des traités de grammaire et de prosodie, nous Jaisseront du temps disponible dans la | à classe et hors de la classe. On emploïera ce temps, dans la classe, à la lecture et à l'explication des auteurs latins et grecs, et À une étude plus sérieuse de la langue et de Ja littérature française; hors de la classe, à la préparation des auteurs et à la lecture.”

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M. Beau ry, de son côté, propose de consacrer ce temps à uue langne étrangère dont l'étude 8e fera surtout d’une façon pratique, c’est-à-dire en parlant et en faisant parler.

On verra plus loin que M. Alfred Fouillée, dans un remarquable travail, publié tout récemment, ne partage pas l'avis du ministre de l'Intructiou publique, et s’oppose fermement à tous ces retranchements.

L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, (Suile)

F Le thème n’est pas, après tout, l'objet principal 4° contre lequel s'élève la circulaire : “ Ce n’est pas la

suppression absolue du thème que je demande ; mais il est urgent d'en faire beaucoup moins, et de les

; ik 43 il RSR jp 4 à Reid à RONA ER A PASS Qt) Et OPA A à SEA ANR ET MS RE dia nt LD CRT UMR M A

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faire daus d’autres conditions, puisqu'on les fera dans un autre but.”

Mais le vers latin et le vers grec, le discours latin, l’amplification latine ne trouvent point grâce devant l'esprit novateur.

“ L'exercice du vers latin, dit toujours la circulaire, semble définitivement condamné. Il ne se justifie guère plus que le vers grec, qui n’a jamais été cultivé en France. C’est, je le reconnais avec les maîtres, un travail ingéniewx, quand on y réussit; il plaît à quelques écoliers d'élite ; il plaît aux professeurs par une certaine variété des sujets et par l’agrément qu’on éprouve à surprendre chez les élèves l'éveil du goût et de l'imagination. Mais ce genre d'exercice prend beaucoup de temps aux bons élèves ; il est stérile pour les autres. Le profit qu’on entire n’est pas proportionné à la peine qu’on se donne .... Si l’on peut obtenir par d’aut-8 moyens les mêmes résultats, la cause est juge, La pratique du vers latin doit se réduire à quelques solides exercices sur la partie la moius contestable de la métrique et de la prosodie ancienne, et à l'analyse du mécanisme des vers dans ses rapports avec les lois de l'harmonie poétique. Quant à inventer, imaginer, choisir les mots, disposer les ornements du style et faire œuvre de littérateur, ne le peut-on dans la langue maternelle ?”

M. Michel Bréal émet les mêmes idées, “ Et le discours latin, ajoute M. Baudry, ce chef

d'œuvre auquel sont réservés les plus grands honneurs! Sans revenir sur la manie d'écrire en latin, dont nous avons déjà trop parlé, pourquoi cette forme exclusivement oratoire, dont Rollin se plaignait justement ? La tradition en remonte aux rhéteurs de l'empire romain, et ces harangues fictives ennuyaient déjà Juvénal. Aujourd’hui on les cultive plus que jamais, en latin et en français, en vue du concours.” |

M. Bréal, sur ce sujet, est encore beaucoup plus sévère,

Nous comprenons qu’on puisse avoir des griefs contre le discours latin de nos jours ; c’est une matière à discussion. Ce que nous voyons moins clairement, c’est qu'on s'attaque au discours français, et que Juvénal ait pu blâmer les élèves qui faisaient, de son temps, des exercices de discours latin. Il y a là une contradiction qui nous surprend.

En somme, on semble être d'accord pour convenir que l’étude du latin est nécessaire. Il n’y a division que sur l'étendue qu’on doit lui donner, Quunt à l'époque où elle doit commencer, les avis sont encore païtagés ; mais la plupart de ceux qui ont traité cette question, se basant sur la méthode suivie aux Etats- Unis, voudraient retarder de quelques années l'étude des langues mortesetlarenvoyer aux classes plus avan. cées, où,en moins de temps, grâce à l’esprit de réflexion déjà développé chez les élèves, on pourrait obtenir des résultats égaux, sinon supérieurs. Nous avouons

aneuts! | que cette modification nous pâraîtrait venir très à it nous propos.

lusive- A Quoi qu’il en soit, on reconnaît que le latin, pour nt? La les élèves de langue française surtout, est indispendns sable dans les hautes études. Bien qu’il se reflète uvénal, partout, même dans la langue populaire, puisque 'n latin notre langue en est en grande’ partie formée, il yaun grand avantage à connaître de cette façon ip plus 1 l'histoire de chaque mot, et les transformations qu’il | a pu subir, de même que les modifications qui se

s griefs sont produites dans la construction des phrases.

ne Ma- 1 M. Alfred Fouillé, cependant, va chercher ses ar-

s claire- 4 guments dans une sphère plus élevée. Il développe

s, et que avec un grand talent les raisons que donne M.

ent, de 1 Baudry dans la citation que nous avons faite plus

1 y a là | haut et il conclut au maintien de l’enseignement actuel dans son intégralité.

jonvenir NA “La première question, dit-il, c'est de savoir si division D l'étude de la littérature française est suffisante dans

nt à l'é- | un enseignement secondaire (ici c’est notre enseignei encore 4 ment supérieur). Or si nous nous plaçons d’abord au ité cette 4 point de vue national, l'expérience nous apprend que x Etats- ce n’est plus assez de nos jours, pour une nation qui s l'étude | aspire à être supérieure, d'étudier sa propre langue

usavan- 1 et sa propre littérature. Cette sorte de monologue réflexion national, qui était possible quand la communication obtenir des peuples n’était pas universelle, est aujourd’hui

avouons | fmpossible ; il rétrécit l'esprit, et peut, à la fin, le dé-

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former. En fait, ce sont les lettres antiques qui of

été les initiairices des modernes à l’art, à la science,

M + à la vie civique .. Comme l’a dit M. Maneuvrier, les

| littératures modernes u'ont pas eu de génération

spontanée. Depuis les Grecs, toute grande renais-

LA sance littéraire a procédé d’un contact avec une autre littérature, principalement avec la littérature ancienne, et si l'esprit littéraire subsiste dans notre nation, à travers les siècles, c'est grâce à ce coutact toujours répété . ....

‘“ L'organisme social a des lois communes avec l'organisme individuel, et la mémoire collective n'existe, elle aussi, que par la mémoire du passé. Ce n’est pas seulement l'histoire qui constitue cette mémoire, comme on le répète sans cesse ; nous dirons même que l’histoire est la mémoire des sociétés la plus superficielle et la plus extérieure. La littérature est autrement intime : elle est une mémoire organisée et en action, une conscience toujours présente qui remonte non plus seulement aux faits célèbres de la vie nationale, mais à des sources intimes, à des sentiments inspirateurs, à des idées directrices...

“ Si, dans l’enseignement libéral donné aux classes à influentes, nous abaïssons et même supprimons la culture classique, nous mutilons l'esprit français en

si voulant forcer sa nature et sou talent pour lappli- * quer brusquement à un ordre tout nouveau d'idées a et d’études ; nous brisons la solidarité morale et

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lasses DS la ais en appliidées ile et

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intellectuelle des générations. On se contente bien souvent de dire que le latin est utile pour comprendre et écrire le français (tonjours le point de vue utiti-

taire) ;. on voit que sa véritable utilité est bien plus

profonde ; il sert à maintenir l'esprit français lui-

même, dont la tradition classique est partie inté- ?

grante, en retrempant sans cesse l'esprit français à

ses sources originelles......

“ Une autre condition de notre grandeur nationale, c’est le sens de l’art et la supériorité du goût. Dans la dernière exposi ion universelle, nous avons montré bearcoup de savoir faire en tout ce qui relève de la mécanique et de la science ; nous avons fait preuve d'adresse, d’ingéniosité ; mais, en somme, nos hommes de sciences et nos ingénieurs n'ont rien révélé au monde de très nouveau ni de très important, C'est dans l'art que nous l’emportons, et notre industrie elle-même doit sa perfection au goût traditionnel de nos artisans, qui sont (ous plus où moins artistes. L'organisation générale de l'Exposition, tout comme son architecture, était elle-même une œuvre d'art en même temps que d’habileté mécanique, Or, croit-on que l’enseignement traditionnel des humanités et la base latine de l'instruction pour les classes dirigeantes ne servent point à entretenir le goût du beau et des belles formes, d'abord chez les classes éclairées qui commandent tant de travaux, puis, par une contagion inévitable, chez les classes ouvrières, qui ne

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