‹ Nos enfants drame en cinq actesChapitre 6 sur 87 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, GIRAUD, TOTÇ.

TOTO

Je t’ai vu venir, je te guettais de la fenêtre, je ne le lâche plus.

LE COMTE

Toto 1

, TOTO

Ma bonne femme ! lu vas me faire ma bonne femme, hein ?

GIRAUD

Oui, mon petit ami, oui.

TOTO

Appelle-moi monsieur le baron, veux-tu? c’est mon nom

GIRAUD, lai tapant sur les joues.

Oui, monsieur le baron !

TOTO, furieux.

Tu es trop familier !...

LE COMTE

C’est un vilain enfant, monsieur Giraud, grondcz-le moi.

GIRAUD, cherchant dans les papiers qu’il avait sous son liras.

Oh ! à cet âge, c’est le bel âge, monsieur le comte, l’âge des défauts... nous avons des vices plus lard.

TOTO

Attrape, papa !

Il sort.

GIRAUD, le suivant des yeux.

Ah! les enfants!... nous les gâterons toujours; les premiers, parce qu’on les désire, les derniers, parce qu’ils nous •surprennent. (Remettant des papiers.) Voici le mémoire... je l’ai copié moi-môme... Voici votre lettre au ministre, et le plan de la machine à défricher... et miile francs que j’ai trouvés dans vos papiers.

LE COMTE, levant la tête.

Ah!

GIRAUD, montrant les papiers qui sont sur la table.

Votre nouveau travail, sans doute ?

LE COMTE

Oui. (Giraud prend les papiers, los met en ordre et los parcourt rapi dénient des'yeux. Le comte tendant le billet.) J’en avais fait mon

deuil, monsieur Giraud, partageons !

GIRAUD, parcourant les papiers# •

C’est lisible, très-lisible... moins quelques mots... celui-ci, par exemple, qu’est ce que cela veutxlirc?

LE COMTE

Cela veut dire, monsieur Giraud, que vous êtes un honnête homme.

GIRAUD

Parce que je vous ai rapporté vos. mille francs ?... cela dirait alors, si je les avais gardés, que^e serais uu coquin.

(Lui montrant la page.) SySlèqjO...

LE COM TE

Ransomes.

GIRAUD, prend une note.

Ah ! Ransomes, très-bien. .

Il cantique à lire. - ’

LE COMTE

Combien gagnez-vous par jour?

GIRAUD, de m^me.

Frais payés, six francs, sept francs, sept Jrancs dix sous.

LE COMTE

Vous avez une fille?

GIRAUD, nvec bonheur.

Oh! oui!... tout le portrait de sa mère!.. Ah! le bon Dieu fait bien les choses, monsieur le comte... aux uns, les ambitieux, il abandonne scs richesses, mais il confie scs anges aux autres... C’est un de ses anges que j’ai sous mon toit... j'ai , cent mille livres de rentes quand je l’embrasse!

Quel âge a-t-üllc ?

GIRAUD

Dix-neuf ans, et elle les porte comme les roses font de leurs premières feuilles, en réjouissant les yeux et le cœur, elle est toute mignonne ; on lui donnait à peine dix-sept ans cet été au château de Sainie-Lucie, chez notre cousin Hubert, le garde, tant le grand air lui avait fait du bien.

LE COMTE, se lire.

Vous y étiez?

GIRAUD

Non. Voir pousser les feuilles et sentir l’odeur des foins le . malin, c’est un luxe qu’on ne peut pas toujours se payer.

LE COMTE, lui tendant le billet.

Si vous le vouliez, hein?

GIRAUD

Certainement!... mais mon encre se figerait au bout de ma plume pendant ce temps et mes petites ressources disparaîtraient aussi.

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