LA COMTESSE, GIRAUD, ANTOINE
A NTO l NE , A Giraud, le précédant.
Entrez donc, monsieur Giraud, il y longtemps qti’on ne vous a vu ! C’est à madame la comtesse que vous voulez parler? La voilà.
LA COMTESSE, se levant.
A moi ! monsieur est le copiste de monsieur des Haumes ; conduisez-le vers lui.
GIRAUD, embarrassé.
M. le comte est absent, madame... alors, j’ai pris... je prends la liberté de m’adresser à vous.
LA COMTESSE
Ah!
GIRAUD
Oui, madame.,
Que me voulez-vous?...
GIRAUD, à part.
Ça ne sera pas facile à dire.
LA COMTESSE, A part.
Il n’ose me parler!... S’il avait découvert le vol? il vicn-
drait donc pour sa fille. (Haut.) Asseyez-vous, monsieur, je vous écoute.
Merci, madame... Madame ! je suis le père Giraud, le père de Marguerite, je n’ai jamais faillie mal à personne, elqmyid j’ai pu, j’ai fait un peu de bien. (La comtesse (ait un geste d’impatience.) J’ai fini pour moi, madame !. .quant à Marguerite...
LA COMTESSE, à part.
C’est bien cela...
GIRAUD
Vous l’avez vue. C’est une enfant délicate que j'ai «u bien du mal à élever, car sa pauvre mère était morte quand on lui a donné sa première soupe au lait !. .
LA COMTESSE, A part.
Il veut m’attendrir.
GIRAUD
Si vous saviez comme elle était gentille! A deux ans, elle parlait déjà !... tous les dimanches, je l’emmenais à la campagne pour lui faire prendre l’air... Elle courait dans les champs avec des bleuets dans scs cheveux blonds... car ils étaient blonds alors... eide gros coquelicots rouges dtns ses petites mains bl.nches !...
LA COMTESSE , A part.
Oui, c’est ainsi que je revois Mathilde. C’est au cœur de la mère qu’il s’adresse.
GIRAUD
Le soir, je la ramenais sur mon dos, parce qu’elle était fatiguée... Ah! voyez-vous! quand je sentais ses petits bras autour de mon cou, je marchais d’un bon pas, et l’enfant n’était pas lourd !
Il pleure.
- LA COMTESSE
Après, monsieur, après !..
GIRAUD
Après ! madame la comtesse, après, l’enfant est devenue une jeune fille... une jeune fille qui devait m’échapper lin jour : je le sais !... mais que je complais prendre par la main cl placer moi-môme au bras d’un honnête homme !
LA COMTESSE
Eh bien, monsieur ?
Eh bienj àvant que j’aie pu lui assurer un soutien plus ferme quefna vieillesse chancelante, un homme, c’est-à-dire un enfant, cruel comme on l’est à cet âge, m’a pris ma fille !
LA COMTESSE
Il l’a séduite!