DEUXIÈME. CONFÉRENCE
Monsieur le Président, Messieurs,
Je viens, sur la demande du R. P. Directeur, développer la partie de ma dernière conférence, où il est question de notre union personnelle à la Vérité.
Nous avions reconnu, alors, que pour s’unir à la Vérité, il était nécessaire de vaincre les obstacles qui empêchent et d’user des forces qui amènent cette divine et suprême alliance.
Parmi les obstacles, nous avions, il vous en souvient, mentionné les faiblesses et les sophismes de la raison et de la volonté ; les préjugés de son éducation, de son pays et de son siècle ; enfin les préoccupations de la vie et le manque d’une bonne méthode.
Parmi les forces, nous avions distingué plus particulièrement la connaissance de la Religion, de la Théologie, de la Philosophie, de l'Histoire, de la Littérature, des Sciences mathématiques, naturelles et politiques, enfin l'étude et l'amour du Christ.
Eh bien, telle est la matière sur laquelle on m’a demandé de plus longs développements.
Voilà bien des veilles laborieuses d’une vie toute occupée que je consacre à ce grand travail ; avant de vous être énoncée, ma pensée se sera iaispirée aux sources les plus vives, les plus fortes, les plus autorisées, souvent même les plus renommées; ce n’est qu'après avoir lu, relu et médité ce qui a été écrit sur ce sujet par Saint-Augustin, Saint- Thomas, Fénélon, Bossuet, Fleury, Rollin, De Maistre,
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Frayssinous, Lacordaire, Balmès, Ozanam, Litératore, lab-
bé Poullet, Mgr. Dupanloup, le Père Grat”y, Rattier et quelques autres illustres amis de la jexaésse, parmi lesquels figurent plusieurs des plus pures gloi:+s: de notre Canada, que j'aborde un tel sujet, et cependant, je sens’ qu'il m'écrase.
En effet, que dire aux autres de la voie qui conduit à la vérité, quand on est soi-même si peu ‘éclairé? Puis, que peut, après tout, pour me rassurer pleinement. l'autorité des grands hommes que je viens de nommer, et sur laquelle je m'appuie, quand presque tous ont erré par quelque côté ?
Hélas ! l'autorité humaine ne vaut pas mieux ; bon gré,
. mal gré, il faut s’y résigner.
Deux choses pourtant m'encovragent : les bienveillantes sympathies que vous m'avez si généreusement accordées jusqu'ici, et vos lumières qui ne manqueront pas de suppléer aux trop nombreux vices de mes pensées.
‘ Sur ce, entrôns en matiète, et commençons par les obstacles, en nous occupant d’abord des faiblesses de la raison humaine.
Je vous ai déjà parlé, messieurs, de l'étrange dualisme qui se livre en nous, entre la vérité et l'erreur, la lumière et les ténèbres, la science et l'ignorance.
Nous avons vu par quelle inénarrable catastrophe, la
* Vérité avait eu tout à coup pour nous d'indomptables mys- ‘tères ; la lumière, d’invincibles ombres; lascience, d’incorrigibles obscurités, et comment l'htelligénce fut, alors réduite aux limites bornées de la raison affaiblie et des sèns
dégénérés. | Nous avons constaté qu’en toute chose, il se rencontre un
élément incompréhensible, devant lequel notre raison doit
s’humilier, se soumettre, et nous avons nominé le renonce-
ment.
Arrètons-nous un moment sur ce sujet.
La science, SR est la connaissance dé la vérité, et
la science, {a connaissance de tous les êtres, de ‘leur nature, de
leurs formes, de leurs lois, de leurs rapports, de leurs propriétés, etc. Mais la connaïssance présuppose un sujet connais. seur. c’est-à-dire l'intelligence ; or, il y a des êtres finis et un êt'e infini, une intelligence infinie et des intelligences finies. Mais l'infini est absolu et le fini, relatif. Donc Vl’intelligence infinie connaît seule pleinement l'infini, et les intelligences finies, elles, ne connaissent le fini et l'infini que relativement et dans une certaine mesure.
Telle est notre faiblesse. De quelqne côté que nous jetions nos regards dans l'immense horizon de la vérité, nous rencontrons l'infini qui n’a point de bornes, et le fini qui, dans les derniers retranchements de ses proportions vastes et larges, se dérobent aux embrassements de l'intelligence déchue. à
CT QUES 200 Mr LP ER SR
Tel est, avec le côté sombre de la vérité, le côté faible de notre science.
“ Affirmons donc, avec Lacordaire, qu’en toute chose il se rencontre un élément incompréhensible. Rien, ajoute-t:il, n’est plus à la portée de la raison que les corps qui peuplent l’espace, et surtout que les corps dont se compose le globe habité par nous ; la raison les voit, les touche, les pèse, les mesure, les confronte, les analyse, elle en fait tout ce qu’elle veut. Et cependant, cemment nomme-t-elle ce qui dans les corps est soumis à ses observations? Elle le nomme un phénomène, c’est-à-dire quelque chose qui apparait. Energique et sincère aveu, qui prouve qu’elle ne voit pas tout le corps, et que si quelque chose s'y livre à sa curiosité, quelque chose s’y dérobe aussi. En doutez-vous ? Considérez cette autre expression par où la science désigne le corps lui-même, expression bien autrement formidable et désespérée, et qui est au phénomène ce que la nuit est au jour. Elle appelle le corps une substance, c'est-à-dire ce qui est dessous, ce je ne sais quoi qui est sous l’apparent. Et, en effet, qu'est-ce que le corps en soi? Quand vous avez constaté sa couleur, son poids, le mode d’agrégation de ses parties, l’action qu’il exerce sur d’autres corps, savez-vous ! ce qu'il est ? à
PR hù A Li Lt vpn
eurs prupriésujel connaïsêtres finis et intelligences f. Donc l'ininfini, et les niet l'infini
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“La chimie moderne, et avant elle lalchimie, ont essayé, sans doute, de poursuivre la substance jusqu'à ses dernières profondeurs, et dé lui ravir le secret de sa composition.
à Elics y ont même réussi à un degré qui tient du prodige, et }' qui a mis à nu devant nous des mystéres que la nature L avait longtemps soustraits à nos investigations. Néanmoins
l'ombre n’a fait que reculer sans disparaître, et la place qu’elle a cédée à la lumière, n’a pas diminué pour nous l’abime de l'inconnu. Nous savons que les corps, contraints : par l'analyse, se résolvent en un certain nombre de substances que nous appelons les éléments ; mais ce qu'est : l'élément, nous ne le savons plus. La matière se réfugie «là comme dans un fort où elle brave l’orgueil de nos expé- { riences et la dictature de notre volonté.”
1 Nous ne discernons donc dans l’ordre matériel et phy- “0 sique que des faits ; quant au mécanisme des innombrables n phénomènes qu’il renferme, nous n'en savons absolument Mrien. Le monde entier est là sous nos yeux, sans cesse l'agissant, sans cesse opérant ; nous le voyons, nous le scrutons, nous l’interrogeons et nous n’obtenons jamais d'autre > solution que l’incompréhensible.
Que dire maintenant de l’ordre surnaturel? Quelle intel- Jigence embrassera pleinement Dieu, ses perfections infinies, ses lois internes, sa trinité, sa vie et sa félicité divines, sa vertu créatrice ? Qui comprendra son Verbe éternel et son incarnation dans le temps? Qui pénètrera son Paraclet avec ses lumières et ses dons ? Qui percera les sublimes profondeurs où l’homme se rencontre avec Dieu, pour s'unir 0 à lui dans les douceurs infinies de l'éternel amour ?
Hélas, notre orgueil aura beau s’agiter, se révolter, partout, dans l’ordre surnaturel, comme äans l’ordre naturel, elle ira s'arrêter à l’inaccessible roc de l'inconnu.
Semblable à la trombe furieuse qui s'élève et veut planer
} dans les cieux, et que l'air crève et précipite dans le gouffre avec fracas, en vain l’altière raison humaine se heurterait +. à ces barrières du mystère, que le péché lui a faites si opi- L niâtres et si compactes, elle recevrait, dans cet effort insen-
sé,de mortelles atteintes qui la repousseraient jusque! dans les sombres abîimes du scepticisme.
Le philosophe, messieurs, nomme le corpset l'âme; il'va plus loin :il parle d'union, d'influence et de rapports réciproques entre ces deux substances. : Demandez-lui par quel secret ont lieu ces rapports, cette influence et cette union ; il répondra ce seul mot : mystère !
Demaudez au physicien ce que vous voudrez; demandez- * ‘lui pourquoi sept rayons lumineux, comment de l'absence M “ou du mariage de tous ou de quelques-uns de ces divers rayons naissent. toutes les nuances ? Il répondra : Je vis de phénomènes, ma science se borne à tirer de l’incompréhensible ce qu’il renferme de rationnel ; voilà tout ce que j'en sais. # Le mathématicien vous parle, par exemple, de deux lignes =" qui s’approchent l’une de l’autre à l'infini, sans se rencon- M trer jamais par un attouchement commun. IL démontre (M mème cette vérité trigonométrique, parce qu’elle est rationnelle ; il n’en peut pas dire le dernier mot, parce qu’elle est du domaine de l'inconnu.
Le théologien enseigne un Dieu en trois. personnes, : n'étant qu’un seul et même être. Il l'enseigne, il le croit, A mais il ne le comprend pas ; c’est incompréhensible ! À Plus de doute, messieurs ; de même que dans l'univers, M l'ombre s'associe perpétuellément à la lumière ; de même dans les profondeurs infinies qui recèlent toute vérité, la raison et l’incompréhensible se rencontrént sans cesse.
Cependant, que d'hommes, heureusement doués et que M tout appelle à rendre à la science d'importants services, con- "#4 sacrent des efforts nombreux et un temps considérable à la #8
“solution de toutes ces questions insclubles, et qui, faute d’ac- M cep'er comme vraies les axiomes incompréhensibles, mais, certains, afin d'en déduire tout le merveilleux édifice scienti fique, tombent dans les erreurs les plus! monstrueuses et. dans les absürdités les plus énormes ! b.
Le scepticisme nie Dieu, l'univers ‘et l'homme qu’il neM “comprend: pas. En niant Dieu, il nie la théologie ; en nianth ‘l'univers, il nie toutes les sciences naturelles, physiques et”
mathémathiques ; en niant l’homme, il nie toutes les L'âme“ iliva sciences philosophiques. 40 rapports réci- "ÿ Le matérialisme ne comprend pas l'esprit. il le nie. Ge ui par quel "n'est que par une contradiction étrange avec lui même qu'il cette union ; M affirme la matière, car il ne la comprend pas plus que l'esprit, “7 Le rationalisme ne comprend pas l'autorité en dehors de a raison humaine privée ; il nie le sens commun, la révélation, l'Eglise.
De même de tontes les erreurs. Elles naissent de l’orueil de la raison, de l’orgueil philosophique. C’est la lutte ontre l’incompréhensible, l'inconnu et le mystère qui fait que les hommes arrivent souvent, à force d'étude, de réflexbn, j'ajoute, et de raisonnement, au dernier degré de l’ignoance, à celte ignorance raisonnée et systématique qu'o1 ns se rencon- "Mäppelle, par une amère dérision sans doute, la libre-pensée, Il démontre "Met qui se résume par cette proposition : Je w’admels, je ne elle est ration- M@rois, je ne sais que ce que je comprends.
arce qu’elle est Pour nous, messieurs, fesons mieux. Reconnaissons hnm- “Plement les limites posées à notre intelligence ; portons oblement cette faiblesse de notre nature ; croyons, sans ésiter, les vérités naturelles et surnaturelles que nous ne omprenons pas ; contentons-nous des lumières de l'évier ce, et nous puiserous dans ce renoncement sublime, la brce de nous élever jusqu'à la vérité.
jusque! dans
z; demandez- !
de l'absence de ces divers ndra : Je vis de l’incompréà tout ce que
de deux lignes
pis,.personnes, ne, il le croit, ensible ! É dans l'univers, « re ; de mème pute vérité, la ans Cesse.
doués et que s services, CON- \ nsidérable à la qui, faute d’acensibles, mais édifice scientiionstrueuses et
D'ailleurs, qui ne voit qu'entre croire, connaître et comeudre, il y a tout un abime ? Croire, c’est admettre l’extence ; connaitre, C’ests’expliquer l'existence; comprendre, est voir clairement, c’est saisir pleinement les causes, la ature, les modes de l'existence.
: Dans ce gland, que ma main va déposer en terre, se ouvent la tige, les feuilles, les branches et les racines du hèue immense qui servira d’asile aux oiseaux et d'ornebent à la terre. Nonseulement ce germe renferme un remier arbre, mais encore tous ceux qui naitront de il. Phénomène admirable que je crois et connais sans le omprerndre, parce qu'il se renouvelle. sans cesse sous mes eux.
omme qu'il n ogie ; en nianth s, physiques et”
C'est celat Il n'ÿ a aucune corrélation légitime, ancun M rapport logique entre la crédibilité et la notion d'une chose M et sa comprébensibilité ; entre le point de sav®r si cette " chose est vraie el connue, et celui de savoir si elle est coin. # prise. Par suite, quiconque rencontre une vérité Incomn- à préhensible, insaisissable, mais évidente pour la raison, doit, sous peine de tomber dans l'absurde et de déchoir M misérablement de la qualité d’être raisonnable, l'accepterM comme certaine.
Aussi, loin de rejeter les mystères des vérités religieuses M etscientifiques. prenons les pour ce qu'ils sont, pour impénétrables ; au lieu de perdre à scruter l’incompréhensible, M des forces, une activité et un temps précieux, contentons nous de son existence. à
Convaincus de l'impuissance de la raisen à l'égard dell l'inconnu, cherchons hors d'elle une force, une puissance À secourable, pour en faire le point d'appui à l’aide duquel nous lèveroas le monde de la pensée. 4
Imitons le naturaliste. Quand, après avoir contemplé. dans les grandes œuvres de la nature, celles dont l’organi- É sation est la plus complexe, il veut admirer les ranltitudiss Fe d'êtres vivants coutenus dans une goutte d'eau, il commence# par accuser ses yeux d’impuissance ; puis saisissant un ! é instrument fameux, il appelle sur la merveilleuse gouttes lette une forte convergence et une concentration puissant des rayons solaires. Alors un monde nouveau s découvrès à ses regards étonnés.
S'agitilde vérités particulières et qui se rapportent M notre individualité prise à part, à nos besoins personnels, im notre manière de percevoir et de sentir, à notr> activil propre et qui constituent notre moi, adressons-nous ave confiance au témoignage des sens, de la mémoire, du sei intime et de la raison.
Sagit-1l de certaines vérités religieuses et des vérités nat relles, mais communes, générales, essentielies : appelons les lumières du séns commun ou de la raison universelle.
S'agit-il de certaines vérités de l’ordre religieux, dev lesquelles la raison privée et le sens commun sont imp
sants ; ayons recours au témoignage de la révélation où de k "0 la parole de Dieu.
| ee S'agitil, enfin, de toutes les vérités appartenant aux trois LÉ : vi 0 Mordres ci-dessus mentionnés, considérées non plus comme oile me vidence, certitude et témoignage, mais comme incompréhenns Eos Msibilité ; alors reconnaissons la faiblesse de la raison : saiur la fe % issons le mycroscope du renoncement chrétien, appelé moré À de. dne À al philo ophique par le paganisme ; aussitôt les lumières-conble, l'accepter mm vergeront dans notre esprit. Nous verrons clairement tout ce que nous pouvons raisonnablement nous efforcer de comprendre ; nous connairons, avec la mesure de nos forces, celle de notre faiblesse; ous comprendrons “que l'intelligence de D'eu étant esseniellement infinie, celle de l'homme essentiellement bornée, à première doit nécessairement comprendre une foule de hoses qui sont mystères pour la seconde, et que, comme est en tout que l'intelligence humaine est bornée, il est baluiel qu'il y'ait partout mystère pour l'homme.” } Le renoncement est la loi fondamentale de la vie, c'est dussi la loi de la science. Pour pénétrer les profondeurs de à vérité, il faut un regard allumé à la grande lumière du crifice. Le sacrifice perce les abimes avec l'audace de laigle, parce qu’il n’y descend que pour y trouver Dieu, le êre de la Vérité.
Voilà ce que je voulais dire, messieurs. La raison hmaine peut, quand elle voudra, prendre:son vol; s'élever s lristes rivages de l'ignorance jusque dans les hauteurs ub.imes de la science, et là, planer et étendre ses grandes iles dans l’azur du repos et de la béatitude. - Que faut-il pour cela ?
Que sur les ailes du sacrifice, elle s'élève dans l'horizon e sou air respirable, c'est-à-dire qu'elle ne désire voir et pmprendre que. ce qui est ici bas du domaine de ses facul- S uf[uiblies, bien que puissantes encore,
| J'ai nommé les sophismes de l'intelligence. L J ‘entends par là les erreurs provenant de l'inattention,. de légèreté ou de tout autre vice de l'esprit,
itime, aucun M
tés religieuses L at, pour impémpréhensible, x, contentons
, à l'égard de 4 une puissance , l’aide duquel
zoir contemplé dont l’organiles multitudes à u, il comrmenctu À
saisissant ul eilleuse goutte ation puissant” au s > découviis
se rapportent 18 persovnels, à notre activi sons-nous ave émoire, du se
des vérités nat elies : appeloi
universelle.
eligieux, devar* " un sont impuis
Les logiciens distinguent un grand nombre de ces sonhismes, qu'ils rangent en plusieurs dénominations dont le dé tail serait interminable.
Aussi bieu, il faudrait ici des volumes, et c’est à peine si le cadre de notre travail nous permet quelques pages sur chaque matière.
, Bornous-nous donc à dire un simple mot sur les sophismes intellectuels les plus communs.
Et d'abord n'est-ce point une grande maladie parmi les
hommes, Messieurs, que la manie de juger ex pr'ofesso des <hoses que l'on ignore.
, On veut paraïtre tout savoir, et par suite, on parle de tout avec un sans-gène admirable, j'allais dire; avec un désintéressement prodigieux de ja vérité. On prodigue la science d'autant plus volontiers qu'elle nous a moins coûté, et on s'aventure d'autant plus hardiment sur le terrain des principes, que la confusion y est plus grande.
Et puis, tout à été dit en fait d'erreur et de vérité, et il y ‘auiraloujours moyen de rencontrer, dans la longue file des ‘prnseurs, une autorité quelconque en fav: r des principes les plus faux!
En outre, si la vérité nouséchappe, il n , « après tout que deux alternatives à redouter : passer pour menteur où pour insensé. Or un saint personnage a dit : “ {out homme est menteur” et un autre n’a pas craint d'affirmer que tout homme vest fou! N'y at:il pas une certaine gloire à être ce que . tout le monde est ?
Done, tout compte fait, il n’y a pas à se gêner ; et on ne M ‘se gène pas! 3
Toute chose a son sujet; tonte cause, son effet ; tout effet, 4 ‘sa cause; tout être, ses lois; tont principe, son fondemei.t, M ‘etc. Sion ne connait pas le vrai sujet d’une cause, la véri- =" ‘table cause d’un effet, le constant effet d’une cause, les lois M réelles d'un être, le fondement obligé d'un principe, etc., cel n’est pas une raison de garder le silence qui sent trop l'igno-M rance! L'imagination est la folle du logis; à defaut dem science, ou la fait jouer, et elle joue! Elle avance et elleM ‘disputé; elle définit et elle contredit; elle affirme et ellk # conteste ; le tout, bien entendu, à tort et à travers. 3
8 sophis-
t le dé Pendant ce temps, l'intelligence étudie, sans approfon- [LL
dir ; regarde, sans voir; décide, sans réfléchir ; juge, sans cons Ù naitre. Elle se fausse, se fourvoie, s'aveugle, s'égure et se “perd misérablement.
4 Telle est, Messieurs, l’histoire des sophismes de l'intelligence.
per 4 Le Ici, on prend pour cause ce qui n'est pas cause: on prend les jeux de l'imagination pour le travail du raisonnement, los rapports secondaires pour des causes premières ; on 88 "paie de mots, de phénomènes apparents, de circonstances À remarquables, de certains évènements dont on tire de fausses Minductions. Un chimiste dira que le poison tue, parce qu'il renferme une vertu mortelle! Un autre dira que l'airain Dretentit à canse d'une propriété relentissante. 4 Mais laissons M. de Maistre, dans son examen de la philosophie dr Bacon, ridiculiser le sophisme en question : rité. til y 4 + Comment se forme le cristal de roche? Rien de plus simmue file des “1 le, L'eau, en circulant au hasard dans les entrailles de la Tr principes Herre, arrive enfin, sans trop savoir pourquoi, jusque dans k Mvertaines cavités obscures et pro! ondes où elle gèle misérajrès tout que He Dash à la fin, jé ns Syrie a sie longeur où pour leunps dans cet état, sans espoir de € aleur, elle pi end son “p rtiet ne veut plus se dégeler : et voila ce qui fait le cris-
ame est nmien- | à sue homme al de roche.—Ce que c’est que l'habitude!
être ce que | Potrquoi dans les années pestilentielles y a-til beaucoup. de mouches, de grenouilles, de sauterelles et autres créatures
er; et on ne de celte espèce? La raison en est claire. C’est parce que “ces animaux étant engendrés par la putréfaction, dès que la
et : tout effet, “erre lourne à la corruption, ils foissonnent de toutes parts..
à peine si pages sur
parmi les ofesso des
rle de tout un désinh ]a science oùté, et on 1 des pritt-
n fondemert, Pourquoi les déjections de tous les animaux exhalent elles cause, la véri- ine odeur désagréuble ?—La cause est manifeste : elle vient $ ? MH 8 . AR .
cause, les lois e la tristesse physique qui saisit ces matières au moment Le ?
incipe, ete, ce ù elles se voient exclues par le corps lui mème. En effet
ent trop l'igno-MR M espèce de rélégalion est mortifiante
. à defaut de M P ll Acte parfum placé près d'une fosse d'aisanee le et elle“ Pévapore-l-il moins el conserve-l-il son odeur plus longtemps affirme et elle "M" dans tout'aulre lieu? Tl se resserre alors, de peur de s’'enanailler en se mêlaut à des miasmes deshonnètes.
vers.
58 CONFÉRENC::3.
Eà on ignore le sujet ; c’est-à-dire qu'on entreprend des polémiques, des discussions, etc., sur des choses que l'on ne sait pas.
C'est un avocat qui parle de médecine qu'il ignore, un médecin qui argumente sur des questions de droit dout il ne sait pas le premier mot. Ce peut-être même uu voltairien Qui s'occupe de cathédrale ou un légiste quelconque qui M appelle l'union de l'Eglise et de l'Etat, en aflirmaut que les M canons, la théologie et la discipline ecclésiastique, qu'il ig'iore, Soit, en principe, pour l'union, et en pratique, pour la sépara- #ion !
Pourquoi aussi faut-il qu'il y ait de ces choses où la sépaæation se rencontre dans l'union, et l'union dans la séparation. = Le savant auteur n'y est pour rien : c’est l'untithèse d'une thèse anticatholique, comme tant d'autres. Seulement, en face de questions qui touchent à de pareils principes, si on ne se sent pas la force de les servir heureusement, il vaudrait mieux, je crois, garder un modeste silence- La véri-
46 y gagnerait, et personne n'y perdrait.
Ailleurs, on conclut du particulier au gènéral. C'est. Voltaire niant la sanction de la loi divine, parce qu'elle ne #éprime pas toutes les passions. Comme si les écarts des wus, n'étaient point contrebalancés par la fidélité des autres! Comme si encore un acte de faiblesse d'une vie, n'était pas contrebalancé par une multitude d'actes de force! C'est le scrupuleux lean Jacques condamuant la civilisation, à cause des désordres dont elle est souvent le témoin. Que n'a-tilm gondamné les demi-savants, ceux surtout qui renient la ver. tu, la pudeur, la justice, l'honneur, comme ils ont renié M leur père terrestre et leur père céleste !
Ge sont eufin ceux qui tirent une conclusion simple, absoue et saus restriction de ce qui n’est vrai qu'accidentellement.
Ailleurs encore, on substitue l’absolu au relatif . L'Angle. terre est heureusement gouvernée par le parlementari isme;h 4 + les Etats-Unis, par la république ; tel antro pays, par 1% monarchie absolue. Ou en conclut que telle ou telle de ces formes administratives, selon que le veulent les sympathies
de chacun, est seule capable de rendre les peuples heureux. | Si on réfléchissait d'avantage on verrait sans peine que les mœurs, l'esprit, les teudauces, les besoins des peuples étant Ldifferents, chacun doit avoir un gouvernement en rapport javec ses besoins, et qu'ainsi toute organisation politique n'est bonne que relativement.
D'autrefois, on se contente de supposer pour vrai ce qui n’est que probable ou douteux, de n’analyser les choses que d'une mauière incomplète et de ne les envisager que par un seul côté.
Je ne citerai qu’un exemple de ce sophisme, celui d’un iloyen honorable qui, dans uneconversation où je me suis rouvé par hazard, justifiait uue œuvre récente d’un de ses amis par l'espèce de syllogisme que voici :
treprend des | que l'on ne
ilignore, un lroit dout il uu voltairien elconque qui maut que Îles qu'il ig'iore, our la sépar'a-
es Où la sépala séparalion.
ntithèse d’une seulement, en incipes, si on ment, il vaunce- La véri-
* Un livre qui renferme des principes cathnliques est bon; Or le Livre d: M.....coutient tels el tels principes cath.liques: Douc le livre de M......est ua bun livre.”
Le malheur voulut qu'un malin se permit de riposter :
# Un livre q'i renferme des prinoipee s sondamnés par les Papes et les
« 9 ènéral. C'est onciles. est mauvais ;
rce qu'elle ne Or lelivre de M... contient des principes condamnés par tels et tels RE üp:s el ls Conciles :
les écarts des . Donc le livre de M... est mauvais.”
ité des autres!
vie, n'élait pas cet C'est le.
sation, à CAUSE
Que n'a-til” renient la verà ils ont renié.
Je n’ajouterai pas qu'un troisième tenta de proposer, mme base du syllogisme, la majeure suivante :
: ‘“ Un livre, pourvu qu'il renferme l'affirmation d’un seul principe con amne, est mauvais.”
* L’ami de l’auteur en question ne voulut rien entendre; ilse àcha ; censura ce qu'il appelait les prétentions exagérées de ertains catholiques trop zélés; argumenta sur tous les lémembrements passés, préseuts et futurs; disserta sur les lonations, des origines d’une certaine colonie, comine aussi pur les dispositions des traités lors d'une conqnéle, prétendant j ue le tout annulait et annihilait les canons, les décrets, les nuycliques, les couciles et toute la théologie. L'haleine allait ui manquer malheureusement où heureusement, quand une d dée lumineuss lui fournit une péroraison d’une logique con- ,
n simple, abso-h pu'accidentelle
latif . L'Anglerlementarisme
cluante : “ D'ailleurs, dit-il, en fesant un dernier et su- "le
prème effort pour ranimer sa voix, M. X. qui est un homme public distingué s’est prononcé : or M. X. a décidé la question précisément dans mon sens: Donc j'ai raison, et vous avez tort !11?
Mais suffit. Assez de ces exemples ; et il demeure prouvé que les sophismes de l'intelligence naissent de la légéreté, de l’inattention et de tous les antres vices de l'esprit.
Le seul remède que nous puissions apporter à ces erreurs, ! c’est de travailler à former son jugement, à le fortifier par la réflexion et l'étude, à se garder du péril de l'imagination, surtout à se persuader que l'esprit, la droiture des intentions et même la profondenr Au savoir ne suffisent pas pour préserver de l'erreur, et que toutes ces choses échoueront misérablement, si l’on ne se fortifie d’abord contre les sophismes de l'intelligence.
Parlons maintenant des sophismes de ia volonté, et écou-
tons d’abord Mgr. Trayssinous :
‘ En vain, ditA:l, on m'avertit de me teniren garde contre les illusions des sens et de l'imagination, contre l'abus des mots et les équivoques du langage ; en vain, j'aurai étudié tous les procédés de l'analyse et de la syntèse, appris à mettre de l’ordre et de l’enchaînement dans mes idées, à lier les conséquences aux principes, et à démêler les vices qui se glissent dans le raisonnement ; en vain, j'aurai médité Aristote, Descartes, Lorke et Condillzc ; tout cela ne me servira de rien, si, égaré par les passions, je les mets à la place de la raison ; elles ont une logique insidieuse, qui rend inutiles toutes les règles de la logique ordinaire. Le dernier siècle a été l’époque de l'analyse,
et w'en à pas moins été l'époque des plus monstrueuses à
erreurs ; c'est que la vérité, pour être sentie, ne demande f& pas moins de droiture dans le cœur que de lumières dans É l'esprit; et à quoi servent les lumières sans la bonne foi? On a dit que l’orateur est un homme de bien, qui possèue
nier et suqui est un X.. a décidé ai raison, et
eure prouvé la légéreté, sprit.
ces erreurs, fortifier par imagination, es intentions 1s pour prééchoueront | contre les
onté, et écou-
garde contre tre l'abus des , j'aurai étuvulèse, appris ns mes idées, démèler les en vain, j'auudillac ; tout s passions, je une logique s de la logique de l'analyse, monstrueuses ,ne demande lumières dans
la bonne foi?
h, qui possèue
talent de la parole, et l’on peut dire que le logicien est n homme de Eien, qui possède le talent de raisonner vec justesse. Oni les passions sont comme un nuage wi obscurcit l'intelligence : et qui se place entre la raipu et la vérité ; elles troublent et agitent l'âme, lui font ‘dre cette attention soutenue, cette impartialité sévère, . ette rectitude inflexible, qui écarte lillusion et l'erreur.” Selon que l’observe St-Augustin, il n’est pas toujours aisé @étiblir une ligne de démarcation entre les sophismes de di volouté et ceux de l'intelligence. Souvent même les uns les autres conspirent, de concert et comme à l'envie, pour us égarer.
ARarement les passions nous entraînent dans l’erreur, sans de le défaut d'intelligence y soit pour quelque chose ; pomme aussi le défaut d'intelligence découle fréquemment
s passions qui obscurcissent les lumières de la raison, h corrompant le jugement.
{Quoiqu'il en soit de cette connexion et de cette dépenuce, il est certain que la vérité a, en nous, autani d’enne- 8 que de passions mauvaises.
L'orgueil, l’égoisme, l'avarice, la volupté et toutes les ssions sont autant de voiles ténébreux propres à nous her la vérité.
L'orgueilleux, convaincu de la valeur sans pareille de braisonnements, se révolte à la vue des erreurs qu’on lui pute ; incapable de s’avouer des torts, de reconnaître il s'est laissé abuser, il cherche par tous les moyens posles à justifier, à ses yeux, comme à ceux des autres, avancés, C’est ainsi qu'il s'égare et se perd dans les plus’ sérables sophismes.
L'égoiste rapporte tout à soi, ramène tont à son sens pre. [l ne voit pas que sa passion est le renversement de üs les fondements essentiels de l'ordre religieux et social. he cherche, il ne voit, il ne trouve au fond de tout que personnalité. Il ne connait, il ne veut reconnaitre qu'une rale, qu’une loi, qu'un droit, qu'un principe :—Charité h ordonnée commence par soi-méme. Morale fausse, loi igereuse, droit injuste, principe erroné, sophisme eufin,
qui détruit les meilleurs facultés de l'esprit, après avoir 1
perverti les meilleurs cœurs.
Puur justifier sa passion que ne fait pas, à son tour, l’avare ? Il cprose sa conduite à celle du prodigue, il se persuade qu’il cherche le bonheur par des voies bien plus légitimes etqu'il atteint par des moyens bien plus honnêtes. S'il ne doune pas aux pauvres, c'est qu'il ne veut pas entre-
tenir la paresse, l’oisiveté et tous les autres vices du pau-M
périsme. S'il ne contribue pas à telle œuvre religieuse, à
telle entreprise nationale, c’est qu'il sent le besoin de vivre dans la retraite et le recueillement loin de toute peine, de .
tout sacrifice, de toute communication extérieure. D'ail-
leurs chacun a sa voration particulière, marquée par law
Providence et la sienne, à lui, c’est la vie cachée, la vie cantonnée. Tant il est vrai que toute passion poussée à l'ex. trème, aliène cruellement la raison, en cherchar. à justi fier ses propres excès.
“ Le voluptueux, dit Rattier, plat sur un principes vrai: Lhomme est fuil pour le bonhrur ; la supréme félicité, le bien parfait, voilà la fin de son ei ée, voilà quel doit étre
l'ubjet de ses vœux, ie but légitime de toutes ses recherches.
Par conséquent, ce qui nous rend parfaitement heureux doit ètre préféré à tous les autres biens de la vie. Or, les . plaisirs des sens nous rendent parfaitement heureux ; donc 4 ils doivent être mis au-dessus de tous les autres biens; donc u l'homme est fait pour la volupté. Ce sophisme n'est pas ue pure inventiou : c'est celui d'Épicure, qui a fait d+ la senig sation le criterium infaillible du vrai et du bien, et de hi volupté la loi universelle des êtres ; c'est celui de tous le libertins, qui ne parviennent à se juslifier à eux-mêmes leurs désordres, qu'en s’autorisant de l’instigation des sens de la force du tempérament, de l'attrait mème de la jouisié sance, qu’ils considèrent comme Ja voix de la nature, c’est À à-dire con.me la règle même de uos actions. Obéir aus
penchants de la nature, c’est donc obéir à la loi de son êtres
c’est donc accomplir sa destinée. Ainsi conduits d'abord als 4
matérialisme par le sensualisme, ils s'appuient ensuite sul
le matérialisme, pour nier la réalité, la possibilité mène
d'un bien parfait conçu en dehors de la matière, et did
Li:
inct des voluptés sensuelles. C’est à l'ombre de ces déteslables maximes que l'homme est parvenu à se faire nn ystèue d'impudence, qui l’empèche de rougir de sou désonreuret de son ignominie, qui lui fait tirer une gloire Jonteuse de ses faiblesses ‘et de ses égarements, qui lui fait plus honnêtes. aver les bienséances et le mépris public, qui le porte en- “eut pas entre-MMBu à s'applaudir avec osteutation du scandale de ses vices du pau- Piœurs, et di désordre de sa conduite, comme d'une preuve sagesse et de raison.”
# Quels troubles n'ont point excité de tout temps, dit fassillon, les désirs impurs de la chair ? L'homme, ne se Qu venant plus de l'excellence de sa nature et de la sainteté son origine, se livra sans scrupule à l'impétuosité de cet stinct brutal. Le trouvant dans son cœur le plus univer- L de ses penchants, il le croyait aussi le plus innocent et plus légitime. Pour l’autoriser mème davantage, il le fit htrer dans son culte. et se forma des dieux impurs, dans temple desquels ce vice infâme devenait le seul hommage ji houorait leurs autels.”
Hlen est de même, messieurs, de toutes les passions. La
rité est à l'intelligence, ce que le soleil est à notre globe.
Juand aucun obstacle n’empèche l'astre lumineux de
ire arriver jusqu'à nous ses rayons bienfaisants, la terre
Mble renaître; les montagnes avec les grands bois qui
bcouronnent, les coteaux avec les bosquets qui les tapis-
ht, les campagnes avec les moissons qui les couvrent, les
hiries avec les rivières qui les arrosent, se rajeunissent,
5 oiseaux le salueutde leurs chants melodieux,et l'homme,
osé, reprend, heureux, l'instrument de son travail. Un
age, des nuages viennent-ils nombreux et persistants,
1s voiler ce foyer de lumière et de chaleur, tout s’attriste,
at s'étiole, tout périt, tout meurt bientôt.—La vérité a ses
Mons, sa chaleur et sa vie. Nos passions sont les brouil-
is épais qui nous dérobent le foyer de la vérité, dont
bsence fait les ténèbres de la mort.
Ah!que jamais des basfonds de notre âme ne s'élèvent
nuages du vice ; car nous mènerions alors une vie sans
(e bil ; ; c'est-a dire une vie sans vérité, une vie morte, une, > qui n'en serait pas une.
, après avoir »
son tour, l’aque, ilse pers bien plus lé
e religieuse, à “soin de vivre oute peine, de érieure. D'ailarquée par la hée, la vie canpoussée à l'ex.
rchan. à justi
r un principe supréme félicité, là quel doit élre ses recherches.
ement heureux la vie. Or, les heureux ; dont tres biens; dont ne N'est pas ue N | fait d+ la sen u bien, et de lin “lui de tous le r à eux-même gation des sens ème de la jouis la nature, c'es ions. Obéir at à loi de son ètre iduits d'abord à lient ensuile sl ossibilité mêm matière, et di
Nous avons encore dans les préjugés de l'Education de sérieux obstacles à la possession de la vérité.
L'erreur et la vérité se disputent les intelligences. Dès qu'un enfant ouvre ses premiers regards à la vie et reçoit les premivres impressions qui développent sa raison naissante, il se trouve en face de ces deux puissances ennemies.
La vérité lui parle par tous les objets de la perception externe ; elle lui parle par l'entremise de ceux qui l’entourent et qui répondent, par l'amour, à ses premiers sourires ; elle lui parle par tous ceux qui, de proche ou de loin, s'associent à sespremiers jeux, à ses premiers ébats, à ses premières études. Elle lui parle surtout par cette lumière, parts ce travail secret et mystérieux que Dieu se plait à faire dans touse âme. k
La lumière de Dieu est toujours vraie, son travail sans cesse bienfaisant. En est-il de même des lumières et du travail des hommes et des choses? Hélas!non. Et pour ne
parler ici que des hammes, on sait combien de préjugés d'erreurs, de sophismes se mèlent à leur insu, et en eux, à law vérité. :
L'erreur profite donc du moment où nous sommes sans force, sans méfiance, du moment où, ignorant le mal et sou. riant au bien, nous nous confions sans réserve à tous ceux … qui nous parlent avec amour, pour imprimer son funeste M cachet dans nos âmes.
Et son action en ceci est d'autant plus décisive que ces « victimes sont plus impressionnables, ses agents mieux inten-. tionnés. En effet que peut l'enfance, contre les préjugés et les erreurs d’une mère chérie, d’un père tendre, de sœurs, de frères affectueux, de condisciples aimants, d'amis
et d’intituteurs dévoués? Rien. Cependant n'est-ce pas de M
tous ces êtres bien aimés que nous apprenons avec les pre-M mières vérités, les premières erreurs ? É
On sait quelle influence exerce la première éducation sur B toute la vie. La vérité, par exemple, ne se perd que diffici- M
lement dans une âme où elle a été fortement greffée par éducation.
| L'âme pourra un moment faiblir et s'égarer: mais soudain pe réaction s’opérera et une voix s'élèvera qui couvrira s mille bruits discordants et tumultneux de ses égareents. Se repliant sur elle-même, comme le volcan fatiué de vomir la lave, elle remuera les cendres de son passé, pe étincelle de foi et d'amour en jaillira, qui la sau vera. Hélas ! pourquoi faut-il qu’il en soit de même pour l'creur? Il y a des éducations si complètement fausses que algré tous les efforts tentés l’on ne parvient jamais à sebuer entièrement leurs préjugés. Il y en a d'autres, et st le plus grand nombre, où l'erreur sans ètre complète, tiste cependant et oppose, par suite, à la vérité, jusque uns l'extrême vieillesse, de bien grands obstacles. -Veut-on maintenant savoir jusqu'à quel point il est diffile de vamcre ces préjugés de l'éducation? Prenons-en Un comme exemple, celui des revenants, si vous voulez. Personne ne laisse le premier âge, sans avoir fait conhissance avec l’histoire de certains revenants originaux, irceurs, capricieux, tels que ceux qui, de leur mains glafes, vous flattent la figure, vous prennent les pieds ; ceux i remuent les meubles, renversent les lits, trainent les haînes, clanchent les portes, frappent à coups redoublés r les ustensiles de cuisine, et fiuissent, s'ils ne sont pas ez tristes pour soupirer, niassez gai pour s'éclater de rire, àr prendre une prise ou par éternuer.
{Tout absurdes que soient ces contes, ils ne laissent poiut influer, dans un degré ou dans un autre, sur les personnes s plus raisonnables. En effet, qu'est-ce que cette frayeur lviucible qu éprouvent beaucoup de personnes instruites, squ'il leur arrive de perdre quelqu'un deleurs proches ou urs amis ?
» Sinon le vestige saisissant des préjugés de leur enfance. Pour triompher de ces vices de l'éducation, il faut les tri e coucours de l'intelligence, de la volonté et du travail, IL intelligence se repliera sur elle-même, afin de découir quelles impressions fausses et mensongères l'éducation Hi aura laissées.
Education de
gences. Dès , vie et reçoit!
raison nais | ces ennemies.
la perception qui l’entouiers sourires ; ou de loin, bats, à ses pree lumière, par rit à faire dans
n travail sans unières et du!
nm. Et pourne” \ de préjugés.
et en eux, à la.
sommes sans le mal et soure à tous ceux er son funeste
écisive que ces
ts mieux inten-.
e les préjugés.
‘re tendre, de
imants, d'amis | n'est-ce pas de!
18 avec les pre-*
e éducation sur:
Jerd que diffci-
La volonté entreprendra une courageuse lutte, afin d'effa M
cer jusqu'aux plus légères traces de ces impressions funestes.
Le travail enfin viendra seconder l’action mutuelle de l'irtelligerice et de la volonté, en leur apportant la double force des lumières qu'il appelle et des succès qui le courou nent toujours infailliblement.
Cela fait, il faudra encore s'affranchir des préjugés et des
passions de la nation.
Je ne chercherai pas à établir que chaque nation a ses
préjugés particuliers; c’est une vérité trop counue. Je mew
boruerai à dire qu: de toutes les passions et de toutes le
erreurs, je n’en connais pas de plus difficile à vaincre. Eu
effet l'erreur se glisse iti sous les dehors les plus séduisants
ceux du patriotisme: vertu eucore si fortement euracincil
au sein des grandes familles humaines, malgré leurs fat
et leurs malheurs.
Chaque peuple à ses croyanres religieuses, ses donnéem scicntifiques, ses lois morales. L'Angleterre est anglicane" la Prusse luthérieune; la Russie schismatique; la Turquiea musuimane ; la France a un caractère catholique ; le Canin
da est catholique romain et le sera toujours, si comme |
l'espère, il parvient à vaincre les sociétés secrèles, les Lie 48
raux et les gallicans.
Dans tous les pays, il se rencontre des hommes d’un sen*# profond. d’une Science vaste, d'un esprit élevé, d'une raisol@ forte et d’une intelligence surérieure. On peut, au moi rendre ce témoignage à un Lewbnitz et à un Macuuluy. Pour@
quoi le philosophe allemand est-il resté luthérieu à Lei
zig et l'historien philosophe auglican à Londres? Est: & que la vérité rehgieuse peut-être le oui et le non? Ils
aurait absurdité de le prétendre. D'où vient donc que démeure si volontiers protestant à Berlin et à Londi séhismatique à St-Petersbourz, musulman à Constantine ple? C'est qu'il est presqu’impossible à la raison human
de secouer l'erreur que le préjugé &s sa nation lui impos
ne ne DD AN
te, afin d'effa.
impressions
La physique va nous fournir une autre prenve. Pariaut dé la lumière, Descartes l’attribnait à des mousmments vibratoires, produits dans un milieu élastique et ibul appelé éther. Newton est venu ensuite et l’a attriiée à un fluide matériel impondérable, extrémement sub- M que les corps lancent autour d'eux dans toutes les direcons, traversant l’espace avec une prodigieuse vitesse, et oduisant ainsi chez l'individu la sensation de la lumière. “2 Or pour qui connait l'histoire de la physique en Anglej Brre et en France, il est de fait que les physiciens anglais préjugés et des Mont demeurés constammentattachésà l'hypothèse de l'émis “sion. landis que les français ont suivi celle des ondulations cependant si l’une est vraie, l’autre est nécessairement üsse, Dira-t-on qu’on a moins le sens des sciences phy- ARTE ù jues en Angleterre qu'en Franre et réciproquement? Non. Re VAIAPEES pi is simplement que dans ces pays on est esclave du lus séduisant. mr .. "iéjugé national; ce qui est un malheur. . nent ENT Les passions nationales ne sont pas moins à redouter que ;ré leurs litre D hréjngés.
Ju» connais un peuple qui a deux passions dominantes, la ousie et l’inconstance.
Sa jalousie le porte à faire une guerrc acharnée, une érre à outrance à tous ceux des siens qui réussissent; en te qu'il} y suffit de pointer pour se trouver en butte à la ne et à la persécution. Et comme la jalousie procède de Fépoisme, le bien chez ce peuple, est isoié et particulier. Son ; #0h est couvert d'institutions capables de rendre à la religion 5 pmmes d'un ne à la patrie, qui les ont créées à grands frais, d'importants vé, d'une TASER; 66. Chacune de ces institutions est animée de beaucoup peut, au 1e lzèle ; malheureusement plusieurs d'entre elles veulent Macuuluy. À Je vailler isolement ; elles ont horreur du dévouement comin. Delà dés ombrages, des jalousies, des divisions, entelle et telle ville, entre telle et telle corjoration civile db religieuse, entre telle et telle société savante. Delà malreusement aussi, les fractionnements, les diminations, iatfaiblissemenis et les grandes et douleureuses faiblesses “bien.
Ah, je le dirai avec un illustre évêque, triste temps que ui où on ne peut trouver deux houuèles gens qui veu-
mutuelle de saut la double qui le couru:
e nation à Se >unue. Je men t de toutes led
es, ses donné > est auglicaue:
que; La Turquioa olique ; le Can u 5, Si conne |
secrètes, les Lib: æ
oudres ? Este 4 4 et le non? Il vient donc qu'ol 4 n et à Londrei n à Constante raison humüil® ation lui impot”
lent travailler ensemble à une même'œuvre! Que celui où Les petites raisons empêchent toutes les grandes choses!" Que celui où les intérêts et les hommes particuliers domi. « uent et absordent les intérêts et les hommes publics, les intérêts et les hommes religieux.”
Pourquoi n'ajouterai-je pas: Triste pays aussi où de telles anomalies se rencontrent ?
Mais ce n’est pas tout; il y a encore l’inconstance.
L'inconstance, Messieurs, est l'ennemie mortelle du suc cès. C’est dans l’inconstance que les grandes choses trou vent le plus ordinairement leur tombeau.
Chez le peuple que j'ai en vue, rien n’égale l’ardeur vi rile avec laquelle on embrasse une idée généreuse. Il suffi! d'élever la voix en faveur d'une œuvre de bien pour que l'enthousiasme gagne tous ceux qui sont les amis des ouvris ers de cette œuvre. Les adhésious, les encouragements et le espérances se multiplient. S'il est question de secoun pécuniaires, on ouvre sa bourse, s’il s'agit d'efforts, on pro met généreusement son concours. Aussi les énsliltuts s fondent, les cabinets, les cercles d'etude s'établissent, les s0M ciélés, les unions surgissent comme par enchantement.
Un mois, deux mois, plusieurs mois s'écoulent et voienm les entreprises se former, se multiplier comme par miracl®M Puis viennent les années, et, avec elles, le refroidissemer Peu à peu les sociétés se dépeuplent, les salles devienner désertes, les entreprises sont abandonnées. Chacun se 1.48 garde avec étonnement et se demande avec inquiétude L& cause cachée, mystérieuse d’un dénoûment si inattendue. M
Les uns nomment l'égoisme, la jalousie ; les autres accih sent les rivalités, les ombrages des hommes de bien ; tom reconnaissent qu'à toutes ces misères, il faut joindre li constance.
Jamais, messi .rs, on ne saura combien de pareils d e fauts sont ennemis de la vérité. Q
Que pensez-vous que deviendra un jeune talent, to puissant que vous le supposiez, s'il est un jour ou l'aulf la proie facile d'aussi misérables passions nationales.
1 Que celui ndes choses!# culiers dormi. >s publics, les
: Qu'il soit l’homme d’une ville ou d’une société particuère, et il ne verra, il ne jugera que par cette société ou étte ville : cantonnée dans un intérèt particulier, son intelgence n'aura qu'un horizon borné, qu'une action rétrécie. Qu'il soit l’esclave de l’inconstance : toujours il échouera hisérablement après le premier pas vers le vrai. Demandons au ciel, Messieurs, que l'avenir (car je ne eux rien dire du passé et du présent) ne puisse accuser le euple canadien, de jalousie, d'égoisme et d'inconstance. emandons-lui pour chacun des enfants de la patrie, si par jalheur ces défauts avaient pris naissance dans son sein, la rce de vaincre ces passions !
La nature ici ne fait ren mesquinement et en petit. Dtre St. Laurent est le roi des fleuves ; nos rivières rount partout leurs eaux profondes ; nos lacs sont d’immens réservoirs ; les arbres de nos forêts sont des ;;éants sécures ; plusieurs de nos montagnes élèvent jusqu'aux nues rs sommets verdoyants ; notre végétation est prompte et #Boureuse ; notre soleii ne semble se retirer l'hiver dans profondeurs de l’espace, que pour nous revenir tout brûit l'été ; enfin toutes les forces de la nature s'unissent et sentent sous notre beau ciel, le grandiose spectacle de leur force et de leur puissance.
Jue ce soit là le spectacle moral que nous offrirons désors au monde divisé et à l’univers attristé.
achons mettre an service du bien, toutes les forces tes de nos âmes ! Que ni les passions ni les préjugés namaux n ’entravent nutre marche vers le vrai!
aussi où de
stance.
ortelle du suc es choses trou
le l'ardeur vi reuse. Il suffi” bien pour qui amis des ouvr
on de secour l'efforts, on pros les instituts S ablissent, les $ \antement.
oulent et voies me par miraclin refroidisseme alles devienne!
Chacun se ru 2e inquiétude LM t siinattendue.
: les autres act 1es de bien ; Li faut joindre li
testent les préjugés du siècle.
foute malheureuse, Messieurs, que soit la science, elle 9 encore plus heureuse que le temps. Le temps est ce 1 passe ; la science, re qui dure. Le temps en se préciant, court à une catastrophe ; la science en se développant, : che vers une conquête. Un; jour, la science et le temps contreront le siècle nr bornes ; celui-ci pour se dissiper
jen de pareils
eune talent, to 1 jour ou l'autrà É nationales.
à jamais ; celle-là pour régner dans l'éternel avenir, En attendant, tous deux pérégrinent à travers les vicissitudes de ce monde :—le temps comptant ses âges, par chaque nouvel anneau ajouté, tous les cent ans, à la mystérieuse chaîne qui unit le chaos des commencements à celui des ruines ;— la science mesurant ses siècles, à la durée d’un système, d’une idée.
Un siècle scientifique se compose donc d'un, de trois, de M neufs siècles ordinaires et même de plus, avec l’ensemble # de toutes les doctrines, de tous les préjugés, de tous les systèmes, de toutes les opinions ; en un mot un siècle scientifique, c'est la mesure temporelle d’un principe vrai ou faux.
Près de deux mille ans ont passé sur l'établissement de la loi nouvelle apportée par le Christ, et le front de ses disci- M ples porte encore au milieu de la décrépitude des temps et « de l’affaiblissement de l'Europe, le cachet d’une éternelle M jeunesse. C’est le siècle de la vérité catholique qui dure et durera toujours ! F
Le mahométisme est treize fois séculaire. Ses enfants nel traînent plus par le monde qu’une vie chétive et malade! c'est son siècle qui s'achève avec eux! À
Trois cents ans se sont écoulés depuis les jours de Luther L: et de Calvin. Le Protestantisme se divise, se fractionne à l'infini ! C’est son siècle qui s’en va!
Comptez le: générations qui se succèdent depuis Platon Aristote, St-Augustin, St-Thomas, Descartes, Leibnitz el tant d’autres ; vous trouverez que la génération présente es restée fidele, par plusieurs de ses fils, soit aux erreurs, soi M aux vérités que ces brillants génies représentent. C'est leur siècle qui dure !
Le siècle d’une idée commence par celui qui l’énonce, « poursuit en celui qui la partage et s'achève avec celui qui refuse de la continuer.
Ainsi se perpétue la vérité ; ainsi se continue l'erreur
” Prenons y garde! mille idées vraies et mil]: idées fausse ‘se disputent la sanction des siècles sur :& vaste champ “bataille des intelligences. L’étendzrd de l'erreur et l’éte
CONFÉRENCES. ‘5t
enir. En dard de la vérité sont tous deux frappés aux écussons du situdes de "A génie ; seulement pendant que l’un mène à la victoire, l'auque nouvel tre vonduit à la défaite.
ie chaine Priam et Agamemnon sont deux guerriers glorieux et ruines ;— putés invincibles; deux camps, palpitants d'espérance, n Sym, Se forment autour d'eux! Vous savez le reste : les dieux “étaient pour Agamemnon ; le valeureux Priam et sa vailde trois, de Mante armée furent précipités dans la défaite.
l'ensemble M Bien des courants se forment autour des pères de la scious les 835 Bnce. Faut-il se laisser séduire par l'éclat et la réputation cle scientifi- “es chefs? Non, cherchons seulement de quel côté se 1 où Faux. Houve Dieu ; c'està dire la vérité,
sement de la “0 De plus, à part le Vicaire de Jésus-Christ, en tant que de ses disc 2; nul homme n'est ici bas infaillible. L'histoire des les temps et "Mtelligences d'élite est, à des exceptions excessivement rares, ane éternelle MB) ;ctoires des variations. Tel qui enseigne aujourd'hui la qui dure XKrité, proclamera l'errenr demain. Delà les variations et es contradictions des écoles, delà les préjugés des grands #iècles scientifiques.
RENAN er
ee
SP
EE
ere
es enfants nes e et malade lu
| Veut-on savoir, combien il en coûte de vaincre les préjués d’un siècle et de se garder de l'illusion, du prestige un nom fameux ainsi que de l’autorité d’un génie colossal ? Won se rappelle Louis XIV et les géants de gloire qui ont uminé son soleil.
urs de Luther fractioune à
depuis Platon, 8, Leibuitz el on présente es!
x erreurs, S0!
ent, C'est leur
illustre monarque avait solidement assis son autorité r le dogme du pouvoir absolu. Plus rien dans son royaime ne pouvait contrarier son action politique, si ce n’est puissance spirituelle des Papes et la discipline ecclésiasque. L'Eglise de France, se dit-il, aura des libertés partilières à l'égard de Rome, et sera ainsi asservie au pouvoir la couronne. Si Louis XIV était politique, à coup sûr, n'était pas théologien et l’épiscopat le savait bien. Mais tv avait là Bossuet, génie sans pareil, qui avait pénétré la heologie, du même regard d’aigle qu’il avait lu dans les es, la philosophie de l’histoire. Soit cordescendance couble, soit illusion passagère, l’immortcl Evêque de Meaux h s'opposa pas, du moins énergiquement, aux vues du
ui l'énonce, ss e avec celui qu