NOS FORCES ET NOS FAIBLESSES A L'ÉGARD DE LA VÉRITÉ
Monsieur le Président, Messieurs,
En rangeant la littérature parmi les forces vives et secourables de la vérité. je n'ai pas eu l’intention de la considérer uniquement conme art ; mais surtout comme la forme que revêt la vérité quand elle se manifeste à notre raison et à notre cœur.
Dans la nature matérielle, les êtres inorganiques ont des propriétés mystérieuses qui les trahissent. Le vent à son souflle caressant ; la cascade, son bruissement harmonienx:; le tonnerre, ses roulements (clataats, l'océan courrouvé, ses mugissemeuts tumultueux. Ces mille bruits de la nature produisent une grande beauté : l'émouvante beauté du son, c'est-à-dire cette musique divine qui remplit toute la terre, traverse tous les âges, sans perdre jamais son harmonie sublime et arrive continuellement aux oreilles de l’homme pour le réjouir et le transporter d’admiration et d'amour pour cet incomparable musicien quia harmonisé l'univers. De mème de la vérité, elle a sa note saisissante et sublime par laquelle elle se trahit et pénètre de siècle en siècle dans les entrailles de l'humanité ; cette note, c'est la littérature ; c'est-à dire le verbe d'une âme ravie qui raconte et dit ce qui est, avec cette chaleur, cet entraîinemeut.et cette harmonie qui agite, remplit et domine les iutelligences!
Euvisagée à ce point de vue, la littérature est l'expression du vrai ; son objet est de démontrer, en la rendant aimable, la vérité, et d'en déposer le germe fécond dans les âmes. Et voilà bien le rapport sous lequel nous allons d’'abord la considérer aujourd'hui ; ce que nous ferons en cher-
chant la loi fondamentale, les obligations naturelles ct le secret d’une tel'e littérature.
Dans son discours sur les devoirs littéraires des chrétiens, Ozanam, avec celte profondeur de pensée que la foi seule communique, a défini admirahlement cette loi et ces règles. J’essaierai, tout en y mêlant mes propres réflexions, de vous offrir la substance de ces pages si belles et si hautement chréliennes
La première loi des lettres chrétiennes, c’est l’orthodoxie : et cette loi, qui semble d’abord un assujettissement et une gêne, devient au contraire le principe de leur liberté et de leur grandeur. Toute puissance véritable porte en elle une loi qui fait sa force. Dieu souverainement libre est en mème temps souverainement nécessaire. L'intelligence humaine a aussi sa force nécessaire, c’est-à-dire sa règle. Cette règie c’est le passage du connu à l'inconnu, du doute à la <erlitude, et la science ne se constilne que par l’accroissement des certitudes. Il y faut le travail des siècles. Il faut ne tradtion qui garde les vérités acquises, un progrès qui poursuive ls vérités ignorées. Les savants sont les dépositaires de cette tradition et, nous aurons beau faire, jamais la science ne secouera impunément cette autorité ou cette orthodoxie. Cette première orthodoxie en appelle une autre meilleure et plus élevée. Mille questions périllcuses menaçent les maitres de la science et leur enlève le t‘‘mps de s'occuper des questions secondaires. De là le progrès tardif des connaissances physiques dans l'antiquité. La raison ne comprenant pas Dieu, les destinées de l’homme, l'origine et la fin des choses, n’était pas libre de consacrer à d’autres études des heures agitées par d’autres sollicitudes. Elle était comme Ixion sur la roue, enchaîné à un doute éturnel.
L'orthodoxie chrétienne mit fin à cetesclavage. Elle répondit à £es questions suprêmes qui ne laissaient pas de repos à la pensée. Elle renvoya l'esprit humain, satisfait, à des travaux plus sûrs. Il fut permis aux chrétiens seuls de: descendre aux études pru'anes. Pour ceux qui doutent,:
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s'ils sont sincères, comment peuvent-ils se décider à résoudre un problème d’algèbre ou toute autre difficulté scientifique, avant que d’avoir résolu ces incertitudes qui doivent troubler leur sommeil et mouiller de larmes le chevet de leurs nuits. Et que mauque:t-il au siècle présent pour en faire un grand siècle, que de rendre le repos et la quiétnde d'esprit à tant de talents incomestables ? Jamais peut-être n'existera-t-il plus d’inspirations généreuses, plus de nobles ambitious et d’honorables désirs. Et jamais plus d'efforts perdus, de velléités impuissantes et de caractères indécis. C'est l'éducation bienfaisante et sévère du christianisme qui seule manque à tous ces génies : la foi est surtout daus la volonté, et la volnnté, c’est la plus grande moitié du génie. L'esprit sans l’orthodoxie est un vai seau sans boussole sur des mers inconnues : il peut franchir des distances infimes, saluer des rivages lointains, décrire des sillons prodigieux ; mais où est-il ? où va-t-il ? sur quels rivages amis se r'eposera-t-il ? où trouvera-t-il le port du salut ? Il n'en sait rien et ne le saura jamais : à l'heure même où il croira toucher au terme heureux de sa course, il rencontrera peut-être le gouffre béant et il sombrera. Sainte-Beuve, mort en plein caline plat, et Alexandre Dumas, qui a senti le besoin de bénir, expirant, le Christ, qu'il avait, vivant, tant de fois injurié, étaient de force à conquérir le génie : l’orthodoxie leur a mauqué et ils sont restés au-dessous d'eux-mêmes, au-dessous des espérances qui reposaient sur eux. En Canada, M. Dessaulles est sans:contredit un beau talent ; qu’estce qui empêche cet homme de s'élancer dans les hauteurs sublimes où l'intelligence reflète le génie ? Il a perdu la quiétude de l'esprit ; il a rejeté les croyances qui avaient nourri et fortifié son enfance et déserté l'Eglise à l’ombre de laquelle sa jeu..esse s'était éccül$e. Venu dans un temps où le vent du doute soufflait de toutes parts et entra. nait tant d’intelligences dans l’abime, il a suivi le malheureux courant, et, ne trouvant plus au dedans de lui-même les convictions fortes et vives de la foi, il n’a plus marché qu'à l'aventure et péuiblement dans les sphères de la scien-
ce ; privé de sa force naturelle, son intelligence n'a pu s'élever jusqu'au génie, Un jour peut-être M. Dessaulles, fatigué du doute, découragé de poursuivre la vérité dans des voies sans lumières et instruit peut-être par l'écrasante logique de nos temps d’alarmes, de défections et d'amertumes, se repliera sur lui-même; il calculera Île vide immense du doute ; il sondera l’abime qui est sons ses pieds ; il se reportera à des jours plus heureux pour lu; il se rappellera l'amour et les conseils de sa mère : cette grande vertu maternelle qui s’est levée si radieuse, si dévouée, si attachante sur son berceau, et qui a élevé son enfance et lui a appris à goûter les joies pures que procurent la vertu, la religion et Dieu ! Ce souvenir du pas 6 jettera une vive lumière dans cette âme : elle se dira : «la foi avait suffi à la félicité de mes premières ant.ées : elle seule sera la force de mon âge mür et le charme de ma vieillesse, comme elle fera ma béatitude dans l’é. ternité. » Que ces espérances si douces à mon cœur de canadien et de catholique se réaiisent un jour et les lettres compteront une illustration de pius.
la foi ou l'orthodoxie est donc un bienfait, mais le bienfail engage. C’est une loi: et par conséquent elle crée des obligations. Ces obligations se réduisent à trois : l'étude, la production, la controverse. .
Il ne faut pas croire que la Foi, que le soin des in‘térûts d'une croyance chère et menacée retienne les chrétieus éloignés des connaissances humaines. La religion, qui Les rassure, ne leur a pas fait inutilement ces loisirs. Elle ne leur permet pas seulement,elle leur recommande la science. Car si la vérité est Dieu même, il s’en suit, comme parle saint Augustin, que toute science est bonne en soi, et que le vrai est souverainemeut désirable. Au fond de toutes choses et dans ies dernières profondeurs de l'infiuimentpetit, il faut bieu fiuir par trouver la trace de l’idée éternelle. Ce vestige est empreint dans la création, et c'est ce qui sauctifle l'étude de la nature ; il est encore plus saisissaut dans homme, et c’est ce qui fait la dignité de la philosophie. La
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Providence remplit l'histoire, et de 1à Bossuet professe qu'il est honteux à un hounète homme d'ignorer le genre humain. En sorte que, dans tous les ordres et à tous les degrés, c’est loujours un Dieu absent qu'on poursuit, qui se cache de façon qu'on le cherche, mais de façon qu'on le trouve ; parce qu'il veut éprouver l'amour et ne le désespérer pas.
De là vient, pour la science chrétienne, l'obligation de l'étude et du travail. Elle sent le besoin de multiplier sans cesse ses recherches, afin de trouver partout ce Dieu centre éternel de toute science. Elle s'arme d'une héroïque patience ; elle remne le passé, interroge les siècles, étudie la nature, descend jusqu'aux entrailles de la terre pour en découvrir les richesses, approfondit les lois 1dmirables qui président au monde physique, se livre à la contemplation studieuse de l’espace sans bornes ; le monde moral, le monde surnaturel, l'homme et Dieu, tel est le champ de ses investigations. L’orthodoxie a créé la science ; tout en prenant soin de nous co iserver la sagesse antique, elle l’a developpée, christianisée ; cherchez une vérité scientifique qu'elle n’a point étudiée, qu'elle n’a point approfondie, qu'elle n’a point illuminée. Et aujourd'hui, malgré tant de services lahorioux, : allez pas croire qu’elle se repose et qu'elle se refuse au travail. Il y a encore dans l’histoire, dans la philosophie, dans la physique, partout, des conclusions glorieuses pour la Providence, ct elle travaille avec une ardenr loujours jeune et loujours infatigable. C'est l'immortel levain de l’orthodoxie qui la travaille, comme elle travaille toutes les intelligences qu’elle inoude de ses lumières.
Si la possession de la foi oblige à la recherche de la vé rité, la possession de la vérité oblige à la communication, Cette paternité intellectuelle, c’est une loi chrétienne. Aussi voyez les grands hommes du paganisme : ils ont su, mais ils n’ont pas enseigné à tous ; ils ont possédé, mais ils n’ont pas communiqué ; l'humanité ne profita pas de leurs inspirations solitaires ; ils ont été condamnés pour avoir rete-
nu la vérité captive. Pour nous, comprenans.le, il faut donner après avoir reçu, il faut produire, après avoir possédé,
Mais comment donner et par quoi produire ? Nous passédons par la science, nous devons produire par l'art La science est le fond, l’art est la forme. Sans la forme exté térieure les corps n'auraient aucune distinction possible ; saus l’art la science ne se manifesterait jamais an grand jour ; elle resterait à jamais enfouie dans l'intelligence. Comme l’artisie, qui a conçu dans son imagination puissante quelque noble et grande physionomie, en reproduit immédiatement les traits sur le marbre ; ainsi le chrétien, quaud il a conçu une pensée, quand il a saisi une vérité, la produit au dehors ; appelant la parole à sou secours, il parle avec art ; il remue des milliers d'hommes et leur communique la vérité qu'il porte en son sein. Ainsi la parole est la forme ou l'art qui propage la vérité, comme la sculpture est l’art ou la forme qui reproduit les physionomies. Quant à nous, gens de lettr.s, la forme dont nous disposons, c'est la langue française, langue souverainement chrétienne et qui tient de la religion par ces trois grands caractères de majesté, de précision, de clarté. C’est par là qu'elle est devenue la langue de la civilisation. Elle tient sa force du principe organisateur des temps modernes. Cette langue fut faite par l'Eglise Pascal vint la fixer ; Bourdaloue la marqua au sceau de sa logique sévère ; Bossuet la rendit tout à fait maîtresse. La poésie même reçut le souffle chrétien, et la tragédie parut dans sa gloire quand elle fiuit par des mystères, Polyeucte, Esther, Athaliv! Cette langue est un dépôt qu'il ne faut pas laisser altérer ; nous en répondrons ..…..../£lle nous suffit d’ailleurs, et, quoi qu'on en ait dit, les chrétiens n'ont pas besoin de la langue de Rousseau ; la leur est faite cent ans avant lui.
Après avoir reconnu la vérité, après l'avoir produite au dehors, il faut savoir la défendre : c'est le devoir de la controverse. La controverse religieuse est inévitable ; elle se rencontre à tous les points élevés des sciences. Elle n’a
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CONFÉNRNCES. 145
rien d'odienx si elle se sonvient de son origine, La foi a vorilu se commumiquer sans nuire à la liberté de l'homme ; elle n'a pas refusé la discussion, afin d'honorer de la sorte la soumission volontaire des esprits.
Il y a en ceci, de la part de la divine providence, nn ménagement plein de bonté. La bonté sera le caractère de la controverse chrétienne.
La controverse, Messieurs, est devenne l'arme nécessaire de la vérité et particuliérement de la vérité catholique. Cumme je le disais l’année dernière, en vous parlant de l'éducation des classe libérales, /! eœiste, dans notre siècle vssentiellement raisonneur, un terrain où mille conflits surgissent entre l'homme ct Diru, entre les nations et l'Eglise : le terrain de la vérité. La prétention de beaucoup d'esprits consiste à vouloir refaire l'histoire et renverser les principes fondamentaux de la science, de la société et de la religion. Cette préteution sacrilége s'affiche; par la publicité la plus répandue, elle arrive à des millions d'âmes pour les fourvoyer et Les perdre. Il faut douc la combattre, si nous ne voulons pas qu'on nous reproche d'avoir été les complices de l'erreur. Mais comment la combattre ? sinon par la controverse ; c'est-à-dire par cette force divine de la verité qui ne craint pis de s’aflirmer ouvertement et de porter à l'erreur et au mensonge, un démenti solennel et généreux.
Sans doute, il faut que cette controverse se fasse avec charité : en attaquant les faux principes, il faut qu’elle respecte, dans la mesure de l'amour chrétien, ceux qui sont les apôtres et les défer.seurs de. l'erreur ; ce n’est même qu'à ce prix que la polémique catholique sera véritablement bouue, Cependant, w’allons pas croire, en abusaunt étrangement des mots et des choses les plus sacrés de l'Evangile, que sous le prétexte de la charité, de la prudence, de l’amour, de ce que l’on voudra, on doive laisser l'erreur s’affirmer librement. La charité chrétienne, par exemple, ne doit pas laisser indignement chasser le Christ et son Enouse des gouvernements, sous le prétexte que s’y opposer serait £:oisser une quautité de satolques, mieux intentiounés que
Clairvoyants, qui ont cette dévotion filiale ; la prudence ne consiste pas à laisser faire le mal, maïs bien à l'empècher. Pour l'amour, etsurcout j'amour chrétien, n'allez jamais exiger de lui le silence, lorsque l’homme et les sociétés, entrainés par l'erreur, tourent à leur perte, il vous répondrait que son silenre serait une lâcheté, une trahison, une indign:té inqualifiable.
Non!la bonté n’est pas la trahison, elle n’est point la ‘peur, elle n'est point la complicité du mal, elle n’est point le silence coupable ; et voilà comment la bonne controverse n’est point une suspension d'armes, ni la fuite du combat ; mais bien plutôt la lutte noble, charitable, mais forte, mais intrépide, mais persistante, mais courageuse, maïs vigilante, mais chrétienne enfin, dans le sens profond et vrai de ce mot; c’est-à-dire imitatrice de Jésns-Christ qui n’a point laissé, pendant sa vie mortelle ici-bas, de poursuivre l’erreur jusque dans Îes plus secrets replis de la magistrature et du sacerdoce judaïque, sans s'occuper si sa parole, sa polémique divine devait ou ne devait pas agiter, troubler les consciences, qu’il était venu sauver dans son infini amour et daus sou incommensurable charité.
Telles sont, avec la foi, les obligations de la littérature. Qu'on ne s’y méprenne pas, arranger ses idées avec art, pré. senter ses pensées avec harmonie, écrire avec élégance, parler avec toutes les richesses d’une lañgue, etc., sont, sans doute, des biens précieux et qu'il est indispensable d’acquérir si l'on veut être quelque chose en littérature ; ceperdant, ce n'est pas assez ; et si notre littérature n’est ras croyante, si elle ne prend pas sa source dans le sein même du Christ, si elle ne s'inspire pas des douces quiétudés de la foi, elle ne sera jamcis qu’une lumière fausse et metisongère, propre à nous égarer et à égarer les autres. Si elle n’est point laborieuse, si elle ne se met pas à la recherche de la science ; si elle ne se fait pas un devoir de répaüdre la vérité qu’elle aura/trouvée ; et si élle ne se constitue pas au service de la vérité pour la défendre avec force, en mètre temps qu'avec charité, elle n’aura plus sa #aison d’être et perdra ainsi tout son prix et toute sa valeur,
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Depuis près de deux siècles, nous avons le triste spectacle d’une littérature ircrédule et ennemie mortelle de:la vérité. Rousseau, Voltaire et tous ceux qui, dans un degré ou dans un autre, ont voulu suivre les traces de ces deux grandes ruines intellectuelles, ont cultivé, avec une ardeur incroyable, le champ de la littérature ; ïls ont remué
cette noble terre que tant d’illustres sueurs ont arrosée;
ils ont deposé dans les sillons des Lettres une semence de laquelle ils espéraient beaucoup. (Cependant rien n’a germé, rien n'est venu ; la terre est restée stérile, et, au lieu d’une rs<on riche et ahondante, la po-térité n’a tronvé que d - :: :ces et des épines. C’est que le soleil dela foi re s'est pus icve sur ce champ ; c’est que la rosée de l'amorir chrétien n'est pas descendue sur cette semence ; c’est que la sève généreuse du christianisme a manqué à ces germes
En viin dira:t-on qu'il y a là un épais et verdoyant-feuillage, que ces arbres stériles s'élèvent majestueusemenñt
‘dans les airs et qu’un perpétuel zéphir anime ces rameaux
brillants, je ne rencontre là qu'une désolante aridité, que des fruits empoisonnés, qui me donneront la mort, si'je tente jamais de les porter à mon palais pour étancher na soif brûlante.
Malhenr à nous, messieurs, si nous ne voyons, dans la littérature, que les frivoies spéculations de Part. Pour me servir des expressions de Chateaubriand, celui qui en agira ainsi, vieillira dans les langes de son berceau ; il ne môntrera pas sur la fin de ses jours un front sillonné par de longs travaux, par de graves pensées. souvent par de mâles douleurs qui ajoutent à la grandeur de l’homme ! Quels soins importants auront blanchi ses cheveux ? Les misérdbles peines de l’amour-propre et les jeux puérils de l'esprit.
Malheur à nous si, méconnaissant la noble fin de la littérature, nous rejetous d'inspiration du Christ ; privés de cette divine et si secourable force, nous voguerons éternellement daus le vague, l’indéfin: et le vide ;. semblables à ces astres que, par les belles soirées d'automne, nous voyons se idétacuer du firmament, tacer':wn rayon rapide et disparait
-pour toujours, sans avoir laissé après eux une lueur vi ‘vante, uous jetterons peut-être dans le ciel scientifique une clarté fugitive, mais ce ue sera jamais que pour laisser ici bas le vestige saisissant d'une déplorable ruine !
Si maintenant, vous me demandez, messieurs, quel est le secret de cette litléralure orthodoxe, de cette littérature ‘chrétienne, la seu'e vraie et utile et aussi la seule créatrice, je répondrai : Faites silence et écoutez Et comme ce con- -seil s'est rencontré sous une plume illustre autant que ‘pieuse, je la laisse développer ici sa pensée, ce sera d'ailleurs le noyen de prouver combien il est heureux de sa. voir se taire pour écouter même la voix d’un homme, sur- ‘tout quand cet homme parle dans le silence de son cœur et qu'il ne fait que répéter les accents de la voix intérieure qu'il entend.
“ La plupart des hommes, dit le Père Gratry, surtout des hommes d'étude, n’ont pas uue demi-heure de silence par jour. Et quaud le livre de l’Apocalypse dit quelque part: 4 Etil se fit dans le ciel un silence d’une demi-heure,» je crois que le texte sacré signale un fait bien rare dans ke ciel des âmes.
» Pendant tout le jour, l’homme d'étude écoute des hommes qui parlent, ou il parle lui-mêine ; et quaud on le croit seul et silencieux, il fait parler les livres, avec l’extraordi paire volubilité du regard, et il dévore‘en peu d’instant de lougs discours. Sa solitude est peuplée, assiégée, encombrée, non-seulement des amis de sou inteliigence et des grauds écrivains dont il recueille les paroles, mais encore d'une multitude d'incounus, de parleurs inutiles et de livres quisout des obstacles ....ituirsmrenisaméte) pannes voie
“ Veuillez me croire, quand j'affirme qu’un esprit qui travaille ainsi apprendra rien, ou peu de chose, précisément parce qui n’y aqu'un maître, que ce maître est en nous, qu'il faut :'écouter pour l'entendre et faire silence, JMOOULODdnscsbdiissess ho bobes ti ic brie dés
‘ Faites taire les hommes, faites taire les livres, soyez vétitablemeut seul, avez-vous pour cela le silence ? Qu'est ce
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que cette loquacité intérieure des vaines pensées, des désiré inquiets. des passions. des préjugés particuliers de votre éducation, des préjngés plus redoutables du siècle qui vous por te et vous inspire à votre insu, Avant d'arriver an silence sacré du sanctuaire, il y a de grandes victoires à remporter. Il faut ces surnaturelles victoires dont l'esprit de Dieu dit : &# Celui qni sera vainqueur, je lui donnerai pouvoir sur les nations. ” Il faut cesser d’être esclave de soi-même. et esclave de son siècle. Je ne dis pas que la lutte doit avoir cessé, je dis qu’elle doit avoir commencé. La passion en vous doit avoir senti la puissance supérieure de la raison. Il faut avoir rompu avec le siècle, et avoir dit au torrent du jour : tu ne m'emporteras pas. Il faut avoir échappé à ce côté faux de l'esprit du siècle, à cet entraînement aveugle et per! vers par lequel chaque époque menace d'échapper au vraÿ plan de l’histoire universelle et en retarde l'accomplissement. Ce siècle-là, ce corrupteur avec ses préjngés, ses doctrines, sa philosophie, s'il en a, il faut s'élever et se tenir élevé audessus de lui, pour le jnger ; le juger pour le vaincre, et pour le diriger au nom de Dieu... se
“ Mais précisons. Qu'est-ce, en effet, qu'écouter Dieu ? me direz vous. En pratique, écouterai-je ainsi, comme leg contemplatifs de l'Inde, depuis le matin jusqu’au midi ? me tiendrai-je le front penché et la tète appuyée sur ma main, ou les yeux levés vers le ciel ? Que ferai-je en réalite ? Voicila réponse. Vous écrivez. Vous êtes-vous quelquefois demandé : Quel est le moyen, y a t-il un moyen d'appreu-! dre à écrire, et de développer. en ce sens, vos facultés dang’ toute leur étendue, je vous l'offre ici.…....Je dirais qu'il vous faut acquérir du style, si ce mot n'avait deux sens, dont lun, le sens vulgaire, est pitoyable. Dans ce deruier sens, il serait bon de dire : « Pas de style !» comme on dit : « Pas de) zèle !» Le meilleur style, en ce sens, est de n’en point avoir, Ce style, on le voit assez, sert à déguiser la pensée ou son: absence : vêtement toujours un peu de mauvais goût, qui en: tout cas, par cela seul qu'ilest vêtement, nousempèche d’ar:: river à la sublime et saisissante nudité du vrai, Mais si
sousentendezle style dans le sens de ce très-beau mnt, “ le style c'est l’homme, ” le style alors c'est aussi l’éloquence ; quand toutefois on a défini avec un maître habile : «L'éloquence west que l'âme mise au dehors. ”
“ Oui! le style, l'éloquence, la parole dans le sens le plus élevé du mot, c'est l’homme, c’est l'âme, mise en lumiere, C'est à-dire que si vous voulez apprendre véritablement à écrire, ilfaut. apprendre à éviter, non-seulemeut tout mot sans pensée, mais encore toute pensée sans âme.........Donc pour écrire, il ne faut pas senlement présence d'esprit, il L encore sa. présence d'âme ; il faut son cœur, il faut l'homme tout entier , c’est à soi-mème qu'il en faut venir. ,% Mais il faut plus. Nou-seulement 1l faut apprendre à évifer toute parole sans pensée, et lotte pensée sans âme ; mais encore il faut éviter, je dis pour bien écrire, tout élat d'âme sans Dieu. Car, sans doute, ce que l'évquence enterd mettre au dehors. ve n’est pas l'âme dans sa laideur, c'est l’âie dans sa beauté. Or sa beauté, indubitablement, C’'ést sa #essemblance avec Dieu: Car, comme le dit excellement Joubert : « Plus une parole ressemble à une pensée, une pensée à une âme, une âme à Dieu, plus tout cela est beau.» fl faut donc, pour tris-bien écrire, la présence de votre âme, et la présence de Dieu ; c’est-à-dire il faut que votre âme tout entière, s'il es possible, soit éveillée, et que la splendeur de Dieu soit sur elle.
& C'est là, dis-je, ce qu'il faut chercher. Mais qui cherche trouve. Si vous cherchez dans le silence et la solitude avec suite et persévérance, plus d'une fois il vous arrivera d'être domine réveillé, et de sentir que vous n’êtes pas seul. Cependant l'hôle intérieur et invisible est tellement caché et impliqué daus l'âme que vous doutez. Est-ce moi-même, ou estce un autre qui a parlé ? Où est-il ? se fait.il entendre de loin, ou parle-t:1l dans ce fond reculé de moi-même si éloigné de la surface habituelle de mes penseés ? Ne vous arrètez pas à ce doute. En pratique, peu importe. Tâchez senlement de ne pas laisser perdre ce que vous entendez, et ch:que vous voyez alors..…..…Æcrivez. Efforcez-vous de dé-
ot,‘ le uence ; : « L'élo-
le plus umiere, ement à out mot Donc ‘sprit, il , il faut veriir.….
le à évie }; mais it d'âme enterd c'est l'â- , C'ést sa lement ée, ne t beau.»
tre âme, re âme a splen-
cherche de avec a d'être ul. Ceaché et i-même,
enten- Di-même Ne vous Tâchez udez, et
s de dé-
crire l’ensemble vaste, les détails délicats du spectacle inté. rieur que vous voyez à peine ;, écoutez et traduisez les vei. pes secrètes du murmure sacré ; suivez et saisissez les plus délicates émotions de cette vie maintenant éveillée..….......….
“ Ecrivez et produisez, dussiez-vous sacrifier ensuite les premiers-nés. Mais en tout cas, les premiers fruits vivants de votre esprit l’animerant ; les fibres se monteront, et se mettront d'accord d’elles-mêmes.
‘“ Savez-vous pourquoi des esprits, d'ailleurs très-préparés, restent souvent improductifs ei n’écrivent pas. C'est parce qu’ils ue commencentjamais, et attendentunélan qui ne vientque de l’œuvre. Ils ignorent cette incontestable vérité, que, pour écrire, il faut prendre la plume, et que, tant qu’on ne prend pas la plume, on n'écrit pas. Etilsne preunent jamais la plume, parce que je ne sais quelle circonspection les arrète ; ils pensent au lecteur; ils tremblent devant toute cette foule de critiques qu’ils imaginent, et devaut leurs mille prétentions. Le respect humain est un fléau dans tous les ordres de choses. Pensez à Dieu et à la vérité, et ne craiguez pas les hommes : règle fondamentale pour bien écrire, comme pour bien parler,
& Ne faites donc pas d'apprèêts pour attirer les hommes. Pas de style, avons-nous dit, mais la sévère nudité du vrai. N'écrivez que les résultats en peu de mois ; retranchez tout ce qui n’est que vêtement, ornernent, aprät, ruse, effet. précaution, transition. Transition ! fléau du style et de la parole! Combien d'’esprits que les transitions empèchent de penser, et ne laissent jamais arriver à ce qu’ils voulaient dire. N'écrivez que là où vous voyez, où vous sentez. Là où vous ne VOYez pas, OÙ vous ne sentez pas, n'écrivez pas, laisez-vous ; Ce silence-là aura son prix, et rendra le reste sonore. Quell: dignité, quelle gravité, quelle vérité dans la parole de celui qui n'attend rien des hommes, qui ne cherche aucune gloire, mais qui cherche la vérité, qui craint Dieu seul et attend tout de Dieu. Le Christ parlant à ceux qui cherchent la gloire devant les hommes, ne dit-il pas ; Son Verbe ne demeure poiut en vous ? ” Donc cherchez
la gloire qui vient de Dieu ; alors le Verbe demeurera en vous.
‘ Jonez pour les muses et pour moi,” disait un celèbre Athénien à un grand musicien méconnu. Appliquez-vous ce mot: écrivez pour Dieu et pour vous. Ecrivez pour mieux écouter le Verbe en vous, et pour conserverses parnles : Supposez toujours qu'aucun homme ne verra jama's ce qui vous est ainsi dicté. Plus un livre est écrit loin du lecteur, pins il est fort ”
Et cependant, Messieurs, il y a ici un écueil, c'est le chant, La musique est par dessus tont l’art du sentiment, Quand un son arrive à l'âne, il la tonvhe, il y produit des ébranlements soudains, et il y excite des émotions pleins d’une douce volupté. Ces émotions et cet ébranlement déterminent l'enthousiasme,et l'enthousiasme, lorsqu'il s'élève, lorsqu'il se transporte et qu'il est réglé, est une excellente chose, sinon la nlus excellente de toutes ; mais lorsqu'il sort des limites, c'est-à-dire lorsqu'il s'émancipe du jugement et qu'il ne connaît plns de bornes à son exaltation, trop souvent alors il oublie la réaiité et se jette à corps perdu dans lenivrement qu’il goûte. Par suite, il se détourne de son objet ; faute de savoir se contenir, il se heurte à l’écueil de l'utopie. C’est alors qu'il chante et que, tout harmonieuse que soit la fibre retentissante de ce cantique, il n'apporte à l'âme qu'une symphouie enchanteresse qui la remue sans la toucher.
‘ Rompons donc avec ce chant trop explicite, non par un calcul de détails, mais par une modération générale et une profonde prudence, qui, n’osant pas chanter, modère le rhythme des mots, le rend presque insensible, de même qu'elle renferme en elle, avec pudeur, l'enthousiasme de sa penséeet le maintient intime, câché, réservé, presque insensible, mais d'autant plus irrésistible et pénétrant. ”
Faire silence et écouter, c'est-à-dire se recueilhr, se retirer au-dedans de soi-même, dans ce sanctuaire sacré où est présent le saint des saints, dans ce tabernacle divin de l’ème où
Dieu 5e plait à faire entendre le perpétuel murmure de la
era on
celèbre eZ-VOUS ez pour $ parnjamais loin du
c'est le timent, uit des pleines ent dés'élève, cellente w'il sort ment et op soudu dans de son cueil de onieuse porte à lue Sals
par un et une
vérité ; se roeneillir Ià, loin des hommes, loin des choses, loin de tout, mais en Dieu et écoutcr ; c'est-à-dire s’effnrcer de saisir la snblime note du silence diviu : je conduirai son me dans le silence et là, je lui parlerai au cœur ; écouter, retenir jnsqu'au jeu de sa respiration, afin qu'aucun bruit ne nuise à la parole mystérieuse An dedans ; ponr cela écrire ce qu'on entend comme on l’entend,en ayaut soin de ne mèler ancun accent étranger aux accents de la voix divine qui parle à l'âme émue, tel est donc le graud art d'appreudre à écrire, dans le sens chrétien de ce mat.
Ecrire sansavoir fait silence, sans avoir écouté ; écrire au milieu du tumulte des vaines peusées, des passions mauvaises, des ambitions frivoles, des préoccupations mondaiues ; écrire pour le vain plaisir d'écrire on pour s’attirer les hommages des hommes, c’est la littérature inférieure : littérature mesurée, brillante, imagée, pompeuse, qui peut bien frapper l'esprit, mais qui ne saurait toucher le cœur, ni pratiquer dans l’éme la greffe de la vérité,
Nous voulons écrire ; nous avons depuis assez longtemps la co.:naissance des règles ; nous avous étudié les chefsd'œuvre de l'antiquité et des premiers siècles de liglise ; la littérature contemporaine nous est presque familière ; nous croyons que tout cela suffit, et que sans purifier notre cœur, saus calhiner notre esprit, sans lutter contre les séductious de la nature humaine, sans briser avec les emvrements du monde, nous pouvons nous élever jusqu'à la littérature supérieure, à cette littérature riche, noble, subli me, grande et divine qui est la seule et véritable splendeur du vrai: erreur! La splendeur du vrai, v'est-ce pas le beau ? Et le beau, n'est-ce point la révélation du divin, c'est à-dire l'apparition de Dieu dans la nature ? Or comment reproduira t-on Dieu, si notre âme obscurcie par les nuages épais de ses faiblesses et de ses misères, n'offre plus qu'une surface opaque aux rayous de l'asire divin ?
[l est dit quelque part dans l'Ecriture que Dieuremplil l'ar. dists de l'esprit de l'art,que peut signifier cette parole ? Sinon que C'est Dieu qui est le suprème iuspirateur du genie ar-
tistique, comme il l'est de tous les autres. Si donc nons voulons écrire et parler avec art, il fant préparer à Dieu uue voie tacile, afin que l'esprit de l'uriiite soit créé en nous ; il faut laisser Dieu, c'est-à-dire l'eternel type du beau, du vrai et du bieu, se creuser un lit profond daus nos ivtelligences, afu qu'il y établisse à Jamais l'éteruel courant du bien, du vrai et du beau. Et pour cela que fantil? Le silence : le silence qui éconte et qui recueille religieusement ce qui lui est dit daus l'intimité de l'union avec la divinité.
Eu écrivant ces lignes, exposées, je le pressens, à rencontrer plus d’un sourire incrédule et mème de pitié, le souveur de ce que tant d’ignorunts ont écrit d'admirable et de divin, se présents involontairement à ma mémoire ; et lorsque je cherche le secret de cette étonnante force litteraire d'êtres qui ne savaient rien on presque rien de ce que nous appelous les lettres ; lorsque je me demande à quelle école ils out pu se former, je ne trouve qu’un secret : le silence ; qu'uue école : le silence !
Et pour ne parler ici que de TFauler, de cet Allemand extraordinaire, de ce religieux des Frères Prècheurs, dont la pirole puissante allait jusqu'à livrer son auditoire, corps et âme à l’extase, quel fut sou maître, sinon le silence ?
Tauler prèchait depuis longtemps ; la foule l’entendait avec plaisir ; elle allait même jusqu'à le riche’ cher ; mais Tauler sembiait parler dans le vide, car personne ne se convertissain Quelque chose me manque, se ditil uu jour, ma parole west point fécoude e: elle devrait l'être. Come il élait dans ces réflexions, il rencontra un laïque qui le peiça à jour et qui lui fit connaitre que le silence seul lui mauquait Tauler se condamma à un silence de plusieurs années, peudant lesquels il écouta la voix de Dieu, ce qui l'éleva au fuite de son cœur. ÿ
Uu jour, dit un de ses historiens. il remonta en chaire. La foule était grande, pour l'entendre. Tauler parcourut dus yeux cette multitude avide, puis rabattit son capuchon sus ses yeux et prid La foule altendait, et les parvles ne
cnoug à Dieu réé en ype du 111s n08 el couje fautle reli- Di AVEC
renconsou vet de diet lorstteraire ce que à quelle ret : le
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itendait M; mais e ne se lu Jour, Couwime
qui le seul lui lusieurs , Ce qui
chaire, rcourub puchon oles ne
venaient pas. Zlles furent remplacées par les larmes. Tuu.. ler pleurait et ne parlait pas.
Quelle svène ! La foule s’impatiente ; quelqu'un interpelle Tauler et lui demande s'il parlera. Mais Tauler ne faisait que pleurer. Il pleurait, il pleurait, et la foule avide de son éloquence inférieure, incapable de supporter son éloquence supérieure, la foule necomprenait pas. Enfin Tauler lui donna congé ; car les larmes triomphaient et la langne était conpée. Il demanda pardon au peuple de lavoir inutilement retenu, et le peuple s'en alla. A présent, disaient quelques-uns, nous voyous bien qu'il est devenu fou.
Mais, après un nouvean silence de cinq jours, Tanler éleva la voix devant les frères du couvent, et fut snblime, Uu des frères monta en chaire et dit au peuple: «Je suis charge de vous annoncer que le docteur Tauler prè“hera ici demain, mais s'il Lui arrive encore, comme la deruivre fois, je n’y suis pour rien. »
Cette fois Tauler parla ; mais le silence semblait être devenu sa patrie. Il avait posé son aire dans le silence, comme les aigles à la cime des rochers. Elaborée dans le silence, sa parole semblait aspirer à se perdre en lui. Sortie de sa profondeur, elle aspirait à s’'évanouir, en mouraut, dans sa hauteur. Le silence est la doctrine de Tauler, son secret, sa uourrilure,sa substance et son somineil, Absolument exenipt de tonte recherche oratoire, il ne donue rien à l'apparat, rieu aux conventions, rien aux habitudes ; il va droit au fait, dit ce qu'il veut dire, recommande le silence et rentre daus le silence. C'est pourquoi sa parole ne lui a rien ôté de sa profondeur intérieure. Sa parole n’a pas trahi son âme. Ls silence est l'ange gardien de la force.
Ce fut sans doute ce silence profond qui donna aux paroles de Touler une vertu inouïe. Cet homme, qui sensblait sort du tombeau, en sortait la foudre à la main. Cinquante hommes, après le sermon, restérent inmobiles, comme si une main invisible les eût cloués à leur place. Trentehuit purent se léver pendant la demi-heure qui suivit; mais l'imobilité resta maitresse des douze autres ‘lauler dié-
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au laïque, son conseil et son sontien : qne ferons-nons à res gens, mon fils ? Le laïque alla de l'un à l’autre et les toucha ; mais ils ne bougeaient pas plus que des pierres.
Tauler resta épouvauté du foudroiement qu'il avait fait, Sont-ils morts ou vivants, dit-il à son ami ? —Qu'en penses. tu ?— S'ils sont morts, répondit le laïque, c’est volre faute et c'est la faute de l’ipoux des âmes.
Ce fait,qui est historique, ressemble à une légende, (Voyez la Revue du Monde Catholique, 25 mars, 1868, E, Hello.
Tel est, messieurs, la force sans pareille du silence ; tel est le mystérieux abime où Dien parle à l'âme et lui communique ce je ne sais quoi de divin qui fortifie, éclaire et illumine magnifiquement l'intelligence.
4 C'est là, ainsi que le disait daus ses sermons Tauler Inimême, Cest là que se prononce la Parole divine. C'est pourquoi il est écrit : Au milieu du silence il me fut adressé une paro'e secrète...….Où donc Dieu agit-il ainsi ? dans le fond, dans l'essence de l'âme ? Les puissances de l'âme ne peuvent saisir et connaitre un objet que par son image, Elles ne peuvent, par exemple, Connaitre un cheval sous l'image d’un homme. C’est précisement parce que toutes les images arrivent à l'âme du dehors que le mystère lui est caché, et c’est pour elle un grand avantage. L'ignorance la plonge dans l'admiration. Elle cherche à se rendre compte de ce qui se passe en elle ; elle sent bien qu’il y a là quelque chose ; mais elle ignore ce que c'est. Dès qu: nous connaissons la cause d’une chose, elle n’a plus aucun charme pour nous ; nous Courons après un autre objet, toujours plus avides de connaître, et ne trouvant jamais le repos que nous cherchons. C’est cette connaissance pleine d'ignorance et d’obscurités qui fait que nous nous attachons aux opérations divines qui se passent en nous, et qu'au milieu du religieux sileiice qui règue alors daus notre âme, nous eutendons la parole secrète de Dieu.”
Mais pour faire ainsi silence et écouter, fant-il laisser là
sa famille, sa profession, dire adieu à la société, s’enfermer
rs à ces 8 tou-
ait fait, penses.
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dans un cloître, s'y livrer à la pénitence et à la contemplation ? Non ! comme le disait Tauler lui-même, # y a duns le cloître des hommes dont l'&me et le cœur sont toujours aw dehors, égarés dans la multiplicité des choses qui passent. Il y en a d'autres, au contraire, qui sur les places :publiqurs, aw milieu d'un marché ct des distractions sans nombre qu'on y trouve, savent si bien garder leur cœur et leur sens, que dans ce tumulte et re bruit vien ne peut troubler la paix intérieure el porter préjudice à leur âme.
Il ne s’agit donc plus d’une séquestration ou d'abandonner l'état dans lequel nous sommes entrés. Il faut simplement, tout en accomplissant les devoirs de sa position sociale, entreprendre la lutte contre les passions mauvaises et tout ce qui trouble et égare les âmes. D’Aguesseau, Rollin, Ozanam et tant d'autres illustres chrétiens qui se sont si magnifiquement élevés dans 1es hauteurs sublimes de cette litterature supérieure, amie et apôtre de la vérité, n'avaient point cessé de vivre au milieu de la société et de s'y mêler même aulant que leur qualité de citoyen le réclamait ; cependant tous étaient les frères du silence ; tous portaient en eux mèmes une pensée, une affection profonde qui triomphait de toutes les légèretés et de toutes les distractions mondaines et qui leur permettait d'engendrer, pour ainsi dire, daus le fond et l'essence même de leur âne, et par le secours de Dieu, le germe puissant et fort, en mème temps que généreux et fécond, de la vérité. Cette pensée ou cette affection, Dieu en était l'objet, et quand Dieu entre dans une âme, quel que soit le milieu où elle s’agite, le sileuce eutre avec lui; car il est l'infini, et le propre de l'infini, c'est de tout absorber. Quand le soleil apparait à l'horizon que devienneni les mille flambeaux de la nuit ? Ils s’effacent devaut une lumière plus grande et plus vive. Quand les veuts soufflent avec violence, que deviennent les milie bruits de la nature et de la rue ? Ils se perdent, au point que vous ne les ententez plus. De mème des agitations,des iuquiétudes, des distractions de l'âme ; dès que Dieu pa-
Trait, tout se calme, tout se tait et seule la voix divine re-
tentit an dedans, le cancert divin commence et ne cesse de remplir l'âme des melatdiuuises st énivrantes symphonics de lu vérité,
Bas doute, ponr la jeinesse surtont, il y a les entraîne. mouta, ln férwe brulante dé la conenpiscence, et, à vÔôté, la chui, la chute Aves nes remords et ses hontes. Mais il va ausai la Lutte, c'est hctive Pavtion de l'âme. humiliée de ses fab vases, qui appelle Dieu, aflu qu'il l’aide à se relever et à vainvre Lea obslaoles innotibrables qui la sépare de Ini. Or Divu n'est pus sut à cet appel. Si la chuie l'élaigne, la lutte le rame, el [à tumène avec de nouvelles forces et de plus vives luiibties. de le dirai même en toute sécurité. pour que Dieu habite dans une âme et la remplisse de ses dons, il suffit qu’elle lutte courageusement. 11 connait mieux que persoune notre fragilité et le scandale de notre mulh-ureuse époque ; mieux que personne, il sait que la vie est un combat, que le royaume du ciel souffre violence, et qu'il n'y a que la violence qui l'emporte ; et s’il s’afllige de nos chutes, il ne s’en etonne pas. Pourvu qu'on se repeute etqu'on reprenne les armes, il nous bémt et vient habiter en uous
Ce n’est donc pas une chose impossible que de faire silence etque de ménager à Dieu une retraite en nos âmes, afin qu'il soit notre inspirateur et nôtre maître ; et lorsque nous plaçons à ce prix la vraie, la belle, la grande, la sublime littérature, nous ne donnons donc pas dans l'utopie. Pour ceux cependant à qui cette spéculation paraîtrait trop haute, il n’y a qu’une chose à leur dire, c’est qu'ils sont trop les enfants du rruitet que, venu du bruit, leur littérature, comme un arbre stérile ne portera jamais de bons fruits, puisque ainsi que le déclarait, avec son grand sens, M. de Maisre, de bien ne fait pas de br'uit et le br'uit ne fait pas de vien.
Je laisse, presque sans avoir rien dit sûr cite, cette belle et haute doctrine du silence comme premier inspirateur de da littérature supérieure, C'esva:dire de la liuérature qui est -exclusivement.au sezvicé de la vérité et'du bien. J'aurais voulu appuyer avec plus de détails sur lefait que le sileuce
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silence es, afin ue nous sublime Pour op hautrop les ‘e, Con- LS, puis- 1e Maisvien.
te belle teur de qui est J'aurais silence
de l'âme en Dieu, ou la parole de Dien à une âme silencieuse, est la condition sans laquelle la vérité ne pent s’incarner dans les intelligences, et c'est à peine si j'ai pu faire comprendre que c’est à cette mystérieuse source que la lit térature doit aller s'abreuver, si elle veut être, dans le vrai et daus le fond, la servante du bien, du vrai et du bean. En vous parlant de Jésus-Christ comme la voie et la vie de la vérité, j'aurai occasion de revenir sur ce sujet. Pour le présent, je dois me hâter de dire quelque chose de la littérature comme forme ou comme art,
Je ue craindrai pas de l’affirmer tont d'abord, l'art littéraire, est un art difficile et qui ne se livre qu'au travail, Pour atteindre cet art.il ne suffit pas d'avoir fait,môme avec le plus grand succès, un cours de Belles-Lettres et de Rhétorique dans un collége, serait il la première institution classique de l'univers. Ce cours a pn donner les premières idées des règles et les premières notions des ressources de l'art, mais c’est tout. etsi une étude de plusieurs années, une étude sérieuse, une étude approfondie ne vient pas, par la suite, faire fructifier cette première semence, laiu de produire des fruits, elle ne sera pas longtemps sans se perdre entièrement. Cependant rien de plus fréquen! que de rencontrer des jeunes hommes qui vivent dans une sécurité toute contraire. Dès leur sortie du collége, ils ont eu le malheur de prendre la plume pour la publicité et le malheur plus grand encore, de rencontrer des approbateurs outrés et iréfléchis qui ont vanté, exalté, sans dicernement aucun, ces prennères productions du talent. Il n’en a pas fallu plus pour ‘persuader à ces jeunes geis qu’ils étaient passés mai tres en littérature et pour leur fa:re croire qu’il était contraire à leur dignité d'écrivains distingués de se livrer a lé. tude de la littérature. Et ils sont démeurés étrangers aux secrets de l’art ; et ils n’ont pn développer les adimirabies talents dont la Providence les avait doués ; et ils ont tronpé les esperanices qui reposaient sur eux. Et qu'on ne croie pas que ce reproche s'adresse uniquement à mes vonciioyens. Je ne parle pas en ce moment au point de vue
Canadien. je parle des études littéraires et du mépris qu'on en fait partout. Dans tous les pays, à part quelques rares exceptions, on n’approfondit pas assez la littérature, et voilà pourquoi.partont,il va si peu de vrais littérateunrs. En France, on n’est pas plus scrupuleux que nous sous ce rapport : J'ai pour affirmer ce fait, l’antorité même de Mgr. Dupanloup, qui, on le sait, ne prodigue pas les actes d'hümilité lorsqu'il s’agit des gloires de sa patrie, «Je ne dirai pas, ditil, l'immortel éloge que fesait autrefois de l'étude des Lettres l'Orateur de Rome... Je serais bien plutôt tenté de demander où sont aujourd'hui les hommes du monde qui, après avoir consacré à l'étude des Lettres leurs premières et pli belles années, en conservent quelque “hose, je ne dis pas même pour la lumière de leur esprit et la con:olation de leur vie, mais pour l'occupction de leurs loisirs: C'est que « les premi£:es études littéraires, comnie le disait avec raison le chancelier d'Aguesseau, ne donnent que la clef de la littérature » S'en tenir là, comme on le fait si souvent, c’est n’y pas pénétrer, et renoncer mème au bénéfice des premières etudes ; car bientôt 11 u’en reste plus que des traces confuses : au bout de quelque temps on n'est plus même en état d'entendre les auteurs. »
Mais puisque, tout en faisant cet aveu, l'illustre nrélat appuie sur la nécessité de continuer, mème ap'es us premier cours, l'étude des Lettres, laissons-le poursuivre, c'est le moyen de:servir heureusement une cause que je ne plaide, et que je ne puis plaider, qu’ave: le sentiment de l’avoir tout le premier malheureusement méconnue.
“ Ce qui fait la faiblesse et l'insuffisance ries pre. mières études littéraires, c’est le défaut de la pensée et de la réflexion : en d’autres termes, c’est l'âge auquel on s’y livre. Er seconde, en Rhétorique.et tant qu’uue forte philosophie chrélienne n’a pas affermi l'esprit d’un jeune homme, le fond des idées manque, et par conséquent la vraie et solide littérature : l’intelligeuce de grands principes littéraires est nécessairement superficielle, et le sentiment du beau peu profond ; lecôté moral et religieux des lettres,d'où
ler elice léœèt fond ce à alors veall ter u n'ave c'est cette et pl qu'el riche jour :
tions Pu littére et qui bien | L'est de cu phras rair'es sant « d'ecri usage cultu te ap empidq beurs autou l'occa donne distiu
quali
pu'on rares voilà ace, port :
ipanuilité s, dit- ; Let- , lé de > qui, nères je ne naolaisirs :
le ditique fait si béuéus que | n'est
prélai 1 pre- , c'est je ne dela &
preet de s’y liphilohomraie et
littéent du es, d'où
“Lx;
ler. vient leur grandeur réelle.leur haute et féconde influ. ence, apparaît pen, frappe peu.
“ La littérature,on ne doit pas s'y tromper.n'est pas chose légère : ponr en saisir la jiortés, la vatenr, LS vraies et pro fondes beautés, il faut une maturité de raison qui commence à peine quand finissent les etudes classiques : c'est do ic alors le moment de r'venir sur ses pas, de visiter de nouveau les cheinins parconrus,de remonter aux sources, de je ter un coup d'œil plus sûr et plus pénétrant sur ce dont on n'avait guère aperçu que la brilaute surface : en un mot, c'est le moment, non d'abandonner, mais de poursuivre cette belle étude des lettres, et d'un point de vue plus élevé et plus chrétien, si l'on veut eu recneillir la haute culture qu'elle donne à l'âme, si l'on veut se former par là un fo ds riche, qui alimente la vie, et où, plus tard, on puise chaque jour ; nu foyer, d'où partent iucessamment les iliunna. tions uliles, [es aspirations puissantes, ”
Puis s'adressant à ceux quine trouvent dans les études littéraires qu'uu délassement, un agreable emploi des loisirs et qui ne voient pas pour eux-mè es la nécessité de pousser bieu loin de telles eiudes, Mgr. d'Orléans poursuit: Ce d'est nas un simple agrément de l'esprit, où un pur mterèôt de curiosité, ou une sterile et vaine habitude d'aliguer les phrases, qu’un homme serieux retirera de ses travaux litléraires ; il y puisera, daus le développement toujours croissant de ses facultés, dans le talent de penser, 4e parler et d'écrire, une valeur personnelle et c'est là ce qui est d'un usage quotidien daus le monde Et certes, pour que la culture large et forte de l'esprit trouve son utile et freqrente application, il n'est pas nécessaire d'occoper Les han emplois d’un pays, d'être jeté dans les houueurs et Les beurs de la vie publique. Dans sa Frovince, dans sa ville, autour de soi, dans toutes ses relaiiois sociales, sans cesse l'occasion se rencontre de mettre à profit les avantages que dunue la clarté, la justesse, la vivacité du raisoune.nent, la distinction du langage, la force persuasive qui decide : toutes qualités que l'on doit aux lettres. Et c'est par là que, daus la
ET
plus modeste existence ou dans la plus petite cité. on se rend utile à soi et aux autres, on reste à la hauteur de sa position, on se fait aimer et considérer. Non, ce ne sont pas les occasions qui manquent aux hommes, elles se présentent d’elles-memes, et à tous ; seulement il faut être en état d'en profiter,sinon elles passent comme tons autres choses qui se perdent chaque jour entre nos mains. Voilà ce que ne savent pas assez ceux qui disent : À quoi bon des études solitaires, qui ne serviront jamais ni à moi ui à personne ? La vérité est qu'il n’y a peut être pas un jour dans Ja vie où l’on puisse tirer partie de son instruction, de son talent, de sa valeur personnelle, si on a une valeur personnelle. ?
La valeur personnelle, ce n’est pas une vanterie, mais une justice de la proclamer, en Canada personne n’en manque, Depuis douze années que je voue mon existence à l'Education de la jeunesse Canadienne, j'ai eu à élever de nombreux enfants ; j'ai parcouru successivement l'Education populaire, l'Édocation industrielle et commerciale, ainsi que la haute éducation intellectuelle ; j'ai donc rencontré des sujets de toutes les classes, si diverses de la société, Chez l'enfant des classes ouvrières, j'ai pu admirer, à mon aise, les ressources les plus généreuses du cœur et les dons les plus admirables de l’intelligence ; chez tous ceux qui réclamaient l'Education moyenne et l'Education classique j'ai trouvé un grand fonds d’aptitudes heureuses et de talents féconds ; et ce n’est qu'à de rares exceptions que je me suis trouvé en face de natures incultes. Des instituteurs de tous les ordres auxquels j'ai fait part de mes observations sur ce sujet, m'ont toujours avoué que leur expérience personnelle leur permettait de corroborer ce témoignage, En sorte que j'ai pu conclure qu'il suffisait d’avoir vu le jour sur les rives du St-Laurent et être le fils de la jeune, mais vigoureuse, mais forte, mais pleine d'avenir, famille canadienne pour jouir d’une valeur personnelle excellente. Et si l'étude venait achever l'œuvre commencée par nos écoles, nos académies et nos colléges ; si notre jeunesse sen
, on s8 de sa je sont se préètre en ‘es Cho- Joilà ce on des i à perur dans de son person-
ais une nanque.
l'Educade nomlucation le, ainsi ancoutré société, à mon les dons eux qui :lassique bt de taque je me iteurs de rvations tpérience Loignages oir vu le la jeune, , famille xcellente.
par nos 1esse sen
tait enfin la nécessité de se mettre résolñiment au travail ét de n’en point démordre ; si elle consentait à consacrer lé# trente premières années de la vie aux jouissances que procurent la réflexion, Papplication et le travail de lesprit, nous verrions surgir partout, et à tous les degrés de la société; de: hommes snpérieurs et qui commanderaient à l'avenir. Dans les classes libérales et commerciales, il faudrait surtout s'appliquer aux études littéraires, et, en particulier # l'éloquence. C'est dans ces deux classes que sont choisis ceux qni, dans nos parlements, dans nos corporations, partout sont appelés à faire prédominer l'intérèt catholique et canadien ; Car dans tous ces combats de la politique et dé réconomie, C'est l'éloquence, c’est-à-dire le génie éclairé par la science et servi par une élocution facile et claire, qui finit toujours par l'emporter.
Mais assez de ces réflexions et hâtons-nous d’indiquef quelques-unes des sources où un jeune homme doit aller puiser les connaissances des formes ou de l'art littéraire.
J'en distingue trois principales : les auleurs paiens, le$ Pères gress el latins et ia litlérature francaise depuis le siècle de Louis XIV, jusqu’à nos jours.
La littérature païenue est grande et belle assurément, sf nous la considérons dans la fo“me ; quand au fond. le plus souvent, il manque entièrement. Quoi de plus beau, pour ne citer ici qu’un exemple, quoi de plus beau et de plus grand que la forme de l’Iliade, et cependant que dire du fond ? * Chez les héros du chantre de la Grèce, point de justice raisonnée, mais fougue de passions violentes, soif de gloire. bravoure pointilleuse, qui s’assouvit en duéls et en satisfactions brutales. Achille refuse à Hector de s'accorder mutuellement la sépulture. Tandis qu'il est à bouder dans sa tonte il laisse les Troyens tailler les Grecs en pièces ; il s'en réjouit même avec Patrocle, et souhaite que Grecs et Troyens aient à mourir jusqu’au dernier,pour survivre tous deux seuls : il déchire en lambaux le cadavre de son énnemi, et ne se rend aux instances paterhéllés qu’à un prix élevé. Dans l'assemblée des chefs, il appellé Agamenuïon
mange-dons et dévore-peuples ; il pleure de colère comme uimenfant mal élevé ; il ne sait offrir d'autre consolation à Priam, désespéré de la mort de sou fils, que le repas qu'il lui prépare, encore le menace-t-il s'il ne mange. de le chas. ser de sa tente ; douze jeunes garçons sont immolés par lui aux funérailles de Patrocle : rencontré aux eufers par Ulvsse, il Lui avoue qu'il consentirait, pour être vivant, à se voir le dernier des esclaves. ” Eh bien, je demande, si nue telle âme ne mérite pas d'être citée au tribunal des nationset d'être vouce au mépris général ? Comment le chantre p'a-til pas senti que ce qu'il écrivait de son héros était horrible et que ni les mélodieux accents de sa lvre poetique,ni l'harmonie ravissante qui devaient accompagner ce récit, u'empêcheraient {a conscience publique de se soulever et de s'indigner à la vue de tant de cruaute, de bassesse et de haine ?
Il faut en dire autant de toutes ies autres produrtions paiennes : dans la poésie, dans la tragédie, dans la prose, duns la philosophie et même dans l'histoire, c'est le vice, c'est l'erreur, c’est le mal que, le plus souvent, on célèbre ; et voilà pourquoi.si la forme est belle, le fond est laid, Plnsieurs écrivains modernes ne sont pas plus heureux, et lun d'eux le sentait bien,lorsque pour justifier ses œuvres et cel les de ses frères et de ses fils, il éprouvait le besoin de doanner une nouvelle règle au goût, eu disant : le beau, c'est le laid !
Ce que nous devons donc chercher dans la littérature païenne, c'est la forme et rien de plus; d'ailleurs vour le fonds. j'ai, daus la première partie de cette conférence, indiqué où il fallait le puiser. Ges restrictions posées, je nomme, sans plus tarder, les auteurs païieus qu'on pourra lire et analyser avec profit.
Homère et Virgile pour l'épopée. Il y a là des richesses et des coloris qu'il faut connaitre, si l'on veut s'initier au genre épique. Démosthène et Cicéron pour l'éloqueace. C'est à l'ecole de ces deux maîtres de la parole que se sont formés les pius grands orateurs, ceux surtout qui ont eu soin de
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niser ailleurs un grand fonds de religion et de srience. Esrhile, Sopocte, Euripide, Sénèque, mais ce dernier dans nn dégré inférieur aux trois autres, pour le drame. Piadure, Horace pour la poésie lyrique, genre qui chez ces auteurs est porté à un haut dégre. Esope et Phèdre pour l'apologue; on sait quelles leçons on peut toujours recevoir à l'école de ces deux derniers. Et pour ceux qui sentent le besoin de feconder leur imagination, c'est à Ovide qu'il faut avoir récours ; cependant, il faut avoir soin de toujours choisir des éditions épurgées.
Pour Petude littéraire des Pères de l'Eglise, il n’y a pas de restriction à fire. Les Peres étaient des saints ; ils portaient en eux le germe du divin ; ils avaient quelque chosé, dans leur esprit et dans lenr cœur, de la sagesse même de D eu ; eu eux rien de recherché, rien de travaille, mais un mélange admirable de simplicité.de grandeur et de majesti brutes choses qui vont directement à L'âme, l'eclairen: sans eblouir et déposent en elle le levain généreux de beau, La vertudes Pères est une claire foutaine,une piscine régénératrice, où la pensée et la parole se purifient avant d’ètre éuoncees ; l'Esprit Saint qui les remplit est leur een. eur et leur inspirateur. Avant de réfléchir, ils appellent l'Esprits c’est sous ses yeux, Cest en sa présence que se fuit le travail secrel de leur pensée ; puis quand il s'agit de faire counattre le résultat àe leurs recherches intellectuelles ainsi inspirées, ils supplient encore lPEsprit-Sainuc de demeurer en eux la voix et la parole de la vérité.
On comprend tout ce que cet hôte divin doit imprimer de beau à la littérature des Pères. Lisez les pages imnortelles qu'ils nous ont laissées, vous sentirez quelque chose comte l'apparition de l'éternel dans le terrestre, une inexpranable suavité, une noblesse et une grandeur qui étounent ! Il ya dans ces pages un je ne sais quoi d’indefinissable qui nous gagne et en mème temps s'empare de notre âme, le dilate, l& passionne, la transporte dans des régions supérieures où il semble qu’elle se trouve tout-à-coup envi rounée d'un rayon de la gloire et de la lumière d'en haut Ï
En parlant de l'étude de la Religion. j'ai déjà indiqué les œuvres des Pères de l'Eglise, ainsi qe des ouvrages récents où l’on peut les lire dans notre propre langue. Je m'ajouterai rien aujourd'hui. Je me contenterai d'attirer une attention spéciale sur S£. Grégoire de Naziance, St. Bu-
&ile, St. Jean Chrysostôme, St. Jérôme, Tertullien, St. Ambroise,
#St. Augustin, et, bies que d'une date plus rapprochée de nous, S{. Thomas. La littérature francaise a su s'élever à de Mmaguifiques hauteurs, et voilà pourquoi, il ne faut pas la dédaigner. Ceux qui aiment la poésie et qui se croient apspelés par leur talent à cultiver les muses, doivent se persuader que Corneille, Racine, Boileau, la Fontaine sont d'excellents maîtres ; comme aussi bien que dans un degré inférieur Racine, fils et J B. Rousseau. Je passe sons silence Jean-Jacques. Voltaire, Lamartine et Hugo, le génie était chez tes deruiers trop seuvent marqué d'un caractère de faisblesse.
.Bossuet. Fénélon, Bourdaloue, Fléchier, Masséllon, Frayssinous, fRavignan, Lacordaire, Mgr. Pie, Mgr. de Tulle et le Père Félix sout des guides sûrs pour l’'éloquence sacrée. Le Muistre, sPutru. Terrasson, Cochin, d'Aguesseau et Berryer ont laissé 4des chefs-d'œuvre qui, je ne craindrai pas de le dire, ne sont point inférieurs à ceux des barreaux d'Athènes et de 4Rome......La tribune politique trouvera dans les discours de Montalembert ei de Thivrs des modèles qui lui suffiront. “Pour les publicistés et les autres écrivains, la Bruyère, la Rochefoucauld, de Muistre, de Bonald, Chateaubriand, quoiqu'en disent certains jaloux, ce dernier rachète ses défauts -par de grandes et nobles qualités, Ozanam, l'abbé Morel, l'inimitable Martinet, Fallout, Myr. de Langres, Gratry, Mgr. sMermillod, Lawrentie, l'Evéque d'Orléans, Dem Guéranger Chantrel, ont produit des œuvres qui sont de vrais modèles.
:Et si on éprouve le besoin de se modéler sur des conci-
toyens, qu'on ne craigne pas le Champ est vaste et beau. On æourra s'en convaincre en lisant les ouvrages que des plu-
dues exercées ont livrés à la publicité pour faire conuaitre
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beau. On des plu-
connaitre
nos littératenrs et nos poètes : comme aussi en parcourant nos Revues periodiques.
Un dernier conseil, et je termine.
Voulons nous avoir une belle et grande littérature ? Ne proslituons jamais notre plume an service de l'erreur et du mal ; soyons constamment les apôtres du bien et de la vérité. Le bien et la vérité nous communiqueront une science et des forces étonnantes ; ils nous ouvriront des voies toujours nouvelles et nous tronverons sans cesse les fortes et vives inspirations qui impriment aux œuvres de l'homme le sublime cachet du génie. Comme ses rayons qui s'obstinent à ne vouloir servir que la lumière et qui pour rela remontent perpétuellement au soleil, nous laisserons ici bas la trace immortelle du beau, et ce beau, croyez-le bien, ne sera pas le luid !