‹ Nos faiblesses et nos forces à l'égard de la vérité [microforme]Chapitre 27 sur 35 · LS · texte numérisé non relu

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226 CONEÉRENCES,

Eglise, on les grands problémes de notre époque ; Fnissrt, de l'Eglise et de l'Etat ; Mgr. Parisis, Cus de conscience. Disons pourtaut pour notre mutuelle consolation que tout n'est pas également libéral chez ces illustres et honorables écrivains.

Parmi les écrivains contraires, je distingue plus particulièrement Keller; son hvre sur l'Encyclique du 8 Décembre est avant tout une œuvre de haute raison politique et de saine theologie. L'anteur a pris pour devise : La vérité nous donnera lu liberté; et à chaque chapitre, à chaque page,on sent, en effet, que la vraie liberté est l'œuvre de la vérité ; on comprend que tout l'édifice social repose sur des principes qu'il est impossible de méconnaître, sans appeler, sur le champ, de grand s et déplorables ruines; on devine que l'erreur évoque la tyranuie et toutes les mauvaises passions; on pressent, enfin, qu'en revenant à la vérité, le monde actuel, conquerra la liberté, cette liberté morale, civile,;eociale et politique que le catholicisme peut seul donner et faire régner au sein des sociétés contemporaines. Un antre mérite de M. Emile Keller, c’est & être demeuré au milieu des questions les plus agitees et les plus brulantes, l’hom ue du respect; bien different eu cela @ certains ultramontainset de certains Liberaux qui croient n'avoir rendit.rien prouvé,sils n'ont traité irrespectueusemeut leurs adversaires. L'abbé Morel dans ses Cutholiques Libéraux a, lui aussi, servi gran. dement la cause de la vérité et de la liberté. Sa polémique sur les œuvres libérales de Myr.de K tieler,de l'abbé Godard et de M. de Fulloux est pleine de sens, de jugement, de logique et de théologie. Peut être a-t-il tort de discuter la brochure de M. de ia Guéronnière sur Napoléon LI et l'Italie comme fesant parti du programme libéral catholique, puisque les chefs de cette école, ont cru devoir avertir publiquement M. le Vicomte que plusieurs de ses principes étaient désavoués par eux. Quoiqu'il en soit, le livre de l'abbé Morel peut dissiper hien des ténèbres et ramener bien des esprits à la saine et vraie doctrine : qu'on le lise donc.

Le Concile du Vatican a soulevé des controverses et fait naître des travaux capables de produire de grandes lumières

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sur les principes contraires qui divisent aujourd'hni le camp cathslique ; j'en mentionnera quelques-uns : Le futur Concile el les questions qu'ils soulève, ouvrage anonyme, il est vrai, mais c’est son unique défaut, Les Concilrs généraux, par Mgr. Plantier ; La société devant le Concile, de l'abbé Martinet, et c’est tout dire ; Lrs Principes de 89 et le Concile, Grandlclaude, et Fncartades libérales de quelques auteurs catholiques, par labbé Morel.

Je ne dirai pas, Messieurs, que notre état de société nous permette, en Canada, d'appliquer à notre politique tous les principes de l’école catholique ni qu’il faille toujours rejeter, dans la pratique, Les expédients de l'Ecole de Mortalembert, de Dupanloup, et de leurs adeptes. Je dirai simplement qu'il faut connaître et affirmer l'ultramontanisme, que tant qu’il s’agit de question laissées à la décision des catholiques et dans lesquelles les protestants n’ont aucun intérêt, il ne nous est pas permis, Comme catholiques, de trahir la pleine et entière liber!à de l'Eglise, ni de froisser, ni de blesser en quoique ce soit Les droits de la religion. Quant à nos rapports avec nos frères séparés, la seule politique possible est une sage fulérance ; c'est-à-dire leur laisser, au moius tant qu'ils compterout comme une force dans nos parlements, l'exercice plein et entier de leur culte ; autrement on s'exposerait à de dépiorable, et fnuestes représailles. Qui ne sait d’ailleurs que telle atoujoursété la conduite très-louable de nos hommes politiques ? Mais aussi, je le redirai, il ne faut pas se gêner de donner à notre Eglise toutes les franchises qui lui sont dues ; comme il ne faut pas oublier non plus, que notre politique sera ce que nous la ferons. Tous tant que nous sonimes nous avons en notre pouvoir nne force irrésistible et devant laquelle la politique devra tou-

jours céder, Nous sommes électeurs, c'est nons qui choisis-

sous les hommes qui doivent administrer la chose publique, Voulous-nous purifier nos lois de la sowllure gallicane ? En. voyous an Parlement des hommes franchement ennemis du gallicanisme et décidément wtramontains. Voulons. novs que l'Eglise jouisse de tous ses droits et qu’elle soit

véritablement libre, tout en restant unie à l'Etat? En. voyous au Parlement des hommes qui, tout en rendant à César ce qui appartient à César, rendront à Dieu ce qui appartient à Dieu. Voulons-nous que notre éducation soit toujours sincèrement nationale et nrofondément catholique ? Euvoyons au Parlement des hommes qui seront dispesés à retrancher de nos lois telles et telles dispositions en vertu desquelles, des politiques moins bien intentionnés que ceux qui sont aujourd'hui an ministère de lEducalion pour. raieut, un jour ou l’autre, exercer l'arbitraire et faire lever les plus mauvais jours sur notre jeunesse. Voulons-nous que le droit. que la justice, que l’équité,que la morale règne partout et soit sanctionnée par la loi ? Euvoyons an Parle. ment des hommes d’une haute probilé et d’une moralité consommée. Voulous-nous qui ? Voulons-nous quoi ? C'est bien simple ; usons de notre force, de notre privilège d'électeurs et n’élisons que des hommes selon nos vues.

Et ne craignous pas, nous n'avons rien à perdre et tout à gagner d’un choix judicieux et éclairé. Ce qu'il nous faut, avant tout, c'est une politique tolérante, mais catholique, très catholique, une politique théocralique, une politique vivifiante ?

u Mais que craindrions-nousdonc,dirai-je,avee Montalembert, devant qui reculerions nous? Quoi ! nous avons vaincu le respecthumain,etnous ne vainerions pas les chétives inimitiés les mesquins dangers au devant desquels notre résistance nous conduit ? Quoi ! nous avons appris à lutter contre nos mauvais penchants, contre notre corruption natur!le, contre nos passions les plus fougueuses quelquefois, helas ! trop rarement, uous avons triomphé ; et nous ne satirio:is pas lutter contre cette méprisable bande de préjugés vieillis, de mensonges usés, de passions d'emprunt, de chicanes et de sophismes ligués contre nous ! Ce serait nous rendre bien peu de justice à nous mèmes ; car enfin, et ici c’est à vous tous, hommes de mon âge et de ma génération qui combattez avec moi, que je m'adresse ; .... se trouve t-il donc quelqu'un parmi vous qui soit eutré dans cette lutte par ca-

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pissauices et Loutes les popularités du jour, faute d’un meil- 1 à leur emploi de son temps et de son esprit ? Pas un. Vous! h

le savez tous.c’est le devoir,c'est la foi seule qui nous anime ‘ etqui nous soutient ; c'est là le seul arsenal où nous noug Hat soyons armés, et c’est aussi le seul qu'on ne nous enleveræ jamais ; car il n’est pas donné à nos ennemis d'y pénétrer

sans y devenir à l’instant nos amis et nos auxiliaires. »

Vous l’entendez, messierrs, quand on s'inspire de la foi, nie on est invincible, et, par suite, on n’a rien à craindre. Al- ha lons donc à la foi, allons puiser à cette divine et si féconde EAU source, la politique dont nous avons besoin pour vivre de REX Ja bonne vie sociale ; allons à ce divin flambeau ; nous se- FE rons iluminés par les rayans de sa douce clarté et nous pra- FE jetterons ainsi dans la société et sur les ilusionnés qui l’6- He garent, involontairement peut-être,une bienfaisante lumière LE qui guidera sûrement nos pas vers l’avenir ! .

Mais j'abuse sensiblement de votre bonté, Messieurs, ef ! i pendant que vous espérez la péroraison,je m'aperçois que je Hi n'ai encore rien dit de l’économie sociale. Toutefois, conso- ? |

lez-vous ; je serai bref. 03 Les difficultés qui travaillent aujourd’hui le monde sociale, ont leur source dans l'oubli du principe sacré sur lequel repose la société. Le péché de l’homme a tout bouleversé : dans le monde. Pour élever l'édifice de la félicité hamaine, il a été décidé par la Providence qu’il faudrait pratiquer sans cesse le renoncement et demeurer fidèle à la grande loi du sacrifice. C'est par le sacrifice que l’homme dompté* ses penchants déréglés, triomphe de la nature mauvaise, pratique la vertu et opère l'œuvre de son salut éternel C'est encore par le sacrifice qu'il dompte la misère,trisomphe de la pauvreté, acquiert l’aisance et même la richesse ef adoucit autant que possible sa vie passagère el mortelle. Cependant, par un aveuglement déplorable, la loi dù re-" noncement est méconnue et le principe sensualiste prévaut de toutes parts et tout particulièrement dans l'économi&” ñ politique où l’on proelame le prineipe du développerientin--

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difini des besoins.c'est-à-dire la satisfaction detous les hesoins matériels réels ou factices. Aussiles popnlationstendent-elles, par les miile penchants de la sensualité, à se procurer toutes les jouissances. De là cette séparation de plus en plus profonde de l'économie sociale de l'ordre moral et, par suite, le malaise général qui mine sourdement toutes les sociétés, De là ces commotions soudaines, ces ébranlements multipliés dont nous sommes les témoins et dont malheureusement nous ne tarderons pas à être les victimes.

- Ramener les sociétés au principe chrétien, est la seule chance du salut qui reste an dix neuvième siecle, s’il ne “veut pas laisser après lui d'irréparables ruines.

Je voudrais pouvoir dès maintenant démontrer la vérité de cette assertion eu prouvant que la prospérité, le progr's et le bien-être des nations comme des individus ne sônt possibles que par la loi du sacrifice ou le principe du renoncement, mais c'est à peine si le temps me permet d'en dire un simple mot. Peut-être entreprendrai-je prochainement ce travail et tenterai-je d'offrir à mon pays, avec le éribut de ma faiblesse, l'hommage de mon dévouement à toutes les nobles et saintes causes.

Cependant, je ne puis ne pas indiquer aujourd'hni quel- Qques-uus des auteurs où l’on pourra puiser la science économique.

L'école des économistes qui ont plus ou moins donné daus le sensualisme, compte parmi ses adeptes les plus en renom: Mullhus, Quesnay, Adam S nith, Senior, À. Clément, Thornton, Stuart Mill, Say et Twiss ; l'école s 1ciuliste française à pour porle éteudard : Fourier, Proudhon et Louis Blanc ; eutiu l'ecole où,le principe chrétien est reconnu et posé comme le seul et unique fonde nent de l’éco 1omie, a vu se ranger sous son noble drapeau, des hommes comme Louis Cibrario, Woloski, Villermé, Chevalivr, Chs. Périn, Cancalon, Dunoyer, l'abbé Corbière, Eyron et un grand nombre d'autres qu'il est impossible, faute de temps, de mzntionner ACL

.Etla question ouvrière, que je ne puis que nommer, ne

-mérite-t-elle pas la préoccupation de tous les esprits sérieux

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et sincèrement dévonés au bien ? Que les besoins qui tourmentent l'ouvrier et le nauvre.que les souffrances qui les agi-

tent, que les aspirations vers lesquelles ils tendent so'ent l'objet de la sollicitude et du dévoue nent de tous les hom-'

mes éclairés. Il y a aujourd'hui eutre le travailleur et l’homme de profession, entre Le pauvre et le riche, des ma. lentendus, des ombrages et des defiances qui menacent,

mème en Canada, de devenir des colères et de bouleverser,

de fond en comble, l'edifice social ; et si la classe instruite, si les riches ne descendent pas vers l'ouvrier, s'ils ne lui font pas entendre des paroles de prix et de conciliation, s'ils ne vont pas à l'artisan et au pauvre avec franchise, avec amour, avec dévouement, avec charité, les préveutiong grandiront, elles deviendront des jalousies terribles, elle se chaugeront en «ne haïne nnlacobe nos grèves se multiplieront et ayant envahi toute la classe ouvrière, elles ne tarderont pas à alimenter au milieu de nous le feu maudit des révolutions, et, avec nos espérances, s'évanouira notre avenir.

Si, au contraire, nous répandons sur la classe ouvrière les iumières et les dous de l'instruction ; si nous versons sur elle à pleins flots l’arôme des bons exemples et le par-' fum de la charité, Oh! alors l’ouvrier, l'artisan, le pauvre aura confiance en nous,il se jettera volontiers dans nos bras, il laissera ruisseler sur nos poitrines quelques-unes de ses sueurs nobles et fécondes, et pendant qu'avec amour nous murmurerons à ses oreilles les doux noms de Christ, de frère et de ciel, un éclair de bouheur luira sur sa physionomie voilée par la fumée des usines et la poussière de latelier,son cœur battra genéreusement et daus les profondeurs de cette âme consolée naîtront la résignation, l'espérance et toutes les nobles et secourab es vertus qui sauvent Les suciélés en christiauisant le travailleur et le pauvre.

Coneluons Messieurs, par une parole catholique.

« Entre la cité du mal et lu cité de Diéu, dit Keller, la guerre est permanente : Mais elle a pris de nos jours des proportions plus larges et plus décisives: les hommes et les

peuples y sont engagés, avec toutes les armes d’une civilisa tion perfectionnée. En des temps simples ct grossiers, la société a pu vivre, des siècles, sur des fragments de vérité alors suffisants pour préserver l'ordre, la famille et la pro priété. Aujourd’hui, ce n’est pas trop de la vérité complète pour arrêter la dissolution suciale,

« Ceux qui ne voient pas le péril, et qui mettent leur zèle à en trouver et à en combattre d’imaginaires, se font sans le savoir les alliés de lennemi, qui ne demande qu'à nous diviser, et à cheminer sans être aperçu jusqu'au cœur de la place. Eu guerroyant contre lultramontanisme, c’est l'E. glise qu'on attaque, qu’on enchaine, qu’on paralyse En voulant maintenir l'équilibre entre les ultramontains et les révolutionnaires, on favorise directement le mal religieux, politique etscciale,que signale l’'Eglise.etcontre lequel to'ites nos forces devraient se réunir. On laisse hbre carrière aux destructeurs de tonte autorité et de touteliberté, et l’on condamne la société à es violences, à des châtiments, infini. ment plus nombreux et plus tristes que ceux qu’on prétend lui éviter.

« Pour la liberté illimitée du bien, comme pour la repression raisonnable et modérée des excès du mal,les intérêts de l'Eglise et de l'Etat sont les mêmes. Séparés, l’une et l’autre seront certainement vaincus. et ce n’esl pas trop de 'eur union pour tenir tête aux orages du dix-neuvième siècle.»

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