‹ Nos femmes de lettresChapitre 3 sur 9 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Cette règle pourtant comporte des exceptions, et Ton trouverait, dans l'histoire de la pensée contemporaine, tel exemple de femme, quand ce ne serait que Mme Ackermann, pour donner un démenti à l'aphorisme de Schopenhauer.

Nous pouvons même le chercher encore plus près de nous. Quand les soins pieux et le culte passionné du docteur Christomanos révélèrent à l'élite européenne le fruit des méditations où s'était appliquée son impériale élève Elisabeth d'Autriche, notre plus vive surprise fut qu'une femme eût pu penser par elle-même avec cette énergie ; que les images du monde se fussent réfléchies en un miroir si puissant, et que ni le tour ni l'accent de ses pensées n'évoquassent la discipline d'un maître déterminé. Chose merveilleuse au premier abord, faut-il le dire? surtout chez une personne qui s'était délibérément soumise à la plus intense culture ! On connaît la

variété de ses lectures, la fréquence de ses méditations, poursuivies dans la solitude de toute l'obstination d'une volonté qui s'attache à l'Idéal le plus précieux comme le plus diflicilement conciliable avec le rang suprême oii la Fortune l'éleva. Comme si elle avait voulu s'excuser par avance de laisser un testament durable de sa pensée — peut-être soupçonnait-elle que son lecteur en deviendrait un jour l'historien? — l'Impératrice avait pris soin de marquer les limites précises où il lui semblait que dût s'astreindre l'activité fémine : « Moins les femmes apprennent, plus elles ont de prix. Ce qu'elles apprennent ne fait à vrai dire que les égarer: elles désapprennent une partie d'elles-mêmes pour s'approprier imparfaitement de la grammaire et de la logique... Et pour aider les hommes dans leurs affaires, elles ne doivent pas leur soufller des conseils ou des pensées, mais par leur seul contact éveiller et faire mûrir

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