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l'aire avec écononomie et honorablement ». Elle mit ce programme en pratique, et Saint-Cyr devint une ruche de laborieuses abeilles. Les grandes demoiselles y étaient façonnées d'avance aux soins de la tendresse maternelle. Elles habillaient, peignaient, nettoyaient les petites. A tour de rôle, chacune d'elles passait par les travaux de l'infirmerie, de l'apothicairerie, de la lingerie, du dortoir, du réfectoire. On faisait son lit, on frottait, on époussetait, on ramassait des fruits, on épluchait des leurs pour les sirops et des légumes pour la soupe. On faisait de la couture utile, variée, « passant du neuf au vieux, du beau au grossier, des habits aux bonnets et aux coiffes ». Il s'agissait d'apprendre à
raccommoder, à repriser, à broder, à tricoter, à tailler, « à faire un peu de tout ». Gela n'allait pas sans lutte. Les familles ne comprenaient pas qu'on plaçât leurs filles chez une lingère ou chez une coiffeuse; mais madame de Maintenon était tout à fait sûre que, cette fois, elle marchait dans le droit chemin, et elle tenait bon.
Voilà les mœurs qui firent de tant de femmes de noblesse, d'admirables édu catrices. Elles formèrent ces jeunes filles, ces jeunes femmes que la tourmente révolutionnaire trouva prêtes à supporter, sans ressources, tontes les misères de l'exil.
Il n'y a pas souvent deux remèdes vraiment souverains pour le même mal.
L'idéal de vie pratique par où madame de
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Maiulenon guérit ses filles de leur orgueil est apparu naguère aux réformateurs du Nord comme le meilleur moyen d'élever la jeune fille en dignité et de la préparer à son rôle d'amour. Je songe ici à la Suède, pays aristocratique et qui a sur la Norvège l'avantage inappréciable de posséder une tradition. On me cita, quand j'y vins, l'initiative typique de deux jeunes filles de bonne naissance. Persuadées qu'elles ne savaient rien des diificultés de la vie et qu'il était de leur intérêt de ne les point ignorer, elles s'étaient rendues dans une ville où on ne les connaissait pas. Là, elles travaillaient à la journée comme couturières et vivaient de leur aiguille.
AUpsal, j'ai visité des écoles de cuisine;
des jeunes filles d'excellente bourgeoisie, quelques-unes nobles, viennent, leurs études finies, y apprendre cet art utile entre tous. En même temps ces maisons reçoivent des filles du peuple, qui , elles, sortiront avec un diplôme. Non seulement les jeunes bourgeoises ne se considèrent point comme diminuées par ces contacts, mais elles s'y plaisent dans un esprit très élevé de charité sociale et chrétienne. Elles partagent les travaux de leurs humbles compagnes, jusqu'à leurs dortoirs. Afin que leur peine ne soit pas perdue, la cuisine qu'elles accommodent est servie à bas prix sur la table des étudiants pauvres.
Ces jeunes filles sont soutenues clans leur humilité par un sentiment qui me
semble rare. Elles savent qu'un grand effort a été tenté dans leur pays pour reforger scientifiquement une race que la mauvaise hygiène, la tuberculose et l'alcoolisme avaient gravement atteinte. Elles n'ignorent pas que l'on recrée les os d'un peuple par la nourriture , que Ton empêche l'homme de déserter la maison en lui faisant trouver à son foyer du confortable et de la douceur de vie.
Il y a un bel élan de patriotisme dans leurs tentatives. A supposer que, plus tard , elles n'aient pas la nécessité de mettre la main aux casseroles, elles sont du moins en état de surveiller exactement leurs dépenses, de dresser leurs servantes, de faire — comme disait Valère — « bonne chère avec peu d'argent ».
L'Angleterre offre un spécimen intéressant de ces « simplifications ».
Elle a créé la « nurse ».
La révolution que les doctrines microbiennes, la pratique de l'antisepsie ont apportée dans l'art d'élever l'être humain, de le soigner quand il est malade, de le panser quand il a reçu une blessure, ont ouvert un champ très large à la bonne volonté et à la délicatesse féminines.
Est-il besoin de rappeler que les plus élémentaires principes d'hygiène pratique sont tout à fait bannis de l'éducation de nos filles ? Le jour où le mariage leur apporte un premier enfant, elles sont prises au dépourvu. Elles sont obligées de s'en remettre à la prétendue expérience des grand'mères ou des nourrices sèches.
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Si, L'été, on habite une campagne un peu isolée, c'est un perpétuel tourment. Un des obstacles auxquels on se heurte, quand on propose à nos mères de famille de marier leurs filles à des hommes d'initiative qui les conduiraient vivre aux colonies, c'est ce cri désespéré :
— Ma fille n'ira pas habiter un pays où il faut faire dix lieues pour trouver un médecin !
Et, en effet, cette fille ne sait ni panser une blessure, ni laver une plaie, ni tourner une bande autour d'un membre brisé, pas môme prendre une température...
Les jeunes Anglaises qui, elles, sont destinées à faire des mariages d'amour et à suivre leurs maris jusqu'au bout du
monde ont pensé qu'elles apporteraient au fonds commun une valeur d'un grand prix si elles possédaient ce trésor des principes d'hygiène et de la médication usuelle. Il s'est formé des associations strictement laïques, encore qu'on y voie surtout entrer des jeunes personnes d'âme religieuse, au moins sérieusement élevées. Elles ont pour but de former des gardesmalades modèles. Des fdles de négociants, des fdles de pasteurs et des fdles de lords ont jugé qu'entre la fin de leurs études et l'heure du mariage elles ne pouvaient mieux faire que de se pencher avec tendresse sur la souffrance humaine. Elles ont appris dans les hôpitaux l'art de soigner la douleur ; elles ont passé des examens qui sont une sanction de leur
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clluit. Et alors, avec un petit bonnet blanc et une robe noire, elles se sont mises à la disposition des malades qui avaient besoin d'elles. Elles vont soigner dans leurs maisons des riches et des pauvres. Chacun les rétribue selon ses ressources. Tant que dure leur volonté de soutenir cette épreuve, leur gain appartient à l'œuvre. J'ai vu de telles jeunes lillcs au chevet de malades que j'aimais; je leur ai gardé une respectueuse dévotion pour leur belle humeur, leur savoir, leur bonne volonté, leur tact, toutes ces nuances qui, dans la chambre où l'on souffre, n'ont pas de prix.
Dira-t-on qu'il est impossible d'acclimater chez nous de telles mœurs?
On m'a parlé d'une jeune fdle fran-
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çaise, protestante, fort jolie, qui, à l'exemple des « nurses » anglaises, va porter ses soins d'infirmière aux malades de nos hôpitaux. Je n'ai jamais ouï dire qu'un étudiant lui eût manqué de respect. A supposer que quelque garçon mal éduqué ait parlé devant elle sur un ton dont sa pudeur ait pu se trouver blessée, j'ai la certitude que cette brutalité d'un goujat aura été moins dangereuse pour elle que tant de galanteries qui se murmurent en paroles voilées au bal et ailleurs. Si de tels exemples étaient suivis — et pourquoi ne le seraient-ils pas ? — il y a gros à parier que nos étudiants renonceraient volontiers à celte grossièreté qu'ils portent comme un uniforme et qui n'a pas de racines dans leurs
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cœurs. Bien mieux , il se ferait là des mariages d'amour. La maison de douleur est un bon endroit pour se rencontrer quand on a le cœur généreux et les forces de l'espérance.
Je n'espère pas que mes exhortations et celles d'autres prêcheurs de la bonne parole changent brusquement les mœurs.
Nous aimons les nuances : nous nous choquons des secousses. Mais pourquoi des mondaines qui ont de l'autorité dans leur entourage, à Paris ou en province, ne prendraient-elles pas sous leur protection de telles tentatives?
Nous sommes tous d'accord que les hasards de l'argent moderne peuvent réduire une fille, une femme bien élevée à la subite nécessité de gagner son pain.
A supposer que la vie lui soit clémente, nous sommes sûrs qu'un homme de cœur qui se sent le courage de fonder un foyer, de soutenir une famille par son travail, prendra confiance devant nos filles s'il les voit élevées dans des sentiments qui correspondent aux siens, s'il a la certitude que, dans le désastre où lui périrait, elles ne seraient pas fataleaient englouties. Il faut donc éduquer nos filles de manière que le jour où cet homme nous dira : « Je voudrais me marier, » nous puissions lui répondre : « Nous avons formé la femme qu'il vous faut.
Elle connaît les petits savoirs qui font les maisons heureuses, les secrets qui sont les grandes économies et qui, si la nécessité
l'ordonne, se tournent en gagne-pain. »
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Ces secrets-là n'ont guère varié depuis madame de Maintenon. C'est toujours l'art de la modiste et celui de la couturière; non pas l'humble travail où l'ouvrière s'épuise, mais l'œuvre de goût où l'éducation, le tact mondain, les instincts d'art, les dons les plus relevés, peuvent trouver leur emploi. C'est, si l'on veut, la peinture de décoration commerciale :
j teinture sur étoffes, peinture sur porcelaine, non pas le petit gribouillage qui est un jeu d'oisive, mais le vrai métier, celui qui trouve acheteur.
C'est la pratique de la sténographie et de la machine à écrire ; c'est cette science de l'hygiène qui prépare une femme aux délicates fonctions de la « nurse ».
Je dis garde- malade et non « doctoresse ».
— « Malheur î écrivait aux conventionnels la marquise de Fontenay, malheur aux femmes qui méconnaissent leurs belles destinées pour s'affranchir de leurs devoirs et perdent les vertus de leur sexe sans acquérir celles du vôtre I Ce que je réclame aujourd'hui pour les femmes avec la plus forte confiance, c'est l'honorable avantage d'être toutes appelées dans les asiles sacrés du malheur pour y prodiguer leurs soins et leurs douces consolations. Ordonnez, citoyens représentants, nos cœurs vous en conjurent, que toutes les jeunes filles, avant de prendre un époux, iront passer quelque temps dans les refuges de la pauvreté et de la dou-