‹ Nos filsChapitre 44 sur 70 · L'ACTION. VOLTAIRE* YIGO. LE ROBINSON · texte numérisé non relu

L'ACTION. VOLTAIRE* YIGO. LE ROBINSON

et faiblesse à son successeur. Sa dernière Renaissance bâtarde sous Louis XIII et à Tavèneinent de Louis XIV n'avait abouti qu*à des chutes.

Depuis Colbert, la France traîna trente-quatre années encore dans la vieillesse décrépite, intcrininable, du grand règne, dans le ressassement éternel d'une question théologique, usée trois fois, dès 1600 par Molina, et jusqu'en 1700 mâchée et remâchée. L'esprit, l'argent, la vie et la race ellemême, tout paraissait tari. Tout maigrissait, séchait, des Arnaud aux Pompon<3, et des Sévigné aux Grignan.

Le pis, c'est que l'Europe, ayant en tout suivi la France, participe à cette élisie. Plus de littérature. Sans la fabrique de Hollande, tout paraîtrait éteint. On fait des livres sur des livres. Critiques et manuels, traductions et compilations, c'est tout ce qu'on voit, dit Vico.

Un trait particulier du réveil de l'Europe, qui étonne aujourd'hui, c'est que ses grandes voix s'élèvent fort à part, tout individuelles, et, ce semble, sans se connaître. Cela d'autant mieux marque que leur accord vient de plus loin que des causes locales, de bien plus loin, du fond, du plus profond de l'âme humaine.

Un Anglais, dcFoë, prophétise la Révolution.

Un Français, Montesquieu, prédit la mort pro-

i»4 PIIEMIER ESSOR DU DIX-HCITÛMS SIÈCLE.

chaine, imminente^ du dinsUaBisme, qu'il fixe à quatre on cinq cents ans.

Voltaire (contre Pascal et le christianisme), pose ridée nouvelle : « Le but de l'homme est Taction (1754).»

L'Italie rompt enfin son long silence et dit (en 1726) : « L'humanité s'est faite die-mème par sa propre action. Cest Thomme qui forge sa fwtuiie (Fabrum sus queraque esse fortunas). Il est son propre Prcmiéthée (Yico). »

Cela d'un coup efface le Msemtrs de Bessoet.

C'est la création de THistoire.

Vico a4-il un père? S'il en a, c'est Leibnitz, qui , cinquante ans plus tôt avait dit : c L'homme est une force active, une cause qui agit incessamm^it. Tellement que^ l'idée d'existence ne lui viait que de crtte cause intérieure qui est M. »

Vico sent cela dans l'histoire, dans les mcmrs et les lois. Du moment que ce sont des effets naturels de notre activité, on peut les expliquer dans le passé, les deviner dans l'avenir, les pr^arer, y préparer les hommes, futurs acteurs de l'histoire qui suivra.

Bientôt la politique, la société même, paraîtra au génie de Turgot une éducation.

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La société est un tout très-compliqué. Dans le milieu social, notre action se mtie de mille activités diverses. De Thumanité tirons Thomme* Observons-le à part. Dans le désert peut-être, le dénuement et l'abandon , nous pourrons mieux voir ce qu'il peut.

C'est la donnée féconde, admirable, du Robinson. Ce livre a un rapport avec celui de Cervantes, c'est que tous deux sont écrits par des hommes d^à avancés dans la vie et qui ont traversé tous les malheurs. L'Espagnol est un vieux soldat estropié, un pauvre prisonnier, qui conserve la plus jeune imagination. Foë, l'Anglais, déjà parvenu à cinquante-cinq ans, ruiné et méconnu, condamné et pilorîé injustement, se console dans Tennui de la campagne par un travail immense; se raconte des aventures et réelles et imaginaires, fait des voyages infinis par écrit. Tous deux témoignent d'une âme singulièrement ferme et calme, sans haine, sans rancune pour les hommes ou contre le sort.

La l^ende si ancienne de Robin-Wood, le vagabond des bois, ici s'est transformée ; elle est devenue maritime. Robinson est bien l'homme du temps où Foë écrivait, en 1719, le marin, le planteur, qui va, du Brésil en Afirique, acheter des esclaves. Cela date le livre parfaitement. Cette année 1719, celle du Système de Law^ est l'époque

196 PRBMm BS80R DU MX-BURiÈMB SIÈCLE.

OÙ les Compagnies rivales de France et d' Angl^etTe se dispalent la mer, les colonies. Tons les esprits tournmt de ce c&té. On ne parie alors que des tles, (voy. ma Régence) ^ de leurs fabuleuses richesses et des fortunes qu'on y fait. L'Anglais, contrdmndier sur les terres espagnoles, ou commerçant de nègres en vertu de TAssiento, se précipitait vers le Sud. Foë très-sagement veut calmer l'imagination, dit ce que sont ces lies tant vantées. Son livre est un tableau qui rappelle, fort adoucies, les terribles misères qu'y endurèrent jadis les boucaniers aband<mnès, ne vivant que de chair un peu cuite au soleil. 11 suf^rime les intolérables souffrances que leur causait la piqûre des insectes (voy. Œxme- /i/i, etc.). Son naufragé n*est pas accablé du climat. 11 travaille comme il le ferait dans la campagne de Londres, où Foë écrivait. C'est la légende du travail évidemment qu'il voulait faire. Voilà la nouveauté, l'originalité du livre.

La situation n'est pas celle du pionnier moderne dans les terres illimitées de rAmérique, appuyé derriëne lui par le monde civilisé, et pouvant s'avancer à volonté, choisir sa station, ce qui diminue fort son esprit inventif, et le maintient assez grossier. Robinson est un prisonnier, enfermé dans une lie, obligé de cherch&r et en lui et dans la nature. 11 arrive peu préparé, et il faut quil

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