‹ Nos filsChapitre 45 sur 70 · L'ACTION. VOLTAIRE. VICO. LE ROBINSON · texte numérisé non relu

L'ACTION. VOLTAIRE. VICO. LE ROBINSON

devine, retrouve les procédés des arts élémentaires, nécessaires à la vie humaine. Cela est beau, instructif et fécond. On voit là, on apprend quels sont les biens réels, les choses vraiment utiles. Quelle joie pour Robinson quand, parmi les épaves, il retrouve la scie, les instruments du charpentier I Que ces grossiers outils lui semblent préférables à l'or, à tous les trésors de la terre I

On peut dire que Foë a trop pitié de l'homme, qu'il ne suit pas sévèrement sa belle donnée. Lui laissant à portée le vaisseau échoué, il lui donne trop de secours. Le livre aurait été bien plus original si Robinson en eût eu moins, s*ii eût inventé davantage. Mais alors le roman aurait moins satisfait la masse des lecteurs, spécialement des lecteurs anglais qui prennent grand plaisir à voir ce sauvetage, à voir cenaufragétrouver tant de bonnes choses, emmagasiner tout cela, qui s'associent d'esprit à ce ménage où, près du nécessaire, se trouve même le cher comfortable. Foë flatte en ceci singulièrement Tesprit anglais. Il s'y conforme encore et lui donne Tillusion complète d'une histoire qui serait réelle, par le délail précis et minutieusement calculé de beaucoup de petits objets. Il semble moins habile à conserver Tillusion quand il exagère tellement le travail dont le plus laborieux des travailleurs serait capable. Ses canots, le grand, le

i98 PREMIfll ESSOR DU DIX-HOITIÈMB SIÈCLE.

petit, son chemin aplani pour traîner le grand à la mer, un canal long, profond, qu'il creuse lui seul, cela dépasse toute vraisemblance, étonne et refroidit un peu.

Trois points marquent très-bien l'époque :

D'abord le commerce des noirs, Tesclavage, que l'auteur, ce semble, ne désapprouve nullement, et qui à ce moment faisait la source principale des richesses de TAngleterre ;

Deuxièmement l'esprit biblique, la lecture de la Bible, mais sans allusion à aucune Église spéciale. Dans cette époque intermédiaire le puritanisme a faibli, et le méthodisme n'a pas commencé. Wesley n'arrivera qu'après 1730 ;

Troisièmement un trait particulier : la mention fréquente des liqueurs fortes. L'entr'acte des idées favorisait l'avènement de l'alcoolisme et tout vice des solitaires. Hogarth, tout à l'heure, va nous en donner les tableaux. Déjà, dans Robinson, le rhum revient à chaque instant et sous tous les prétextes.

L'Angleterre se reconnut si bien^ accueillit tellement le livre qu'elle le prit pour une histoire vraie. Il fut traduit sur-le-champ en français. C'est sur le continent, en France, en Suisse, en Allemagne, qu'on en apprécia la vraie portée systématique, et bien au delà même de ce que peut- être

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