‹ Nos filsChapitre 57 sur 70 · U VIE PVBUQOS. — L'AUTORITE MORALE · texte numérisé non relu

U VIE PVBUQOS. — L'AUTORITE MORALE

puissance? Ne dira-t-elle pas le mot d'anxiété qu'on lui souffle : « Ami! tu nous perds! »

Elle est jeune pourtant, et elle aime. Aux premiers temps surtout, elle donne prise. Son cœur n'est pas Terme au beau, au saint, au grand. Il y suffit parfois d'une émotion noble qui tranche tout. Rousseau, dans un doute moral, fut fixé tout à coup, et sans raisonnement, par la sublime vue du pont du Gard. Souvent, il suffit d'avoir lu en famille le Cid ou Horace pour se trouver vaillant, pour que la femme dise : <x Tu as raison, ami... Oui, sois grandi Garde ton cœur haut! »

A mesure que la vie avance, les clioses changent peu à peu. On commence à le croire moins fou. Quand tout varie, et que lui seul il reste ce qu'il fut, on s'y fait ; on prend même certain respect pour lui.

Son père finit par dire : a C'est son tempéra* ment. On n'y changera rien. U restera un juste. x>

Sa mère dit : « Quel dommage qu il ne pratique pasi Sa vie enseignerait ce qu'il faut faire pour le salut. »

Et sa femme elle-même, témoin de toute chose, dans rintime intérieur, le trouvant immuable, si ferme, mais si doux, ne regarde qu'en lui, y voit la loi vivante. Elle dit aux amies qui ne manquent jamais pour troubler le foyer ; « Il est pour moi

Tégltse. C'est ma religion. » Et à lui seul : « Je suis toute à toi!... Tu es forti »

Quand un tel homme existe, son exemple^ son influence, même indirecte, agit immensément, souvent en profondeur, avec une efficacité que les grands moyens collectifs ont infiniment moins. S'il est modeste et sage, ne se met pas trop en avant légèrement, d'autant plus chacun le regarde, le suit instinctivement ^

' Gelai dont on croira et suivra les paroles, c'est celui dont la TÎe, dont l'exemple muet, sans parole, impose et influe. J'ai connu aux Ardennes un homme fort et rude, un rustre, qu'admirait le pays. Ce qui avait d'abord frappé les paysans, c'est que ses taureaux (fort sauvages) avaient pour lui un respect visible, une sérieuse considération. Us l'aimaient et ils le craignaient. Ses terres étaient les mieux cultivées. Il payait tout comptant et en espèces sonnantes. Sa parole était rare, mais on disait : < C'est sûr. o Sans vouloir ni chercher l'ascendant politique, il l'&vait fort utilement. Ses opinions libres, sans qu'il les eût préchées, avaient converti bien des gens. Une association réelle (sans formules expresses) s'était faite, contre la lourde auorité qui pèse tant à la frontière.

Si le médecin était riche, n'était pas obligé d'exiger un salaire, grande serait son influence. Il est moins que l'homme d'affaires méié aux intérêts, moins tenté de chercher le sien. Les mères ç ui par l'enfant dépendent de lui si souvent, le consulteraient en

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L^action personnelle^ la propagande orale qui se fait d'homme à homme par la conversation, est encore l'influence la plus sûre, la plus forte. Deux mots en tète-à-téte, dits par l'homme estimé, ont souvent un efTet décisif et durable. Ni le sermon, ni le journal, ni le livre n^allaient directement à la situation, au tour d'esprit, au besoin actuel de l'individu. Il est surpris de voir que très-précisément ces deux mots vont à lui, à lui et à nul autre. C'est là ce qui agit.

cent choses où rexpérience de la vie qu'il acquiert bien vite, leur serait un guide excellent.

Le pharmacien qu'on consulte gratis a, dans beaucoup d'endroits, autant, plus d'importance que les médecins. Là il est l'oracle réel de la contrée. C'est un beau fait du temps que le progrès énorme et d'instruction et d'inûuence qu'on voit dans cette profession. L'ancien apothicaire, un peu ridicule, en eut peu. Unis venez vous asseoir, un jour de fête ou de marché, chez ce pharmacien de village. Vous serez frappé et ravi de voir tout ce qu'un homme peut faire de bien au pauvre peuple. Son conseil sage, utile (leurs maladies sont simples] est d'autant plus suivi qu'il est plus désintéressé. Deux soas d'herbe souvent, c'est toute la dépense. S'il est seul, la bonne femme qui est venue parler de son enfant, ne manque guère de parler d'autre chose. Moment précieux de confiance. Un parle du fermage, on parle de l'impôt, de la misère qui fait les maladies. C'est là l'occasion où un homme de sens et de cœur peut tirer la pauvre créature du préjugé fatal qui fait le plus souvent le divorce intérieur, l'ennui, robstacle du mari. Celui-ci est moins serf du prêtre, et sans elle il aurait dans ses actes, ses votes, un peu plus de courage. C'est le salut pour eux si un conseiller sage fait comprendre à la femme qu'en appuyant l'église, elle appuie l'allié de l'église, le système violent qui retient son fils à l'armée.

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L'étincelle électrique, la communication du lumineux fluide fait ainsi son chemin. Elle a tous les effets de l'association expresse et formulée. L'assimilation d'intérêts, d'idées, de sentiments, doit d'ailleurs toujours précéder.

Le foyer primitif est toujours un cœur d'homme. De là procéderont la flamme et la lumière. Ce ne sont pas les mots, la formule verbale, le cadre artificiel qui feront l'association. Il y faut pour ciment de bonnes et de riches natures, vivantes, solides et généreuses.

C'est ce qu'il faut créer d'abord.

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