‹ Nos fils, que feront-ils?Chapitre 13 sur 32 · NOS FILS SEUONT-ILS POLYTECHNICIENS · texte numérisé non relu

NOS FILS SEUONT-ILS POLYTECHNICIENS

Je suppose que la puissance nous soit donnée — comme à un autre Diable boiteux — de découvrir le toit des maisons de bourgeoisie où un fils est né celle dernière nuit. Qu'y verrions-nous?

Dans la torpeur qui suit la grande secousse, les accouchées rêvent sur des berceaux.

Que sera-t-il ce fils chéri en qui la femme aime sa revanche?

84 NOS KILS

On voudrait le mettre à l'abri de tous ces hasards, de ces sursauts de fortune qui, tant de fois, ont fait rentrer son père au logis avec un front soucieux. On rêve pour lui une de ces existences unies où il suffit de se laisser vivre pour entrer au port.

On se dit :

— Sûrement, celui-là ne sera pas « dans les affaires ». Il ira au service de l'État. Ainsi il conservera son patrimoine sans l'exposer. Il se mariera bien. Dès le début de sa vieillesse, il jouira d'une retraite paisible.

Comme c'est l'heure souriante où, dans l'arche des songes, on peut choisir les meilleurs destins, la mère pense :

— Ah 1 s'il pouvait entrer à l'École polytechnique !

Et elle se penche sur le berceau où le bonnet du nouveau-né prend pour elle des allures de bicorne. Son cœur est soulevé par une bouffée d'espérance et de gloire. Elle s'attendrit, elle sourit.

C'est que l'idéal de cette race — en dépit des gouvernements civils — est demeuré tout militaire. La plus honnête mère de famille aura un mouvement d'orgueil où il entre un grain d'amour, le jour où, par les rues, elle ira se promener au bras du long écolier dont l'épée bat les maigres mollets.

Nous les avons tous heurtés ces regards des mères de polytechnicien. Ils semblent crier à la galerie :

— C'est moi qui l'ai fait ce jeune héros ! . . . Comment le trouvez-vous ?. . .

Lui-même, pour modeste qu'il soit par nature, l'étudiant bicorne sent que désormais il appartient à une humanité à part et, bien entendu, supérieure. Il n'est plus un homme comme vous et moi, il est un « X ». L'effort d'écolier laborieux qu'il a fait dans un collège lui tiendra lieu, pour le reste de la vie, de personnalité, d'originalité, d'initiative. Toute son existence, il sera M. Un Tel, « élève de l'École polytechnique ». Quand il mourra, ses arrière-neveux ne manqueront point de faire figurer sur la lettre de part ce titre d'honneur :

« Nous avons la douleur de vous annoncer la mort de notre grand-oncle, Monsieur Un Tel, Ancien élève de l'École polytechnique. »

Le prestige de 1' « École » est tel qu'il suffit de s'en être approché, d'y avoir rêvé, pour être éclairé à jamais d'un rayon de gloire. Nous avons d'anciens admissibles à l'École polytechnique, d'anciens candidats, de pauvres petits mort-nés, dont les parents vous disent avec un soupir :

— Nous le destinions a l'École polytechnique !

C'est que toute cette gloire a un envers solide.

J'emprunte au très remarquable A71nuaire de la Jeunesse^ que M. H. Vuibert publie chaque année, cette citation intéressante :

« Les anciens élèves de l'École poly-

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