livre de nos proverbes : « Ne t'attends
qu'à toi seul, c'est la commune loi...» Oui, « ne t'attends qu'à toi seul ». Je ne crois pas que l'on puisse donner un meilleur synonyme de ce mot abstrait :
« l'initiative ».
Peut-on dire que le bon élève qui descend les marches de l'estrade avec ses cartons dorés sous le bras vient d'être récompensé pour les marques d'initiative, d'originalité, d'individualité qu'il a données dans le cours ù'une année d'études?
C'est la pratique des vertus tout opposées qui l'a conduit aux honneurs. On cpuronne en lui la docilité parfaite, l'obéissance à là règle, à toutes les règles, l'exactitude, la mémoire, ce qui est soumission, facilité moyenne, reflet. Toutes nuances gardées, il rappelle ces natures
timides que le monde effrayait jadis el qui entraient dans un couvent pour ne point courir les risques de la vie.
Le couvent où le bon élève entrera, c'est une école spéciale, à la sortie de laquelle il sera fonctionnaire, ou, s'il n'a pu «'élever iplus haut que Ja peau d'âne des diplômes, employé de iministère, — enfin quelqu'un qui n'aura pas à faire montre d'initiative et qui « s'attendra à un autre », à l'État. J'admire parfois les bourgeois qui se fâchent quand ils voient que les ouvriers appellent il'avènement de l'idéal socialiste ! M. Prudhomme, qui souhaite pour son fils la tutelle, et, plus tard, la retraite de l'État, vit du même songe que la clientèle des députés socialistes.
Cette inquiétude du destin des fils que nous avons mis au monde et qui, ne pouvant être tous polytechniciens, professeurs, médecins, avocats, journalistes ou bureaucrates, ne sauront point se tirer d'affaire seuls, qui retomberont, fruits secs, sur les bras de leurs parents, limite, plus que tout le reste, le nombre des naissances, dans cette classe bourgeoise qui semble frappée de stérilité. Gela ne coûte pas trop cher d'élever un fils jusqu'à vingt ans. C'est un compte que nous pourrions établir au cours de ces pages. L'enseignement des lycées est à si bas prix que nous pouvons faire un homme à peu de frais. Ce qui est insoutenable pour le père, c'est la perspective de voir sa vieillesse encombrée par la maladresse ou l^^p^^i"
série de fils lesquels ne sauront que manger les fonds qu'on leur confie, les dots qu'on leur verse, et vivre aux crochets de parents qui avaient gagné leur repos.
Au moment des fêtes du Couronnement je me trouvais à Moscou, dans le cabinet d'un haut fonctionnaire des affaires étrangères russes.
Ce diplomate me dit :
— Les sincères amis de la France sont effrayés, quand, chaque année, ils lisent les statistiques de dépopulation. C'est là pour vous qu'est le péril. Vous autres écrivains, vous ne devez pas vous lasser de le répéter. Si les Français veulent que l'on ait confiance en eux, ils doivent prouver, tout les premiers, qu'ils ont foi dans l'avenir de leur race.
li NOS FILS
Au nombre des motifs qui empôciient la classe bourgeoise d'envisager l'avenir avec une confiance robuste, il y a sans doute des inquiétudes d'argent. J'y vois aussi le peu de foi qu'elle a dans l'initiative de ses fils, dans les ressources de vie qu'ils trouveront en eux-mêmes. Autour de nous des nations prospères appliquent tous leurs soins à développer chez le jeune homme cette initiative-là. Il serait peut-être intéressant de voir comment elles s'y prennent.