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CHAP. VII. LE PIQUANT PARISIEN, ETC

plante brûlée au soleil de midi, quand elle allait s'épanouir en fleurs, ces petites femmes n'ont pas le temps de fleurir : l'air enflammé pénètre dans leurs veines, et, glissant jusqu'à l'âme, incendie tant de germes sommeillants qui bientôt ne seront plus que cendres et étincelles. Rien n'est curieux comme de les voir au plaisir. Ardentes, échevelées, avec un délire qui les rend insatiables, elles supportent, sans qu'il y paraisse, les veilles passées à boire et à aimer ; le matin de leurs alcôves les retrouve, comme au soir, folles, pâles, enflammées, les bras ouverts, — ces bras d'acier dont les étreintes redoublent dans les pâmoisons sans connaître les défaillances. Le plaisir passe sur ces natures vivaces, faites de sens plus que de matière, sans en altérer l'éclat brûlant. Leur fraîcheur, sans doute, n'est pas la virginité des roses mariées aux lys en nuances lumineuses et douces, comme chez nous, par exemple, ou, avec plus de clarté encore, chez les Anglaises; ce n'est pas la rondeur fondante et potelée des contours, ni les incarnats brillant de velouté, ni les rosés délicats où se reflètent les harmonies de ton de la pêche : c'est une petite fraîcheur pâlote et couperosée avec des amincissements de formes et des émaciements de contours. Elle est aussi dans une grâce piquante de santé jeune, éclatant aux lèvres rouges, aux joues vermillonnées. Cette santé elle-même est en quelque sorte enfouie dans une forme hâtive et délicate, si jolie d'ailleurs, dont les lignes maigrelettes trouvent encore moyen d'avoir des fossettes.

Nos femmes, fortes, cambrées, charnues, sont d'une toute autre beauté, parfois sculpturale, mais moins émouvante, moins fiévreuse, moins passionnelle. Elles n'ont pas le torpillement de la parisienne, l'éternelle inquiétude des sens, la dévorante activité du cœur et les folies de plaisir

ÔO NOS FLAMANDS.

qui font rage en ces petits démons. Le piquant, ou, pour mieux dire encore, le brio de ces attraits ébouriffés, chiffonnés avec grâce, séduisants surtout par leurs ridelettes et leurs petits plissements où se lisent les fatigues d'amour, fait place chez elles à l'ampleur sereine et introublée du galbe, à la grâce robuste et constante des lignes, à l'éclat d'un beau sang paisible. Je parle ici de la femme telle que la fait chez nous la nature, avant que le plaisir l'ait mordue dans sa jeune efflorescence. S'il s'agit de connaître quelle vie en attend la société, il faut admirer l'allure simple et large de ce beau corps; il rappelle, par sa grandeur et sa plasticité sévère, l'expression biblique du cèdre. Elle marche droite, la tête haute, presque gravement : ses reins n'ont pas les ondulations serpentines et les balancements lascifs des femmes faites pour le plaisir. Elle a une sorte de souplesse lente et d'abandon réfléchi qui contraste avec la fièvre parisienne. Ses épaules n'ont pas l'art de s'effacer mystérieusement dans une intrigue, avec des fuites imprévues. Elle est douce, reposée, non turbulente. A voir les neiges rosées de ses joues, gardées pures par les feux adoucis de nos soleils, on sent que ces transparentes colorations ne sont pas faites pour les hâles du plaisir. En effet, rien n'est plus vite altéré que cette pulpe éblouissante aux nacres fines : la pâleur ternit bientôt la pureté du teint, la transparence se plombe, les gras de la chair se creusent. Ainsi, par leur beauté même, elles semblent éloignées des orgies où le piquant des filles de Paris se rehausse, comme en un milieu naturel, de lasciveté hilare. Mais on ne saurait rien trouver de mieux en rapport avec leur beauté que leur caractère même : fermes, fortes et douces comme leurs chairs, leur sérénité les éloigne des gaîtés bruyantes, des licences effrénées et des ivresses charnelles. Ces vases

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