VIII. Avocats et gandins
S'il me fallait caractériser la jeunesse d'ici, je serais bien venu de la partager en deux catégories ; dans la première je mettrais les gandins, dans la seconde les avocats. Gandins et avocats, je crois que tout est à peu près là. A dire vrai, le cœur est égal de part et d'autre : un avocat, dans la balance, vaut un gandin; chez l'un peut-être plus de sottise , chez l'autre plus de bêtise. Mais sot pour bête, aucun ne l'emporte tout à fait sur l'autre. Cette race double des jeunes gens est vicieuse énormément, et qui pis est, à froid, sans passion. Le vice, avec la passion, ne manque pas de grandeur farouche : tous les excès touchent à l'épique ; en revanche, rien n'est plus méprisable que les demi-mesures, soit dans le bien, soit dans le mal. Or ces gandins et ces avocats sont sans entrailles : que les premiers fassent la noce, que les seconds s'occupent d'intrigues, rien ne vibre en eux que la fibre égoïste des petits contentements à soi seul. Oij donc, en ces plats don Juan de courtisanes, est l'âme capable de s'éprendre, même de chairs et de sang? Qui donc, de ces vulgaires Brid' oison, saurait élever son cœur aux vastes ambitions de la gloire ? Ni les uns ni les autres ne dépassent les limites de la prudence : encore ne se précipitent-ils pas; ils vont à tâtons. S'ils séduisent des filles, ils s'arrangent de façon à ce qu'elles ne puissent leur rester à charge. Pour les avocats, tripotiers d'affaires véreuses, ils n'ont souci que d'être