‹ Nos flamandsChapitre 18 sur 24 · L'ÉCOLE AUX CHAMPS · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE AUX CHAMPS

C'est une terrible chose, ô pères de ce siècle, que vous ne puissiez plus engendrer des hommes: vos fils sont le fruit pâle et débile de vos jeunesses consumées elles-mêmes aux labeurs de la vie. Le forgeron qui tout le jour a battu la rude enclume, le dos ployé en deux, et qui s'en revient au soir chez lui, broyé de son éternel travail, n'a plus l'âme éveillé aux beaux rêves d'enfant. Vos fils, tard venus dans votre existence ou mis au monde en des heures douloureuses, portent à l'âme et au front la marque de vos inquiétudes, de vos fièvres, de vos hymens sans amour. Ils entrent dans la vie sans passer par les intermédiaires adorables de l'adolescence, sans soupçonner même les routes soleillées et bénies, toutes pleines de chants d'oiseaux, de paroles de femmes et de parfums de fleurs, où le cœur, lentement trempé de verve, de chaleur et de poésie, prend la force nécessaire aux âpres cimes qu'il va falloir escalader bientôt.

Qu'importe que le bambin au maillot ait plus tard un cœur d'homme en ses reins ! La question est qu'il en ait au plus tôt les apparences, que l'enseigne du père devienne l'enseigne du fils, que ses affaires prospèrent, et qu'au faîte d'une considération acquise par brigues et cabales, on vante le sang généreux dont il est sorti. Pour ce qui est de l'honneur, on suppose bien qu'il ne sera jamais un assas-

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