‹ Nos flamandsChapitre 3 sur 24 · II. Lions. [Bichons · texte numérisé non relu

II. Lions. [Bichons

Eh bien! je le veux : qu'un de ce.s grands Flamands, Artevelde ou Rubens, je suppose, puisque nous sommes à lui, monte un soir les marches de son sépulcre, qu'il revienne sur teiTC, confiant et souriant, qu'il s'en aille par les rues, croyant rencontrer les fils de ses contemporains et prêtant l'oreille aux chants de la gaieté flamande, qu'il vienne en ces places jadis tumultueuses des rumeurs du

forum, pour y saluer son sang, pour y bénir sa race

Ah! vieux mort, rentre en ton sépulcre, hàte-toi de te rendormir en ton linceul, lève sur ta face le suaire où l'immortalité rayonne, et ne viens plus exposer aux risées du siècle ta face couronnée d'enthousiasme. Ah ! vois-tu, rentre en ta poussière, vraiment, car pour l'éternité tu ne saurais plus dormir, et le spectacle qu'ici tu rencontrerais ferait tressaillir tes os en ton néant. 0 Rubens! sont-cebien là tes enfants, ces hommes à face pâle et maladive, qui marchent courbés sous je ne sais quelles préoccupations terribles? Sont-ce tes filles, ces femmes chétives et molles, fleurs languissantes, précocement épanouies aux feux des lustres, dont la beauté, flétrie par les plaisirs et les fards, roule au tourbillon qui les emporte elles-mêmes, avec les heures qui la virent éclatante et entière? Loyauté ! honneur ! intégrité de la patrie ! attachement au sol des tombes et des berceaux! Est-ce que tout le sang flamand a donc coulé

CIIAP. II. LIONS. — BICHONS. g

dans les luttes anciennes qu'il ne s'en voit plus dans les veines des hommes d'aujourd'hui? Est-ce que le lion flamand, mis à la boucherie par les bouchers français, a saigné sa dernière goutte, comme un bœuf à l'étal, qu'il ne s'entende plus môme, chez ceux de maintenant, un peu du bouillonnement qui soulevait son large flanc loyal? Est-ce que la patrie est morte, ô Belges, que les enfants viennent au jour marqués de bâtardise, comme des fruits gâtés que la mort ou le vice se réserve dès le berceau? Je vous le dis, en vérité, vous n'êtes pas les fils des vieux flamands, vous n'êtes plus les modèles qui inspiraient Rubens, vous n'êtes plus les lions que van Artevelde menait aux combats ! Ah ! voilez donc, dans les temples et les musées, voilez les apothéoses de Rubens; cachez pour jamais ces témoignages des grandeurs passées. Il no faut pas, voyez-vous, que nos fils, à nous qui sommes tombés à ce point, rougissent de leurs pères, et, qu'en notre misère, cette suprême consolation de la dégradation publique, qui est le respect des enfants, se change au cœur des fils en regrets et en blasphèmes. Mais que dis-je? Je parle des fds, je parle des familles, je parle des foyers. Où sont nos foyers? Oii donc est le vieux culte que le père à cheveux blancs, descendant à la tombe, léguait à ses enfants pleurant au chevet? Oii donc est l'exemple des vertus que les fils se transmettaient comme un héritage de gloire et de vénération l'un à l'autre, afin que la vertu fût vivante au cœur de la maison? Oii donc est cette flamme à laquelle s'entretenaient le courage des hommes et la pudeur des femmes , cette flamme si chaste et si belle, qui servait à allumer dans l'alcôve le flambeau des nuits nuptiales? Ah! je regarde autour de moi ; je sonde tant d'intérieurs ; je fouille tant de foyers. C'est à peine si de cette grande et superbe lueur

ti NOS FLAMAxNDS.

il reste çà et là une étincelle. Nous n'avons plus les hauteurs d'âme qui faisaient dire aux Flamands qu'ils étaient les premiers du monde et les rendaient invincibles au sein des dangers. Le foyer! l'amour! Où sont les bonnes et fortes amours du temps passé? Où sont les couples de jeunes fiancés saintement embrasés de flammes fécondes et se passant, à travers les baisers, la force et la tendresse qui font les beaux enfants? Où donc, ô femmes, est la lampe qui brûlait sous les courtines de vos aïeules, comme la clarté même de la maison, comme l'éternelle mémoire des noces fortunées? Qu'avez-vous fait de cette lampe sacrée, devant laquelle elles se ployaient à deux genoux, vénérables et sévères, ainsi que des matrones, et qui était pour elles l'aliment de la vertu et de la pudeur conjugales? Ah! filles adultères et lascives, la lampe s'est éteinte entre vos mains, un soir que vous cachiez un amant sous votre lit, ou plutôt je crois bien que vous avez soufflé dessus, afin que l'âme errante de vos aïeules ne pût vous voir rougir dans les bras d'un don Juan avachi en gandin.

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