‹ Nos flamandsChapitre 7 sur 24 · IV. La Femme Fresque · texte numérisé non relu

IV. La Femme Fresque

Quand j'ai commencé ce livre, j'ai vu qu'il y avait, des passages dangereux : une pudeur de femme et d'enfant me disait de m'arrêter au bord. Maintenant que j'y suis, ma conscience d'homme me dit de marcher au travers. Il n'y a pas de dangers pour le courage, il n'y a pas de lieux malhonnêtes pour l'honnêteté du cœur* S'il me faut rencontrer sur ma route des lupanars, j'y entrerai, je prendrai, dans ma colère, les pâles fantômes qu'y jette le vice, je les arracherai aux flambeaux des nuits lascives, et je les conduirai à ta lumière , ô pur soleil , afin que les masques tombent des joues et que leur ignominie, tout à coup découverte, attire sur eux l'opprobre des hommes. Et vous qui me lisez, s'il en est parmi vous qui me blâment de toucher à ces fanges, j'ai ma fierté pour moi qui me garde pur jusque parmi elles.

Je le vois, s'il faut vous parler du vice, il faut en parler librement : vous êtes trop aveuglés pour que les couleurs voilées se comprennent à vos yeux. Eh bien ! je le veux. Entrons dans un de ces boudoirs infâmes oii tout se vend, jusqu'à l'air qu'on y respire, et dont l'abjection, écrite sur les murs, sur les meubles, depuis le seuil jusqu'à la couche, se sent aux parfums rances que les sueurs et les baumes y laissent flotter. Voyons dans leur nudité les prêtresses des cultes obscènes, alors que, sans voiles,

sans fards et sans atours, cette chair, qu'elles font mentir et qui sert à tromper les hommes, s'apprête à recevoir de leurs mains les vernis, les polissures et les crépis qu'on met aux vieux murs. Les voilà, ces épaules sahes encore de bave furieuse, mordues par des baisers d'inconnu dans les rages du plaisir. Les voilà, ces joues rougies de marques libertines ou toutes pâlies des insomnies d'une nuit vendue. Le voilà, tout ce corps pollué, l'objet de vos adorations, où vos lèvres ont bu l'amour. Dérision ! Il n'est rien de ces flancs, il n'est rien de ces gorges, il n'est rien de ces épaules qui n'ait reçu la caresse et le baiser. Yous qui ne voudriez pas vous couvrir du vêtement d'un autre homme, vous dormez dans les bras où il a dormi; vous qui ne boiriez pas au verre de l'étranger, vous vous coUez à des joues auxquelles il s'est pendu; vous qui redoutez partout la gale, la vermine et la peste, vous ne craignez pas de les trouver dans le lit sordide où quelqu'un les a peut-être laissées. Ces hôtelleries banales , où la luxure cherche un gîte et des bras pour la recevoir, regardez-les dans l'horreur du ma'^in, loin du mystère des nuits. 0 fresques! ô peintures ! Enduits écaillés ! Ruines branlantes ! Corps vermoulus! La gorge pend; le ventre ballonne; la joue lombe. Cette chair luisante aux pourpres de pêche, je la vois blême et blafarde, avec des mosaïques verdâtres sous les yeux, et gonflée de bouffissures malsaines. L'œil qui, hier, avivé de cobalt, brillait sous un cil oriental, terne maintenant comme un globe dépoli, roule dans une paupière flasque, rougie sur les bords et crottée d'humeurs séchées. La joue, fripée -en plis menus, m'apparait crevassée comme la pomme qui se garde au grenier. 0 merveille ! illusion ! C'est là que ta bouche eni\Tée cherchait la veille l'enchantement et le plaisir ! En vérité, quand tu ne fermes

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