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LA VOCATION lOS
par la progression de l'exemple et par la communauté de l'usage. Même en n'entrenant que des habitudes sobres et vivant seul, un homme de condition moyenne croira manquer du nécessaire s'il ne possède pas aussi des tapis, des fauteuils, des rideaux, des tentures. Vienne la famille, l'entourage des êtres chéris, il lui faudra une installation dispendieuse, étroite peut-être, mais très ornée, très encombrée de ces infinis menus détails de la décoration mobilière, — appareil superflu, bagatelles ruineuses, pour lesquels, cependant, on dépense une grande partie de ses jours en des efforts sans répit. Ceux qui tirent leur substance des occupations intellectuelles, et qui, par le fait de cette application supérieure de leurs facultés, s'attribuent volontiers le rang d'excellence, seront moins disposés que personne autre à l'abnégation des intimités luxueuses. N'ontils pas, au contraire, en leur qualité d'artistes, ce sens délicat des choses qui en
double la valeur et en raffine la jouissance? Ne savent-ils pas choisir, classer, distribuer avec un tact supérieur, ces mille objets qu'on achète, selon les caprices de l'œil, la séduction des formes et des couleurs, ou pour le charme du souvenir, et qu'on nomme curiosités, antiquités, objets d'art?
Si l'on parcourait seulement, en imagination ou en réalité, quelques salons de ceux qui furent ou sont encore les pachalicks opulents de la littérature, on ne tarderait pas à reconnaître, en effet, qu'ils s'y entendent à merveille et qu'ils pourraient se dire aussi des tapissiers émérites. Voulons-nous, par exemple, rendre une visite rétrospective à Jules Janin? C'est en 1830, dans son magnifique rez-de-chaussée de la rue de Tournon. Quand nous aurons bien examiné ses livres rares et qu'il nous aura décrit avec complaisance la somptuosité des reliures dont ils sont habillés; quand il nous aura montré sa bibliothèque, sa baignoire en
marbre et son jardin, il nous conduira triomphalement à certaine chambre souveraine, dont il a été l'amoureux décorateur. Des meubles exquis, un lit digne d'une favorite, étoffé d'anciennes et précieuses tentures, bordé de dentelles, des sièges pareils à ceux de Trianon, invitant aux siestes molles et prolongées ; au centre, une table magnifique du xvi^' siècle, à pied tors et à frises mythologiques, toute chargée de joyaux étincelants : émaux, ivoires, gobelets précieux; au-dessus un admirable plafond de Watelet ; à l'entour, des paysages et des pastels dus à la main gracieuse d'Antonin Moine; sur les vitres et les glaces, (les fleurs et des brindilles capricieusement jetées, dans un élégant assemblage de couleurs, par la riche palette de Diaz: voilà cette chambre, telle que se plut à l'improviser le fastueux Jules Janin pour celle qui partageait son nom et réjouissait son travail. Vous plairait-il de tra-
verser les appartements de Victor Hugo, ceux qu'il occupa successivement : à la place Royale, alors qu'en pleine jeunesse il se voyait acclamé déjà le dieu de la poésie; rue de la Tour-d'Auvergne, dans la vaste et solitaire demeure, d'où son regard inspiré découvrait la grande ville en panorama; à Hauteville-House , l'habitation d'exil de Guernesey, qui permettait au regard de plonger si loin sur l'Océan ; et, à Paris, sur l'avenue qui porte son nom glorieux, dans ce dernier hôtel où des flots d'admirateurs enthousiastes vinrent saluer les anniversaires de sa triomphante vieillesse? Mais on en a cent fois catalogué les meubles sculptés, les portes de laque, tentures murales, tapis de Smyrne, éfoffes antiques, bronzes, porcelaines de Saxe, verreries de Venise, terres cuites, bustes en marbre, tableaux de maîtres. Quel goût suprême encore et quelle science experte a présidé à la disposition du grmier des Goncôurt, comme ils appelaient.
par une ingénieuse antiphrase, ce musée d'art, aménagé avec le soin qu'on apporte à la composition d'une symphonie, — où chaque valeur, chaque note a sa raison d'étude, son effet combiné pour l'harmonie de l'ensemble. Des fenêtres de cette retraite merveilleuse, l'honneur du boulevard de Montmorency, apparaissent au large les coteaux ombreux de Châtillon ; mais, qu'importe! l'attention ne vague pas au dehors, elle est tout absorbée par l'attrait pittoresque du spectacle intérieur. Un tapis persan du xv® siècle, aussi soyeux que le velours, est suspendu justement en face des fenêtres, afin que sa couleur éteinte ne perde rien, dit-on, de son harmonieuse douceur. A contre*jour, au contraire, les murs sont réveillés, selon l'expression pi^ quante d'un chroniqueur parisien, par des étoffes du pays d'Yedo, ruisselantes d'or, resplendissantes, ensoleillées; et la toison blanche d'une chèvre du Thibet, accrochée
au-dessus d'un divan moelleux, chasse l'ombre d'un trumeau muet que jamais rayon de soleil ne caresse. « Le fond de la pièce est tapissé de merveilleux kakémonos, dont l'exécution délicate et claire troue le mur et procure le mirage d'un horizon sans fin ouvert sur la région du rêve. » Et, pour la diversité du coup d'œil, l'art du xvm^ siècle, avec ses grâces coquettes, et l'art japonais, avec ses invraisemblances féeriques, avec ses décors si cherchés de motifs et d'aspects, opposent en abondance leurs contrastes aussi singuliers qu'imprévus. — C'est vainement que Zola, dans ses œuvres, applique surtout sa puissance à faire saillir les laideurs et les trivialités humaines, il aime près de lui le beau, l'original, la fantaisie, le romantique. Dans l'enceinte de ces immenses tapisseries, voisinent, en confusion, des meubles de tous les temps et de tous les pays. Enfin, l'appartement de Roger de Beauvoir, rue de la Paix^
son salon Louis XV étincelant de dorures, où les yeux éblouis ne distinguaient que porcelaines, cristaux de roche, lampas rouges et blancs, meubles en bois de rose, tableaux de l'époque ; le logis grandiose de Nestor Roqueplan, rue Le Peletier, au rezde-chaussée de l'ancien hôtel Choiseul, dont il faut lire l'éclatante description chez Théodore de Banville*; le cabinet de travail, tendu en mousseline brodée et doublée de soie, de la comtesse Dash ; les opulences mobilières d'Eugène Sue (telle son immense bibliothèque, aux colonnes d'argent massif); les richesses farouches du château de Monte-Cristo, et la petite maison fameuse d'Alexandre Dumas, à Bruxelles, quand il se croyait exilé politique, — un i)aradis oriental où les escaliers, les portes, disi)araissaient sous les étoiles de l'Inde; les nids