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Le besoin d'èire quelqu'un, de se vouer à une occupation déterminée, choisie de préférence entre celles qui procurent en même temps les plus doux chatouillements d'amour-propre , telle est l'ambition précise qui produit du côté des lettres celte affluencc de la jeunesse des écoles, cédant, d'ordinaire, à l'émulation machinale, à l'entraînement de l'exemple beaucoup plus qu'à celle sollicitation intérieure qui s'appelle la conscience artistique. Grâce à l'éducation littéraire d'à présont , si raffinée, si expansive, rendant si commodes les échanges et si promptes les communications entre les esprits; grâce à ce perpétuel va-et-vient des idées qui flottent dans l'air et que chacun peut saisir, parce qu'elles sont à tout le monde sans appartenir à i)ersonne; grâce aux occasions infinies d'apprentissage réciproque, de transfusion spirituelle des uns
aux autres, on s'assimile tellement vite, avec tant de facilité, les secrets du métier, les façons d'écrire, les procédés à la mécanique de la fabrication des phrases I
Mais comment s'opérera le classement et la mise en activité de cette masse d'intelligences, réellement supérieures, ou à demi développées qui, dépourvues des garanties professionnelles, cherchent aujourd'hui péniblement leur place dans le monde lettré ?
Que deviennent alors tous ces auteurs honoraires, ces poètes chimériques, ces désireux de talent, ou bien ces tempéraments exceptionnels, ces penseurs vigoureux, ces écrivains de race, qui tendent concurremment au même but et visent aux mêmes récompenses? Il y a là les éléments d'une très intéressante question sociale. Le moment est venu, pour la résoudre, de demander aux diverses formes de littérature, chacune étant prise séparément, ce qu'elles rapportent en retour de ce qu'elles exigent.