‹ Nos grands médecins d'aujourd'huiChapitre 10 sur 51 · DOCTEUR HENRY CAZALIS · texte numérisé non relu

DOCTEUR HENRY CAZALIS

CAZALIS (Henry), ne à Cormeillcs-cn-Parisis, eu

Licencie' en Droit, en 1S61.

Docteur en Médeeine, en iSjy.

voir — un notamment, d’une manière on ne peut plus intime.

Mais toujours, l’une des deux vocations l’emportait de beaucoup sur l’autre : c’étaient, ou bien des praticiens sans enthousiasme, abandonnant la médecine pour se donner très franchement aux lettres, ou bien d’excellents médecins occupant leurs loisirs à rimer pauvrement d’abominables strophes. Il en est d’eux comme de l’hermaphrodisme : la prédominance d’un sexe est constante.

Au contraire de tous les autres, le docteur Henry Cazalis donne l’exemple du parfait dédoublement

ous en connaissons tous, des médecins, faisant aussi de la littérature ! Pour ma part, j’ai eu maintes fois occasion d’en

cérébral. Il est en même temps, sous son nom véritable, un médecin d’une indiscutable valeur, et sous le pseudonyme de Jean Lahor, un véritable grand poète.

Il a reçu du ciel ce don absolument exceptionnel de pouvoir chanter en rimes superbes pendant les cinq mois de l’hiver (au contraire de la cigale) et de soigner avec précision ses malades, sans rêveries intempestives et sans distractions de son esprit, en la ville d’eaux où il exerce pendant les sept mois de l’été.

D’une saison à l’autre il se métamorphose, et tout change chez lui, sauf sa parfaite bonne grâce de brave homme bien élevé, laquelle est de toute saison.

J’ai naguère été très... mordant, pour certains thérapeutes de villes d’eaux. J’ai fait, certes, des restrictions nombreuses, mais s’il m’avait été permis de préciser, j’aurais cité parmi les plus honorables exceptions, deux noms particulièrement dignes de respect : celui du D"" Létourneau, qui est un maître en anthropologie, et celui du D"" Cazalis.

Ce qui fait de ce dernier un type qui prête au portrait, c’est qu’il est véritablement, non pas un amateur scientifique, mais un fort habile spécialiste des maladies qu’il traite en sa station thermale.

NOS GRANDS MÉDECINS 6j

C’est un minutieux “ soigneur „ tout entier à sa thérapeutique, et personne, là-bas, ne devinerait le poète sous le docteur, si sa demeure hospitalière ne donnait souvent asile aux écrivains illustres, aux artistes célèbres qui passent de ce côté.

Praticien plein de sécurité, il est encore un observateur peu vulgaire, et je connais de lui certaines pages sur la pathogénie et l'hygiène de l' arthritisme , qui portent la marque d’un véritable esprit scientifique.

Quant à sa poésie, — à laquelle mon confrère Jules Lemaître a rendu justice dans la 4® série de ses Contemporains , — je ne puis me contenter de dire qu’elle est belle, et qu’il faut avoir \wl’ Illusion, le Livre du Néant, Y Histoire de la littérature hindoue.

Il faut ici en parler un peu plus, car elle est pleine d’une philosophie qui intéresse vivement tous les esprits scientifiques modernes.

Le premier parmi nos contemporains, car ses premiers écrits datent de vingt-cinq ans, Jean Lahor a prouvé que l’antique bouddhisme était peut-être la seule foi, la seule poésie mystique, pour mieux dire, qui sût convenir à notre âme moderne, lui apporter la paix, en la détachant de

tout vain Néant, et nous porter à la vertu, dans le grand sens du mot, sans l’espoir puéril d’une récompense céleste.

Sa doctrine, qui, théoriquement, n’est qu’un nihilisme scientifique, est, pratiquement, la plus consolatrice, la plus noblement résignée, la plus encourageante à vivre et bien vivre. Et pour tous ceux à qui ne suffit plus la foi chrétienne, cherchez bien, vous ne trouverez rien de meilleur ni déplus noble a croire.

Parmi tant d’illusions qui nous trompent, deux réalités tragiques apparaissent survivant à tous les fantômes et à tous les rêves de la religion ou de la métaphysique, ces deux réalités sont la douleur et la mort : et le bouddhisme contemporain, comme celui du Bouddha, devant la misère des êtres prêche l’infinie pitié, et la lutte, — lutte scientifique, sociale ou morale, — qui tôt ou tard diminuera Tuniverselle souffrance. Mais comprend-on que cette lutte, si naturelle au pessimiste, doive au contraire être engagée avec moins de passion et d’énergie par l’optimiste pour qui tout est bien dans le meilleur des univers possibles ? Ainsi partant de la notion du pessimisme, telle que Darwin l’a formulée deux mille ans environ après le Bouddha, reconnaissant que la

vie est mauvaise et que l’homme est médiocre, le néo-bouddhisme a la volonté de transformer la vie en un glorieux poëme d’harmonie et de justice, de la faire pour tous meilleure et plus haute, et de transfigurer, de spiritualiser la bête humaine, à l’aide, non de secours surnaturels, mais de quelques-unes de ces énergies qui sont dans l’homme et que lui ont acquises de lentes et mystérieuses sélections.

Dans le Paris moderne, il est donc deux sortes de bouddhistes : ceux qui trouvent dans la doctrine du Néant une excuse à leur impuissance d’agir et aux maladies de leur volonté; ceux qui, bien convaincus que tout n’est qu’apparences vaines, concluent qu’il nous faut vivre sans méchanceté, sans colère, pleins d’indulgence et de pitié, pleins d’amour aussi pour ce qui semble beau, sain et bon, impatients toujours en la recherche des vérités relatives qui nous sont accessibles, ou des illusions supérieures qui nous relèvent et nous consolent.

Cazalis est de ces derniers. Le premier il nous a prêché cette bonne parole avec une grande éloquence, et je suis fier de constater dans ce livre que c’est un médecin qui a fait cette belle chose.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Thèse inaugurale : dégénérescence amyloïde et stéatose du foie.

Études d’hydrologie.

Notes sur l’hémi-rhumatisme.

Hygiène de l’arthritique (sous presse).

Les Chants populaires de l’Italie (trad.).

Henri Régnault, sa vie et son œuvre (i vol.). Paris 1871. Le Livre du Néant (i vol.). Paris 1872.

Le Cantique des cantiques (une plaquette). Paris. L’Illusion (i vol.). Paris 1869.

Histoire de la littérature hindoue (i vol.). Paris 1869.

Professeur J.-M. CHARCOT

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