‹ Nos grands médecins d'aujourd'huiChapitre 9 sur 51 · PROFESSEUR BROUARDEL · texte numérisé non relu

PROFESSEUR BROUARDEL

BROUARDEL (F.-Camille-Hip.), ne le ij février iSjj, à St-Quentin.

Interne des hôpitaux, le iç décembre i8jg (reçu le premier).

Médecin du Bureau central, le 12 août i86g.

Agrégé an Concours de i86g.

Médecin des hôpitaux, le i’’’’ janvier i8j4- Professeur, en i8yg.

Membre de P Académie de Médecine, en 1881.

Doyen de la Faculté, en 1881.

Dans un dictionnaire analogique, cherchez tous les synonymes ou similaires du mot sympathie pour caractériser le jeune et brillant doyen de la Faculté de Médecine. Né sous la plus favorable des étoiles, il réussit à tout, sauf à se faire des ennemis.

Et pourtant, bien que la cinquantaine menace à peine de lui grisonner les tempes, quelle carrière bien remplie!

Médecin légiste, le docteur Brouardel débrouille, avec une impartialité parfaite et la plus merveilleuse lucidité d’esprit, les questions les plus enchevêtrées soumises à son expertise, La netteté de ses conclusions est telle que, maintes fois, il imposa aux jurés et aux juges son verdict. Bien des irresponsables lui doivent ou la liberté ou la vie. Et jamais, avec cela, il ne sort de son rôle, jamais il ne se départ du tact le plus correct; il trouve le moyen de ne pas éveiller les susceptibilités si chatouilleuses de messieurs de la Magistrature.

Professeur de médecine légale en remplacement du célèbre Tardieu, il a su retrouver l’éloquence du maître, raffermie de plus de méthode, de prudence et de limpidité d’exposition.

Et le voici doyen pour le bonheur de tous, pour la plus grande joie des ministres, du conseil supérieur de l’instruction publique, de ses collègues, des agrégés, des étudiants, des bibliothécaires, conservateurs de musée, secrétaires, employés, garçons d’amphithéâtre et garçons de bureau, car il n’est pas plus admirable aplanisseur de difficultés, plus affectueux collègue, maître plus affable, administrateur plus char-

mant.

Il est commandeur de la Légion d’Honneur ; il sera demain grand-officier. Il est de l’Académie de Médecine : il sera demain de l’Institut, comme il sera de tout ce à quoi mènent la bonne grâce, le savoir-vivre, l’intelligence sans tapage et la bonté sans naïveté.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladies.

Attentats à la pudeur, 1883.

Le viol et l’hypnotisme, 1879.

Articles: Cerveau; Rage chez l’homme; Morve etFarcin, dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales.

Choléra. Toulon, Marseille, 1884.

Trichynose.

Vaccin.

Crémation.

Égouts et vidanges, 1882.

Alcaloïdes cadavériques.

Epidémie de trichynose, avec le Grancher, 1889. Affaire Pranzini.

Le secret médical.

Des ptomaïnes, 1881.

Suette miliaire du Poitou.

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PROFESSEUR

BROWN-SEOUARD

UN grand savant bien singulier. Physiologiste cosmopolite, il a enseigné en Angleterre, en Amérique et en France, multipliant à tous les coins du globe ses expériences qui sont innombrables et ses découvertes qui sont nombreuses, quelques-unes capitales.

Il est le successeur du grand Claude Bernard au Collège de France.

Avec son teint bronzé, ses longs cheveux blancs, son allure un peu fébrile, il a l’air d’un vieux canadien exalté. Son esprit, en labeur perpétuel, invente sans relâche, cherche jusque dans le sommeil. Le savant note ses trouvailles au petit bonheur sur des bandes de journal, des marges de livres ou des enveloppes de lettres dont il a

un coffre plein dans son cabinet. De cette méthode de travail résulte un peu de confusion dans l’œuvre trop vaste où, çà et là, demeureront pour l’immortalité quelques découvertes de premier ordre, incontestablement, notamment celle des forces ^inhibition et de dynamogénie du système nerveux, et quelques-unes de ses études sur les fonctions de la moelle épinière.

Plus récemment, grâce aux expériences que l’on sait, son nom est devenu populaire jusqu’à servir de principal clou à une douzaine de vaudevilles, à une vingtaine de revues de fin d’année.

Ses collègues de l’Institut et de la Société de biologie ont refusé de se laisser rajeunir par le procédé merveilleux ; ils ont même laissé entendre que la vraie gloire de M. Brown-Sequard n’y gagnerait rien.

Elle n’y perdra rien non plus : un homme comme lui peut se tromper une fois en passant, sans risquer de perdre le bénéfice de tant d’années de bon labeur, de belles découvertes, d’œuvres durables. Et puis, qui sait si quelque jour, du puits mystérieux encore où il a cru trouver VEau de Jouvence, la Vérité, prématurément entrevue, ne sortira pas tout de même — toute nue, comme il est d’usage — mais pas assez indécente pour effa-

roucher nos austères savants ?... Qui sait si nous ne devrons pas à Brown-Sequard le meilleur des toniques, le plus simple, et le plus naturel?... Au fond de cette découverte, comme dans tout ce qu’il a fait, il doit y avoir quelque chose de bon, de durable et de mal venu, dont 'nos neveux profiteront.

Docteur BLJDIN

DOCTEUR BUDIN

BUDIN ( Pierre-Constant) , ne' le ç novembre 1846, à Eiiencourt-le-Sec ( Oise).

Interne des hôpitaux, le 22 décembre i8ji.

Agrégé, le ij juillet 1880.

Accoucheur des hôpitaux, le / juillet 1882.

Membre de U Académie de Médecine , le 2^ janvier i88ij.

JE sais bon nombre de médecins qui — pour ce motif que l’art obstétrical est relativement peu compliqué — traitent avec une assez forte dose de dédain tous leurs confrères accoucheurs.

Je veux bien convenir que c’est là un métier plus précis, plus restreint, moins difficile, et que le concours pour l’agrégation d’accouchements n’exige pas d’aussi vastes efforts que le concours pour l’agrégation de médecine ou de chirurgie. Mais il serait profondément injuste d’en conclure que les accoucheurs des hôpitaux de Paris sont de médiocres esprits, doués seulement d’expé-

rience pratique et de dextérité manuelle, alors que la corporation compte des hommes aussi éminents que celui-ci.

Le docteur Pierre-Constant Budin, chevalier de la Légion d’Honneur, agrégé à la Faculté, accoucheur de la Charité, est, à n’en pas douter, l’une des intelligences supérieures du monde médical actuel.

Ce petit homme simple, avec sa barbe peu coquette et son lorgnon de fort myope, est d’abord un charmant causeur, spirituel et délicat, très au courant des plus diverses manifestations de l’esprit humain, nourri d’excellente littérature, particulièrement épris deTourguenieff,dont il sait des pages par cœur, et qu’il cite très volontiers.

Il est, ensuite, un esprit scientifique de premier ordre, d’une pénétration, d’une droiture, d’une netteté remarquables, de beaucoup supérieur à ses plus savants confrères en obstétrique.

Polyglotte très érudit, il a rendu de grands services à son maître Tarnier, qui l’a chargé, à la mort de Chantreuil, de continuer et de mener à bonne fin son grand Traité d'accouchements.

Et le docteur Budin serait bien certainement aujourd’hui professeur titulaire sans un incident

curieux qui a mis, momentanément, des bâtons dans la roue de sa Fortune.

Il est tombé malade, voici cinq ans, et gravement malade, au point que les médecins de Paris désespéraient de le sauver. Il s’en alla dans le Midi et fit mander à Nice, pour l’opérer, certain chirurgien anglais de ses amis, qui eut le mauvais goût de le guérir très promptement.

Pareil oubli du patriotisme n’aurait sans doute pas suffi à lui aliéner la majorité des professeurs. Mais, durant son absence, qui fut au total assez longue, son rival et ami Pinard eut l’extrême bonne chance d’accoucher une quantité de femmes de professeurs. Chaque fois, le père, inquiet, plein de sollicitude pour la mère et l’enfant, promettait sa voix à Pinard pour la première place vacante... Quand Budin revint à Paris, plus valide et plus intelligent que jamais, ces dames avaient eu tant d’enfants que la nomination de Pinard était faite d’avance !

Voilà pourquoi M. Budin doit attendre une autre vacance de chaire pour tenir à la Faculté la place qu’il mérite.

Très conscient de sa valeur, mais vraiment supérieur au point de n’avoir ni rancune ni jalousie, il se contente d’être estimé par tous

comme un maître de premier ordre, le plus éminent, à coup sûr, de la génération actuelle. Il travaille beaucoup scientifiquement, en dépit de la très nombreuse et très brillante clientèle qu’il a su se faire en moins d’un an, et dirige, à la Charité, un service modèle, extrêmement suivi.

A défaut de lui-même, il a été, n’en doutez pas, sincèrement heureux de voir nommer son bon camarade Pinard, dont il apprécie très impartialement et très cordialement l’extrême habileté pratique et le grand charme.

Car le docteur Budin est encore un excellent homme, un très loyal ami, une âme noble, droite et bonne.

Même, il vaut mieux en cela que son romancier favori, lequel vous décochait d’assez vilaines malices posthumes à l’adresse de ses anciens intimes, j’en appelle à Daudet!. ..

C’est à croire, décidément, qu’en dépit de la réputation qu’on leur a faite, ce n’est pas la jalousie des médecins qui est la pire.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Mécanisme de raccouchement normal et pathologique par J. Matthews Duncan. (Traduit de l’anglais par Budin.) 1876.

Des lésions traumatiques chez la femme dans les accouchements artificiels, 1878.

Des varices chez la femme enceinte, 1880.

Traité de l’art des accouchements, t. II, par Tarnier et Budin, 1886.

Obstétrique et Gynécologie, 1886.

Leçons de clinique obstétricale, 1889.

Docteur Henry CAZALIS

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