DOCTEUR CUSCO
CUSCO (Edouard-Gabriel) , ne' le 2j décembre i8iç. Interne des hôpitaux, le 20 décembre 184J.
Membre de ! Académie de Médecine, en 1881. Chirurgien honoraire des hôpitaux, le janvier 1882.
IL y a quelques années, on pouvait voir chaque matin, dans les mélancoliques vieilles salles de l’ancien Hôtel-Dieu, un gros petit homm e ceint du tablier blanc, une rosette rouge à la boutonnière, menant vers des lits de blessés une nombreuse troupe d’élèves, causant affectueusement avec ses internes: il avait la figure bonne, et le sourire très intelligent. Avec des précautions infinies, et des soins de propreté minutieuse alors peu ordinaires chez les chirurgiens, il pansait ses blessés, trouvait pour les réconforter de paternelles paroles, sans banalités. Puis, sa visite faite, laissant se disperser son entourage, il venait tomber
en un grand fauteuil de paille auprès d’une croisée, et s’absorbait à regarder la Cathédrale, à en détailler les merveilles extérieures qu’il prétendait ne pas assez connaître après des années de contemplation : il avait alors sur son visage cette expression de grand enthousiasme qui ne trompe pas sur l’amour vrai des belles choses.
Cet homme renommé pour sa délicatesse opératoire, comme pour son ingéniosité à inventer des instruments dont la parfaite commodité n’a pas encore été surpassée, s’appelait le D’ Cusco.
Il avait pour lui d’être à la fois un chirurgien de grand talent, et un artiste raffiné, fait infiniment rare parmi les médecins dont les appartements regorgent^ d’ordinaire, de tableaux plus que médiocres et de bronzes commerciaux.
Doué d’une grande souplesse intellectuelle, il fut très jeune interne des hôpitaux, très jeune chirurgien du Bureau central, très jeune connu et estimé de ses collègues et de ses élèves.
Mais il était en même temps pétri de littérature, savait tous les poètes : pas les classiques seulement, et cet Horace dont les citations multipliées semblent être l’apanage des médecins et du clergé , mais les plus hauts et les meilleurs d’entre les modernes.
Il fut encore dilettante raffiné, amateur passionné de belle musique, et lui-même compositeur. Voici douze ou treize ans, — ses amis s’en souviennent, — il fit réprésenter une fois, à la salle Dupré, un opéra-comique qui s’appelait les Filles du Doge ; œuvre charmante, du genre joli, très délicatement orchestrée, très bien faite. Avouez que ce n’est pas banal, ce coupeur de bras et de jambes occupant ses loisirs à composer de la musique légère, et conviant sa clientèle à entendre sa partition !...
Mais son grand amour fut pour les livres, sa grande joie, de s’enfermer dans la bibliothèque et d’y lire les maîtres de nos littératures dont il a patiemment, savamment, amoureusement collectionné les œuvres en éditions magnifiques, en magistrales reliures. C’est à ses romantiques qu’il avait pris le goût de l’exotisme qui lui faisait parfois brusquement quitter son service et sa clientèle, pour s’en aller, comme eût pu faire un Gérard de Nerval, visiter Prague ou Odessa — à la grande stupeur de ses internes.
Je m’aperçois que, tout au long de ce portrait, j’ai parlé au passé de cet homme charmant. Je lui en fais toutes mes excuses. Un peu retiré maintenant de la vie militante, il est encore bien vivant.
Dieu merci ! pour le plus grand bien de ses nombreux malades, pour la plus grande joie de ses amis et de son biographe qui a tenu à fixer dans les mémoires cette originale et sympathique physionomie d’artiste et de médecin.
DOCTEUR DEBOVE
DEBOVE (Maurice-Georges) , ne' à Paris le ii mars i84J.
Interne des hôpitaux, le de'cemhre iS68.
Docteur en Medecine en i8jj.
Médecin des hôpitaux, le ip août i8jj.
Agrégé', en i8y8.
Professeur, en i8go.
Le jour où M. Charcot prendra sa retraite, la Faculté ne sera point en peine de lui trouver un remplaçant. Le choix du D^Debove paraît s’imposer irrésistiblement.
Certes, d’autres, autant que lui, ont contribué à élargir le domaine de nos connaissances en neurologie; d’autres, autant que lui, ont continué la méthode du Maître; d’autres, autant que lui, ont acquis par l’enseignement préparatoire, •comme chargés de cours, cette autorité de parole qui fait que l’on écoute un professeur.
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Mais aucun n’a le don suprême qui fera triompher Debove ; aucun ne ressemble physiquement à Charcot.
Or, M. Debove lui ressemble étonnamment, de plus en plus. Evidemment, par un procédé mystérieux, qui nous échappe, l’éminent agrégé perfectionne son masque, fait lentement évoluer sa tête, son habitus, ses moindres gestes vers une similitude chaque jour plus parfaite. Encore quelques années, et l’incarnation sera définitive. Et quand la statue de Charcot fera pendant à celle de Pinel sur la place de la Salpêtrière, on pourra voir tous les matins un autre Charcot rajeuni descendre lui aussi d’une voiture à deux chevaux, et regarder la figure d’airain si pareille à la sienne, avec un orgueil d’homme coulé en bronze de son vivant..
Charcot est mort, vive Charcot !
La ressemblance n’est pas physique seulement.
De même que Charcot, M. Debove affecte, vis-à-vis de ses malades à l’hôpital, une certaine sécheresse de cœur probablement plus apparente que réelle. Il est froid avec ses élèves, un peu plus, même, que le Maître dont le dévouement aux siens est connu. Et rien ne lui manque, vraiment, si ce n’est le profond génie du grand homme.
A défaut de génie, le D' Debove est doué d’une incontestable intelligence, d’une vive perspicacité ; il a le don de l’assimilation, une grande dextérité à se faire valoir, ce dont on ne saurait trop le louer, car il vaut vraiment quelque chose, et il faut lui rendre cette justice qu’il a suffisamment travaillé jusqu’ici.
Il a écrit un nombre assez considérable de mémoires sur des cas isolés de maladies du système nerveux : il s’y est montré observateur habile.
Son mémoire en collaboration avec M. Bondet de Paris sur la pathogénie des tremblements, un peu prématuré, peut-être, en certaines conclusions, n’en est pas moins l’un des plus intéressants à consulter sur la question.
Mais ses recherches thérapeutiques ont fait sa renommée pour une grosse part.
Il a été l’un des premiers à préconiser le lavage de l’estomac, l’élongation des troncs nerveux, l’emploi de la réfrigération dans les névralgies. Il a mis à la mode la suralimentation des phtisiques, et ses leçons sur le traitement de la tuberculose pulmonaire, telles que les a recueillies le D’’ Faisans, sont vraiment remarquables.
Le total de ces œuvres vaut-il toute la notoriété dont jouit à l’heure actuelle le D’' Debove?
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vaut-il une chaire à la Faculté? j’en connais qui disent que non. Mais la majorité n’est pas de cet avis, puisqu’un vote récent vient de faire du D'' Debove le successeur de Damaschina à la chaire de pathologie interne, en attendant la chaire de clinique du système nerveux.
On peut affirmer, en tous cas, que le D’’ Debove est capable, s’il le veut bien, de devenir du jour au lendemain un admir.able professeur, car nul entre ses concurrents n’est plus intelligent, nul n’a été mieux initié à la bonne doctrine, nul n’est mieux doué pour doubler le grand premier rôle et le continuer quand il voudra se reposer.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Le régime lacté dans les maladies.
Contribution à l’étude de la sclérose latérale amyotrophique, en collab. avec Gombault.
Pathogénie des tremblements, en collab. avec Bondet de Paris.
Lavage de l’estomac.
Recherches sur l’alimentation artificielle.
Traitement de la névralgie par la congélation.
Leçons cliniques et thérapeutiques sur la tuberculose parasitaire.
Recherches expérimentales sur l’hystérie.
Recherches sur l’infiuence de la graisse sur la nutri-
Docteur DEJERINE
Madame DE)ERINE