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DOCTEUR EN MEDECINE

M. & M“ DEJERINE

DEJERINE (Joseph- Jules), né le ^ août 184c). Interne des hôpitaux, le 24 décembre 184 4. Médecin des hôpitaux, le ly juin 1882 . Agrégé, en 1886.

^]//me dE JERINE, interne des hôpitaux en i88j.

AU moment où — voici trois ans — les étudiantes en médecine furent autorisées à concourir pour l’Internat des hôpitaux, vous souvient-il du toile que souleva, parmi les salles-de-garde, cette innovation, et du mémorable tapage qui accueillit, à l’Assistance publique, les candidates à l’appel de leurs noms ? Tous les journaux ont raconté cela. Mais ce qu’ils ne pouvaient pas dire, ce que seuls pouvaient savoir les familiers de ce concours, c’est que cette protestation visait surtout certaines de ces dames, personnalités encombrantes et intrigantes un peu plus qu’il

n’aurait fallu, tandis que, unanimement, on témoigna le plus profond respect et la plus grande estime à l’une d’elles. Miss Klumpke.

Seule, d’ailleurs, celle-là fit preuve de vrai mérite; seule, elle fut nommée interne titulaire. Elle a, l’an passé, donné sa démission pour épouser l’un des jeunes maîtres les plus en renom de la Faculté, M. le professeur agrégé Déjerine, médecin des hôpitaux.

Si délicat qu’ifsoit de parler, sans son assentiment, d’une femme à coup sûr ennemie de tout tapage, je ne résiste pas au désir de faire mieux connaître cette intéressante exception, d’autant que je n’ai à en dire que beaucoup de bien.

Anomalie vraiment étrange, en effet, curieuse et bien moderne, faite pour notre époque et notre monde que rien plus ne peut étonner, — cette jeune femme qui est un savant! Quand la femme quitte sa vie normale pour le domaine intellectuel si longtemps réservé au mâle, c’est, d’ordinaire, pour s’occuper d’art ou de littérature; et Dieu sait combien peu savent y faire des œuvres fortes, combien peu savent y être autre chose que d’intolérables bas-bleus, ou des peintres de mièvreries! Mais encore, cela s’explique : la femme a ce qu’elle nomme “ ses aspirations vers

l’idéal une sentimentalité toujours prête à s’épandre, un système nerveux prompt à s’émouvoir: les arts en général, la musique en particulier, doivent donc assez naturellement l’attirer. Ce qui est plus surprenant et plus digne de remarque, c’est qu’une femme ait la vocation scientifique. Soigner des malades, être bonne infirmière ou bonne sœur de charité, rien de plus ordinaire. Mais se donner à la médecine, non seulement pour son côté bienfaisant et pratique, mais encore pour son côté théorique et purement intellectuel, voilà qui est nouveau et tout à fait digne d’intérêt.

Il y a depuis quelques années, à Paris, un certain nombre de femmes-médecins, de doctoresses. Il n’y a pas de femme pour tout de bon savante, ou plutôt il n’y en a qu’une, M"''" Déjerine; elle est, je crois bien, la première qui, en France, ait fait preuve de tendances sincèrement scientifiques, d’amour réel pour les recherches positives et méthodiques. C’est à ce titre qu’elle vaut de figurer parmi ces portraits.

Dans sa famille, l’intelligence est chose héréditaire; elle s’est manifestée sous la forme artistique chez l’une de ses sœurs qui est un peintre non pas très novateur, mais d’assez mâle talent.

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Elle se mit avec ardeur aux études médicales; et dès qu’elle fut instruite aux rudiments ordinaires de l’art, elle se spécialisa vite, éprise de physiologie et d’anatomie pathologique, attirée par la science du microscope. Elle entra dans le laboratoire de Vulpian qu’elle étonna par la précision de ses vues, la logique de son esprit, la sagesse de ses déductions théoriques. C’est là qu’elle fit sur certaines maladies du système nerveux, dites paralysies radiculaires, un travail très original, publié par la Revue de Médecine, travail 'qui relate une importante découverte bien à elle, appuyée sur des faits tout à fait bien observés. C’est là encore qu’elle a connu le D'' Déjerine, là qu’ils se sont aimés — fait à livrer aux analystes du coeur humain — en regardant ensemble, au microscope, des filets nerveux...

Et mon Dieu, pourquoi pas ?... Miss Klumpke n’était pas jolie, mais son intelligente et grave figure était empreinte de douceur, de simplicité, de droiture. Car, c’est là ce qui la faisait vraiment unique et précieuse : on la savait, ainsi que les meilleures femmes, bonne et prête à se dévouer, intelligente et très savante, ainsi que les meilleurs des hommes. Le D*" Déjerine avait déjà par devers lui quelques travaux de premier ordre.

précisément du même genre que celui de la jeune fille. Il a fiancé, pour une association féconde et douce, leurs deux esprits avec leurs deux cœurs. Dans la société actuelle, un ménage ainsi armé pourrait bien devenir une force.

Et puisque tant d’hommes 'déplorent ce que Baudelaire nommait " l’imperméabilité féminine,, , la perpétuelle et douloureuse absence de communion entre leur pensée et celle de la femme, M. le D"" Déjerine a droit de s’estimer parfaitement heuréux.

Tout de même, je n’engage pas mes jeunes confrères à chercher femme parmi les étudiantes en médecine. Ils ne trouveraient probablement pas la pareille.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Monsieur Déjerine

Recherches sur la dégénérescence des nerfs séparés de leur centre trophique, 1875.

Lésions du système nerveux dans la paralysie diphtéritique.

Lésions du système nerveux dans la paralysie saturnine.

Altérations des nerfs cutanés chez les ataxiques.

Étude anatomique et clinique sur la paralysie labioglosso-laryngée.

De l’aphasie et de ses diverses formes.

Des paralysies alcooliques.

De la myopathie atrophique progressive.

L’hérédité dans les maladies du système nerveux.

Divers travaux sur les néphrites périphériques.

Nouvelles recherches sur la myopathie atrophique progressive, en collaboration avec Landouzy, 1886.

Etude clinique et anatomo-pathologique sur l’atrophie musculaire des ataxiques, i88g.

Contribution à l’étude de la névrite alcoolique, 1887.

Contribution à l’étude de la maladie de Friedreich, en collaboration avec Letulle, 1890.

Plusieurs études sur la syringo-myélie.

Madame Déjerine

Contribution à l’étude des contractures hystériques,

Contribution à l’étude des paralysies radiculaires. Prix Godard, 1886.

De l’élimination du mercure par les urines, pendant et après le traitement mercuriel, en collaboration avec Balzer.

Des polynévrites en général et des paralysies atrophiques saturnines en particulier, thèse inaugurale couronnée parla Faculté et par l’Institut.

Docteur Armand DESPRÉS

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