DOCTEUR ARMAND DESPRÉS
DESPRÉS (Armand), né le ij avril i8j4, à Paris. Interne des hôpitaux, le 24 décembre i8jy. Chirurgien des hôpitaux, le 24 juin 1864.
Agrégé, en 1866.
Ses fougueuses campagnes contre la laïcisation des hôpitaux ont fait sa célébrité. Et me voici quelque peu gêné, — moi qui crois comme lui que la supériorité des laïques sur les religieuses n’est pas tout à fait indiscutable — pour apprécier librement son attitude à ce sujet.
Les partisans du D" Després proclament impeccable son argumentation. Ses ennemis affirment qu’il y met la plus patente mauvaise foi. Je crois que les uns et les autres connaissent mal l’homme qu’ils jugent.
Voyez-le à la Société de chirurgie, dont il est membre très actif: il suffit que M. Verneuil,
M. Segond ou n’importe qui d’entre ses collèguesémette une opinion sur un fait scientifique, pour que M. Després bondisse à la tribune et mette toute sa vigueur de réplique, tout son esprit de répartie, toute sa chaleur de conviction à soutenir la thèse exactement contraire.
Voyez-le dans son service, à la Charité : tout le monde sait que les pansements antiseptiques inaugurés par Lister, perfectionnés de jour en jour, donnent des résultats merveilleux, permettent de sauver dix fois plus d’opérés... M. Després n’hésite pas : chirurgien fort intelligent, auteur de leçons cliniques qui révèlent en lui un rare esprit diagnostique, il s’empresse de couvrir ses blessésde pansements malpropres, de cataplasmes recéleurs de microbes.
Et l’imagination de cet homme est ainsi faite que, le plus sincèrement du monde, il déforme les faits, trouve des résultats en accord avec sa théorie. Il fait son opinion en prenant le contre-pied de l’opinion émise devant lui; puis il observe tout au travers de son idée fixe. C’est là une maladie de l’esprit assez répandue ; ceux qui en sont atteints — M. Després plus que personne — sont dénués de perfidie.
Je pense en toute sincérité que ce digne homme
n’a jamais agi dans sa vie autrement que par esprit de contradiction. Il est là tout entier. Un de ses collègues, qui a de l’esprit, le caractérisait assez bien en disant de lui: “ C’est notre belle-mère!...,,
Même procédé en matière de laïcisation.
Très loyalement convaincu par avance des effets désastreux qu’elle allait amener, d’autant que la majorité de ses confrères étaient d’un autre avis, il a vu toutes choses au pire. Commise par une laïque, la plus légère faute devient, à ses yeux prévenus, un formidable crime qu’il publie avec grand tapage au profit de sa doctrine. Ce système ôte de la valeur à ses arguments et fait la partie belle à ses adversaires. Il a dans son service deux braves femmes de surveillantes, choisies avec soin, pour éviter de l’irriter, vieilles, laides et dévouées: il leur fait une vie d’enfer, les accable chaque jour de reproches, les épie avec un soin jaloux d’inquisiteur, sans méchanceté foncière, pour l’attitude une fois prise.
Et c’est tout de même un brave homme, soyezen convaincus. Seulement l’esprit de contradiction est en lui, qui le possède, et qui le mène. Vienne un revirement d’opinions, un gouvernement réactionnaire qui réintègre les sœurs : il est tout à fait capable de leur faire opposition.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Étude sur les glandes en grappes du col de l’utérus. Diagnostic des tumeurs du testicule.
Hernie crurale.
Tumeurs des muscles.
Traité de l’érysipèle.
Traité du diagnostic des tumeurs.
Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicale, en collab. avec Bouchut.
Traité théorique et pratique de la syphilis.
Divers articles au Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique.
La chirurgie journalière, etc. etc.
Professeur DIEULAFOY
PROFESSEUR DIEULAEOY
DIEULAFOY, ne le iS novembre i8jç à Toulouse. Interne des hôpitaux, le 24 décembre i86j.
Agrégé en i8yp.
Médecin des hôpitaux, le juillet i8j6.
Professeur en i88ç.
JE serais presque tenté de croire que, pour un savant, c’est véritablement une force que de n’être pas ce qu’on est convenu d’appeler " un beau parleur
Nous avons, à la Faculté, tout un groupe de professeurs qui passent pour enseigner d’une éloquence sans pareille. Les très jeunes étudiants, que séduisent fort tous prestiges extérieurs, se disent volontiers les uns aux autres : " As-tu été au cours d’un tel?... En voilà un qui parle bien !... „
Ces professeurs se vantent d’être disciples de Trousseau et de continuer sa manière ; ils font, à
no
rÉcole, bande à part. Ils s’intitulent cliniciens, par opposition à ceux qu’ils nomment théoriciens, aux savants de laboratoire ; avec une nuance de dédain pour leurs collègues, ils se proclament et se croient les vrais dépositaires de l’Art. “ Nous sommes médecins, disent-ils, et de la bonne, et de la seule médecine, de celle qui soigne et qui guérit, non de celle qui ergote à perpétuité sur des théories ou expérimente sur des chiens. „
Et les autres de riposter : “ Attitude bonne à cacher que vous en savez moins que nous, chers collègues ! „
Il faut bien avouer que ces derniers n’ont pas tout à fait tort.
A voir le fond des choses, il n’y a, en fait de professeurs, ni praticiens ni théoriciens. Délaisser les recherches originales et s’exprimer élégamment, cela ne suffit pas à être maître en l’art de poser un bon diagnostic, et, en fait, il se trouve précisément que nos savants les plus initiateurs sont, en même temps, nos plus habiles cliniciens. Il en est de la médecine comme des arts et de la littérature; il n’y a, et il ne peut y avoir que deux sortes de tendance d’esprit : celle des Chercheurs, des inventeurs, de ceux que tente l’inconnu, qui, hardiment et méthodiquement, défrichent le terri-
ni
toire inexploré pour en tirer quelque vérité neuve ; — d’autre part, celle des Vulgarisateurs, qui cherchent peu ou cherchent mal, mais qui parlent si bien !... Ils ont coutume de répudier longtemps, avant de les admettre, les découvertes des autres, et de sourire des novateurs ; puis, quand le temps a fait justice, ils se résignent à enseigner ce que d’abord ils avaient conspué, mettent la chose à la portée de leur public, et se taillent dans le bien d’autrui une popularité soignée.
Ce sont bien là les deux clans qui divisent la Faculté ; d’un parti à l’autre, on se déteste ferme, et cette hostilité de médecins, pour cérémonieuse qu’elle soit et de tenue correcte, n’est pas, croyezle bien, la plus bénigne.
Plein de qualités précieuses qui font l’homme plus sympathique que bien d’autres, le professeur Dieulafoy appartient cependant au clan de ceux " qui parlent bien „. Né à Toulouse où, comme on sait, l’éloquence règne à l’état endémique, fils d’un médecin renommé là-bas, il vint tout jeune étudier à Paris. Dès ses premiers concours, il fut classé comme " très brillant „ ; il avait en effet pour lui cette vivacité de physionomie expressive et cette aisance à parler beaucoup de n’importe quoi, qui font si bel effet dans les concours et em-
paument si facilement un jury d’examen ; avec ces qualités, un fonds d’érudition suffisamment cossue, et la mémoire des noms propres (car il est bon de paraître avoir lu ses auteurs et d’en citer un grand nombre à la file), on est sûr, sous le régime universitaire actuel, de faire vite son chemin, fût-on tout à fait dénué d’esprit personnel et d’originalité,
M. Dieulafoy, bien que merveilleusement doué pour n’être que brillant, a été pourtant, il faut le dire, au moins à une certaine période de sa carrière, inventif et ingénieux. Il a imaginé un instrument destiné à l’évacuation sans dangers des épanchements pleurétiques, et cet appareil, aujourd’hui abandonné pour celui, bien autrement parfait, de Potain, a rendu de réels services, et fait grand honneur à celui qui en eut la première idée.
A cela près, l’honorable professeur peut être rangé dans la catégorie de ceux dont les questions d’ordre scientifique ne troublent guère le sommeil. Nommé très promptement médecin des hôpitaux et agrégé à la Faculté, il se préoccupa surtout de se faire une clientèle " aussi nombreuse que choisie „. Et cette clientèle lui prend beaucoup de temps. Médecin à Saint-Antoine, il fait sa visite
rapidement, et montre, au lit du malade, des qualités de coup d’œil vif, d’intellig-ence alerte, plutôt que d’observation patiente et de logique rassise. Le plus souvent, il pose des diagnostics à effet, dans le but avoué d’émerveiller son entourage : il y réussit presque toujours.
Il est fort goûté dans la clientèle et dans le monde. Il y est le sympathique, le savant, l’aimable, l’éminent, même le beau Dieulafoy, car il a des yeux noirs, très intelligents et gais, une pelisse de boyard, une fine moustache brune, et des cheveux bouclés qui ne sont pas près de grisonner.
Comme professeur, il est tout à fait séduisant. Pas de cours plus suivi que le sien. Ce n’est pas qu’il y enseigne choses bien neuves et personnelles ; mais c’est la façon dont c’est dit. Ainsi que beaucoup de ses compatriotes, il a le don de la mimique expressive : il joue son cours ; il est très bon acteur. Je me souviens des leçons qu’il faisait à l’hôpital Saint-Antoine alors qu’il n’était pas encore titulaire de la chaire de pathologie interne. Il s’agissait précisément de la pleurésie, qui est son sujet favori ; et c’étaient, à propos de percussion et d’auscultation, des gestes qui implorent et qui caressent, des jeux de physionomie tour à tour passionnés et attendris, et des roulements d’yeux
à l’auditoire, et des phrases fleuries, et des mots à effet, soulignés d’intentions discrètes, avec, au bout des périodes, des vibrations renflées de la voix pour ravir les bravos, à la façon qui est familière au vieux ténors italiens. Une fois, plusieurs médecins du même hôpital étant venus l’entendre, il trouva moyen, sans quitter son sujet, de les citer tous avec éloges, et de découvrir à chacun d’eux les inventions les plus géniales précisément sur ce même sujet. C’est là, le comble du Grand-Art.
Cette manière n’est pas seulement celle du D'' Dieulafoy, elle est encore celle de tout ce groupe des cliniciens désignais tout à l’heure, groupe qui se pique de bonne littérature et de haut style, par opposition à ces savants balourds qui parlent mal, et qui écrivent si pauvrement.
Il serait bon, pourtant, de définir ce que l’on doit appeler bien dire et bien écrire, en matière scientifique.
A supposer que, parmi les modernes, il n’y ait pas d’exemples à citer, que M. Charcot ou M. Ch. Bouchard, qui sont de vrais savants, ne soient que de médiocres orateurs, seulement corrects et précis, nous pouvons citer, parmi les écrivains médecins du commencement de ce siècle, deux modèles tout à fait admirables : Bichat et
Laënnec, le premier anatomiste merveilleux, l’autre clinicien de génie, ont laissé des ouvrages qui semblent être la perfection du genre. Étant donné ce fondamental principe d’art que le style doit rigoureusement s’adapter au sujet, ils ont jugé inutile d’accumuler les périphrases, les fleurs de rhétorique à l’usage des lycéens, et les tournures dites élégantes : ce qu’ils avaient à dire, ils l’ont dit avec simplicité, avec une incomparable lucidité, chose parfois très difficile, et, pour tout dire, avec génie. Laënnec, en particulier, pour décrire de façon plus saisissante certains phénomènes observés par lui, a su trouver quelques images si subtiles et si profondément justes qu’elles méritent la plus entière admiration des connaisseurs.
Faites lire à un écrivain de talent les phrases de ces médecins actuels dont on dit qu’ils parlent si bien, et vous verrez quel haussement d’épaules. Artistiquement parlant, l’éloquence de ces messieurs est au moins discutable. Reste leur valeur ■purement scientifique, et dame !...
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Un chroniqueur de la presse médicale ayant répondu au précédent article, nous croyons intéressant de donner à nos lecteurs les différentes' pièces de cette curieuse petite polémique.
Note de l’Editeur.
Le docteur Dieulafoy
Il y avait une fois, dans le plus répandu deS' grands journaux parisiens, aux suppléments du samedi, un portraitiste de médecins qui signait " Horace Bianchon „ et qui fit, à propos du docteur Dieulafoy, un article à sensation. Ce profil, comme tous les autres, mieux peut-être que beaucoup d’autres, était amusant, bien tourné, et mettait très habilement en saillie les défauts du jeune et brillant professeur de pathologie interne. Mais, vraiment, mon distingué confrère avait abusé quelque peu, cette fois, de son talent de caricaturiste, et par trop laissé dans l’ombre les grandes et très réelles qualités du maître qu’il dépeignait à ses lecteurs.
Tous les hommes ayant leur bon côté, rien n’est plus aisé que de prendre exactement le contrepied d’une critique quand elle n’est pas tout à fait dénuée d’impartialité. Il est au moins aussi intéressant, croyons-nous, de s’appliquer à faire valoir
les qualités heureuses d’un savant, que de rechercher uniquement ce par quoi il donne prise a la critique.
Nous voulons bien admettre, par exemple, que le docteur Dieulafoy, méridional d’origine, parle avec une extrême facilité, peut-être même qu’il abuse, en faisant son cours, des séductions de son expressive mimique, mais nous aimons mieux apprendre à nos lecteurs quels éminents services il a rendus à la science, comme vulgarisateur, et même, quoi qu’en pense mon confrère du Figaro, comme innovateur.
Et tout d’abord, nous avons grand’peine à croire que l’enseignement doive être morose et terne pour être fructueux, et qu’un bon professeur doive, de toute nécessité, parler mal. Nos étudiants ne sont que trop disposés à ne pas suivre les cours de la Faculté. Quand un de leurs maîtres — M. Dieulafoy, par exemple — est assez éloquent pour les attirer en foule, assez habile pour leur inculquer la science en les intéressant et presque à leur insu, il faudrait, semble-t-il, l’en féliciter chaudement et non pas le tourner en ridicule.
N’est-ce point encore au professeur Dieulafoy que nous devons cet admirable petit Manuel de pathologie interne qui est dans toutes les chambres
d’étudiants, où l’on trouve résumées avec une lucidité merveilleuse toutes les choses qu’il faut savoir en médecine, toutes les notions vraiment pratiques, utiles à tout médecin ? L’homme qui a eu l’idée de débarrasser la science de tout ce qu’elle a de trop ardu et de tout ce fatras dont bien des monographies sont encombrées, l’homme qui a fait un si bon livre, a droit, nous semble-t-il, à quelque reconnaissance : la Faculté du reste a bien été de cet avis, puisqu’elle a fait de M. Dieulafoy un professeur, alors qu’il avait, pour concurrents, des agrégés de la valeur du docteur Lancereaux dont nous avons dit, ici même, tout le bien qu’il mérite.
Il y a mieux : le professeur Dieulafoy, non content de vulgariser à merveille les découvertes, a été lui-même un inventeur de haut mérite. Il a certainement beaucoup contribué à nous faire mieux connaître l’histoire des différentes formes de pleurésie, et à nous enseigner le bon moyen pour les guérir. Son appareil aspirateur, extrêmement ingénieux et tout à fait commode, a rendu d’éminents services, a guéri quantité de malades.
La part de gloire du docteur Dieulafoy nous nous semble donc fort belle. On est en droit de l’accuser d’être très éloquent, mais personne en
revanche ne peut lui reprocher de manquer d’intelligence, d’habileté pratique et d’autorité scientifique, mon confrère Horace Bianchon, lui-même, en conviendra volontiers avec moi.
Docteur Bénassis.
A cet article, le D*' Bianchon a répondu par la lettre suivante :
" Monsieur et distingué confrère,
" Vous avez la bonté de me prendre à partie, le plus courtoisement du monde, au sujet d’un " profil „ du docteur G. Dieulafoy, paru au supplément du Figaro au mois de février dernier. Je vous en remercie, mon cher confrère, car vous me fournissez là une excellente occasion de compléter l’article en question d’un mot que je crois nécessaire.
" En faisant le portrait du jeune professeur de pathologie interne, je voulais simplement caractériser de mon mieux une tendance scientifique spéciale, prêtant, je pense, à l’ironie, et non pas ridiculiser un homme que tout le monde sait très honorable et tout à fait intelligent. Or, il paraît que mon article lui a fait de la peine, lui a été vraiment cruel, et tandis qu’il me serait fort indifférent de m’attirer une colère, il m’est pénible de paraître méchant de parti pris.
"Je n’ai pas plus d’enthousiasme que naguère pour les plus brillants vulgarisateurs, mais j’éprouve le besoin de dire que, par comparaison avec d’autres profils trop indulgents peut-être, celui que j’ai tracé du docteur Dieulafoy était vraiment trop vif, et que je suis très désolé de lui avoir causé quelque désagrément.
" Veuillez agréer, etc.
" Horace Bianchon. „
PRINCIPALES PUBLICATIONS
De la mort subite dans la fièvre typhoïde.
De la contagion.
De l’influence de la physiologie sur la connaissance des maladies du sj^stème nerveux.
De l’aspiration des liquides morbides.
Traitement de la pleurésie aiguë par l’aspiration. Plusieurs articles au Dictionnaire de Médecine.
Manuel de pathologie interne.
Docteur DUJARDIN-BEAUMEl Z
DOCTEUR