PROFESSEUR DUPLAY
DUPLA Y (Emmanuel-Simon) , ne' le lo septembre i8j6. Interne des hôpitaux, le 20 décembre i8p8.
Médecin des hôpitaux, le janvier i8j2.
Agrégé en 1866.
Professeur, le 27 novembre 1880.
DUPLAY?... c’est un oriental! — me disait un de ses collègues, très justement, je crois.
A voir cet homme gras et lent, dont les yeux bleus sont si intelligents, dont la démarche est si lassée, qui ne veut aller qu’en voiture, qui dort aux concours où il est juge, qui parle lentement, qui marche lentement, qui gesticule peu, et qui toujours semble demander grâce devant une fatigue ou un ennui, on devine un de ces êtres d’élite, doués merveilleusement, mais qu’une paresse invincible empêche d’être de très grands hommes.
Je ne pourrais, je crois, mieux le comparer qu’à Théophile Gautier qui fut ainsi dans la littérature.
L’impeccable “'poète ^ Emaux et Camées, le maître conteur de Mademoiselle de Maiipin et du Roman de la Momie, fut, lui aussi, un fatigué perpétuel. Il était né pour égaler les plus grands hommes; il se sentait doué comme un Victor Hugo, et ses causeries, telles qu’on les trouve reproduites dans le curieux Journal des Concourt, montrent que l’homme fut de beaucoup supérieur à ses plus belles œuvres. Mais il était oriental et plus paresseux qu’un pacha ; toute action l’exténuait : il jugeait inutile et fatigant d’écrire. Il n’aurait rien laissé, s’il n’avait dû gagner sa vie.
Le professeur Duplay — c’est son éloge et sa critique — est un peu dans ce genre-là.
Trois ou quatre fois par semaine, son interne reçoit un télégramme ainsi conçu : “ Faites la visite; j’ai la migraine. „
Quand on l’a nommé professeur titulaire, son premier cri a été celui-ci : " Ah ! nous allons pouvoir enfin nous reposer ! „
Il aime beaucoup ses élèves, se désole quand il leur arrive un ennui, mais ne fait rien pour leur venir en aide, refuse de siéger aux concours où il pourrait leur être utile, et considère que l’idéal est
de fumer paisiblement sa pipe, couché dans un très bon fauteuil.
Oh! n’allez pas vous y méprendre et conclure qu’il n’a rien fait!
Les archives de médecine sont pleines d’excellents mémoires, de travaux de tout premier ordre signés de lui. Il a repris et continué le gros ouvrage de Follin, non sans se faire aider, du reste, de nombreux collaborateurs.
Mais le travail lui est si facile, il a l’intelligence si prompte, si alerte, qu’en rien de temps, il vous bâcle un travail qui coûterait des mois à d’autres. Ça va très vite et très bien quand il s’y met, mais c’est le diable pour s’y mettre.
Ah! qu’il est doux de ne rien faire.
Quand tout s’agite autour de nous!...
C’est la chanson qu’il a prise pour devise, cet homme qui serait aujourd’hui un grand chirurgien, un grand homme, une gloire, s’il avait eu l’activité.
Du reste, cette nonchalance ne l’empêche pas d’être un des premiers chirurgiens de notre temps ': il a le diagnostic impeccable quand il veut s’en donner la peine; il opère très bien, avec beaucoup de soin et beaucoup de bonheur. Il est surtout très intelligent, ce qui me paraît encore
la plus belle qualité du monde, la plus rare, la plus digne de respect et d’admiration, quand elle s’allie au plus fier désintéressement, à la plus haute correction professionnelle, ce qui est le cas pour le professeur Duplay.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Pathologie externe, de Follin et Duplay. Nombreux mémoires in Archives de Médecine.