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DOCTEUR FAUVEL

FAUVEL (Pierrc-Charlcs-Henri), né le -j juin 1830, à Amiens.

Interne à Lariboisière sons Tardieu et Voillenuer en 18)8, puis à la Charité, sous Velpeau.

Quand le D^' Charles Fauvel, vers 1859, à sa sortie de l’internat, résolut de se consacrer à la spécialité qui l’a rendu célèbre, son très illustre et grincheux maître Velpeau, avec sa rudesse de charron tourangeau, lui jeta à la face cette phrase souvent répétée : “ Tous les spécialistes sont des charlatans !... „ et durement le renia. Le jeune médecin, pourtant, fort des encouragements de Voillemier, de Nélaton, de Trousseau, pensa qu’il valait mieux ne pas laisser à des étrangers la gloire d’approfondir et d’enseigner à Paris une partie

restreinte mais intéressante des sciences médicales, non plus que les profits matériels qui s’ensuivent. Il se mit donc à l’œuvre, et il lui fallut peu de temps pour conquérir une notoriété que l’on sait être, à l’heure actuelle, européenne.

Quelques médecins, cependant, et des moins envieux, gardent encore à leur triomphant confrère un peu d’acrimonie, et — tout en reconnaissant qu’il sait on ne peut mieux son métier, tout en recherchant, à l’occasion, ses lumières — se montrent réservés dans leur admiration. Cela tient surtout, j’imagine, à ce que la spécialisation médicale, conséquence nécessaire de l’universelle " division du travail „, n’est pas encore tout à fait passée dans nos mœurs.

Un des titres de gloire du corps médical français est sa proverbiale dignité professionnelle et cette horreur de la vénalité, qui font de beaucoup de nos praticiens de parfaits gentilshommes, vraiment. Aux yeux de ces aristocrates de la corporation, tout spécialiste est un peu déclassé, et, si impeccable soit-il, devient quelque chose comme un grand industriel, par exemple. La spécialisation n’est point de tradition chez nous ; elle est d’importation étrangère, et américanise, comme on dit, nos vieux usages, un peu à la façon dont les

rues neuves alignées au cordeau, correctement coupées à angles droits, bouleversent l’intimité charmante et surannée de nos quartiers d’antan.

Parvenir vite est la devise d’aujourd’hui. Or, pour un médecin, pas de moyen plus sùr que de restreindre son champ d’études : sur un terrain plus limité on approfondit davantage, on devient promptement habile; étant un médecin d’exception, on a logiquement droit à d’exceptionnels honoraires, et la Fortune arrive sans tarder. Mais, à Paris plus que partout, et de nos jours plus que jamais, la Fortune est oublieuse, et sa coutume est de nous délaisser d’autant plus aisément qu’elle nous est venue plus tôt. Les purs, ceux de l’ancien régime que, tout à l’heure, j’appelais des gentilshommes, trouvent mauvais que, pour la retenir, leurs confrères plus modernes, plus “ dans le mouvement „, utilisent au prolit de leur gloire la publicité de la presse, donnent des fêtes où des artistes, guéris par eux, témoignent, en chantant leur grand air, de l’intégrité recouvrée de leurs cordes vocales : ces austères ne sont plus de leur temps et rappellent, n’est-il pas vrai ? l’admirable est si peu pratique attitude politique du comte de Chambord condamnant toute concession. Etre moderne ou ne pas l’être, voilà la question.

D’ailleurs, en admettant même que quelques spécialistes aient le tort d’être moins scrupuleux que leurs confrères sur le choix des moyens de parvenir, la spécialité a du bon. Les sciences médicales deviennent de jour en jour si vastes et complexes qu’il faut bien se partager la besogne et se résigner à n’en étudier qu’une partie sous peine de n’en rien savoir à fond. Il est juste de dire, en outre, que ces messieurs sont, en général, charitables, et que, s’ils exigent de leur clientèle bourgeoise et riche des rémunérations élevées, ils ne ménagent pas leurs soins aux pauvres.

M. le D'’ Fauvel a, pour son compte, plus d’un titre à notre estime, voire à notre gratitude : à sa clinique gratuite, il soigne et guérit beaucoup d’indigents ; il traite, en outre, un grand nombre d’artistes, clientèle fort exigeante et qui paie mal; souvent il a rendu service à ses confrères en les aidant de son diagnostic très expérimenté et de son habileté opératoire ; en publiant le volumineux recueil de ses leçons cliniques, il a été utile aux élèves fort ignorants d’ordinaire en fait de laryngologie) on sait enfin qu’au moment de la maladie de Frédéric -le - Noble, la renommée du praticien français faillit avoir raison du farouche orgueil allemand.

Et si quelques-uns lui reprochent encore d’aimer trop la publicité, je crois bien que ce n’est pas lui qu’ils doivent accuser, mais bien l’évolution de la conscience moderne vers un minimum de dignité professionnelle et de grandeur d’âme.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Thèse sur l’utilité du laryngoscope, i86i. Traité des maladies du larynx.

Professeur FOURNIER

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