PROFESSEUR FOURNIER
FOURNIER (Jean- Alfred), né le 12 mai iSj2, à Paris.
Interne des hôpitaux, le 22 décembre 18J4.
Agrège', en i86j.
Médecin des hôpitaux, le i^'' janvier idôj. Professeur, le ji décembre idjç.
Membre de V Académie de Médecine, en i8jg.
Yoici, certes, l’une des plus intéressantes et des plus sympathiques figures de notre monde médical.
Le professeur Fournier est du très petit nombre de ceux à qui tout réussit et qui vraiment méritent le bonheur. Il a toutes les chances. Parvenu, jeune encore, à la plus enviable des situations, il n’a pas d’envieux; et même ses rivaux en renommée, même Charcot, depuis longtemps en controverse avec lui sur l’un des points les plus discutés de la pathologie nerveuse, professent pour son caractère et pour son talent la plus cordiale admiration.
Bienfaiteur, il trouve moyen de ne faire que peu d’ingrats : il est le plus intelligemment dévoué des maîtres au bien de ses élèves, et la foule est considérable de ceux qui lui en gardent reconnaissance. Quant aux malades — ils sont nombreux, à notre époque “ d’esprit charnel et de chair triste „, comme dit Verlaine — quant aux malades qui ont eu recours à lui, demandez-leur — si vous en connaissez — ce qu’ils pensent du consultant plein de délicatesse, du parfait galant homme, de l’impeccable praticien qui les a guéris d’un souci et leur a fait la vie possible.
Sa physionomie est connue : avenante, faite d’intelligence alerte et de loyauté d’âme, figure imberbe presque, et militaire, cependant, comme en ont certains jeunes généraux d’artillerie trop savants pour que leur moustache ait jamais eu le temps de grandir. Son clair regard jamais fuyant, jamais fatigué, reflète bien l’esprit lucide, souple et droit. Le corps, avec ce rien de corpulence qui sied à l’homme vers la cinquantaine, est grand et se complaît aux attitudes sans recherche, à la fois simples et pleines d’autorité. L’un de ses charmes est sa voix, harmonique, franche et ferme, une voix d’orateur-né, sans éducation cabotine, une voix qui donne confiance et conquiert toutes sympathies.
Il est, avec cela, d’une constante égalité d’humeur, que seule peut troubler la louange publique, un article comme celui-ci, par exemple, dont sa discrétion et sa modestie s’irriteront à coup sûr. Tout ce qui ressemble à de la réclame l’épouvante, -scrupule dont s’inquiète assez peu son portraitiste, car M. Fournier n’a plus aujourd’hui que faire de réclame, et à moins qu’il ne renonce à manger et à dormir, je le mets bien au défi de voir un malade de plus dans sa journée.
Cet homme, à peu près parfait, je crois bien, n’est d’ailleurs pas un médecin de génie ; e^ bien qu’il ait attaché son nom à un fort respectable nombre de faits scientifiques ignorés ou mal observés avant lui, sa gloire, durable pour la postérité, n’aura certainement pas l’importance dominatrice de celle d’un Berthelot, d’un Charcot, d’un Pasteur.
M. Fournier n’a point, par l’invention d’une méthode novatrice, bouleversé la science contemporaine ; il est simplement l’intelligence médicale la plus lucide de ce temps, et je ne connais pas d’homme à esprit plus ouvert, à vues plus droites. Doué du flair scientifique, il est observateur plein de sagacité, et les progrès qu’il a fait faire à nos connaissances en syphiliographie lui ont valu la
haute estime des savants de tous les pays. Mais c’est surtout en tant que vulgarisateur, comme professeur et comme écrivain, qu’il est incomparable.
Il faut l’entendre, à sa clinique de l’hôpital Saint- Louis : toujours très simple, sans rien de cette mimique de théâtre et de ce lyrisme intempestif dont je signalais un peu crûment ces jours-ci l’inutilité falote, le professeur Fournier fait merveille, ayant le don de la lucidité. Sa lumineuse intelligence, il l’épand autour de lui par sa parole, en pénètre son auditoire, la communique aux élèves les plus obtus, en les forçant à voir, à comprendre, à retenir. Et ses livres, partout classiques, sont écrits avec les mêmes qualités maîtresses de méthode et de netteté. La plupart de ses oeuvres traitent de questions purement techniques et n’intéressent guère que les médecins ; d’autres, en revanche, résolvent d’importants problèmes de morale pratique et d’hygiène : deux rapports, notamment, lus l’autre année à l’Académie, sont, dans le genre, de purs chefs-d’œuvre : qu’on me trouve dans nos instituts ou nos assemblées parlementaires un rapporteur capable d’autant d’idées ingénieuses, de réformes aussi pratiques, de conclusions aussi logiquement déduites, de tant de bon sens et de droiture !..
Un trait, pour terminer.
M. Fournier, on le sait, a été l’un des plus brillants internes de Ricord; il est, aujourd’hui, le continuateur de son enseignement et l’héritier de sa grande renommée. La science évoluant sans cesse, il est fatalement arrivé que l’élève a dépassé le maître, et que le maître s’est vu, dans son grand âge, un peu dépossédé de sa suprématie scientilique. Peut-être en a-t-il souffert dans l’intimité de son cœur : en tout cas il n’en a laissé rien paraître, et son disciple triomphant lui a sans cesse témoigné tant de déférence et d’admiration, qu’ils sont restés et resteront les meilleurs amis du monde. Et le premier mai de chaque année, jusqu’à la mort du maître, Fournier s’armait d’un gros bouquet pour aller souhaiter la fête au vieux Ricord, et filialement l’embrasser, sur les deux joues.
Mœurs patriarcales d’autrefois, qu’êtes-vous devenues?...
Leçons sur la période préataxique du tabes, 1885^ Prophylaxie publique de la syphilis.
La syphilis héréditaire tardive, 1886.
De l’ataxie locomotriee d’origine spécifique, 1882. Leçons sur la syphilis vaccinale, 1889.
Professeur FRANÇOIS-FRANCK
PROFESSEUR