PROFESSEUR GRANCHER
CRANCHERf Jacques- Joseph), ncle 2Ç) septembre iSqj. Interne des hôpitaux, le 27 décembre iSCrj.
Agrégé en i8jj.
Médecin des hôpitaux, le i^'^' janvier iS'jg.
Professeur en iS8j.
ON dit de lui “ l’éminent professeur Grancher „ et l’épithète, avec ce qu’elle a d’un peu compassé, d’un peu froidement élogieux, convient à merveille à son indiscutable valeur, à la sagesse de son esprit, à sa manière d’être physique. L’homme, maigre, assez grand, attire l’attention par la captivante singularité de sa tête : encadrée d’une barbe pâle, fine, clairsemée, la face exsangue presque et longue, avec des yeux profonds et pensifs sans gaieté, rappelle les cires anciennes et ces bois peints où l’art fervent des primitifs savait rendre le mélancolique ascétisme du moyen-âge.
Ses débuts furent sans éclat: peu expansif, plein de réserve, on le considéra d’abord comme un honorable bûcheur, sans soupçonner l’acuité d’intelligence et la puissance volontaire dont il était doué. Il ne se révéla pleinement qu’à son concours pour l’agrégation ; ce fut une stupeur ; ce maladif était plein d’énergie, cet endormi se réveillait vivace et fort, ce silencieux parlait en maître. Dès lors, on dut compter avec lui : sa constance au travail, son amour des recherches se signalaient par la publication, à des courts intervalles, de mémoires originaux tout à fait dignes d’attention : questions de technique microscopique, vastes études d’ensemble et de détails sur la tuberculose, trouvailles heureuses dans le domaine de la percussion et de l’auscultation avec Cornil pour collaborateur, d’autres travaux encore qu’il serait long d’énumérer. Quelques-uns de ses bons confrères lui firent une réputation d’ambitieux à froid, ce qui ne parut pas lui déplaire. Il épousa une très distinguée et tout à fait charmante héritière appartenant à l’une des grandes familles de la Havane ; et très clairvoyant, sachant à merveille que les académiciens sont gourmands (les médecins, plus que les autres), il donna d’excellents dîners qui lui concilièrent ceux de nos professeurs que sa haute valeur scientifique n’aurait pas suffi à séduire.
Quand mourut le doux et savantParrot, M. Grancher fut, à la presque unanimité, choisi pour lui succéder comme professeur de clinique pour les maladies de l’enfance. Il n’était point plus spécialement préparé à cet enseignement: en peu de temps il trouva moyen de devenir l’un de nos maîtres les plus dignes d’êtres écoutés. Sa leçon inaugurale du cours de cette année a eu, dans le monde médical, un retentissement mérité : avec la plus lucide sûreté de vues et la plus incontestable autorité, il a désigné les moyens à employer désormais pour éviter la contagion du croup si terriblement meurtrière dans nos hôpitaux d’enfants, et son très nombreux auditoire a pu visiter ce jour-là le service modèle récemment institué par ses soins à l’Enfant-Jésus.
Mais les travaux du professorat pas plus que les soucis de sa pratique médicale ne suffisent à épuisertoute son énergie. Quand les plus récentes découvertes de Pasteur furent violemment controversées, par des praticiens, au point de vue de leur application à l’homme, M. Grancher pensa très justement que l’Institut antirabique, fourni des plus savants expérimentateurs, manquait d’un médecin qui pût, en fait de réalisation thérapeutique, apporter sa compétence spéciale, et répondre, le cas échéant, aux objections d’ordre
pratique; il alla donc touver Pasteur, se mit au courant de sa technique, constata de visu l’excellence presque définitive de sa méthode, la défendit avec énergie, avec succès, et sut ainsi conquérir auprès du Maître une part méritée de gloire.
Heureux de tant de manières, jeune et comblé d’honneurs, avec la plus intacte réputation de dignité, une haute situation scientifique, une influence prépondérante aux conseils de laFaculté, voire une grosse fortune, il garde à perpétuité son air maladif de tristesse discrète. Attitude machiavélique, disent ses envieux ; moi, j’aimerais mieux croire qu’il souffre tout simplement de gastralgies.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Tubercule et pneumonie caséeuse^ 1872-1877.
Unité de la phtisie, 1872.
Lymphatiques du poumon, 1877.
Pneumonie massive, 1878.
Diagnostic précoce de la tuberculose pulmonaire, 1882-83. Spléno-pneumonie, 1884.
Etuves à vapeur sous pression, 1885.
Tuberculose et auscultation, 1889.
Antisepsie médicale à l’hôpital des Enfants, 1889-1890. Vaccination antituberculeuse, 1890.