PROFESSEUR GUYON
GUYON (Jean-Casimir-Félix), né le 21 juillet iSji. Interne des hôpitaux, le 21 décembre i8pj.
Médecin du Bureau central, le 26 mai 1862.
Médecin des hôpitaux, le ij avril 1864.
Agrégé le 20 juin i86j.
Professeur le ler juillet i8j6.
Membre de l’Académie de Médecine, en i8y8.
Dans ces romans inoffensifs que des dames, appartenant à l’école dite idéaliste, ont coutume d’écrire à Tusage de la jeunesse, il n’est pas rare que l’un des principaux personnages incarne le type du médecin “ bien pensant 11 est représenté, d’ordinaire, sous les traits d’un vieillard bénin à longs cheveux d’argent, à douce face imberbe avec “ un fin sourire „ qui en dit long ; vêtu d’une façon ridicule et touchante, il est distrait, bourru mais bienfaisant ; quoiqu’il exerce modestement à la campagne, dans le voisinage de l’indispensable château, il est, invaria-
blement, le plus grand des savants français, tient des discours où victorieusement et sans peine il flétrit l’athéisme des jeunes gens prétentieux, réédite, pour les besoins de sa cause, les anecdotes les moins exactes empruntées à la vie deRécamier, et pour tout dire, fait le pendant au type obligé du bon vieux prêtre.
M. le professeur Guyon, qui est, lui aussi, un médecin bien pensant, ne rappelle que de très loin ces héros de romans faciles. A certains points de vue, il est même tout le contraire. Voyez-le dans son service à l’hôpital Necker — ce cher service pour lequel il a refusé une chaire de clinique : — grand, le visage encadré de favoris courts et blancs, un peu la tête de l’amiral Courbet avec en moins la flamme du regard, la lèvre inférieure un peu tombante, il s’avance au devant d’un très nombreux groupe d’élèves, d’une démarche sage, lente, très digne, et il parle, faisant ses démonstrations ; sa parole, plus abondante que serrée, est lente, sans chaleur, correcte ; et, sans doute pour atténuer ce que son allure a de trop solennel, il illustre volontiers son discours d’à peu près et de calembours, parfois très lestes, souvent mauvais, et dont le répertoire ne se renouvelle peutêtre pas assez.
Chose amusante et singulière — un peu trop ignorée, semble-t-il, des romanciers qui aiment à mettre en scène des docteurs — les chirurgiens à convictions religieuses sont, soit dit en passant, précisément ceux dont la conversation se pimente le plus volontiers, et, dans les libres causeries entre confrères, c’est presque toujours un clérical qui sait les meilleures histoires... en toute honoijabilité de vie privée, du reste, car ces messieurs ont, d’ordinaire, la foi robuste, sincère et courageuse.
A proprement parler, M. le docteur Guyon n’est peut-être pas un grand savant : il est surtout un praticien. Mais dans cette partie de la chirurgie à laquelle il s’est consacré, il ne trouverait pas son maître, ni même son rival, excepté peut-être le célèbre mais trop brutal opérateur anglais Thomson. M. Guyon sait son métier comme personne au monde, et c’est là, j’imagine, un titre suffisant à l’admiration. Plein de sagesse, de bon sens, de prudence et de patience, il diagnostique avec une admirable sûreté, opère opportunément, impeccablement, avec calme, avec succès. Mieux encore, il sait épandre autour de lui ses propres qualités, et faire profiter les autres de sa très grande expérience : ses leçons, nullement
transcendantes, un peu élémentaires peut-être, jamais trop ressassées, sont très claires, très complètes, très profitables au plus grand nombre; aussi sont-elles très suivies, et beaucoup d’étrangers viennent-ils de toutes les parties du monde s’instruire à son école.
Etre son interne est un honneur très recherché, non-seulement parce qu’on est en droit de se glorifier d’un tel maître, mais encore parce que ce maître tient ses élèves, les appuie partout et toujours de sa haute influence, et pour eux se montre dévoué jusqu’au bout : plusieurs d’entre eux lui font très grand honneur.
Il a fait une école ; il a rendu de grands services à la science de notre pays ; et s’il gagne beaucoup d’argent, il en consacre une grosse partie à organiser à Necker sa clinique, ses laboratoires et un musée incomparable qui vient de lui coûter prèsde cent mille francs, et qui lui a valu le prix Montyon, l’an dernier.
M. Guyon est le beau-frère du romancier Albert Delpit; sa maison est hospitalière aux artistes.
Le professeur Guyon sera-t-il de l’Institut ?...^ Question très discutée. Les maladies chirurgicales qu’il soigne plus particulièrement et si bien, sont
surtout, on le sait, maladies de vieillards et de gens sédentaires : or, aux académies, ceux-là sont en majorité qui ont souvent besoin de lui. Et les mauvaises langues affirment que pour ce motif intéressé, entre autres bons motifs, son élection à une forte majorité ne saurait bien longtemps se faire attendre.
Toute plaisanterie à part, il mérite incontestablement d’être de l’Académie des Sciences, parce qu’il est des deux ou trois chirurgiens qui font le plus d’honneur à leur pays, parce que personne ne sait mieux que lui pratiquer et enseigner son art.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Les cavités de l’utérus à l’état de vacuité. Thèse inaug.
Nombreux articles in Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales.
Leçons cliniques sur les maladies des voies urinaires. 2' édition, 1885.
Leçons sur les cystites et sur les prostatiques.
Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostate, 1888.
Nombreux mémoires publiés par les Archives des maladies des organes génito-urinaires.
Eloges de Michon, de Guersant, de Denonvilliers, de Huguier, de Nélaton, de Giraldès, de Trélat.