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PROFESSEUR HAYEM

HAYEM (G cor' ges), né le novembre 1841.

Interne des hôpitaux en i86j.

Docteur en Médecine en 1868.

Agrégé le ler juirr i8j2.

Médecin des hôpitaux, le ip août i8j2.

Professeur à la Faculté, le 2j juin i8yç. Membre de l’ Académie de Médecine en 1886.

A l’Exposition dernière, s’il vous est arrivé de stationner dans le pavillon réservé aux services de l’Assistance publique et de feuilleter à la lettre H le catalogue des publications de messieurs les médecins des hôpitaux, vous avez été stupéfait de la liste interminable des œuvres du D‘‘ Hayem : il y est fait mention de plus de cent mémoires sur les sujets les plus divers, touchant à presque toutes les branches de l’arbre de science médical. Le professeur Hayem est, en

effet, l’un de nos travailleurs les plus acharnés, et cela suffirait à lui valoir beaucoup de considération respectueuse.

En outre, il faut le dire, nos savants français étaient un peu trop dénués de renseignements bibliographiques, avant l’époque où il eut l’heureuse idée de fonder sa Revue des sciences médicales, périodique précieux, bourré d’indications presque toujours exactes et complètes. La Faculté lui en a témoigné sa reconnaissance en lui confiant, à la mort de Gubler, la chaire de thérapeutique.

M. Hayem est, de l’avis unanime, un sérieux savant, d’une érudition très vaste, d’une extrême pertinacité, d’une haute valeur. Tout en rendant justice à son mérite, plusieurs de ses confrères, cependant, estiment son œuvre un peu diffuse, un peu éparpillée en surface, dénuée d’unité d’ensemble et de grandeur ; à leur avis, l’éminent professeur est plus érudit qu’original, et un grand chercheur de petites choses plutôt qu’un initiateur à vues larges.

Cette critique est-elle bien fondée?... Il appartient à la postérité plus qu’à moi d’en décider. Mais, à le considérer lui-même, à détailler son aspect physique, on serait tenté de croire qu’il

est, non pas un moderne savant français, mais quelque alchimiste venu d’Orient au moyen-âge. Il est de ces hommes petits dont la tête seule attire Tattention. Une face maigre, au teint presque jaune, comme en ont les gens de Bohème, une face qui disparaît presque sous des cheveux d’un noir absolu, longs, vivaces et peu bouclés; au ras du nez, deux yeux subtils, intelligents et sans tendresse. Quand il expérimente, penché sur des cornues, toute sa chevelure en avant, sa maigre main maniant quelque appareil bizarre, il a positivement l’air de poursuivre le Grand-Œuvre et de chercher la pierre philosophale.

Il n’en aurait, d’ailleurs, que faire, étant fort riche, tout à fait bien apparenté — son frère, M. Charles Hayem, a les plus beaux Gustave Moreau qui soient — et propriétaire d’un superbe hôtel au parc Monceau.

Le professeur Hayem n’est point de ceux à qui l’on est en droit de reprocher de soigner trop leur popularité. Très estimé de ses collègues, il est, en général, moins aimé parmi les élèves pour lesquels il se montre assez sévère, assure-t-on : aux examens il pose, en général, des questions difficiles à résoudre et qui déroutent les candidats pas très instruits ; on dirait presque qu’il se plaît à

intimider davantage quiconque tremble et balbutie devant lui. Je ne crois point qu’il y ait de sa part méchanceté réelle ; mais son énorme érudition se met mal à portée des esprits jeunes, encore peu cultivés. Avec un peu plus d’aménité, ce maître si universellement admiré serait, en outre, aimé de tous, ce qui ne gâte jamais rien, il me semble.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Nombreux mémoires sur le sang et ses altérations pathologiques.

Le traitement du choléra, 1884.

Leçons de thérapeutique. — Les grandes médications,

Revue des sciences médicales, etc., etc.

Doctf.ur a HÉNOCQUE

DOCTEUR A. HÉNOCQUE

HÉNOCOL’E (Albert).

Interne des hôpitaux en 1864.

Docteur en Medecine en i8jo.

Directeur-adjoint à I Ecole des Hautes-Etudes.

Récemment le Collège de France ouvrait — faveur rare — ses amphithéâtres à ce savant médecin, pour qu’il y fit “ ex cathedra „ ses démonstrations ; vers la même époque, le ministère le décorait et l’Académie des Sciences lui décernait, sur un rapport élogieux de Marey et Bouchard, l’un des prix Montyon. Voilà, je pense, bien des motifs à ne point le passer sous silence.

Son histoire est loin d’être banale. Quand il sortit de l’internat où ses qualités de chercheur s’étaient déjà révélées, on s’étonna de le voir renoncer aux concours des hôpitaux et de la

Faculté, pour venir s’installer, tout à fait en praticien, dans l’un des plus mondains quartiers de Paris. Allait-il donc, comme tant d’autres, se laisser accaparer par la clientèle, et s’en tenir au côté surtout lucratif de la profession?... Mais il était de ceux qui savent attendre, et les exigences de la vie matérielle ne surent pas lui faire oublier ses ambitions plus hautes.

Sitôt qu’il eut acquis, comme praticien, une situation largement indépendante, il eut le rare courage de se remettre à l’étude, installa chez lui un laboratoire très complet, et commença la série de ces travaux de physiologie générale qui lui valent aujourd’hui un très honorable renom scientifique.

C’est ainsi qu’il imagina d’appliquer à l’analyse de certains phénomènes biologiques le spectroscope, précieux instrument qui, déjà, avait fait merveille en astronomie, permettant, on s’en souvient, à Janssen, de décrire avec certitude la constitution chimique du soleil. La méthode inventée par M. Hénocque n’est pas seulement d’intérêt théorique; outre qu’elle ouvre une voie nouvelle aux recherches physiologiques, elle fournit des données d’utilité journalière pour le praticien. Grâce à ses procédés, grâce aussi à l’appareil très

maniable et très simple qu’il a fait construire, un médecin peut, en quelques secondes, se renseigner de façon très précise sur l’état du sang de ses malades, leur degré de pléthore et d’anémie, et se munir de renseignements cliniques incontestablement précieux.

De tous les parisiens, M. Hénocque est celui qui a témoigné le plus d’impatience à voir se terminer la tour de trois cents mètres. Avant l’Exposition, il ne cessait de presser son beau-frère, trouvant que les travaux languissaient, proclamant que jamais on ne serait prêt. Cette hâte immodérée provenait d’une préoccupation purement égoïste. Ainsi que Nicolas Flamel qui vivait dans la tour Saint-Jacques, il avait rêvé d’expérimenter, là-haut !

Le voilà satisfait. A peine la balustrade du campanile était-elle fixée, qu’il montait vite s’y installer avec ses appareils, afin d’étudier, dans les hautes zones de l’air, la réduction de Voxyhénioglobine... Les mauvais plaisants affirment que, depuis, il n’en est pas encore redescendu, tant ses nouvelles recherches le passionnent. Ne serat-il donc plus possible de le consulter que par delà la troisième plate-forme, et n’est-ce plus qu’en cet aérien cabinet de travail que l’on pourra

voir, désormais, son originale figure, si caractérisée, qui le fait ressembler à Socrate — bien moderne Socrate qui médite et s’absorbe tout au bout de la tour Eiffel!...

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Nombreux mémoires sur la spectroscopie du sang et ses applications pratiques.

Docteur HÉRARD

DOCTEUR HERARD

HERARD (Hippoly te- Victor), né le lef octobre i8iç. Interne des hôpitaux en 1842.

Docteur en Médecine en 184'j.

Agrégé à la Faculté en i8j6.

Membre de l’ Académie de Médecine en i86j. Médecin honoraire des hôpitaux, le i^r janvier i88y.

C’est l’an dernier, aux obsèques de je ne sais plus quel savant et regretté confrère que j’ai vu, pour la première fois, le vénérable docteur Hérard.

Un peu en arrière du cercueil, en tête du cortège officiel, précédant de trois pas le bureau de l’Académie, il allait seul dans un espace vide, à pas très lents de procession ; sa tête inclinait sur l’épaule ses cheveux d’un blanc merveilleux ; la face, imberbe avec des sourcils accusés, se nuançait de rose, un peu poupine, comme on voit les portraits des médecins d’antan ; il portait dans la

rue l’habit à palmes vertes avec l’aisance d’un chambellan; de ses deux mains gantées de blanc, l’une soutenait un coude, l’autre avec gravité s’appuyait au menton, un doigt ouvert contre la joue... Et la démarche était empreinte d’une telle solennité triste, d’une dignité si recueillie, que chacun s’en extasiait. Jamais chambre des Pairs, jamais Sénat Impérial n’avait eu président plus noblement décoratif que l’illustre compagnie qui siège, le mardi, au coin de la rue des Saints-Pères.

Je l’ai revu souvent, depuis, diriger les débats de l’Académie de Médecine : là encore, il était inimitable, accordant la parole avec aménité, écoutant tout avec imperturbable courtoisie, sachant donner au bon endroit le signal des applaudissements, jouant à ravir de la sonnette, maniant le couteau à papier comme un roi pourrait faire d’un sceptre. Tant que dura sa présidence, l’Académie eutde beaux jours : elle éclipsait en décorum les cinq sections de l’Institut.

Mais, à le connaître mieux, ce qui distingue le D'’ Hérard, ce n’est pas seulement son amour des belles manières et de l’apparat suranné. Il est encore le plus digne des hommes, le plus intègre, le plus consciencieux, le plus désintéréssé des médecins, le plus loyal des amis, le plus véné-

rable des maîtres ; il dit “ mon cher disciple „ à ses élèves, mais il les aime véritablement, pour euxmêmes, non pour la gloire ou le profit qu’ils pourraient lui rapporter. Et, quand il était encore chef de service à l’Hôtel-Dieu, comme il instruisait bien son entourage, avec méthode, avec intelligence, non point tant de théories et de science pure que de saine pratique ; on apprenait à merveille chez lui son métier de médecin. Tous les travaux qu’on lui doit sont excellents, du reste, pleins de bon sens, pleins de sagesse. — Son traité de la phtisie pulmonaire, écrit en collaboration avec son glorieux élève et ami le professeur Cornil, est une œuvre de premier ordre, durable pour la postérité.

Le vénérable docteur Hérard est, dans la vie privée, l’un des plus dignes représentants de la vieille bourgeoisie de France.

Esprit infiniment lucide, il voit le mal en se refusant à y croire, à force d’être impeccable luimême. Sa famille est de celles où l’on est fier d’entrer ; voici quelques années qu’il a pour gendre le docteur P. Reynier, chirurgien des hôpitaux et physiologiste très distingué, héritier, plus moderne, de ses vertus antiques et de son haut mérite, très digne fils de son beau-père.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Du spasme de la glotte. — Thèse inaugurale, 1847. Recherches sur la maladie scrofuleuse, 1849.

De l’expérimentation en médecine. — Thèse agrég. 1856 . Delà phtisie pulmonaire, en collab.avec Cornil;etc., etc.

Docteur Henri HUCHARD

DOCTEUR HENRI HUCHARD

HUCHARD (Henri), né le 4 avril 1844.

Interne des hôpitaux en 1864.

Docteur en Médecine en i8j2.

Médecin des hôpitaux en i8j8.

UN confrère, à qui je demandais son avis sur le médecin de l’hôpital Bichat, me répondait : “ Huchard?... je pense qu’il est très bourguignon... „ Appréciation laconique, assez juste, pourtant; car M. Huchard est de ceux qui conservent, en dépit de l’affinement parisien, la marque originelle, les qualités et les défauts de leur race : chez lui, seulement, les qualités l’emportent de beaucoup sur les défauts, comme on va voir.

Il est de moyenne taille, avec un grand front qui commence à se dégarnir, des cheveux ras comme ceux d’un soldat, une courte barbe en pointe, un regard acéré sous de fortes lunettes

dénuées d’élégance, des joues sainement colorées d’homme vivace et bien bâti; il a gardé, de son pays natal, une grande bonhomie d’allures, la finesse rustique, malicieuse et spirituelle sans machiavélisme, la franchise parfois un peu rude, une charmante simplicité de manières, l’amour de l’argent bien acquis, et cette vivacité de caractère qui fait dire d’un homme : “ Il a la tête près du bonnet „, et qui est la seule méchanceté des braves gens. Sans recherche de mise et sans coquetterie, étant lui-même très peu mondain, il a su se faire rechercher de la clientèle aristocratique.

Il a pour axiome favori cette phrase qu’il aime à redire ; " L’avenir est aux gens maigres qui se lèvent tôt „, sans doute parce qu’il se lève à quatre heures, en toute saison; et s’il s’autorise à prendre, ces temps-ci, un peu plus de prestance corporelle, c’est qu’il est, d’ores et déjà, un homme arrivé.

Son vrai maître, celui que, dans la respectueuse familiarité de l’Ecole, on nomme “ son patron „, celui à qui il a gardé la plus filiale reconnaissance, fut Axenfeld, médecin éminent, professeur admirable, charmant homme, qui mourut jeune, léguant au disciple favori le soin de continuer et

de parfaire son fameux Traité des Névroses, ce dont M. Huchard s’est acquitté pieusement et avec talent. Ce livre — en dehors de sa valeur technique intéressant surtout les médecins — est curieux à un autre point de vue, et, pour cela, vaut qu’on en parle : les gens épris de documents humains y trouveraient de quoi les satisfaire ; certain chapitre, notamment, qui a trait au caractère et à l’état mental des hystériques, est digne d’attirer l’attention d’un romancier moderne; sous ce titre, par exemple, “ Le mari de l’ hystérique „, j’y vois matière à une étude dans la manière ironique inventée par Flaubert, et ce roman, qui aurait chance de n’être pas banal, pourait fort bien intéresser plus d’un mari de notre temps.

Mais le souci fidèle de la mémoire de son maître ne lui a point fait oublier le soin de sa propre gloire. Du temps qu’il était interne dans le service du D’’ Desnos, au cours d’une terrible épidémie où il eut à soigner plus de deux mille varioleux, il avait observé sur un grand nombre de ses malades certaines complications cardiaques, méconnues jusqu’alors, et le très remarquable mémoire qu’à cette occasion il publia, en collaboration avec son chef de service, commença sa notoriété et fixa sa vocation.

Nommé médecin des hôpitaux en 1878, il se remit à Tétude des maladies du cœur et y apporta cette sage patience, cette ténacité au travail qui sont les caractéristiques de sa personnalité. C’est de X angine de poitrine qu’il s’est plus spécialement occupé; il en a fait son domaine, sa propriété scientifique, et vraiment il a beaucoup contribué à élucider cette question sur laquelle il revient sans cesse, l’approfondissant toujours, si bien qu’il est désormais impossible d’écrire sur cette maladie sans citer le nom d’Henri Huchard. L’approbation donnée, presque sans réserves, à sa doctrine par Potain, qui est l’oracle en pareille matière, est l’un des titres dont se pare le plus volontiers son distingué collègue.

Le D'' Huchard s’occupe encore, avec talent, de thérapeutique : l’énergie avec laquelle il préconise les injections de caféine à haute dose dans les affections du cœur, ses travaux sur la digitale et sur l’antipyrine le prouvent suffisamment. Voici deux ans qu’il a fondé sa Revue générale de clinique et de thérapeutique , périodique apprécié des médecins praticiens auxquels il rend de réels services.

C’est dans ce journal que le D‘‘ Huchard publiait, voici quelques mois, et fort éloquemment, ma foi, le récit de sa mission scientifique à

Moscou. Ce voyage, on s’en souvient, fut merveilleux ; les professeurs et les étudiants russes firent aux représentants de la science française de telles ovations que cela prit les proportions d’un événement diplomatique — Dieu sait pourtant si M. Huchard et son compagnon le D"’ Schwartz, manquent de la froideur correcte de tenue qui passe pour être indispensable aux diplomates!... J’aurai, d’ailleurs, occasion de revenir sur ce curieux point d’histoire contemporaine qui pourrait s’intituler : “ Du rôle des médecins dans l’alliance franco-russe et dont la mission de M. le D"" Huchard n’est qu’un chapitre, comme on verra.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Traité des névroses, par Axenfeld et Huchard. 2^ édition, 1883.

Des angines de poitrine. Plusieurs mémoires .

Les cardiopathies artérielles et leur curabilité. 1886,

Quand et comment doit-on prendre la digitale? — 1888.

Lettres médicales sur la Russie, 1888-1889.

Leçons de thérapeutique et de clinique médicales à l’hôpital Bichat, 1889.

Revue générale de clinique et de thérapeutique nal des praticiens) .

Professeur JACCOUD

PROFESSEUR JACCOUD

JACCOUD (Sigismoiidj, né le 2ç novembre iSjo. Interne des hôpitaux en iSjj.

Docteur en Médecine en 1860.

Médecin des hôpitaux en 1862.

Agrégé le P mars i86j.

Professeur à la Faculté le ij janvier i8yy. Membre de l’Académie de Médecine en i8yy.

Le docteur S. Jaccoud a l’une des plus hautes situations médicales de Paris : ses leçons cliniques, qu’il a réunies en plusieurs volumes, et son traité magistral de pathologie interne sont dans toutes les bibliothèques; les étudiants de tous les pa}'S utilisent ses livres, traduits dans toutes les langues, à préparer leurs examens et leurs concours ; lui-même est universellement connu, et rien, enfin, ne manquerait à sa gloire, s’il n’était, lui aussi, du clan de ces professeurs qui parlent trop bien, et un vulgarisateur admirable plutôt qu’un initiateur.

Chez lui, le talent oratoire est véritablement merveilleux. Voyez-le dans le vieil amphithéâtre à balcon circulaire où il enseigne, à la Pitié : peutêtre abuse-t-il un peu de ces reculs et de ces brusques avancements du corps, et de ces gestes élargis qui rappellent trop la manière habituelle aux prédicateurs ; mais que la phrase est donc bien faite, quelle abondance et quelle justesse dans les mots, quelle clarté dans les explications, quel brio dans les citations, quelle mémoire des noms propres, quel art de la diction !

C’est un régal que de l’entendre : plus, à coup sùr, que de le lire. M. Jaccoud, comme tous les orateurs-nés, parle mieux qu’il n’écrit ; imprimée, sa prose apparaît plus diffuse, moins ferme, moins frappante ; l’érudition, sans la magie de l’action oratoire, semble plus difficile, trop en évidence, trop exclusive; la phrase même est moins heureuse. Eh bien! chose déconcertante, les admirables cours de M. Jaccoud sont relativement peu suivis, alors que ses ouvrages sont dans toutes les mains.

Cela tient, j’imagine, à ce que l’homme fait peu de frais pour plaire, et ne paraît pas tenir beaucoup à se réconcilier les enthousiasmes de la jeunesse.

Grand et maigre, toujours vêtu de la plus correcte façon, de teint mat avec une moustache grise et des favoris courts, à la russe, il fait sa visite d’hôpital pour son propre compte, sans familiarités pour ses élèves qu’il a l’air de ne pas connaître, ne causant guère qu’avec son chef de clinique ou son interne qu’il interroge de temps à autre, brièvement, sur tel ou tel de ses malades. Même quand il enseigne, il demeure hautain, sans apparent souci de son auditoire, et semble ne déployer tant d’éloquence que pour se satisfaire lui-même.

D’autre part, ses confrères, qui souvent l’appellent en consultation, lui reprochent, eux aussi, de manquer un peu d’aménité, et prétendent qu’il lui arrive parfois de les contredire sans gêne, voire de leur faire la leçon dans les familles où ils l’ont introduit.

Mais ce sont là critiques sans importance qui n’ôtent rien à sa haute valeur: fuir la popularité n’est point chose qui court les rues, et pareille attitude mérite le respect.

Ayant débuté, comme on sait, par être premier violon à rOpéra-Comique, M. Jaccoud a commencé plus tard que d’autres ses études médicales. Personne ne lés a faites et achevées de façon plus

rapide et plus brillante, et les étapes de sa carrière se succèdent plus triomphales les unes que les autres. Jugez plutôt : en 1854, il est premier à l’externat ; nommé interne au concours de 1855, il a la médaille d’or en 1859, subit l’épreuve de la thèse en 1860 ; deux ans plus tard, à son premier concours, il est nommé médecin des hôpitaux, le premier de la promotion ; de même pour l’agrégation où il arrive d’emblée l’année suivante; la Faculté lui confie bientôt la chaire de pathologie interne, puis une chaire de clinique où il fait merveille, je l’ai dit. En 1876, il entreprend la rédaction du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, ctxvMV&tnoxmç. dontil a dirigé très intelligemment l’exécution, et qu’il mena à bonne fin.

Avec de pareils titres à l’admiration, le professeur Jaccoud a la part belle, pour le moment du moins, car son œuvre, toute d’érudition et de vulgarisation, ne peut guère lui survivre.

Dans vingt ans — la science ayant évolué — ses livres, remplacés par d’autres plus au courant, ne se liront plus et seront oubliés, il a dù le prévoir lui-même. On ne lui doit aucune découverte importante : ses trouvailles ont été rares. Pour avoir trop cité les autres, il ne sera point cité lui-même, et, dans les livres que ses imitateurs

de l’avenir écriront, son nom ne figurera pas, laconiquement accolé, entre deux parenthèses, à une vérité durable, ce qui, pour un savant, constitue la vraie gloire.

Un grand nombre de jeunes gens ont passé par son service, et le maître n’a pas fait école.

Et c’est pourquoi je persiste à croire que ne pas être trop beau parleur est une force, pour les savants que préoccupe le souci de la postérité.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Un grand nombre d’articles in Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, dont M. Jaccoud est directeur. Traité de pathologie interne, 7® édition.

Clinique médicale de Lariboisière, 3® édition.

Clinique médicale de la Pitié, 4 vol.

Docteur LABADIE-LAGRAVE

DOCTEUR

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