LABADIE-LAGRAVE
LABADIE-LAGRA VE (F rédcric), né le i6 août 1844. Interne des hôpitaux en i86j.
Docteur en Médecine en i8jj.
Médecin des hôpitaux en i8jg.
Le matin, vers neuf heures, à l’extrémité du boulevard de Port-Royal qui avoisine l’Observatoire, un coupé roule vite, attelé de deux fringants petits chevaux; au tournant du faubourg Saint-Jacques, le coupé s’arrête... la portière, prestement ouverte et refermée, claque; le monsieur qui descend de voiture et pénètre sous un grand porche neuf, salué bas par le concierge, a les allures vives, une grande aisance de manières, la mise simple et raffinée, un fin visage brun à cheveux plats, à courte moustache noire, des yeux sombres où pétille l’intelligence alerte
d’un méridional; il a l’air jeune, actif, point rêveur ni mélancolique, infiniment aimable, et sa personne est avenante, pleine de bonne grâce et de cordialité : c’est le docteur Labadie-Lagrave qui vient, à la Maternité, faire sa visite quotidienne.
Il n’avait pas vingt-deux ans qu’il était déjà interne des hôpitaux, et très brillant interne, ayant l’intelligence prompte, le travail facile et le ferme propos de faire son chemin. Il n’était point docteur encore, quand la guerre éclata : tout de suite, il prit du service aux ambulances de l’armée de Bazaine, fut enfermé dans Metz, et, tant que dura le siège, fit merveille à l’hôpital militaire où sa vaillance, son énergie, son habileté lui valurent l’admiration de tous. Dans son livre L! Invasion, M. Ludovic Halévy raconte qu’un jeune médecin guida au péril de sa vie et sauva des embûches prussiennes un important convoi de munitions et de vivres : le héros de ce fait d’armes n’est autre que le D’' Labadie-Lagrave, qui fut fait, à cette occasion, chevalier de la Légion d’Honneur.
Sitôt la guerre terminée, il reprit ses fonctions pacifiques d’interne des hôpitaux, se remit au travail, publia son premier ouvrage, que je viens de relire. Il y est question des complications cardiaques du croup et de l’ angine couennense ; et dans
cette brochure — chose intéressante pour l’époque (1872) — le jeune médecin se montre constamment préoccupé de la nature infectieuse de la diphtérie, en cherche le microbe, et, sans pouvoir encore en faire la preuve expérimentale, affirme l’existence de ce bacille que tout récemment M. Roux, chef du laboratoire de Pasteur, vient d’isoler et de décrire.
La thèse du D'' Labadie-Lagrave porte la date de 1873 : c’est en 1879 qu’il fut nommé médecin des hôpitaux ; son érudition, son extrême facilité de parole, son irrésistible don de plaire semblaient devoir lui épargner les ajournements que presque tous les concurrents au Bureau central ont à endurer ; mais, ceux d’entre ses juges qui venaient aux séances de concours par l’omnibus, ou, plus modestement encore, à pied, pardonnaient malaisément au jeune candidat d’y venir en voiture de maître... Et c’est là l’amusant motif pour lequel le D' Lagrave a dû subir six ou sept fois les épreuves d’usage, avant d’être nommé médecin des hôpitaux.
S’il avait si bel équipage, c’est d’abord, je crois bien, qu’il tenait quelque fortune de sa famille, c’est, ensuite, qu’il s’était fait très promptement une clientèle peu ordinaire. L’intimité du prince
Orloff, qui l’aima beaucoup, lui valut les plus magnifiques amitiés, et tout de suite M. Labadie- Lagrave, praticien très réfléchi et savant très sérieux sous de mondaines apparences, fut goûté dans ce milieu charmant où le docteur est un ami, où la reconnaissance se manifeste le plus souvent avec la plus exquise délicatesse. C’est en sa qualité de médecin de l’ambassade qu’il contribua, lui aussi, pour sa part, à la bonne entente francorusse.
Précisément à cause de ses aristocratiques relations, plusieurs de ses confrères ont fait au D' Lagrave une réputation de mondain achevé qu’il mérite un peu moins exclusivement qu’on veut bien le dire. Il est encore un travailleur que rien ne lasse, et qui se soucie au moins autant de son renom scientifique que de sa réputation de parfait gentleman.
Médecin de la Maternité, il y étudie avec grand soin les maladies spéciales à l’autre sexe, qu’il a souvent occasion de traiter dans sa clientèle. En outre, il produit de nombreux travaux, incessamment : dans le grand dictionnaire publié sous la direction du professeur Jaccoud, plusieurs articles importants sont signés de lui. Il a entrepris, en collaboration avec M. Germain Sée, une vaste
encyclopédie médicale, œuvre considérable qui témoigne d’une puissance au travail et d’une énergie peu communes. Son Traité des maladies des reins qui en fait partie est déjà dans toutes les bibliothèques.
Voilà qui n’est pas mal pour un mondain, lequel, du reste, s’abstrait de plus en plus et se confine dans l’étude, qui est dans la force de l’âge, et qui promet de devenir un de nos maîtres les plus autorisés, sans cesser d’être l’un des plus charmants hommes que je sache.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Traité clinique d’urologie et des maladies des reins. Traité des maladies du foie et des voies biliaires. Médecine clinique en 20 volumes, en collaboration avec G. Sée.
Docteur Léon LABBÉ