DOCTEUR LÉON LABBÉ
LABBÉ (Leon), ne le 29 septembre i8j2.
Interne des hôpitaux en i8p6.
Docteur en Médecine en 1861.
Agrégé', le 20 juin i86j.
Chirurgien des hôpitaux en 1864.
Membre de P Acade'mie de Médecine en 1880.
"W" E chirurgien de l’hôpital Beaujon doit, en
1 partie, l’étendue de sa renommée aux
1 À louanges dont le comblèrent les grands journaux parisiens lors de sa fameuse opération dite de Vhomme à la fourchette; et — voyez jusqu’où peut aller la malice professionnelle ! — plusieurs de ses confrères lui reprochent, aujourd’hui encore, d’avoir, à cette occasion, trop complaisamment laissé parler de lui. Aucun, bien entendu, ne conteste sa valeur chirurgicale, sa grande expérience du métier, ses qualités d’opérateur habile, prompt à la besogne et soigneux au
pansement; mais quelques-uns estiment qu’il ne s’asservit pas assez à la pratique antiseptique; qu’il est dénué d’éloquence alors qu’il fait un cours ou quand il discute à l’Académie ; que, dans ses œuvres imprimées, il a laissé la part trop vaste à ses deux principaux collaborateurs, le docteur Rémy et le docteur Coyne, distingué professeur de la faculté de Bordeaux — Quoi encore?... (on se croirait au jeu de la sellette) il en est qui vont jusqu’à déprécier ses avantages physiques, sous le prétexte puéril qu’il a les lèvres un peu épaisses, une forte barbe grise qui frise dru, des cheveux qui se raréfient, une haute taille voûtée sous un long pardessus perpétuellement déboutonné, dont les pans flottent en arrière au vent de sa rapide marche d’homme toujours pressé!...
Ces racontars, d’où la jalousie de métier n’est pas suffisamment absente, laissent assez paisible le chirurgien qui en est l’objet. Il puise des compensations suffisantes dans la satisfaction d’être, à Paris, l’un des plus célèbres en son art, dans l’amitié sincère et sans réserves d’un bon nombre de ses collègues, dans l’affection reconnaissante que lui vouent ses élèves, dans l’admiration enthousiaste de ses malades qui l’adorent et vont
partout célébrant ses louanges, colportant ses succès.
Il est, en particulier, très bon maître. — Sans doute, les loisirs lui manquent pour consacrer de longues heures à l’enseignement théorique ; mais il donne à ses élèves d’excellentes leçons d’habileté manuelle, de prestesse opératoire; puis, il les emmène, pour lui servir d’aides, chez ses clients, leur fait ainsi gagner beaucoup d’argent, chose à quoi les internes, trop négligés par beaucoup de leurs maîtres, sont sensibles, étant des hommes.
Quant à ses malades, ils auraient vraiment mauvaise grâce à ne pas lui être reconnaissants, car le docteur Léon Labbé déploie à leur service la plus prodigieuse activité.
Levé de très bonne heure, il a déjà vu cinq ou six clients quand il arrive à l’hôpital Beaujon ; sa visite achevée, il court à quelque opération — il en fait au moins une par jour, et ne manque jamais d’embrasser son malade, sitôt qu’il a fini — déjeune, en rentrant, dans sa voiture, donne trois fois la semaine des consultations, repart soigner ses opérés, faire leur pansement, surveiller leur convalescence, dîne comme il déjeune, trouve moyen d’aller dans le monde, de se tenir au courant de la littérature médicale et n’a jamais l’air
d’être fatigué. Notez qu’il ne se passe guère de quinzaine sans qu’on le mande en quelque ville de province ; après deux nuits passées en chemin de fer, il revient de voyage plus vaillant et dispos que jamais. Dites après cela qu’il ne gagne pas son argent!
M. Labbé a une gloire encore : celle d’avoir été le médecin du général que, maintenant, nous envions à l’Angleterre; c’est lui, on s’en souvient, qui Le soigna et Le guérit de la grave blessure dont l’avait pourfendu l’épée vengeresse de M. Floquet. Si, rappelant ce souvenir, on accuse le bon docteur d’être devenu boulangiste, il s’en défend comme un beau diable. “ Seulement, ajoute-t-il, j’avoue
que ce b -là est le plus séduisant des hommes,
et je ne m’étonne plus qu’on se laisse prendre à son charme. „
Le docteur Léon Labbé est lui-même de ceux qui ont un charme et savent se faire aimer ; on s’accorde du reste à le trouver très bon enfant, sans malice et sans rancune ; il a même, à ce point de vue, sur le plus célèbre de ses clients, cette supériorité de n’avoir jamais suscité de haines et de ne point avoir d’ennemis irréconciliables parmi ceux qui le jalousent et le dénigrent. A ceux, d’ailleurs, qui lui reprocheraient de gagner
trop d’argent, n’est-il pas en droit de répondre : d’abord que cela lui est infiniment agréable; ensuite, qu’il a à son actif un certain nombre d’actions délicates et généreuses qui témoignent de son désintéressement et lui font le plus grand honneur?
Leçons de clinique chirurgicale, 1876.
Traité des tumeurs bénignes du sein, en collab. avec Coyne, 1876.
Leçons de Gosselin sur les hernies, 1865.
Mémoire sur l’homme à la fourchette. Académie des Sciences, 1876.
Chloral.
Chloroforme et morphine.
Plusieurs articles mDictionnaife encyclopédique; etc., etc.
Docteur LABOULBÈNE