DOCTEUR LABOULBÈNE
LABOULBÈNE (Joseph- Alexandre) , ne le 2/ août 182p.
Interne des hôpitaux en 184g.
Docteur en Me'decine en i8pp.
Médecin des hôpitaux en 1861.
Agre'ge' en i86g.
Membre de l’ Académie de Médecine en i8jj. Professeur à la Faculté, le 12 avril i8yg.
En parlant de certains médecins particulièrement affables et charmants, il m’est arrivé parfois d’écrire ; “ On ne lui connaît pas d’ennemis. „ Le D" Joseph Laboulbène n’est certes pas un méchant homme, et pourtant, il m’est impossible d’utiliser à son sujet le poncif ci-dessus.
Comment pourrais-je le cacher?... Tout le monde à Paris sait que le D" Laboulbène a des ennemis, nombreux, irréconciliables, à qui cet
homme paisible a voué la plus inextinguible haine, qu’il pourchasse partout et toujours avec la plus féroce ténacité, et, pour tout avouer, à l’aide des plus savantes ruses, avec l’habileté la plus consommée!
Ces ennemis, vils parasites, se nomment Echinocoques,Botriocéphales, Tœnias, Tœnia solium et Tœnia nana...
Oui, le ver solitaire est le cauchemar de sa vie. On connaît — ou plutôt le public ne connaît pas assez — les étranges lithographies où Odilon Redon traduit tous les fantômes de nos rêves, les monstres-embryons, les créations avortées, de pâles fleurs de marécages, des yeux mornes et solitaires, de longues chrysalides bizarres, et ce ver gigantesque qui ondule debout, et qui sert d’illustration à une page de la Tentation de saint Antoine du grand Flaubert.
C’est quelque vision de ce genre qui doit hanter le médecin de la Charité.
Seulement, ce n’est pas en rêveur, mais en combattant qu’il les voit, les pâles entozoaires, résolu à les exterminer tous ou â peu près, et à en purger à jamais les intestins de l’homme.
Pour cette croisade d’un nouveau genre, il s’est armé de pied en cap, inventant ou perfectionnant
plus d’un remède qu’il emploie victorieusement, et dont tout médecin peut user avec un succès presque infaillible, pour peu qu’il suive à la lettre et rigoureusement la méthode précise du Maître.
Il serait très injuste de limiter sa gloire à cette spécialité. Le D' Laboulbène est encore un très savant entomologiste. Il est en outre, à la Faculté, titulaire de la chaire d’histoire de la Médecine.
Tout ce que cet enseignement comporte de vastes connaissances, d’érudition profonde, de généralisations intéressantes, de philosophie comparée, pour ainsi dire, M. Laboulbène l’apprend à ses élèves en un cours si bien fait, si bien dit, que tout ce qu’on en peut écrire est insuffisant. 11 faut aller voir sa belle tête de savant, il faut aller l’entendre pour s’en faire une idée : ceux qui n’ont pas encore eu la bonne fortune d’assister à quelques-unes de ces étonnantes leçons, y trouveront un auditoire de plus en plus nombreux à mesure que l’heure s’écoule, un auditoire enthousiaste, qui ne ménage pas ses applaudissements au maître éloquent qui le charme.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Nouveaux éléments d’anatomie pathologique, 1879.
Leçons cliniques à la Charité, 1878.
Leçons sur l’histoire des maladies, 1880-1883.
Parasites, parasitisme, en collaboration avec Davaine,
Innombrables travaux d’entomologie, sur le tœnia notamment et sur les dijférences sexuelles du Corœbus bitasciatus , et sur les prétendus œufs de cet insecte coléopfere ninsible au chêne-vert ; etc . , etc .
Docteur L ANC ERE AUX
DOCTEUR LANCEREAUX
LANCEREAUX (Etienne), ne le 27 novembre 1S2Ç à Brécy (Ardennes).
Interne des hôpitaux, le 24 décembre iSpj.
Agrège' le ler juin 1S42.
Médecin des hôpitaux le ie>- janvier 18J4.
Membre de lAcade'mie de Médecine en mars iS'/y.
Entregent, diplomatie, souplesse, toutes choses excellentes à Paris et de notre temps à qui veut promptement parvenir, ce sont les qualités — ou les défauts — qui ont manqué au D'‘ Etienne Lancereaux pour être, à l’heure actuelle, un des premiers parmi les premiers.
Il a, certes, une situation enviable. Son service d’hôpital est des plus suivis, et c’est à qui sera son interne; il est, depuis longtemps, de l’Académie de Médecine, et sa clientèle, très nombreuse, très
choisie, le tient pour l’un des meilleurs et des plus heureux praticiens; tous ses confrères lui reconnaissent une exceptionnelle valeur scientifique et la plus inattaquable moralité professionnelle.
Mais — on peut bien le dire à présent qu’il a passé les soixante ans, et que son ambition s’est un peu résignée — la Faculté n’a pas été, semble-t-il, tout à fait juste à son égard.
Outre une quantité considérable de mémoires et de remarquables travaux publiés çàet là, outre son beau Traité de la syphilis paru en 1866, qui fut un évènement scientifique, le D‘‘ Lancereaux, quand il était agrégé en exercice, vers 1871, a publié un magnifique atlas d’anatomie pathologique, bientôt suivi d’un traité magistral de la plus incontestable valeur.
Cette œuvre, très-complète, très savante, très bien faite, d’avis unanime comblait une lacune ; à cette date, l’enseignement français manquait absolument d’ouvrages d’ensemble sur la matière, et le livre^ aujourd’hui classique, de Cornil et Ranvier ne devait paraître que plus tard.
Dès lors, il fut implicitement convenu que le D"" Lancereaux serait prochainement pourvu
d’une chaire et nommé professeur en pied : bien des élus avaient des titres moindres au choix de la Faculté.
Cette nomination était chose décidée : on y comptait dans les prévisions et les pointages qui se pratiquent à l’Ecole comme à l’Académie française.
Dix-huit ans se sont écoulés et M. Lancereaux n’est pas professeur.
On dit, parmi les médecins, que c’est un peu sa faute. Pourquoi aussi ce diable d’homme a-t-il la singulière manie de ne jamais dire que ce qu’il pense, et de dire tout ce qu’il pense?... Pourquoi vous baille-t-il vos vérités à la figure ?... Ce que les autres se contentent de se chuchoter à voix basse, il le clame tout haut sans se gêner, et toujours il évite d’avoir besoin de vous, de vous demander un service, de vous devoir de la reconnaissance. — On n’agit pas ainsi, que diable !
Le fait est que M. Lancereaux manque un peu trop de patience, de froideur qui calcule, et, comme je disais tout à l’heure, de diplomatie.
Foncièrement bon, il ne sait pas se faire aimable, et qui n’est pas aimable n’est rien dans ce Paris.
Il eût fait un bon professeur, pourtant, point affable ni séduisant, mais savant, et dévoré du désir d’être utile.
Sans compter que sa tête, qui est vraiment superbe, eût bien fait, parmi les portraits qui ornent la salle du conseil: de grands cheveux très noirs semés de fils d’argent ; une puissante barbe à demi longue, hirsute et drue; des traits violents, bosselés; et, sous la broussaille énorme des sourcils, deux yeux profonds et sombres, tour à tour terribles et bons, attendris et féroces, beaucoup plus attendris que féroces, soyez-en sûrs.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
De la thrombose et de l’embolie cérébrales considérées principalement dans leurs rapports avec le ramollissement du cerveau. Paris, 1862.
Traité historique et pratique de la syphilis. Paris, 1866, i!’® éd. ; Paris, 1873, 2® éd.
Atlas d’anatomie pathologique, i vol. de texte et i vol. de planches in-q®, ce dernier en collaboration avec M. Lackerbauer. Paris, 1870.
Traité d’anatomie pathologique, 3 vol. in-8. Paris, t. leq 1875-77; h b, 1879-81; t. III, 1883-89.
Traité de l’herpétisme. Paris, 1883.
Leçons de clinique médicale faites à la Pitié, 3 séries. Paris, 1883-1890.
Mémoires d’anatomie pathologique (Endocardite ulcéreuse, infection par produits septiques internes).
De l’altération des nerfs dans la paralysie saturnine, etc. Paris, 1864.
Des hémorrhagies méningées. Paris, 1863.
De l’amaurose liée à la dégénération des nerfs optiques dans, les cas d’altération des hémisphères cérébraux. Paris, 1864.
De la polyurie. Paris, 1869.
Article Alcoolisme et article Rein (pathologie), in Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales .
Distribution géographique de la phtisie pulmonaire. Paris, 1877.
De l’alcoolisme et de ses conséquences au point de vue, de l’état physique, intellectuel et moral des populations. Paris, 1878.
Le diabète sucré dans ses rapports avec les altérations du pancréas. Bulletin de V Académie de Médecine, 1877-90.
Professeur O.-M. LANNELONGUE
PROFESSEUR
O.-M. LANNELONGUE
LANNELONGUE (Odilon-Marc) , ne le 4 décembre
Interne des hôpitaux en 1862.
Docteur en Médecine en i86~j.
Chirurgien des hôpitaux, le 11 août i86ç.
Agrégé en i86ç .
Membre de! Académie en i88j.
Professeur le ^0 juillet 1884.
Lors de la maladie de Gambetta, l’impitoyable malice de Rochefort s’exerça, un peu facilement, sur l’orthographe de ce nom que portent avec distinction deux chirurgiens français, l’un professeur de clinique à la faculté de Bordeaux, l’autre professeur de pathologie externe et chirurgien de l’hôpital Trousseau:
signe distinctif, celui de Bordeaux se nomme Martial, tandis que celui de Paris — le seul dont nous ayons à entretenir nos lecteurs — s’appelle Odilon-Marc.
Il est petit, trapu, pas beau, avec un nez volumineux, des cheveux relevés en brosse, une barbe blonde qui devient grise; toujours vêtu l’hiver d’une longue lévite, l’été d’une courte jaquette d’alpaga noir, il va, d’allures peu guindées et dandinant sa marche; mais sa figure aux traits fortement modelés est loin d’être banale, éclairée de deux yeux où l’intelligence étincelle.
Il est de ceux qui savent aimanter la chance. Venu de province sans fortune, il se fit remarquer très vite, et très vite aimer de ses maîtres : le grand Broca, à la visite duquel il arrivait régulièrement en retard, le saluait chaque matin d’une phrase de bienvenue, le présentant à son entourage avec une paternelle fierté, que M. Lannelongue a, depuis, pleinement légitimée. Très rapidement, en effet, il avait la médaille d’or des internes, était nommé, chirurgien des hôpitaux, agrégé à la Faculté. Vers cette époque, tout le monde fut heureux d’apprendre qu’il épousait madame veuve de Rémusat, la belle-fille du ministre, fidèle ami de M. Thiers, dont la haute intelligence.
NOS GRa\NDS MEDECINS
la fortune considérable et les relations mondaines allaient à merveille servir sa légitime ambition.' La première chaire vacante à la Faculté fut pour lui.
Il serait tout à fait injuste de croire que le D’’ Lannelongue doit surtout sa rapide élévation à des influences extra-médicales, à l’amitié de Gambetta, par exemple. Il a simplement compris qu’à Paris et à notre époque, un ambitieux doit savoir utiliser toutes les forces compatibles avec l’honneur; et lui-même apportait au service de sa cause une intelligence de premier ordre, une grande puissance de travail, une forte dose de bon sens scientifique. Comprenant qu’il avait quelque chose à faire, et que son temps était précieux, il a tâché de son mieux d’abréger les années perdues en concours successifs et en compétitions interminables qui usent et fatiguent avant l’âge un grand nombre de nos savants. Et sitôt arrivé, il a tenu pleinement ses promesses, organisant à l’hôpital Trousseau un service modèle de maladies chirurgicales de l’enfance, avec un merveilleux musée, faisant des leçons excellentes en dépit de l’accent méridional dont il les débite, écrivant de précieux livres, lucides, très bien faits, nombreux, où se révèle un maître à la fois novateur savant et chirurgien très pratique.
Ce qu’il a fait pour le bien de sa cause, le professeur Lannelongue voudrait le faire pour d’autres. La vie lui paraît courte, et il s’impatiente de voir, dans ce pays de France si prompt à la pensée, si primesautier, à tendances si originales, l’élite de nos jeunes médecins condamnée au bagne des concours de vingt-cinq à trente-cinq ans en moyenne : il s’irrite de voir beaucoup d’entre* eux fatigués et fourbus à l’heure où ils devraient logiquement être au maximum de leur puissance intellectuelle et se livrer en paix aux recherches originales et fécondes, loin des bavardages inutiles et routiniers. Aussi s’efforce-t-il constamment de battre en brèche les vieux errements universitaires, pour leur substituer un régime d’études laissant à nos chercheurs plus d’indépendance et de spontanéité. On l’accuse d’être parfois un juge partial dans les concours, et lui-même ne s’en défend pas. Car il croit qu’en bonne justice doit triompher non pas celui qui brille davantage à telle ou telle épreuve, mais celui qu’il sait avoir la plus haute valeur foncière, même si celui-là se trouble et balbutie.
A la défense de ces généreuses idées, M. Lannelongue apporte ses qualités d’esprit alerte, vif, rempli d’entrain. Pourtant on lui reproche, assez
justement, je crois bien, de se reposer un peu trop, ces temps-ci, de prendre de fréquents congés et de se faire remplacer aux hôpitaux et à la Faculté. Ce n’est pas, de sa part, calcul lui permettant de se mieux consacrer à la clientèle lucrative, puisqu’il ne fait pas de clientèle. Mais peut-être la politique n’est-elle pas tout à fait étrangère à ce ralentissement de zèle. On se souvient qu’une ou deux fois déjà, le D" Lannelongue s’est efforcé, en vain, de remplacer M. de Cassagnac comme député du Gers. Actuellement encore, il paraît se préoccuper beaucoup d’affermir la République modérée dont il est partisan très résolu. Si sages et clairvoyantes que soient ses opinions politiques, beaucoup de ses amis aimeraient mieux encore voir cet esprit de premier ordre se consacrer uniquement à son rôle scientifique, à qui bien certainement il devra le meilleur et le plus durable de sa gloire.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Plusieurs articles in Dictionnaire de Jaccoud. Ostéomyélite aiguë et chronique, 1879.
Abcès froids et tuberculose osseuse, 1881. Mémoire sur la syphilis osseuse congénitale. Coxotuberculose, 1886.
Traité des kystes congénitaux, 1886.
Tuberculose vertébrale, 1888.
Blessure et maladie de Gambetta, 1883 ; etc., etc.