PROFESSEUR PAJOT
PAJOT (Charles), ne' le i8 décembre i8i6, à Paris.
Docteur en Médecine, le 21 août 1842.
Ag régé, le 8 juin i8jj.
Professeur d’accouchements, maladies des femmes et des enfants, le 20 décembre i86j.
Professeur de clinique obstétricale et de gynécologie, en 188 J.
Professeur honoraire, le 24 décembre 1886.
Directeur fondateur des Annales de gynécologie et d’ obstétrique (journal mensuel).
Premier président et fondateur de la Société d’obstétrique et de gynécologie de Paris.
CETTE fois-ci, c’est bien à proprement parler un '' profil „ qu’il me faut faire, car la très intéressante et remarquable figure du D"" Pajot ne revêt tout son caractère ni de face ni de trois quarts, et jamais assurément peintre ni photographe ne tenterait de le portraiturer autrement qu’en profil. Vue ainsi, sa tête est
vraiment superbe : il porte beau, le nez en l’air, les blancs cheveux étirés en arrière, dégarnissant les tempes, empanachant la nuque; l’arête finement dessinée du front, du nez, de la lèvre imberbe et du menton glabre, semble faite pour la médaille ou le bas-relief; avec ses favoris courts campés droit au devant de l’oreille, sa cravate blanche à l’ancienne mode, sa redingote à longs pans, boutonnée au milieu sur un seul rang, il donne, à première vue, l’impression d’un clergyman prêcheur; mais la malice aiguë de son regard et la gaillardise de son sourire détrompent vite quiconque l’observe attentivement.
Ses soixante-quinze ans, qui n’ont rien abattu de sa juvénile énergie, lui ont valu, ces temps derniers, sa mise à la retraite. Mais il fut professeur si extraordinaire, et il tient encore une si fière place dans le monde médical parisien, que je ne \ résiste pas au plaisir de fixer en quelques mots les traits caractéristiques de sa curieuse personnalité.
Deux passions ont dominé sa vie : la pêche à la ligne et la science obstétricale.
Alors qu’il était encore très pauvre et très inconnu, il commençait sa fortune et sa renommée en faisant, toute la journée, des cours libres où
déjà praticiens et étudiants venaient en foule; la nuit, pour son délassement, il descendait dans les caves de l’ancien Hôtel-Dieu dont les portes ouvraient au ras du fleuve noir; en ce poste sinistre et propice entre tous, il guettait le poisson, faisait des pêches miraculeuses, et, nageur intrépide, plongeait au secours des noyés qu’il frictionnait avec tant de méthode et de patience que, presque toujours, il les sauvait : si bien qu’il fut, à cette époque, surnommé “ le terre-neuve de la Faculté
A ce titre, il joignit bientôt, grâce à un très brillant concours, celui d’agrégé. Il n’eut, d’abord, qu’un auditoire d’élèves sages-femmes ; mais, en 1863, il était, à l’unanimité, nommé titulaire de la chaire théorique d’accouchements, qu’il ne quitta qu’en 1883, à la mort de Depaul, pour passer à la clinique.
Il a publié de très nombreux travaux, imaginé d’ingénieux instruments, et cela eût suffi à lui valoir une réputation. Mais il a été surtout un professeur exceptionnel, un orateur inoubliable, c’est là son originalité.
Dans le grand amphithéâtre de la Faculté, devant le plus nombreux public que jamais savant ait groupé autour de lui, au milieu d’un millier
d’élèves, qu’il tenait sous le charme, il a fait, vingt années durant, les plus étonnantes leçons qui se puissent entendre. Prise à son point de vue théorique, la science obstétricale est, en somme, chose assez monotone et restreinte. Il en faisait la chose la plus intéressante et la plus variée. Pour captiver son auditoire, le convaincre et ravir ses bravos, pour le mieux instruire et plus durablement, tout lui était bon, littérature, politique, bons mots, calembours, périodes éloquentes, sous-entendus et anecdotes. Véritablement orateur, il possédait au plus haut point le don d’entrer en communication parfaite et quasi-magnétique avec la foule, de manier à volonté son auditoire. Irréconciliable ennemi du cléricalisme et de l’Empire, il aimait à susciter, d’une allusion légère, en passant, les indignations faciles de la jeunesse. Sa voix chaude, admirablement nuancée, le servait à merveille, calme et patiente pour les démonstrations détaillées, vibrante et forte pour fixer un précepte, une loi générale dans l’esprit de son auditoire. Vers la fin de son cours, il tenait à se résumer d’une phrase typique, inoubliable : presque toutes ces phrases sont demeurées célèbres et.se redisent entre médecins de générations en générations : comme il savait incomparablement l’art de dire
avec délicatesse lés très gaulois propos auxquels prête, plus que toute autre, sa spécialité, il épiçait souvent ses aphorismes et beaucoup d’entre eux ne sauraient être reproduits ici. En voici un cependant, qui, pour être tout à fait technique, n’en donne que mieux idée de sa manière. Après une leçon sur le mode d’emploi du forceps, il concluait ainsi : “ La règle est immuable; toujours, pour commencer, vous appliquez la branche gauche, de la main gauche, à gauche, et tout, Messieurs, doit être gauche, excepté vous, l’opérateur. „ Un précepte ainsi formulé ne s’oublie pas.
Avec ces qualités d’esprit alerte, de répartie facile, il fut un merveilleux polémiste, encore plus goûté pour la finesse de ses mots que redouté pour la rigueur de son argumentation. Il a eu et il a encore le génie de la contradiction. Lorsque Tarnier, qui fut son élève et qui est toujours son ami, inventa le forceps qui lui valut l’approbation de tous les spécialistes, Pajot le combattit et répliqua par deux lettres, peut-être discutables scientifiquement, mais étourdissantes d’esprit : qu’il ait tort ou raison, il a bien fait de les écrire puisqu’il les a si bien écrites. Et quel talent de répartie ! Il faisait un jour ses visites pour l’Académie, dont il n’est pas, d’ailleurs. Un
immortel l’accueillit en ces termes : " Certes, bien cher Monsieur, vous avez tous les droits, j’en conviens, tous les titres : mais, comment diable voulez-vous que je vous donne ma voix? voici trois ans que je dîne tous les huit jours chez votre concurrent!... „ Et Pajot de répondre :
— Je repasserai quand vous aurez digéré, cher confrère!
Pas plus tôt qu’hier, dans une société savante, on discutait, le plus gravement du monde, ce sujet délicat : " Est-on en droit, oui ou non, au moyen du chloroforme, d’éviter à la femme les douleurs de l’enfantement? „ Savez-vous comment Pajot a tranché la question?... Il a tendu à ses collègues la quatrième page d’un journal politique où s’étalait une réclame de dentiste : Extraction avec douleur : J francs; sans doideur : 20 francs. Ce n’est peut-être pas très rigoureux comme conclusion scientifique, mais en tant que malice, c’est excellent, avouez-le.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Deuxième livraison du traité d’accouchements de P. Dubois et Pajot.
Eléments de pratique obstétricale.
Des causes d’erreurs dans le diagnostic de la grossesse.
Des accouchements difficiles par la direction vicieuse des forces.
Du travail prolongé et de la contracture utérine.
Présentation de l’épaule dans les rétrécissements et nouveau procédé d’embryotomie.
Céphalotripsie. De la céphalotripsie sans tractions, ou méthode pour accoucher les femmes dans les rétrécissements extrêmes.
La première et la seconde sur le forceps à aiguille.
De l’inutilité des instruments spéciaux pour la provocation de l’accouchement.
Des sondes vésicales et utérines à valves aseptiques.
Des lésions traumatiques du fœtus pendant l’accouchement.
Anesthésie obstétricale. Le chloroforme dans les accouchements naturels. Demi-anesthésie.
Fausses routes vaginales.
Étroitesse des orifices utérins dans ses rapports avec la dysménorrhée et la stérilité.
De la stérilité et des obstacles à la fécondation dans l’espèce humaine.
Guérison des déviations utérines par la grossesse.
De la cautérisation et du curage dans le traitement des endométrites.
Docteur PE AN