‹ Nos grands médecins d'aujourd'huiChapitre 36 sur 51 · PROFESSEUR A. PITRES · texte numérisé non relu

PROFESSEUR A. PITRES

PITRES (Albert).

Interne des hôpitaux de Paris en j8j2.

Docteur en médecine en iS’jy.

Agrégé en iSjS.

Médecin des hôpitaux en iSyS.

Professeur à la faculté de Bordeaux en iSjg. Doyen de la faculté de Bordeaux en uSSj. Correspondant de F Académie en i8SS.

Le jeune doyen de la faculté de Bordeaux est si connu du monde médical parisien, à quarante ans, à peine, il s’est acquis une si belle renommée scientifique, il a rendu de tels services à la décentralisation des études, qu’il serait tout à fait injuste de ne pas faire figurer son nom parmi tous les noms glorieux de ce livre.

Élève de Charcot — il a été deux ans interne à la Salpêtrière — et l’un de ceux sur qui le Maître fondait de hautes espérances, il a dû, pour des raisons de famille, je crois, quitter Paris, où il

promettait de se faire une place parmi les meilleurs. Il vint à Bordeaux, sa ville natale, en 1878, au moment où s’organisait par les soins d’Henri Gintrac, la faculté nouvellement créée. Le D‘‘Pitres venait de subir un très brillant concours d’agrégation; on se souvint qu’il avait été le préparateur et le chef de laboratoire de Ranvier : on lui confia le cours d’anatomie générale.

D’emblée, ce fut une révélation : ses premières leçons, dans ce milieu médiocrement préparé aux questions de pure science, provoquèrent l’admiration de tous. C’était, d’emblée, un maître consommé, à l’esprit lucide, lumineux, méthodique, un professeur à la parole ferme et claire, se faisant comprendre de tous, frappant l’intelligence des élèves par des exemples incessants, par des vues pratiques constantes, par des images vivantes, inoubliables.

C’était, en même temps, un homme de modestie réelle, sans aucune pose d’allures, un collègue courtois et simple de manières, un maître plein de bienveillance pour quiconque montrait envie de travailler.

A l’inverse de plusieurs autres, il avait pris de son maître Charcot l’esprit et non la lettre, la méthode et non l’attitude.

Deux ans plus tard, la chaire de clinique était vacante: on la lui confia.

C’était là sa vocation vraie. Observer des malades, ne donner à l’anatomie pathologique que la part complémentaire qui lui revient, continuer, répandre la méthode anatomo-clinique, agrandir son domaine, c’était là la bonne besogne qui lui convenait entre toutes.

Et il fut, en effet, un clinicien de premier ordre, un chercheur obstiné de vérités neuves, un incomparable montreur de malades.

Convaincu, pour de bons motifs, que les médecins sont les vrais physiologistes, qu’une bonne observation de malade en apprend plus long que cent expériences in anima vih, il a définitivement élucidé, par des exemples innombrables, la question des localisations cérébrales motrices, dont la découverte chez l’homme, imaginée par un coup de génie de Charcot, a été complétée, parachevée par lui ; il en a fait une question vidée, fermement •acquise, définitivement classée.

Il a fait, à lui tout seul presque, l’histoire des dégénérations secondaires de la moelle, l’anatomie du faisceau pyramidal. Il a contribué, pour une part énorme, à la connaissance des névrites périphériques. Nous lui devons une foule de renseigne-

ments inédits sur l’hystérie, le somnambulisme, la suggestion, mille trouvailles de premier ordre sur les zones hystérogènes, frénatrices, idéogènes. Que sais-je encore?

Non content de créer en premier un centre d’études neurologiques, non content de décentraliser l’Ecole de la Salpêtrière, il a voulu être aussi un clinicien de maladies moins exceptionnelles, si tant est qu’on puisse encore juger exceptionnelles les maladies du système nerveux. Il a fait de la pleurésie une étude extrêmement approfondie, révélant des signes nouveaux à cette vieille maladie, expliquant le mode de production des épanchements, déterminant leur forme, précisant scientifiquement les règles de la thoracentèse.

Il a fait tout cela, et il l’a fait faire autour de lui, car il a eu ce don, rare entre tous et précieux, de former des élèves, de faire école, en province où c’est difficile, à Bordeaux, ville de paresse, de bienêtre et de joies faciles. Le corps des jeunes agrégés, l’internat de Paris sont pleins de jeunes gens qu’il a instruits, qu’il a formés, à qui il a inculqué l’amour de la méthode, l’horreur des besognes hâtives, des vues de l’esprit mensongères, le culte du vrai. Tous ceux qui sont passés par ses mains ont une tournure d’esprit spéciale, un peu de sa sagesse.

et j’en sais un qui, désertant la médecine et s’adonnant à la littérature, entend tout de même demeurer son élève, parce que c’est au Pitres qu’il doit l’éclosion de son intelligence.

Quand on lui en fait compliment, le D'" Pitres, qui a gardé pour son maître Charcot une vénération et une admiration profondes, essaie de lui en donner tout l’honneur. Il a certes gagné beaucoup à passer par la Salpêtrière, mais il importe d’affirmer qu’il est lui-même un esprit vraiment original, vraiment supérieur, valant par lui-même, et valant beaucoup.

Dans cette faculté de Bordeaux qui compte des hommes de valeur très indiscutable, desJolyet,des Merget, des Démons, des Azam, des Picot, ou Coyne est professeur d’anatomie pathologique, où Armand de Fleury enseigne la thérapeutique, où les jeunes se nomment Arnozan^ Boursier, Denuré, Moussons; — d’avis unanime le D^' Albert Pitres est le premier, non-seulement par ses travaux qui font son nom illustre à l’étranger, respectueusement honoré même en Allemagne, mais par son bon sens admirable, par la précision, par la justesse de ses vues générales, par la sagesse de son jugement, qui lui ont valu le titre et les fonctions de doyen : il s’en acquitte si bien que la faculté de

Bordeaux lui doit d’être extraordinairement prospère, plus fournie d’élèves que celle de Lyon.

De haute et belle taille, avec une figure qui rappelle singulièrement celle du roi François Lq le professeur Pitres est l’une des physionomies les plus sympathiques qui se puissent trouver. Il donne l’impression d’un être infiniment sain, plein de joie de vivre, parfaitement heureux de travailler, de chercher et de trouver, d’un homme qui est bien dans sa voie, qui remplit bien sa mission. Il est en même temps plein de droiture et de bonté, et jamais maître ne fut plus affectueusement dévoué à ceux qui ont été ses collaborateurs.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Recherches sur les lésions du centre ovale. Thèse inaugurale.

Localisations cérébrales motrices^ en collaboration avec Charcot.

Expériences sur la zone corticale, en collaboration avec François-Franck.

Anatomie pathologique du faisceau pyramidal.

Troubles vaso-moteurs et sécrétoires, crises clitoridiennes, etc., dans l’ataxie locomotrice.

Névrites périphériques, en collaboration avec Vaillard.

Leçons cliniques sur les anesthésies hystériques.

Tensions intra- thoraciques dans la pleurésie et la thoracentèse.

Caractères graphiques de la trépidation épileptoïde, en collaboration avec Maurice de Fleury.

Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotisme (clinique de l’hôpital Saint- André de Bordeaux).

Professeur POTAIN

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