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PROFESSEUR POTAIN

POTAIN (Pierre-Carl-Ernest), né le ig juillet 182 j. Interne des hôpitaux en 1848.

Docteur en Médecine en i8pj.

Médecin des hôpitaux en i8jg.

Agrégé, le 20 mars 1860.

Professeur à la Faculté, le 28 mars j8j6.

Membre de l’ Académie en 1882.

IL est, je pense, mon cher maître, tout à fait inutile de faire ici votre portrait, pour un public qui vous connaît très bien. J’aime infiniment mieux parler à vous-même, non pas seulement en mon nom — ce serait fort insuffisant — mais au nom de tous ceux qui vous honorent, vous vénèrent et vous bénissent, au nom de tous vos confrères, de tous vos élèves, de tous vos malades, de tous ceux que vous secourez, car je suis sùr d’interpréter leurs sentiments avec justesse. Votre excessive modestie en souffrira.

certainement; mais on n’est pas le meilleur des hommes et le plus parfait des médecins de son temps sans s’exposer à ce que, quelque jour, un indiscret s’avise de vous en prévenir. Tout le monde vous rend justice : vous êtes seul à vous connaître mal. C’est donc pour vous qu’il faut vous peindre; c’est donc à vous qu’il importe de dire que tous, sans une exception, nous vous avons voué le plus profond respect, notre admiration sans réserves, notre filiale affection, cher maître, père Potain, comme on dit à l’École — et que vous êtes l’honneur et le modèle du corps médical de ce pays.

Sur vous-même, il faut tout vous apprendre.

Vous ne savez pas à quel point vous êtes grand savant.

Comme votre honnêteté scientifique est poussée jusqu’au scrupule exagéré, vous ne publiez vos nombreuses et magnifiques découvertes qu’à regret, semble-t-il, par crainte de n’y avoir pas apporté des conditions suffisantes de sécurité, tant la vérité vous est chère, tant la vanité vous répugne. Vous publiez si peu, à cette époque où la littérature médicale s’encombre chaque jour d’inutiles grimoires, qu’un savant étranger, de passage à Paris , put dire un jour, parlant devons

" Ce Potain doit être un bien beau garçon pour avoir une telle réputation en France; car je ne connais pas de gros ouvrage signé de lui, et ce doivent être les femmes qui lui ont fait sa gloire!... „ On amena cet étranger dans votre service à la Charité, mon cher maître : il ne fut pas longtemps à reconnaître son erreur, à voir que vous n’étiez pas beau du tout — si tant est qu’on puisse être laid avec des traits tout illuminés d’intelligence et de bonté ; — et, après être revenu maintes fois suivre votre visite, écouter vos leçons, il est retourné, plein d’admiration, dans sa patrie, raconter que vous étiez le meilleur clinicien du monde. C’est bien ainsi qu’il fallait vous juger : c’est bien ainsi que nous vous jugeons tous.

Vous ne savez pas à quel point vous êtes incomparable praticien.

Certainement, pas un médecin, dans Paris, n’est aussi demandé que vous : presque tous, bousculés par l’heure, examinent bien légèrement et hâtivement leurs clients. Vous, au risque de ne pas dîner — cela vous arrive souvent — vous donnez à chacun des malades qui vous réclament tout le temps que vous croyez utile pour connaître son mal parfaitement en une seule visite, pour poser un diagnostic précis et définitif, pour organiser un

traitement comme vous seul en savez ordonner. Cela vous paraît tout simple et tout naturel de toujours faire votre devoir absolument : nous autres, nous trouvons que c’est très beau, parce que vous êtes à peu près seul à être ainsi, alors qu’étant plus occupé, vous seriez plus excusable d’aller vite en besogne, d’en finir vite avec tous ces mourants qui sont votre compagnie de tout le jour. Et, mon Dieu ! vous trouvez naturel aussi qu’on oublie de payer vos visites, si bien que vos confrères sont obligés souvent de veiller à vos intérêts et aux leurs : vous finiriez par gâter le métier.

Vous ne savez pas à quel point vous êtes bon confrère et bon maître.

Vous savez seulement que toutes les mains vous sont tendues, quand vous venez à l’Académie, que toutes les têtes se découvrent quand vous passez, à l’hôpital ou à la Faculté. Vous savez bien aussi que vos anciens élèves vous gardent, comme autant de fils, une reconnaissante affection. Mais ce que vous ne pouvez pas savoir, c’est que jamais personne, nulle part, n’a entendu formuler une critique à votre endroit; c’est que vous n’avez pas un ennemi ni un détracteur qui ose dire tout haut du mal de vous, de peur de

passer pour un malhonnête homme. Même ceux dont les tendances scientifiques ou les façons d’agir sont diamétralement opposées aux vôtres, vous témoignent publiquement une grande admiration. A dire vrai, pourtant, j’ai entendu vous faire deux reproches : celui de ne pas parler assez haut à vos leçons, et celui de ne pas tenir assez âprement vos élèves dans les concours, par crainte de vous laisser influencer par votre cœur et de commettre une injustice. Jamais autre chose, jamais.

Et surtout, vous ne savez pas combien vous êtes charitable, saintement, parfaitement bon.

Vous vous cachez, comme un enfant qui vole, pour donner, chaque matin, aux nombreux pauvres qui vous attendent à la sortie de la Charité, les pièces blanches dont vous avez une poche garnie tout exprès : grâce à vous, votre digne sœur, qui dirige votre maison et demeure au fo^œr où vous passez si peu d’heures par jour — votre sœur entretient et fait vivre une foule de malheureux. Parmi les médecins des hôpitaux, vous êtes le seul à faire toujours par vous-même votre consultation gratuite, et vous soignez, et vous consolez le moins malade de vos pauvres, avec plus de patience et de douceur que les millionnaires

qui attendent souvent huit ou dix jours sur votre liste. Le dimanche, au lieu de prendre le repos que vous avez si bien gagné, on vous voit arriver plus tôt que de coutume à la Charité ; vous y restez jusqu’à midi, pour que vos indigents aient largement leur part de votre admirable science, pour que tous ceux qui souffrent, dans vos salles, soient examinés, traités, guéris par ce même maître que les heureux du monde ne font venir qu’à grand’peine chez eux.

Vous êtes ainsi simplement, fuyant avec une timidité d’enfant les éloges et la gratitude, dissimulant sous mille prétextes vos bienfaits, cachant vos générosités, les oubliant vousmême.

Eh bien ! puisque vous l’ignorez, au nom de tous, je le répète, au nom des riches et des pauvres, au nom de vos pairs et de vos élèves, je vous apprends que toutes les actions de votre vie sont admirables, mon cher maître, que vous êtes un grand savant, un merveilleux praticien, un maître incomparable, un bienfaiteur de tous les jours, et, ma foi, je ne trouve pas d’autre mot dans la langue moderne, un saint, comme on disait jadis. Je sais bien que vous m’en voudrez pour avoir osé parler ainsi, mais j’aurai eu tant de

vraie joie à vous dire ce que j’avais sur le cœur, qu’il me sera parfaitement égal de m’être attiré votre courroux.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Des souffles vasculaires qui suivent les hémorrhagies. Thèse inaugurale.

Des lésions des ganglions lymphatiques viscéraux. Th. agrég.

De la succession des mouvements du cœur.

Du bruit de galop, 1875.

Articles : Abdomen, Anémie, Cœur (en collaboration avec Rendu), Pathologie du système lymphatique. Ataxie musculaire. Pathologie du cerveau, in Dictionnaire encyclopédique.

Nombreux mémoires sur l’auscultation du cœur.

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