‹ Nos grands médecins d'aujourd'huiChapitre 38 sur 51 · DOCTEUR SAM. POZZI · texte numérisé non relu

DOCTEUR SAM. POZZI

POZZI (Samuel), né le j octobre 1846.

Interne des hôpitaux en 1868.

Médaille d’or en i8~j2.

Agrégé à la Faculté en i8jj.

Chirurgien des hôpitaux en i8pj.

Lauréat de I Institut en i8ço.

A Paris — comme ailleurs, mon Dieu ! — il est assez fréquent d’entendre juger les hommes d’un mot, d’une épithète, légèrement et délibérément. C’est ainsi, par exemple, que plusieurs ont coutume de dire une fois pour toutes “ l’aimable Pozzi, le séduisant Pozzi, „ voire même “ le beau Pozzi

Il n’en faut pas davantage pour que se forme et se répande une légende un peu fantaisiste souvent, et le chirurgien de Lourcine a la sienne : il serait, à en croire certains de ses confrères, plus

mondain que savant, plus élégant que sérieux, une sorte de brillant clubman fourvoyé dans la médecine. Un rapide aperçu de sa carrière scientifique vous permettra de décider ce qu’il en faut prendre et laisser.

Né le 5 octobre 1846, à Bergerac (Dordogne), d’une famille de protestants austères dès longtemps liée d’amitié à la famille du grand Broca, il vint de bonne heure à Paris commencer ses études, et voici ses états de service : interne provisoire à vingt ans ; interne titulaire à vingtdeux ans ; médaille d’or à vingt-cinq ans (c’est l’âge où, d’ordinaire, on se présente à l’internat pour la première fois); professeur agrégé à la Faculté à vingt-huit ans ; chirurgien des hôpitaux à trente ans.

Je ne crois pas que l’un quelconque de nos maîtres soit allé si vite en besogne, et, dès l’abord, nous voici bien obligés d’avouer que le jeune mondain ne négligeait évidemment pas ses études et n’avait pas peur du travail. Il y a mieux encore. En même temps que le docteur Pozzi multipliait ses victoires dans les concours, il se faisait, en France et à l’étranger, un fort joli renom scientifique, en publiant plusieurs mémoires originaux et quelques bons livres de vulgarisation. L’anatomie

comparée et l’anthropologie, dont son maître Broca lui avait donné le goût, le préoccupèrent tout d’abord : études sur les anomalies musculaires plus tard reprises et généralisées par le distingué professeur Testut, anatomie des circonvolutions cérébrales, mémoires sur le cerveau de l’homme et des primates, traduction du livre de Darwin, De U expression des émotions, se succèdent à bref intervalle. L’année dernière encore, le jeune agrégé présidait notre Société d’anthropologie, et l’on peut dire que c’est à lui, à son respectueux dévouement pour la mémoire de son bien-aimé maître, que nous devons la statue de Broca récemment érigée près de la Faculté.

Mais le Pozzi est plus encore un chirurgien qu’un savant : au retour d’une mission scientifique en Autriche et en Allemagne, il entrevit, voici six ou sept ans, la possibilité de donner un élan nouveau à la chirurgie française, et sa véritable vocation prit le dessus, définitivement.

Jusqu’alors, la plupart des maladies spéciales à la femme étaient soignées, en France, avec quelles interminables lenteurs ! sans opérations, par de purs médecins. A l’exemple des allemands, M. Pozzi entreprit de vulgariser des procédés de traitement plus énergiques, plus radicaux, plus

sûrs. Aux vaines temporisations d’autrefois, il a substitué l’intervention active, sans dangers, grâce aux progrès continuels de l’antisepsie, et tous les spécialistes furent d’accord à reconnaître que ses malades guérissaient en deux ou trois semaines, au lieu de souffrir des années. Il n’a point inventé la méthode, et il n’est certes pas le seul qui la pratique avec succès ; mais, il est juste de le reconnaître, c’est lui qui l’a importée en France, c’est lui qui en a généralisé l’emploi par ses communications aux Sociétés savantes, par ses nombreuses publications, par les cours excellents qu’il fait, depuis cinq ans à l’hôpital ou à la Faculté, devant un auditoire chaque jour plus nombreux.

Enfin — et ce n’est pas le moindre de ses titres — il est, avec l’éminent professeur Démons, de Bordeaux, le fondateur du Congrès français de chirurgie, œuvre véritablement admirable de patriotisme scientifique, qui, cette année, promet de prendre une importance de premier ordre, grâce au dévouement absolu du D'' Pozzi, qui en est l’âme.

Tout cela n’est point, j’imagine, besogne de frivole homme du monde, ou de clubman fourvoyé dans la médecine. En vérité, peu de savants ont travaillé plus et mieux que leD'^ Pozzi. D’où vient donc la légende, et comment l’expliquer ?

Parmi les nombreux hommes d’esprit et de talent qu’il fréquente très volontiers, il en est un particulièrement perspicace, qui me disait tout récemment : " Il y a deux hommes en Pozzi : un descendant de race italienne, amoureux d’art, épris de belles choses, séduisant et charmeur ; et, d’autre part, un huguenot foncièrement grave et réfléchi, âpre à la besogne, esclave du devoir. „ Voici bien, cette fois, un jugement intelligent et vrai. A première vue, le chirurgien de Lourcine, d’abord sympathique, de manières aimables, d’une élégance raffinée, n’a évidemment pas l’air d’un savant tel qu’on a coutume d’en représenter au théâtre. Sous ces dehors mondains, il n’en est pas moins un énergique et rude travailleur, menant de front de très gros labeurs, déployant une grande activité physique et intellectuelle. Seulement, il a horreur des gens qui donnent leur lassitude en spectacle, qui aiment à paraître surmenés, qui s’épongent le front perpétuellement avec des airs d’accablement sous le poids de leurs pensées. Il a ce dandysme de ne pas étaler ses fatigues ; et, d’ailleurs, il est de ceux qui ne se fatiguent guère, étant admirablement trempé pour la lutte.

Les observateurs superficiels se trompent au point de ne pas lui pardonner ses apparitions , rares

du reste, dans le monde, et ses amitiés artistiques, dont je ne peux pourtant manquer de le féliciter. Car il est lié d’affection avec des écrivains comme Leconte de Lisle, Judith Gautier, Anatole France, Phillippe Gille, Jules Lemaître, Paul Hervieu, Blavet, beaucoup d’autres; car il collectionne, avec un amour un peu trop éclectique peut-être, des Degas, des Raffaëlli, des eaux-fortes de Bracquemond et des maquettes de sculpteurs, témoin l’épreuve originale de Y Arlequin de Saint-Marceaux, dont se décore son salon. Sans compter qu’il est président du dîner des Sphénopogones, qui compte parmi ses assidus nos artistes les plus en vogue.

Cela prouve tout simplement qu’il a le don mille fois précieux de faire beaucoup de choses ensemble, et de les faire toutes bien. Je ne’peux que lui en témoigner beaucoup de sympathique admiration : vous aussi, mes lecteurs, n’est-ce pas?

Je m’en voudrais de finir autrement qu’en citant le nom de son frère plus jeune, le D"" Adrien Pozzi, lequel, après avoir été l’un des meilleurs élèves de son frère aîné, vient d’être nommé récemment professeur suppléant à l’Ecole de Médecine de Reims.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Divers travaux sur les anomalies musculaires.

Hermaphrodisme et origine de l’hymen, 1881-1884.

Crâne et circonvolutions cérébrales, in Dictionnaire encyclopédique .

Des localisations cérébrales au point de vue des indications du trépan, 1877.

Nombreux travaux de gynécologie.

Hystérotomie vaginale, 1886-1888.

Du curettage de l’utérus, 1888.

Traité de gynécologie clinique et opératoire, un gros vol., 1890. — 2° édition, 1891.

Etc., etc.

Professeur RENAUT (de Lyon)

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