PROFESSEURS RICHET
RICHET (D. -Dominique- Alfred) , né le i6 mars i8i6. Interne des hôpitaux en i8jg.
Docteur en Médecine en 1844.
Chirurgien des hôpitaux en 1844.
Agrégé le 7 septembre 1844.
Professeur le 77 novembre i86j.
Membre de V Académie de Médecine en 1866. Professeur honoraire le 41 octobre i88g.
Membre de l’Institut.
RICHEI (Charles).
Interne des hôpitaux en 1842.
Agrégé le ji août i8jj.
Professeur à la Faculté, le 4 août i88j.
'est une fort belle et, ma foi, fort tou- ■ chante chose, ce père et ce fils qui se sont
illustrés dans la même carrière, et qui tous deux en même temps siègent, à titre égal, parmi les professeurs de notre école; si bien que l’on ne sait ce qu’il faut admirer davantage, de la longévité superbe du vieux maître, ou de la
remarquable précocité de son lilial et infiniment cher collègue. Ils ont, du reste, l’un et l’autre leur personnalité scientifique assez distincte pour qu’il faille parler d’eux isolément, sans les confondre autrement que par l’admiration.
Didier-Dominique-Alfred Richet, chirurgien de l’Hôtel-Dieu, professeur de clinique à la Faculté, membre de l’Académie deMédecine pour la section de médecine opératoire, membre de l’Institut pour la section de chirurgie, commandeur de la Légion d’Honneur et de bon nombre d’autres ordres, est né le 16 mars 1816. Il était à vingt-huit ans chirurgien des hôpitaux, agrégé à trente-et-un ans; mais les illustres d’alors, peu soucieux de partager avec les nouveaux venus leur grande renommée et leur grosse clientèle, ne s’empressèrent point, dit-on, de lui faire la vie facile. Apre au travail, courageux, obstiné, plein de foi, le futur grand homme donna longtemps, pour vivre, des leçons d’anatomie et de médecine opératoire. Puis, lentement, sa renommée grandit, la fortune fut plus clémente, la mort fit des places vides, l’agrégé fut nommé professeur, et, dès lors, jusqu’à ces dernières années, il n’a pas cessé d’occuper l’une des premières places parmi nos grands chirurgiens.
Ceux des générations actuelles ne l’ont connu qu’avec ses cheveux blancs. Déjà, de mon temps, on allait, par curiosité, voir le père Richet dans son service, à l’Hôtel-Dieu : sa haute taille, sa tête léonine et superbe, ses gestes solennels, si nobles qu’ils en étaient presque comiques, sa voix autoritaire comme celle d’un vieux colonel, sa grande silhouette si magistrale, si doctorale, faisaient nos délices alors que nous débutions sur les bancs de l’école, irrévérencieux gamins, plus prompts à voir le côté caricatural de nos maîtres, qu’à faire fruit de leur enseignement.
Et quand il faisait ses leçons, quelle joie! On eût dit que toutes ses phrases, qu’il débitait avec une solennelle et imperturbable sérénité, avaient été rédigées tout exprès par un ironiste à froid de l’école Swift, tant les poncifs, tant les ponts-neufs, les mots ampoulés, les expressions prudhommesques, les pompeuses naïvetés se succédaient à son insu dans son discours. La salle-de-garde de l’ancien Hôtel-Dieu était couverte d’inscriptions relatant les plus célèbres de ces phrases qui n’auraient pas déparé la collection du bon Flaubert. Certains de ces mots — soyez sûrs qu’il en est beaucoup d’apocryphes — sont si charmants, que je ne résiste pas au mauvais plaisir
d’en citer quelques-uns qui me reviennent en mémoire ;
" Il y a, dans la paume de la main, une ligne qui la partage en trois moitiés inégales. „
“ ... La pauvre femme avait toujours sa tumeur du sein dans la tête ! „
“ Il n’est aucun de vous, messieurs, qui n’ait vu un cheval aller à la garde-robe. „
“ ... Quand la malheureuse comtesse se réveilla, elle était morte! „
Et ce conseil aux jeunes gens que des enthousiasmes littéraires pourraient détourner de la voie scientifique :
“ Ne lisez jamais de romans! Voyez, moi, où je suis parvenu; eh bien! sachez que M. Richet (il prononçait Môssieu Richâ, avec quelle dignité. Seigneur!) n’a jamais lu qu’un roman dans sa vie: je me souviens, c’était en deux volumes !... " Les naufragés au Spitzberg, ou les heureux effets de la confiance en Dieu! „ Et il conclu»t par ce mot qui lui était cher et qui termine aussi l’une de ses préfaces : “ A bon entendeur, salut !... „
C’est là le ridicule de cet homme : cela ne l’a point empêché d’être un très grand chirurgien d’une incomparable habileté manuelle, opérateur
si sûr et si classiquement correct qu’il faut souhaiter son coup de bistouri à beaucoup de nos jeunes maîtres. Cela n’empêche pas non plus son Traité pratiqué d’ anatomie médico-chirurgicale — le Livre, comme il disait en prononçant la majuscule — d’être l’une des œuvres les plus complètes, les plus consciencieuses, les plus utiles qu’ait jamais écrit un savant : cet ouvrage a rendu service à tous les médecins depuis trente ans, et cela vaut bien qu’on oublie de quel étrange style l’auteur a cru devoir vêtir les excellentes et belles choses qu’il y enseigne.
Je m’aperçois que, par mégarde, il vient de m’arriver à plusieurs reprises de parler au passé de lui, ce qui n’est pas précisément pour plaire à ce " jeune vieillard „ encore plein d’ardeur, et qui, tout honteux de s’être fait suppléer à sa clinique, l’an dernier, va reprendre, dès la rentrée, ses cours à i’Hôtel-Dieu! Je serais désolé de lui être désagréable et de manquer au respect que je lui dois, mais, d’accord avec ceux d’entre ses élèves qui le vénèrent, qui l’admirent le plus, je ne puis m’empêcher de penser qu’il a bien gagné le repos. A présent que rien ne manque à sa gloire, pas même l’Institut, à présent qu’il a eu la joie de voir son fils, devenu son égal, consacré maître comme
lui, peut-être vaudrait-il mieux, à soixante-treize ans, faire place aux plus jeunes. Il a gardé quelque rancune à la mémoire des illustres qui si longtemps lui barrèrent la route : cela lui impose d’être luimême, en pareil cas, plus grand, plus généreux et plus sage que ne furent ses prédécesseurs (i).
Son fils Charles Richet n’est-il pas là, d’ailleurs pour le continuer ?
Tout à fait différent de son père, aussi moderne qu’il fut antique, le " fils Charles „, professeur de physiologie à la Faculté, directeur de la Revue scientifique, est un savant de cabinet et de laboratoire. Autant philosophe que physiologiste, il a publié de bons et beaux livres : Les muscles et les nerfs; U homme et l'intelligence', \m Essai de psychologie générale, œuvres de très haut intérêt que tout homme soucieux de se tenir au courant des choses de son temps doit avoir dans sa bibliothèque. Quelques sages reprochent au jeune maître d’avoir l’imagination un peu vive, de se passionner trop éperdument pour les questions d’hypnotisme et de suggestion. Tous s’accordent à lui reconnaître une haute intelligence, un grand amour de la science, beaucoup d’acuité, d’ingéniosité
(i) Ecrit un mois avant la retraite du vénérable Professeur.
d’esprit, et le don du bon style que la nature avait un peu trop parcimonieusement mesuré à son illustre père. Sans tarder bien longtemps, il siégera près de lui à l’Institut : après cela, je ne vois guère à lui souhaiter qu’un fils qui lui donne, de son vivant, les mêmes joies qu’il a données à son père, afin que se perpétue, de plus en plus resplendissante, la superbe dynastie savante des Richet.
PRINCIPALES PUBLICATIONS
Professeur Richet père
De l’emploi du froid et de la chaleur dans le traitement des alfections chirurgicales. Th. agrég., 1847.
Des opérations applicables aux ankylosés. Thèse pour la chaire de médecine opératoire, 1850.
Des luxations traumatiques du rachis. Thèse pour la chaire de clinique, 1861.
Traité pratique d’anatomie médico-chirurgicale.
Leçons cliniques sur les fractures de jambe, 1876.
Leçons faites à l’Hôtel-Dieu, 1874-1875.
Éloge de Jobert, 1868.
Professeur Charles Richet
La Revue Rose (Revue scientifique) .
Les muscles et les nerfs.
L’homme et l’intelligence.
Essai de psychologie générale.
Nombreux travaux de physiologie.
Docteur Pu. RICORD