PROFESSEUR GERMAIN SEE
SEE (Germain), né le 6 février i8i8.
Interne des hôpitaux en 1842.
Docteur en Médecine en 1846.
Médecin des hôpitaux en 1842.
Professeur à la Faculté en 1866.
Membre de ! Académie de Médecine en i86ç.
Jusqu’à présent, je me suis très soigneusement abstenu, en faisant le portrait des plus illustres de mes confrères, d’initier mes lecteurs aux détails plus ou moins piquants de leur vie privée : j’ai pensé que leur côté public et purement professionnel était le seul qui m’appartînt et qui fût digne d’intérêt. Je ne vois pas pourcjuoi je ferais autrement à propos du D*" Germain Sée, et ceux qui lui reprochent de s’étre trop activement occupé des choses extra-médicales voudront bien ne pas s’étonner s’il n’est ici question
que du respectable doyen des médecins des hôpitaux, et du savant plein d’énergie, encore sur brèche à soixante-treize ans.
Il a maintenant d’assez nombreux admirateurs pour que l’on puisse dire qu’il a eu beaucoup d’adversaires. Ces inimitiés sont venues de ce qu’il avait beaucoup de talent, de ce qu’il gagnait beaucoup d’argent, et aussi d’une légende, qui a cours dans le monde médical, et qu’il faut réduire a néant puisqu’elle est mensongère.
Il est exact que les professeurs se recrutent, dans l’immense majorité des cas, parmi les agrégés; il est exact encore que l’éminent D" Germain Sée n’a jamais été agrégé. Mais il n’est pas vrai, comme on l’a prétendu, que sa nomination ait été imposée par voie d’autorité impériale : vérification faite, en 1866 comme aujourd’hui, la loi disait formellement que la Faculté est endroit de choisir par élection tout docteur en Médecine • qu’elle juge digne d’occuper une chaire, qu’il soit agrégé ou non.
Le D*" Sée, dont les remarquables cours libres faits pendant cinq ans à l’hôpital Beaujon avaient fait la notoriété, posa sa candidature sur les instances de Tr ousseau : par 13 voix sur 23, il fut nommé à la chaire de thérapeutique, en tête d’une
liste où figuraient Lassègue, Axenfeld, Hardy, Broca, Vulpian, élus professeurs dans la même fournée. Les étudiants, induits en erreur, lui firent, à son premier cours, ce qu’on est convenu de nommer un boucan formidable : pour leur faire entendre raison, Pajot et Gavarret durent intervenir, après quoi le bruyant auditoire fit amende honorable, de très grand cœur.
Autre chose, encore. Le professeur Germain Sée tient à ne pas passer pour bonapartiste, étant très fidèle républicain : rien n’est plus facile que d’en informer mes lecteurs. En 1866, il ne connaissait personne à la cour de l’Empereur : il n’a vu Napoléon III qu’une fois, à la date précise du 20 juin 1870, à Saint-Cloud, où il avait été mandé en consultation, sur les instances de la duchesse de Mouchy.
L’histoire de cette consultation n’a jamais, à ma connaissance, été contée au grand public par aucun journal politique : elle est, pourtant, d’intérêt historique, et vaudrait d’être mieux connue. J’ai retrouvé, dans X Union médicale du 9 janvier 1873, documents tout à fait curieux, qui font très grand honneur au D'' Germain Sée : et tous nos lecteurs nous sauront gré de les reproduire, aujourd’hui que l’occasion s’en présente.
En 1873, quand Napoléon III mourut des suites du calcul vésical dont il souffrait depuis longtemps, les chirurgiens anglais donnèrent à entendre que les médecins des Tuileries n’avaient pas su diagnostiquer son mal. 11 faut bien reconnaître que les apparences leur donnaient raison. Voici comment.
Depuis longtemps, dès l’année 1864, on l’a su depuis, l’Empereur, qui méritait d’être appelé Napoléon-le-Taciturne, souffrait en silence, évitant d’attirer sur son mal l’attention de ses médecins ordinaires; aucun d’eux, par conséquent, n’avait pu l’examiner à ce point de vue spécial, jusqu’au jour où M. Germain Sée vintle voir à Saint-Cloud : ce jour-là, le malade, plus confiant, avoua franchement ses souffrances, se laissa mieux examiner, €t voulant en finir, résolu à savoir s’il courait un danger réel, il pria son nouveau docteur de convoquer en consultation les médecins de sa maison. Le i®'" juillet au matin, Nélaton, Ricord, Fauvel, G. Sée, Corvisart se réunirent chez le docteur Conneau, qui habitait un appartement attenant aux Tuileries. Au grand étonnement de ses confrères, G. Sée formula d’emblée ce diagnostic : " Messieurs, l’Empereur a la pierre „, puis il donna ses preuves. Ricord, rallié tout de suite, s’efforça
de convaincre les autres qui s’obstinaient à n’en rien croire. Nélafon, cependant, semblait inquiet, irrésolu, si bien qu’on décida d’examiner l’Empereur à la sonde, pour acquérir une certitude. Ricord et Germain Sée voulaient ne pas temporiser : ils proposèrent une consultation pour le surlendemain; mais Nélaton, Fauvel et Corvisart, exposant que l’Empereur allait mieux depuis quelques jours, exigèrent — ils étaient en majorité — que l’examen fût remis jusqu’au mois de septembre.
Germain Sée, cependant, rédigea la consultation, et, le 3 juillet, la porta chez le D' Conneau, le priant de la faire signer aux autres médecins consultants, et de la soumettre à l’Impératrice. Le D*' Conneau n’en fit rien. On a dit que Nélaton, navré de l’insuccès de la lithotritie que l’année précédente il avait faite au maréchal Niel, aurait refusé sa signature, par crainte d’être obligé d’opérer l’Empereur. Toujours est-il que l’Impératrice ne fut pas avertie, que les ministres ne surent rien, et que, dix jours plus tard, l’Empereur déclarait la guerre au roi de Prusse. La révélation du vrai diagnostic aurait peut-être évité nos désastres.
La consultation rédigée par le' professeur Sée, et signée de son seul nom, fut retrouvée dans les
papiers des Tuileries et publiée par les soins de Jules Favre. Datée du 3 juillet 1870, elle a une véritable importance historique : en raison de ses dimensions et des innombrables termes techniques dont elle est pleine, nous ne saurions la reproduire ici ; ceux de nos lecteurs qui voudront en prendre connaissance la trouveront au tome III des Papiers trouvés aux Tuileries, ou bien encore dans le livre de M. Alfred Darimon : Notes pour servir à P histoire de la guerre de iS'jo.
Il nous suffira de dire qu’elle fait le plus grand honneur au D'' Germain Sée, et qu’elle suffirait à sa gloire, alors même qu’il n’aurait pas une foule d’autres titres à notre respectueuse admiration.
Très érudit, très au courant de la littérature médicale allemande, rompu aux études microscopiques, à une époque où peu de savants français pouvaient en dire autant, dès ses débuts, il fit salle comble à chacune de ses leçons à l’hôpital Beaujon, et son public le goûtait d’autant plus qu’il parlait bien, sobrement, logiquement, accumulant les faits précis au secours de ses théories.
Puis, il avait l’amour de la physiologie que Claude Bernard illustrait de tout son génie, si bien qu’à cette époque il semblait que toute science dût découler de l’expérimentation in anima vili.
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M. Germain Sée eut l’ingénieuse idée d’appliquer les méthodes physiologiques à l’étude de la pathologie et de la thérapeutique : il fut le premier à installer un laboratoire à l’hôpital, à vouloir que tout clinicien fût en même temps un savant, et les résultats qu’il obtint avec cette méthode nouvelle ont été souvent remarquables. C’est ainsi quhl a pu préconiser avec sécurité une foule de médicaments peu employés en France avant lui, en régler l’usage, en déterminer les indications. Quelques-uns de ces médicaments sont aujourd’hui d’usage universel : l’ergotine, le bromure de potassium, le salicylate de soude, l’antipyrine ont rendu d’immense services, soulagé des milliers de malades. M. Germain Sée n’a point inventé ces remèdes, mais il a eu l’incontestable mérite de nous les faire connaître, d’en vérifier les propriétés, d’en fixer l’emploi, de les lancer, de même qu’il a établi le premier un traitement logique des maladies du cœur et des asthmes
Sa méthode avait donc beaucoup de bon. File lui a permis encore d’écrire quelques beaux livres de science auxquels on ne peut vraiment rien reprocher, sinon d’être un peu hors de portée de la moyenne de nos praticiens : son livre sur la chorée, son intelligente classification théra-
peutique, son beau volume intitulé Du sang et des anémies, ses travaux sur le suc gastrique, sont des œuvres de haute valeur et qui montrent quel chercheur obstiné, quel travailleur infatigable a été, tout au long de sa vie, le vieux professeur de clinique à l’Hotel-Dieu.
Mais ce qu’il a fait autrefois n’est rien auprès de ce qu’il fait en ce moment. 11 n’entend point qu’on le supplée à son service d’hôpitab pas plus qu’à son laboratoire où il continue de plus belle la série de ses expériences : l’autre année, il communiquait à l’Académie de très curieuses recherches sur l’emploi thérapeutique de la lactose. Et voici que nous lui devons le traitement nouveau de la tuberculose pulmonaire, celui qui doit nous consoler des déceptions de Koch et des inoculeurs de sang de chèvre. Comme il est l’un des quatre ou cinq consultants les plus recherchés de Paris, il grimpe un bon nombre d’étages dans son aprèsmidi; et croyez-vous qu’il repose, le soir venu ?... Certes pas : c’est bon pour les jeunes gens, le repos. 11 a entrepris, voici quatre ans, en collaboration avec le docteur Labadie-Lagrave, un énorme Traité de Médecme clinique qui n’aura pas moins de vingt tomes de chacun six cents pages; sept volumes ont déjà paru, tous très dignes
d’être lus : les plus remarquables, à mon sens, sont le premier — qui traite de la phtisie bacillaire, et qui témoigne du plus merveilleux talent d’assimilation — et le dernier, tout récemment paru — où l’histoire des maladies du cœur est refaite à un point de vue tout nouveau, beaucoup plus scientifique, beaucoup plus moderne que tout ce que nos possédions jusqu’ici sur le même sujet. C’est à la rédaction de cet ouvrage que le vaillant septuagénaire occupe ses veillées, assez assidûment pour donner un volume en moyenne tous les six mois.
Après cela, qui donc serait tenté de marchander gon respect et son admiration à cet homme qui a tant aimé la science, qui lui a consacré presque toute sa vie, et qui travaille encore avec tant de courage et de foi ?...
Classification thérapeutique, 1865.
De la chorée, 1850.
Leçons cliniques sur l’urémie, les pneumonies expérimentales, 1861 ; la pathologie expérimentale du sang et des anémies, les palpitations et la syncope, les maladies du foie (rédigées par Ollivier etBergeron).
Traitement du rhumatisme par le salicylate de soude,
Traitement de l’asthme par l’iodure de potassium, 1878.
Diagnostic des phtisies douteuses, 1884.
Traitement de l’obésité, 1885.
Traitement de la migraine par l’antipyrine, 1887.
Traité de Médecine clinique en 20 volumes, en collaboration avec Labadie-Lagrave.
Thérapeutique expérimentale et clinique (en préparation).
Etc., etc.