‹ Nos grands médecins d'aujourd'huiChapitre 47 sur 51 · DOCTEUR FÉLIX TERRIER · texte numérisé non relu

DOCTEUR FÉLIX TERRIER

TERRIER (Louis-Félix), né le août iSjj.

Interne des hôpitaux en 1862.

Docteur en Médecine en iSjo.

Agrégé le 20 août iSj2.

Chirurgien des hôpitaux en iSjj.

CET éminent chirurgien, qui porte un nom de boule-dogue, est l’un des hommes les plus intéressants du monde médical

parisien.

Il est difficile d’imaginer un homme plus bougon, plus rageur, d’humeur plus massacrante à l’état chronique. Il fait trembler dès qu’il arrive les infirmiers de son service, et le directeur de l’hôpital Bichat ne s’amuse pas follement quand il le voit entrer dans son cabinet.

Il bouscule son entourage, trouve toujours que tout va mal, crie qu’on ne l’aide pas, qu’il est mal

secondé, qu’on se f...iche de lui. Il a, déplus, la critique facile, avouant sans détours qu’il méprise tel ou tel de ses confrères, que celui-ci est un ignare, et celui-là un charlatan.

Il est, en un mot, parfaitement désagréable, peu sociable, très mal apprivoisé. Et cependant, aucun chirurgien n’a plus d’admirateurs, ni même plus d’amis.

Cela tient simplement à ce que le D'' Terrier est l’un des plus incontestables maîtres de la chirurgie contemporaine.

Dans les discussions des congrès et de la Société de chirurgie, aucune voix n’a plus de poids, plus d’autorité que la sienne. Bougon, rageur, orgueilleux, tout ce qu’on voudra, mais chirurgien de premier ordre, voilà ce qu’en disent ses confrères. Et brave homme, pourrait-on ajouter, car, sous ces rudes apparences, on le sait loyal comme un preux, fidèle à ses amis, foncièrement bon, vraiment dévoué.

Voici dix-septans qu’il est chirurgien du Bureau central, treize ans qu’il est chef de service à titre régulier, treize ans qu’il est sur la brèche, luttant au premier rang pour les progrès de la chirurgie, prenant part à tous ces progrès, menant les jeunes à l’assaut des routines et des préjugés.

Ses boutades, ses injustices proviennent simplement de ce qu’il aime passionnément, uniquement son métier de chirurgien. Sa foi ardente, la conscience de sa propre valeur, l’excusent quelque peu de ses sévérités.

Il a le diagnostic impeccable des maîtres, il opère avec une dextérité de plus en plus rare à présent; il est enfin l’homme de toutes les précautions, de toutes les antisepsies, de tout ce qui peut préserver le malade d’un accident.

Il est très hardi, très sûr de lui, parce qu’il est en même temps très scrupuleux, parce qu’il ne laisse rien au hasard, parce qu’il aime ses malades et veut les guérir à tout prix.

M. Terrier a été l’un des premiers à oser l’ovariotomie, l’hystérectomie, l’ablation des ovaires ; il pratique journellement ces opérations réputées difficiles, et ses statistiques fidèles, très précises, sont magnifiques tant les insuccès y sont rares.

Son service, tel qu’il l’a organisé à l’hôpital Bichat, est vraiment un service modèle, qui peut servir de type, comme le maître lui-même qui a fait de si bons élèves. Car on peut considérer comme appartenant à son école — dérivée de celle de Trélat — les Segond, les Reclus, les Bouill}q les Charles Nélaton, les meilleurs de demain.

Ajoutez à tous ces mérites la longue liste de ses œuvres, son Traité de petite chirurgie, son Manuel de pathologie en collaboration avec Jamain, ses Eléments de pathologie chirurgicale générale, tous ses articles de journaux, à la Revue de chirurgie dont il est le directeur, toutes ses communications aux Sociétés savantes, où il a consigné toutes ses découvertes, tous ses progrès, tous ses succès; accumulez tous ces titres de gloire, et vous comprendrez pourquoi presque tous ses confrères aiment cet homme, le respectent et lui pardonnent ses boutades et son très légitime orgueil.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Manuel de petite chirurgie, en collaboration avec Jamain, 1873.

Manuel de pathologie chirurgicale, en collaboration avec Jamain, 1877.

Éléments de pathologie chirurgicale générale, 1885, 1887, 1890.

Remarques cliniques sur 8 séries de 25 ovariotomies. Statistiques des opérations pratiquées à Bichat. Nombreux travaux de chirurgie abdominale.

Direction de la Revue de Chirurgie.

Docteur TERRILLON

DOCTEUR TERRILLON

TERRILLON (Octave-Roch-Simon), né le 77 mai 1844. Interne des hôpitaux en 1868.

Docteur en Médecine en i8jj.

Chirurgien des hôpitaux en i8y6.

Agrégé à la Faculté en i8j8.

Salpêtrière mérite incontestablement de figurer avec honneur.

Le docteur Terrillon (Octave, Roch, Simon), chevalier de la Légion d’Honneur , est bourguignon par l’origine, par la légère coloration du visage^ et quelquefois aussi, en dépit de l’affinement parisien, par la bonhomie parfois rude.

Il est des jeunes, puisqu’il est né en 1844, je crois bien, et puisqu’il n’est encore qu’agrégé. Mais

ÉciDÉMENT, la lettre T est fertile en chirurgiens de talent : en voici quatre sur ma liste, où l’éminent chirurgien de la

il peut se considérer dès maintenant comme un homme arrivé, car il est l’un des chirurgiens très en vogue à l’heure actuelle, déjà chevalier delà Légion d’Honneur, et il est admis à l’École qu’il sera professeur un jour.

Il a de très puissants amis, car il fit partie de ce groupe excellent dont Debove, Abadie, Grancher, Clémenceau, Pinard, étaient aussi : députés influents, professeurs titulaires dont l’intimité n’est point à dédaigner.

Nommé chirurgien des hôpitaux au mois de juin 1876, chef de service en pied quatre ans après seulement, il eut le flair de se localiser et de se spécialiser tout de suite.

Dans cet hôpital dédaigné qu’on nomme la Salpêtrière, M. Charcot avait accompli de grandes choses. Il rêva de faire pendant dans le domaine opératoire. Donc, dès qu’il fut vacant, il choisit le modeste service chirurgical à l’hospice de la vieillesse, bien résolu à lui donner une activité très nouvelle.

De même que la pathologie interne a vu brusquement élargir son domaine par l’étude plus approfondie des maladies du système nerveux, de même la pathologie externe s’est récemment amplifiée de toute la gynécologie opératoire.

LeD"" Terrillon s’est donc intelligemment décidé à pratiquer surtout la chirurgie des femmes, avec l’espoir secret, et légitime, que l’on finirait bien par créer quelque jour une chaire magistrale de chirurgie abdominale àlaquelleil aurait des droits, de même qu’on avait créé pour son puissant voisin, une clinique spéciale des maladies du S3'Stème nerveux.

Donc, il se mit à l’œuvre, organisant son service à merveille, donna la chasse aux vieux microbes dont ces antiques murs étaient tout saturés, dressa son entourage aux règles de l’antisepsie, et se mit à l’œuvre ardemment.

Son but était de faire concurrence, en hardiesse et en sécurité, aux chirurgiens étrangers qui mènent grand tapage avec leurs tentatives osées et leurs superbes statistiques. Il 3^ a brillamment réussi.

L’incision exploratrice, l’ablation de l’utérus en partie ou en totalité, les raclages, les curettages, n’ont plus aucun secret pour lui. A peine apprenait-il qu’un chirurgien viennois débarrassait une malade de ses ovaires importuns, vite, il les extirpait tous les deux à son tour, désolé, pour surenchérir, qu’il n’y en eût pas un troisième à enlever avec les autres.

Et je dois dire, pour être juste, qu’il n’a jamais poussé le patriotisme plus loin qu’il ne fallait, que son ardeur n’a pas été jusqu’à mettre en péril la vie de ses malades, et que ses succès sont superbes. Consultez, comme je l’ai fait, la statistique de ses ovariotomies, publiée en 1884 et en 1889 dans le Bulletin général de thérapeutiqvie, et vous en serez convaincus.

Du reste, sa spécialisation n’a rien d’absolu. Pour opérer beaucoup de femmes, il ne dédaigne pas non plus la chirurgie des organes virils» puisqu’il a publié, en collaboration avec son éminent ami Charles Monod, un très remarquable traité des maladies du testicule et de ses annexes.

Comme agrégé, à la Pitié, comme chirurgien des hôpitaux, et pour son compte, à la Salpêtrière, il a fait des leçons de clinique externe, réunies depuis, en trois volumes. Il s’y est révélé professeur de talent ; il y a donné maintes preuves de la lucidité méthodique de son esprit, de la sûreté de son jugement, de son aptitude réelle à enseigner.

Il s’en faut de beaucoup qu’il soit le seul parmi nos agrégés parisiens qui pratique avec hardiesse et avec succès la chirurgie abdominale ; d’autres sont comme lui de bons opérateurs et des profes-

seurs éloquents ; mais vraiment M. Terrillon mérite d’être sur les rangs pour l’une des prochaines chaires vacantes, en attendant que la pléthore du budget permette de créer une chaire nouvelle.

Le D^Terrillon a formé des élèves dont quelquesuns lui font très grand honneur. On dit qu’il n’a pas toujours été pour eux aussi tendre, aussi... généreux qu’on eût pu l’espérer. Mais on dit aussi qu’à présent, il entend les combler de bienveillance et de bons procédés : — il est donc parfait désormais.

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Cliniques externes à la Pitié, i88i.

Leçons de clinique chirurgicale recueillies par Routier,

Leçons de clinique chirurgicale à la Salpêtrière, 1889. Traité de maladies du testicule et de ses annexes, 1889; en collaboration avec Monod.

Nombreux mémoires de chirurgie générale et de gynécologie.

Statistiques d’opérations abdominales.

PROFESSEUR PAUL TILLAUX

TILLAUX (Paul- Jules), né le 8 décembre 1SJ4. Interne des hôpitaux en i8pj.

Docteur en Médecine en 1862.

Chirurgien des hôpitaux en i86j.

Agrégé à la Faculté en 1866.

Professeur , le 12 août i8ço.

Membre de ! Académie de Médecine en i8ço.

TILLAUX est un gros homme — on pourrait presque s’en tenir là, tant le mot “ gros „ définit bien son corps et son esprit, jusqu’à son intelligence et sa manière d’être un savant.

Il a de grosses mains, de gros pieds, un gros ventre, une grosse face, un gros nez, de gros traits; et tout est gros en lui.

Sympathique, d’ailleurs, avec sa large face bienveillante, ses cheveux longs qui bouclent sur

la nuque, ses favoris roux qui grisonnent ; il marche un peu courbé, les jambes écartées et les pieds en dehors, la jaquette et le pardessus déboutonnés le plus souvent.

Pour faire son service, il endosse un très long surtout de toile grise, et se coiffe d’un bonnet grec avec un gland très long qui lui pend sur la nuque.

Sur sa valeur chirurgicale, sur ses qualités professionnelles, deux jugements très différents ont cours.

Les jeunes maîtres de l’école moderne, très savants, très intellectuels, le jugent un peu simple, terre-à-terre, et superficiel scientifiquement parlant.

Les débutants l’admirent sans réserves.

Et les uns et les autres ont grandement raison.

Prenez ses ouvrages, son Traité d’ anatomie topographique notamment : vous le trouverez sur la table de tous les étudiants en médecine de France : c’est un ouvrage populaire, parce qu’il est d’une clarté parfaite, parce qu’il simplifie et rend élémentaires les plus difficiles questions, parce qu’il schématise et réduit à rien les choses les plus complexes.

Venant après le Livre de Richet, touffu, lourd, compacte et complet, la prose de Tillaux, clair-

semée, limpide comme de l’eau claire, et diaphane au point qu’on voit trop le jour au travers, devait séduire les jeunes, ceux qui débutent et que rebutent les œuvres trop substantielles, indigestes.

Si l’auteur s’était proposé d’écrire une œuvre magistrale, définitive, une Bible chirurgicale, donnant la solution de tous les problèmes, on pourrait dire qu’il n’a pas atteint son but. Mais s’il a voulu simplement, initier les néophytes, leur apprendre les rudiments, leur mettre en tête des idées justes, habituer leur esprit à la méthode, à la netteté, à la clarté, nul mieux que lui n’a réussi.

Insuffisant, superficiel, incomplet pour les maîtres, son livre est merveilleux pour les jeunes de la carrière : il s’est donné beaucoup de mal pour leur mâcher, comme on dit, la besogne; c’est un plaisir de lire ce volume où tout est réduit à sa plus simple, à sa plus limpide expression. Peu de livres ont rendu mieux service à la jeunesse, peu de livres se sont moins élevés vers les hautes conceptions et les difficiles problèmes.

Son Traité du diagnostic chirurgical, plus récent, est dans le même ordre d’idées.

Aucun service d’hôpital n’est plus suivi que celui de M. Tillaux, à l’Hôtel-Dieu. Les élèves y

viennent en foule, parce qu’ils savent y trouver un excellent enseignement, clair et pratique. Avant d’apprendre à faire une hystérectomie, il est bon de savoir diagnostiquer une fracture du péroné, un hygrôma ou une hydrocèle. M. Tillaux leur enseigne cela de la plus admirable sorte. C’est par lui qu’il faut commencer, si l’on veut acquérir une solide assiette, ces sérieuses notions élémentaires sans quoi on ne fait rien de bon.

En tant que professeur il rendra d’éminents services, sans ajouter beaucoup au prestige de la Faculté. Son enseignement n’est pas destiné à bouleverser le monde scientifique, mais simplement à bien initier, à bien vulgariser : rôle modeste et très utile qui lui suffira, parce qu’il est un sage.

Pendant de longues années, le D'' Paul Tillaux a été directeur de l’amphithéâtre d’anatomie des hôpitaux, de la grande et prospère école de Clamart.

Là, des étrangers viennent par centaines apprendre l’anatomie et la médecine opératoire. Là se sont succédé, sous sa libérale direction, des prosecteurs qui sont et seront d’admirables chirurgiens, qui valent à coup sûr ceux de la Faculté. Tous ceux qui ont passé par cette excellente école rendent justice à la valeur, à la bonté, à la loyauté

du nouveau professeur; tous se vantent d’avoir gagné à son contact ; tous sont heureux de voir qu’on a rendu justice à leur brave père Tillaux en lui confiant une chaire.

Affections chirurgicales des nerfs. Th. agrég., i£66. Nombreux mémoires et articles de dictionnaires, passim .

Traité d’anatomie topographique.

Traité du diagnostic chirurgical.

Traité de chirurgie clinique en 3 vol.

Professeur TRÉLAT

PROFESSEUR TRELAT

TRÉLAT (Ulysse), né le ly août 1S28.

Interne des hôpitaux en 1848.

Docteur en Médecine, le 8 mai 1844.

Agrégé à la Faculté, le 8 mai i8yj.

Chirurgien des hôpitaux en 1860.

Professeur , le 24 juin 1842.

Membre de I Académie en 1844.

Décédé le 28 mars i8ç)0.

Depuis Balzac — Horace Bianchon ne saurait l’oublier — jusqu’aux plus modernes d’à présent, tous nos romanciers ont raffolé de mettre en scène des médecins. Et presque toujours, c’est le même type qui a servi, ce type du bourru bienfaisant qui, sous le nom de Bouchereau, reparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre d’Alphonse Daudet. Eh bien ! le professeur Ulysse Trélat, qui vient de mourir, était.

avec son éminent collègue Terrier, le dernier des chirurgiens bourrus.

Incontestablement, le type est en train de disparaître : au bon temps, tout opérateur en renom se croyait obligé d’avoir très mauvais caractère, d’assaillir ses aides de véhémentes bourrades, voire même de les prendre au collet, et de jeter en l’air les bistouris mal aguisés, au risque de les voir retomber, la pointe en bas, sur les crânes des assistants. A présent, ceux de l’école moderne opèrent tous le sourire aux lèvres, avec une bonne grâce parfaite, et, pour leurs internes, une courtoisie qui ne se dément pas aux moments les plus émouvants. La vérité m’oblige à dire qu’ils n’ont pour cela, ni plus d’habileté, ni plus de réel sang-froid ; mais il faut les féliciter tout de même d’avoir renoncé à ces bruyantes et très inutiles démonstrations.

M. Trélat, si moderne à tant de points de vue, avait gardé l’habitude de bousculer quelque peu ses internes inattentifs ou maladroits, sans aucune méchanceté, certes, mais avec une très archaïque vivacité. Cela ne l’empêcha pas, du reste, d’être, dans toute l’acception du terme, un grand chirurgien. Il fut bien véritablement le légitime fils des Dupuytren, des Velpeau, des Chassaignac,

ayant, comme eux, assez de talent pour être un jour très glorieux, assez d’originalité pour avoir un jour sa légende.

Dans les salles-de-garde du xx® siècle — s’il y en a encore — on se racontera cet homme, son catarrhe bronchique soigneusement entretenu par l’abus de la cigarette, ses retards perpétuels, ses bontés et ses brusqueries, sa belle intelligence. On dira comment, chaque jour, il arrivait à la Charité un peu après midi, alors que depuis très longtemps tous ses collègues avaient achevé leur service, alors que ses internes, las d’attendre, venaient de se mettre à table, pauvres internes condamnés à ne manger que gigots froids et sauces figées, heureux internes dont il faisait des chirurgiens excellents. On se racontera sa façon merveilleuse d’examiner un malade nouveau, de lui arracher son secret, de poser infailliblement son diagnostic. On se racontera les prouesses de sa dextérité, la perfection de sa pratique opératoire, l’art prodigieux qu’il sut mettre en toutes choses, et ses cours de clinique, les plus intéressants, les plus admirables du monde, et les plus séduisants aussi, les plus irrésistiblement éloquents, interrompus pourtant à tous moments par des quintes à déchirer les bronches — nul ne

fut plus agréable à entendre que cet homme qui toussait et crachait... à la façon du père Bonnemort dans Germinal. On relira ses beaux travaux, ses excellents articles au Dictionnaire encyclopédique, ses leçons réunies en volume et ses discours académiques, son admirable éloge de Velpeau.

Et la postérité, forcée de convenir que nul chirurgien de ce temps ne fut, plus que Trélat, intelligent, adroit, éloquent, savant, ingénieux, artiste et original, sera tout étonnée d’apprendre qu’un pareil maître n’a jamais su devenir ce que l’on nomme un chirurgien à la mode dans Paris.

M. Trélat était unanimement admiré dans le monde médical, et ses boutades les plus vives étaient si franches qu’on ne savait pas lui en garder rancune : il fut, à la Charité, chef de ce service d’honneur où va de droit le premier interne de chaque promotion, et je vous prie de croire qu’on l’écoutait quand il parlait, à l’Académie. Le public, aussi, connaissait sa grande renommée; mais lui n’était pas de ceux que préoccupe le désir d’accumuler des richesses : tempérament d’artiste et de

savant, rêveur et distrait, il oublia de devenir aussi millionnaire que ses confrères, comme il oublia l’heure de ses rendez-vous, chaque jour. Il est heureux pour ses collègues que Trélat n’ait

pas eu l’esprit plus pratique, plus terre-à-terre : avec un peu plus d’équilibre, il les aurait éclipsés tous.

Et maintenant, il m’est tout à fait impossible de ne pas dire un mot de Madame Trélat ; d’abord, parce qu’elle fut, au plus haut degré de perfection, la femme intelligente et bonne qu’il faut à un savant, ensuite parce qu’elle est l’une des plus admirables musiciennes de ce temps, peut-être même celle de toutes les femmes qui chante le plus parfaitement. Et c’était vraiment très beau, l’union dissoute par la mort de ces deux êtres d’exception, l’un et l’autre sans rivaux dans leur art... si beau que c’est là mon excuse aux compliments peut-être un peu brutaux dont je vous accable en public. Madame, et que vous me pardonnerez en faveur de ceux que je viens de faire à feu votre grand homme de marii

PRINCIPALES PUBLICATIONS

Fractures de l'extrémité inférieure du fémur. Thèse inaugurale.

Nécrose phosphorée. Th. agrég.

Leçons cliniques à la Charité.

Nombreux articles in Dictionnaire encyclopédique . Nombreux mémoires de chirurgie, passim.

Professeur VERNEUIL

Page 1