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atmosphere glacee, le talent ou le genie. Quand tout etre, en ce monde, de regne en regne, et depuis la plante jusqu’a l’homme, a besoin, pour naitre et s’epanouir, de soleil et de chaleur, n’y aurait-il done que la pensee qui fut, comme une fleur-de-neige, capable de largement s’ouvrir dans une ambiance hostile, et la ou tout le reste perirait ? — Cependant, l’equite qui oblige a se pencher vers les oeuvres du terroir, et a les reconnaitre comme Tune des manifestations les plus limpides de tout ce qu’il y a au fond d’une race, ses espoirs, ses reves et ses promesses, ses egarements et ses angoisses, — laisse a 1’esprit la liberte de juger ces realisations d’apres les principes de l’art, et d’essayer de les situer exactement, dans le vaste empire de l’ideal. Precisernent parce que la litterature est, en quelque sorte, en fonction de la societe, e’est reagir sur celle-ci que de discerner les tendances ou se laissent aller la pensee et la langue des auteurs, et de les signaler franchement. Sans que le mouvement personnel de Inspiration, chez 1’ecrivain, en soit alourdi ni entrave, les lois de la raison et du style le premunissent contre les speculations hasardeuses ou les temeraires innovations. Quel que soit le genre qu’il adopte, il a devant lui des modeles exemplaires ou le sentiment commun des siecles voit l’expression de la Beaute parfaite. Et le role de la critique est de reduire les essais qu’elle a sous les yeux a ces normes directrices, et de montrer dans quelle mesure ils s’en approchent ou s’en ecartent.
Ces regies posees, nous abordons la matiere de notre cours, a savoir : Nos Historiens.
II est consolant de constater que les premiers monuments de notre litterature ont pris la forme de 1’histoire, et que c’est par ce genre que notre pensee nationale a inaugure la serie de ses manifestations. II ne l’est pas moins de voir qu’aujourd’hui encore, c’est cette branche de l’art qui est le plus cultivee parmi nous, et avec le plus de succes, et selon des methodes rigoureuses inspirees de 1’ecole historique moderne. Cela indique dans 1’esprit de la race un caractere de serieux qui est tout a sa louange, et aussi beaucoup de gout. L’Histoire est line reconstruction. Celui qui s’y adonne prend ses materiaux dans les siecles ecoules, il ramasse les documents de toute nature qui peuvent jeter de la lumiere sur telle periode donnee. Mais les documents ne sont pas l’histoire, pas plus que les pierres ne sont l’edifice. L’on pent avoir une immense erudition historique et n’etre qu’un tres-pauvre historien. Avec des choses eparses et inertes, l’nistorien recompose la vie. II faut qu’il ait la divination des temps, pour les reconstituer dans leur figure de verite. Cela demande de la science, et un tres-grand art. De la science, pour que l’edifice tienne debout, qu’il repose sur le roc solide, que toutes les parties en soient liees, qu’il y ait entre elles de justes proportions ; de l’art, pour que la vie circule dans l’oeuvre evocatrice du passe, non pas une vie de
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convention ou de fantaisie, telle par exemple que celle dont Michelet a voulu animer son Histoire de France, mais une vie vraie et profonde, a l’image de celle qui fut. Car l’historien repetrit la pate humaine : recueillant la poussiere d’atomes en laquelle se sont dissipees les societes antiques, il redonne l’existence a ce qui n’etait plus qu’un souvenir confus, qu’un amas de traditions sans ordre. Dans sa main puissante, le neant se reorganise, les molecules se pressent 1’une contre l’autre, se rajustent pour former un ensemble ; un peuple mort, des generations evanouies surgissent aux regards et reprennent leur physionomie. Mais voici que leurs traits autrefois ephemeres ont ete coules dans le bronze, ciseles en bas-reliefs ou la posterity la plus lointaine viendra chercher les grandes lecons du passe. L’histoire, genre auguste, maltresse de verite, il est exquis, il est d’heureux augure de la trouver a nos origines litteraires. Dans le berceau frele ou vagissait une litterature nouvelle, quelque fee a depose ce cadeau : l’amour, le culte de l’histoire. Don infiniment precieux, et qui renferrnait tout un avenir ; don qui repondait a une imperieuse aspiration de la race. Car celle-ci sortait a peine de la tourmente ; ses vainqueurs mettaient toujours en question la possibilite pour elle de continuer sa vie francaise ; ils pensaient qu’elle perdrait la memoire de ses sources, que sa personnalite se fondrait en quelque chose de neutre et d’indistinct, sans couleur et sans force, submerge par la vague du britannisme. Il importait done d’ecrire
au plus tot l’histoire, afin de montrer a nos maitres que nous ne dations pas d’hier comme peuple, que deux siecles de colonisation frangaise ne s’effacent pas d’un trait de plume, et que nous entendions bien nous reclamer de traditions qui avaient tous les droits a la survivance. L’Histoire est la conscience d’une nation. C’est dans notre histoire que nous devions puiser les elements de resistance aux forces qui tramaient notre decheance comme race.
Lorsqu’on parle d’Histoire du Canada, immediatement le nom de Garneau vient aux levres, comme si nous n’eussions eu que lui, et qu’en cet auteur se resumat toute notre production en ce domaine. C’est la une vue par trop simplifiee. Nous nommons Garneau notre historien national. Je crois que ce titre est convenable et justifie. Encore que son oeuvre s’arrete a une date bien eloignee de l’epoque presente, elle est la plus fortement construite de toutes nos syntheses. Toutefois, si cet historien a la priorite de merite, il n’a pas la priorite de temps. II a eu des predecesseurs. II serait miracle qu’il en fut autrement. II y aurait quelque chose d’extraordinaiFe a ce que notre premiere creation historique eut tout de suite atteint a une telle hauteur. Ce n’est pas ainsi que la nature procede. Ses elaborations sont lentes et sages. Ses meilleurs fruits sont une resultante d’efforts continus. II n’en va pas autrement en art. Les essais individuels, parfois gauches et chercheurs, preparent la voie au maitre qui les utili-
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sera superieurement et en tirera la composition harmonieuse et finie. Renan, dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse, se felicite d’etre ne de parents qui n’avaient pas connu le travail de pensee. — Si je puis tant eerire, dit-il en substance, avec son habituelle modestie, c’est grace aux economies de labeur cerebral accumulees dans ma famille, pendant de longues generations. — Garneau devait, au contraire, se rejouir de voir qu’au sein de notre race, des travailleurs avaient deja creuse et ensemence le sillon, sur lequel il devait peiner a son tour, et d’ou il devait faire jaillir une merveilleuse floraison. Dans quelle mesure a-t-il emprunte a ses devanciers ? Peut-etre ne leur doitil que l’idee de se consacrer a l’histoire lui aussi, et de tacher de faire mieux qu’eux. Mais il est certain qu’il a eu des predecesseurs. Or, ceux-ci sont trop oublies. Garneau est un sommet. C’est le propre d’un sommet de projeter de l’ombre. Plus il est eleve, et plus son ombre s’allonge dans les plaines, enveloppant et noyant tout un paysage.
« Majoresque cadunt altis de montibus umbrae. »
Regardons seulement d’un peu plus pres, et nous verrons emerger de cette demi-obscurite des figures de pionniers historiques, que nous voulons essayer de faire revivre.
Le premier canadien qui se soit occupe serieusement d’histoire est Jacques Labrie, ne en 1784, le 4 janvier, a Saint-Charles de Bellechasse,
decede a Saint-Eustache, le 26 octobre 1831. Medecin de profession, depute du comte des Deux- Montagnes, tres-mele a la vie politique et sociale de son pays, ardent patriote, interesse aux choses de l’education — il mourut, en effet, d’une peripneumonie contractee a organiser et a visiter les ecoles paroissiales de son comte, pendant cet automne de 1831, car il voulait rendre compte a l’Assemblee, « qui allait s’ouvrir de nouveau le 15 novembre, du fonctionnement de la loi scolaire de 1828 » 1 — Labrie trouva encore le moyen, au milieu de ces multiples soucis, de cultiver l’histoire, pour laquelle il semble avoir eu une veritable passion. Il eut le temps de batir une synthese qui embrassait tous les evenements de notre vie national, depuis les origines de la colonie jusqu’a mil huit cent douze. Son manuscrit eut forme trois ou quatre tomes in-octavo. Apres sa mort, Auguste-Norbert Morin presenta a la Chambre, avec l’agrement de Lord Aylmer, une requete a l’effet de faire voter des credits pour la publication de ce grand ouvrage. Le solliciteur accompagnait sa demande d une appreciation extremement flatteuse de cette Histoire, « qu’il avait eu l’occasion, disait-il, d’examiner a plusieurs reprises. M. Labrie s’est procure et a consulte, outre un grand nombre de manuscrits originaux, presque tous les ecrivains frangais et anglais qui se sont occupes de 1 histoire de cette partie du globe. Je regarde son histoire comme exacte et originale ...» L’As-
1 J’emprunte les quelques citations monographie d’Auguste Gosselin.
sur Labrie a la
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semblee alloua avec enthousiasme une somme considerable, cinq cents louis courants, destinee a payer les frais depressions. Mais le fameux conseil legislatif detourna cette resolution patriotique, en accordant la somme votee a la Societe litteraire et historique de Quebec, « afin de permettre a celle-ci d’acheter des heritiers du docteur Labrie tous les manuscrits, notes et documents qu’il avait laisses a la mort. » Le Conseil commettait la une infamie ; ce n’etait pas la premiere ; elle devait etre suivie de bien d’autres. Pareil procede n’etait guere propre a le reconcilier avec les representants du peuple, Louis- Joseph Papineau, Roch de Saint-Ours, Louis Bourdages, Norbert Morin, Bedard, collegues et amis de Labrie, qui voyaient dans la publication de cette histoire une entreprise d’utilite publique. Dans Le Canadien du 3 decembre 1831, Papineau, ajoutant son temoignage a celui de Morin, ecrivait : « Cette Histoire du Canada, je l’ai vu naitre sous mes yeux . . . Labrie legue a son pays une oeuvre immortelle ...» Et alors, pourquoi ces messieurs du Conseil etaient-ils venus se mettre en travers d’un projet desinteresse, noble, profitable a tous, et fausser la destination d’un credit en faisant manquer 1’objet pour lequel il avait ete vote ? Car, ou la societe Historique ne fit aucune demarche pour se procurer le rnanuscrit en question, ou Madame Labrie refusa de lui en leguer la propriety, fut-ce a prix d’argent. Ceci changeait, en effet l’aspect de la transaction : autre chose est de permettre que l’on publie un ouvra'ge, en en controlant
soi-meme 1 exploitation, et sans engager l’avenir, et autre chose de ceder tous ses droits d’auteur. En tout cas, 1 Histoive du Canada de Labrie demeura en portefeuille, sous la garde de M. Girouard, de St-Benoit, ou elle perit quand ce village fut mis a feu et a sang, lors des troubles de 1838. II est dangereux pour la litterature d’etre dependante de la politique, de confier son sort a la melee confuse des partis. Mais en ce temps-la, comment une pauvre veuve aurait-elle pu se charger seule de faire editor un ouvrage aussi volumineux ? C’etait au gouvernement a y pourvoir ; et il faut deplorer comme un malheur la manoeuvre impie qui a fiustie noire pays de son premier monument historique. Comme il ne reste plus rien du travail de Labrie, il serait vain de vouloir en juger. Mais il y a toute une serie de faits qui permettent du moins de conjecturer de sa valeur. Dans sa requete plus haut citee, Auguste-Norbert Morin decnt avec precision l’armature de l’oeuvre et l’on pent en inferer que cette Histoire etait ’admirablement charpentee, et que son auteur avait le sens de la composition. D’autre part, la correspondance de ce dernier, dont il a ete publie de larges extraits, nous montre quel soin il apportait a colliger les documents, comme il etait curieux d’inedits, comme il se donnait de peine pour ramasser et classer les petits faits. Il ne reculait devant aucun sacrifice pour mieux se renseigner, jusqu’a faire le voyage de Montreal a Quebec uniquement afin de fixer un point, de trouver une date, ou jusqu’a copier le soir, apres de longues
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journees donnees au labeur de la session, des pages et des pages dans les registres que l’eveche de Quebec lui communiquait. De toute cette activite d’abeille industrieuse deployee par cet historien, il n’est pas imprudent de conclure que la matiere, dont il avait rempli le vaste cadre qu’il s’etait trace, etait abondante, choisie, et autant que possible de premiere main. Nous avons des raisons de croire que la question religieuse, tout particulierement, les relations de l’autorite civile avec l’autorite ecclesiastique, qui furent si frequentes avant comme apres la conquete, etaient traitees par lui avec un tact, une discretion, une surete depreciation, j’allais dire une orthodoxie, que certain de nos historiens ulterieurs, et non le moindre, n’a pas toujours manifestos. La preuve de ceci repose dans la mefiance qu’il paraissait avoir de son opinion propre sur ce delicat sujet, et dans son souci de consulter les sources et de s’enquerir aupres de personnages qui pouvaient le mieux former et guider sa pensee. Bibaud, qui n’etait pas dans les idees de Labrie sur 1’orientation a donner a notre vie nationale encore flottante et indecise, ne peut s’ernpecher cependant de louer « sa moderation et son bon sens politique », a propos d’un discours qu’il prononga pendant la session de 1831, sur la grave affaire du Conseil Legislatif. Ces qualites d’equilibre cerebral furent mises sans aucun doute au service de l’histoire, et se refletaient dans 1’oeuvre dont il avait fait l’oeuvre capitale de sa vie, et qui fut l’objet de ses dernieres recommandations. Deux
lettres de lui, concernant le regne militaire, a savoir les premieres annees du regime anglais, et qui ont paru dans les Memoires de la Societe Historique de Montreal, lettres qui paraissent avoir ete detachees de son ouvrage, sont ce qui nous donne 1’idee la plus juste de ce que devait etre cette Histoire du Canada. Au dire des specialistes, Labrie, dans ces pages, a completement elucide un point qui etait reste obscur, celui de la nature veritable du gouvernement qui nous fut alors impose. L’opinion qu’il a ernise, et qui nous montre ce regime sous un jour beaucoup moins terrible qu’on ne l’avait vu j usque-la, semble avoir prevalu. Qui sait combien d’autres periodes de notre existence, assez troubles, il avait ainsi fouillees, y projetant des rayons vainqueurs !
De tous nos maitres primitifs, le plus savoureux et le plus pittoresque — j’en tends au point de vue de la personnalite — fut Joseph-Francois Perrault, surnomme le « Grand-Pere Perrault », et « le Pere de l’education au Canada. » Ne en 1753, a Quebec, Perrault appartenait done a cette generation dont les racines plongeaient en quelque sorte en deux mondes, et qui eut tout de suite a organiser sa vie selon un mode auquel l’education premiere ne l’avait pas preparee. II etait de presque directe souche bourguignonne, son grandpeie Francois etant venu de France pour s’etablir a Quebec vers 1710 ou 12. Perrault vecut jusqu’a Fage de 91 ans. Nous avons sa « Biographie ecrite par lui-meme, a 1’age de quatre-vingts ans, sans lunettes, a la demande de Lord Aylmer, Gouver-
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neur-en-chef du Bas et du Haut Canada. » Cela fut imprime a Quebec, a l’enseigne du Chien d’or, en 1834. Rien de plus curieux que ce document, tout plein de sel gaulois, et de sereine philosophie bourgeoise. « J’ai travaille, depuis l’age de vingt ans, a devenir vieux et j’ai bien reussi. » Et si l’on veut savoir le regime qu’il a suivi pour atteindre a cette longevity, tout en conservant une sante parfaite, « je vais le detailler, nous dit-il. J’ai suivi la maxime de Martial qui est : « qu’il ne suffit pas de vivre, mais qu’il faut encore soigner la vie ; » et cette autre de je ne sais plus quel auteur : « si vous manquez de medecins, les trois choses suivantes y suppleeront : la gaite, le repos, une diete moderee. » — La moderation, telle fut la regie de vie du bonhomme : moderation dans le plaisir comme dans les peines, dans le travail comme dans le repos, moderation dans le boire et le manger. « Cette derniere est hors de mode, remarque-t-il, mais je l’ai observee strictement . . . » Or voici ce que Perrault appelle moderation dans le boire et le manger : « Je mange ordinairement, a mon diner, de la soupe, un morceau de bouilli, et peu d’un autre rnets quelconque ; je bois apres ma soupe un verre de vin rouge, un gobelet de biere pendant le repas, apres lequel je prends un demiverre d’eau-de-vie de France, pour aider la digestion ; je finis le dessert par un verre de vin blane, ce qui me suffit pour la journee ...» Nous le croyons sur parole. Avee un tel regime, le grandpere pouvait etre sur d’aller loin.
Cet original, portant perruque poudree a frimas et long manteau, a eu, en matiere d’education, des idees tout-a-fait remarquables pour Tepoque, et il fut, en ce domaine, une maniere de precurseur. Apres la conquete, nos ecoles se ressentirent longtemps du desarroi general cause par le changernent de domination. L’ Institution Royale your I’avancement des sciences, creee en 1801, voulut nous imposer un systeme d’ecoles neutres, ou plutot protestantes et anglicisatrices, centre lequel le clerge et la conscience populaire s’insurgerent. En attendant que le gouvernement, mieux inspire, s’occupat de regler cette grave question dans un esprit plus pratique, plus conforme a Tequite, l’education fut laissee aux soins de l’initiative privee. Perrault est l’un de ceux qui montrerent le plus de zele afin d’assurer a l’enfance le bienfait d’une formation premiere. II fit eriger a ses frais, dans le faubourg Saint Louis, a Quebec, deux ecoles, 1’une pour garqons, l’autre pour filles. Et comrne les manuels manquaient, — il est peu de choses, en effet, que les autorites coloniales d’alors aient davantage redoute que les livres fran^ais ; elles semblaient en avoir horreur ; leur influence leur paraissait devoir etre pernicieuse sur ces populations qu’elles voulaient subjuguer, meme intellectuellement ; aussi leur importation fut-elle pendant longtemps prohibee ; — Perrault se mit a 1’oeuvre et prepara les ouvrages classiques indispensables aux eleves qui frequentaient ses ecoles. C’est a cette circonstance que nous clevons son Abrege de I’Histoire du
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Canada, en quatre petits volumes parus en 1830 et 1833. Le pedagogue est devenu historien par necessity, parce qu’il comprenait que la premiere histoire a apprendre a des enfants est celle de leur pays. Et comme il n’existait point, en ce genre, d’ouvrage a leur portee, il en a bati un tout expres pour eux, « sur la redaction du Pere Charlevoix, imprimee a Paris en 1743, et sur celle de W. Smith, imprimee a Quebec, en 1815 », avouet-il humblement dans sa Preface. Il est le premier qui, chez nous, ait reduit la grande histoire a la proportion de cerveaux d’enfants. La methode est bonne. Chaque chapitre, assez court, mais plein, est suivi d’un questionnaire qui en resume les donnees principales, et qui devait permettre aux eleves de se les graver plus facilement dans la memoire. Ne demandons pas a hauteur les vues profondes et originales. Il n’invente rien ; il va au plus presse ; il fait oeuvre d’adaptation. Cela n’est pas si aise que Ton pense. Il aura eu surtout le grand merite de voir qu’il est essentiel que les petits canadiens soient mis au courant des annales de leur pays. J’ai dit qu’il n’avait rien invente. Si. Il a peutetre fonde un genre, qui devait se developper beaucoup, et que plusieurs de nos futurs historiens devaient cultiver avec un soin touchant. Avant d’ab order la seconde partie de son ouvrage, le Canada sous la domination anglaise, Perrault epanche son cbeur dans les paroles suivantes : « Il semble que la Providence m’a preserve, presque seul, de toute la generation existante lors de
la conquete du Canada, pour rendre hommage aux anglais de la conduite sage et judicieuse qu’ils ont tenue envers les Canadiens ; des graces et faveurs que leurs Rois leur ont accordees . . . Puisse ce petit ouvrage imprimer ces bienfaits dans le coeur de leurs enfants, leur faire aimer et soutenir les interets d’une Nation qui les a, en toutes occasions, bravement proteges, defendus, et n’a cesse d’accumuler des faveurs sur le pays. » Quel loyalisrne extraordinaire ! La suite du manuel en sera fortement teintee. Pour un historien, partir d’une idee preconcue est la moins heureuse des inspirations. L’esprit de 1’historien doit etre parfaitement libre d’entraves. II s’en va, il s’embarque sur la mer houleuse des faits et des contingences, bien determine a regarder les choses en face, et a les voir telles qu’elles sont, infiniment mobiles et changeantes. Se tracer a l’avance un cadre inflexible, s’enc-ncer a soi-meme un programme, c’est risquer fort d’avoir a triturer la realite des evenements pour les faire entrer dans son systeme, c’est s’exposer a defigurer les faits pour l’amour d’une idee fixe. Perrault n’a pas echappe a ce danger : tout le reste de son abrege est entache de ce vice originel. Les evenements s’y deroulent a la lueur du beau principe qu’il a enonce, et c’est a savoir qu’au lieu de nous etre presentes dans l’infinie complexity de leur physionomie, ils sont apportes comme preuve de l’immense gratitude que nous devons a 1’Angleterre de tous ses bienfaits. Perrault a fait ecole ; il a amorce un genre qui a pris dans notre sein une
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ampleur regrettable ; il a mele deux choses que tant d’autres, apres lui, devaient egalement confondre ; le loyalisme et l’histoire. C’etait un fonctionnaire, le plus admirable type de protonotaire que nous ayons eu, consciencieux, ponctuel. II a garde dans l’histoire le pli professional, et, au lieu d’aborder ce domaine avec une intelligence liberee de toute influence d’ecole ou de parti, avec le seul souci de se soumettre aux faits et de les exprimer dans leur verite, il y a vu l’occasion de mieux servir le gouvernement dont il etait l’officier modele. Cela me parait etre le cote le plus faible de son travail. Il sera cependant pardonne beaucoup a l’historien Joseph-Frangois Perrault, par ce qu’il a accueilli chez lui, dans son « Asile Champetre », ainsi qu’il avait baptise sa residence de Quebec, un enfant pauvre mais intelligent, qu’il entoura de bontes, auquel il donna des legons, en 1’ame de qui le vieillard sema peut-etre le germe d’une haute vocation a l’histoire, ou du moins discerna, a certains traits, des dispositions si prometteuses de tout un bel avenir dans le domaine de la pensee qu’il se plut a les cultiver, a les orienter, a leur donner le premier essor : cet enfant s’appelait Frangois-Xavier Garneau.
Et j’en arrive a Michel Bibaud, 1782-1857. Son oeuvre historique est assez considerable. Le tome premier, qui a paru en 1837, — notre annee terrible, — est intitule : Histoire du Canada sous la domination frangaise, et va des origines jusqu’a 1760. Le deuxieme, paru en 1844, a pour titre : Histoire du Canada et des Canadiens sous
la domination anglaise, et embrasse de 1760 a 1830. A la fin, un tableau chronologique, en six pages, resume les evenements survenus depuis la fin de 1830 jusqu’a l’automne de 1837, ce qui semble indiquer que l’auteur n’avait pas l’intention de pousser plus loin qu’en 1830 la redaction de son ouvrage, ou que du moins il ne pensait pas la publier de son vivant. Car, s’il avait eu vraiment l’intention de donner un tome troisieme, pourquoi cette anticipation ? Effectivement, le tome troisieme et dernier ne fut publie que longtemps apres sa mort, en 1878, par les soins de son fils, Gaspard Bibaud, — celui-la meme qui, alors etudiant au college de Montreal, s’avisa, en un moment ou il avait besoin d’argent, de prendre au hasard un livre dans la bibliotheque de son pere et d’aller le brocanter. Quand le pere apprit cette etourderie d’ecolier, il s’ecria d’un ton de surprise et de regret : « Comment, tu as vendu mon Pythagore ? » Ce fut, parait-il le seul reproche qu’il adressa a Gaspard. Celui-ci a rachete sa faute de jeunesse en donnant aux lettres canadiennes la suite de 1’Histoire que Michel Bibaud avait laissee en manuscrit, et qui va de l’automne de 1830 a l’automne de 1837. Ce tome dernier se termine egalement par un tableau chronologique de quatre pages, qui nous porte jusqu’a l’Union des deux Provinces du Canada, en fevrier 1841. Et maintenant, procedons a un examen consciencieux de ce grand travail.
La methode de Bibaud est chronologique.
C’est la plus simple de toutes, et ce mot n’est pas
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un compliment. Elle n’exige aucun effort de pensee ; elle consiste a enregistrer fidelement les evenements divers dans l’ordre ou ils se sont produits, quitte a gloser peut-etre au sujet des plus marquants. Excellente pour les manuels de classe, elle devient insipide dans les travaux plus etendus. Cette forme e&t bien abandonnee aujourd hui ; aucun historien de quelque valeur ne voudrait y recourir. Au lieu de grouper les faits par ordre de families, j’oserais dire, de leur donner une disposition logique, et de les modeler fortement, elle les suit pas a pas, elle se laisse dominer par eux, en sorte que, abstraction faite de la philosophic dont il a pu les assaisonner, Ton ne voit pas que l’historien leur ait mis une ernpreinte bien personnels. II semble que ce soit surtout la memoire que la methode chronologique mette en jeu.Et je veux bien que la memoire soit une des faeultes du genie ; mais elle n’est pas, tant s’en faut, tout le genie. Celui-ci est fait, pour la plus grande partie, d’elements originaux. Et done, l’Histoire de Bibaud n’est pas construite ; n’y cherchons pas de plan, il n’y en a pas. C’est une narration, conditionnee par les lois du genre, et dans laqueile ligurent les siecles, les annees et les jours, 1’un apres l’autre, chacun avec son cortege d’episodes, n’ayant entre eux d’autre lien visible que ceiui de la succession dans le temps. Outre le manque d’interet qu’oifre un tel procede, de ce chef que l’historien y parait en quelque sorte esclave de sa mature, l’attention se trouve a chaque instant sollicitee et divisee par des objets qui ont voisine ma-
teriellement, mais qui appartiennent a des categories differentes, et qui eussent demandd d’etre ramenes a leur sphere naturelle, et etudies dans leur enchainement rationnel. Ainsi Ton passe d’un fait de guerre a un fait politique, et d’un fait politique a un fait religieux ; et l’esprit est incessamrnent ballotte de vague en vague, sans pouvoir jamais saisir la pensee dominante d’un regne ou d’une epoque, sans pouvoir embrasser dans un vaste ensemble l’unite d’action qui circule a travers les evenements brutaux, et les fait concourir a tel resultat. Car les faits ne sont que des signes exterieurs. C’est leur sens qui importe ; ce qui est interessant est d’examiner de quoi ils sont l’expression, quelle figure morale ils dessinent et doivent servir a dechiffrer, comment ils s’engendrent l’un l’autre et comment ils s’agencent avec la vie generate d’un peuple, ou ils aboutissent et quelles sont leurs repercussions sur l’ordre universel. Dans la Preface de son tome premier, Bibaud a ecrit : « Une histoire suivie, uniforme, et complete, du Canada sous la domination francaise, manquait aux lecteurs canadiens, et nous avons eu l’intention, au moins, de bien meriter de nos compatriotes, en leur donnant cette histoire. » Je crois qu’il s’est mepris sur le sens des mots, et qu’il a par consequent commis une confusion d’idees. Car une histoire bien ordonnee, ou les questions sont seriees conformement a leur nature, est necessairement suivie. Que serait une histoire qui entremelerait les epoques ou qui revolutionnerait 1’enchainement des faits ? L’auteur veut evidem-
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ment parler de chronologie, c’est-a-dire de tout ce qu’il y a de plus primitif et de plus facile dans la maniere de traiter l’histoire, de ce qui demande le moins de ressources de la part de l’historien. C’est le systeme qu’il a adopte, auquel il a ete fidele jusqu’a la fin, et qui lui a permis d’atteindre a une uniformite de realisation qui n’etait probablemen t pas celle qu’il entendait dans sa Preface.
Quelle est son erudition historique ? Je n’ose pas mentionner le mot de science, puisque sa methode n’a rien de scientifique. Mais a-t-il compose par une ample information ce que celle-ci avait de tres-elementaire ? Garneau, dans la preface de sa troisieme edition, a dit fort justement : « II y a peu de pays en Amerique sur lesquels on ait autant ecrit que sur le Canada. » Estce que Bibaud a compulse toute cette litterature ? Nous analysons d’abord son volume sur la domination frangaise. II est certain qu’il n’est pas aile aux sources. Nous ne cherchons pas a lui en faire grief. Nos archives n’etaient pas organises. II y aurait cruaute a lui reprocher de n’etre pas alle se documenter en France ou en Angleterre. Mais Lescarbot, Thivet, Pierre Boucher, voire Lahontan, les Belations des Jesuites, et tant d’autres ouvrages qui avaient ete publies concernant la Nouvelle-France, a-t-il compulse tout cela, s’est-il inspire de tout cela ? A en croire sa preface, tout ce que nous avons sur le Canada se reduit a Charlevoix, Smith, Raynal, et l’ouvrage intitule : « Beautes de l’Histoire du Canada. » Au reste, a la fagon dont il parle de ces divers au-
teurs, Ton comprend qu’il ne les utilisera guere, car il semble les eliminer Tun apres 1’autre, et Ton en conclut qu’il va nous donner du nouveau. Or, voici : Michel Bibaud a pris Charlevoix, et il en a tire un assez pauvre decalque. C’est une grave accusation que je porte la : je me dois de la prouver. Le procede de 1’auteur est celui-ci : l’on sait toute la place que, dans l’oeuvre du celebre Jesuite, occupent les missions de son ordre et les faits religieux en general. Et certes, 1’on aurait mauvaise grace a Ten blamer. Le catholicisme, avec sa floraison d’oeuvres de devoument, fait partie integrante de notre histoire coloniale frangaise. L’historien qui n’en tiendrait pas largement compte serait plus qu’incomplet : il montrerait qu’il n’a pas compris l’ame de cette epoque, il en deformerait le sens, il en defigurerait la rare beaute. Bibaud suit Charlevoix sur ce terrain, mais au lieu des longs developpements qui se trouvent dans ce dernier au sujet de notre vie religieuse, il se contente de notations breves et seches. 11 le suit egalement sur le terrain politique et sur le terrain militaire. Ah ! s’il avait prevenu ses lecteurs que le Jesuite serait son guide, qu’il se proposait seulement de le resumer ! S’il avait repense son Histoire de la Nouvelle France ! Mais il y a opere des coupures plus ou moins heureuses, et pour le reste, il l’a plagie. « Toutes les questions d’emprunt et de plagiat sont complexes, » a dit Charles Maurras. Voyons s’il n’est pas possible de tirer au clair celle-ci. Je me suis donne la peine le confronter les deux textes, et non-
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seulement la marche en est la meme, mais la redaction de Bibaud est une pauvre copie de l’original, dans 1’ensemble. Pour le detail, j’ai releve quelques centaines de passages, six ou sept cents, et ce n’est pas tout, ou Bibaud prend les phrases meme de Charlevoix, et dans un effort vers l’originalite, ne reussit, en les copiant, qu’a les vider de leur saveur. Je prends un exemple, absolument au hasard, et qui vous fera saisir son procede habituel : En son livre douzieme, a la page 403 de la petite edition en six tomes, de 1744, Charlevoix ecrit, sous la date de 1689 : « Le vingtcinquieme du mois d’aout, dans le terns qu’on se croyait le plus en surete, quinze cent Iroquois firent descente avant le jour au quartier de la Chine, lequel est sur la cote meridionale de 1’Isle, environ trois lieues plus haut que la ville. Ils y trouverent tout le monde endormi, et ils commencerent par massacrer tous les hommes, ensuite ils mirent le feu aux maisons. Par la tous ceux qui y etaient restes tomberent entre les mains de ces sauvages, et essuyerent tout ce que la fureur peut inspirer a des barbares. » Lisons maintenant Bibaud, chapitre XXII, p. 145 : « On passa assez tranquillement l’hiver et une partie de l’ete de 1689 ; mais le 25 aout, 1500 Iroquois descendirent de nuit, dans File de Montreal, a 1’endroit appele la Chine. Trouvant tout le monde endormi, ils se mirent d’abord a enf oncer les portes,et commencerent un massacre general des hommes, des femmes et des enfants, faisant souffrir a ceux qui tombaient entre leurs mains tous les tourments que
la fureur pouvait leur faire imaginer. » Et encore un autre. Charlevoix, au livre IX, p. 150, dcrit : « M. de Tracy, arriva a Quebec au mois de juin (1665), avec quelques compagnies du Regiment de Carignan, qui Tavaient accompagne aux Isles, et il en detacha une partie avec des sauvages, sous la conduite du Sieur de Tilly de Repentignv, capitaine, pour donner la chasse aux Iroquois, qui avaient recommence leurs courses. » Et Riband, chapitre XVI, page 97 : « Le marquis de Tracy, qui avait ete aux lies francaises avant de venir en Canada, arriva a Quebec au mois de Juin 1665, avec quelques compagnies du regiment de Carignan. Aussitot apres son arrivee, il detacha une partie de ses soldats, avec des sauvages, sous la conduite du Capitaine Tilly de Repentigny, pour donner la chasse aux Iroquois, qui avaient recommence leurs courses. » Je repete que ce ne sont pas la des accidents dans son ouvrage; pareils exemples en sont la base ; et souvent Timitation est encore plus fragrante, et la version de Fun suit encore de plus pres celle de l’autre, au point de n’en etre que le reflet pali. De place en place, tout-a-fait rarement, il y a un court renvoi a Charlevoix, d’ailleurs sans indication de livre ni de page, suivant la fa<jon peu louable de citer, dans Tancienne ecole historique, ou bien un vague : « comme remarque Charlevoix. » Et cela depiste le lecteur de bonne foi, qui ne s’imaginerait jamais que Thistorien, assez consciencieux pour renvoyer loyalement a un autre, est le meme qui pille effrontdment ce dernier, sans daigner
LES^MAlTRES primitifs
avertir de ses emprunts. Charlevoix ne s’etant pas rendu jusqu a la fin de la domination frangaise, force est a Michel Bibaud de se rabattre sur un autre et c’est a l’ouvrage de Smith qu’il applique, en le traduisant, son procede.
Pour ce qui est du Canada sous la domination anglaise, comme l’histoire n’en etait pas faite, et que Smith s’arretait au commencement du XVIIIe siecle, notre auteur a du la preparer luimeme. Elle est composee des depeches et pieces officielles des gouverneurs, des requetes et representations populaires, a partir de l’etablissement d’un gouvernement responsable ; ce sont les discours du trone, les debats du parlement qui en constituent le fond. Tout cela est plus ou moin3 lie par les idees propres a notre historien, et dont il est temps de dire un mot.
Pour un poete, Bibaud est le moins sentimental des hommes. C’est un esprit qui ne manque pas de vigueur, mais positif. II est vrai que sa poesie a surtout consiste en epitres et en satires. Ainsi, quand il traite de la domination frangaise, jamais la beaute de certains aspects de cette epoque ne lui arrache des cris du coeur ; jamais il ne s’emporte en elans enthousiastes. Il y a meme des actes de la plus haute nature morale dont le sens semble lui echapper entierement. Et par exemple, a la fin de son chapitre dixieme, resumant en quelques traits sans grace les pages sublimes ou Charlevoix parle de la fondation des Ursulines, et de l’abandon absolu que Madame de la Peltrie avait fait de tous ses biens pour suivre le Christ, Bi-
baud ajoute une reflexion personnelle qui sent son dix-huitieme siecle : « Madame de la Peltrie poussa son zele et sa charite jusqu’a se depouiller du peu qu’elle s’etait reserve pour son usage ; a se reduire a manquer parfois du necessaire, et a cultiver meme la terre de ses mains, pour avoir de quoi soulager les necessiteux et les enfants pauvres qu’on lui presentait.Ce zele peut paraitre bien excessif et meme peu eclaire, puisqu’en se reservant un revenu, meme modique, elle se fut trouvee en etat de subvenir aux besoins des indigents, bien plus efficacement que par le travail de ses mains, et surtout par la culture de la terre. » Ceci montre un esprit ferme a tout un ordre de choses que seuls comprennent les fils de la lumiere, et que la prudence purement humaine est incapable d’apprecier a leur valeur. A la fin de son chapitre quinze, citant cette fois un long passage ou l’Historien de la Nouvelle France rapporte les etranges faits, tremblements de terre et autres, qui se produisirent dans l’automne de 1662, et au commencement de 1663, Bibaud le fait suivre de la note que voici : « Quelques ecrivains modernes pensent que ces faits extraordinaires, relates dans des memoires qui ne devaient etre rendus publics que longtemps apres la date qui leur est donnee et rapportes a l’epoque des plus violents demeles entre les autorites ecclesiastiques et civiles du Canada, n’etaient que des fraudes pieuses, crues permises alors par quelques-uns ; vu surtout que les historiens de la Nouvelle Angleterre et de la Nouvelle York, provinces limitrophes de la Nouvelle