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frère, M. Augustin Côté, une petite feuille qui devait devenir plus tard l'important Joürnal de Québer.
L’humblé et ancienne boutiqué de À. Côté et Cie.
he ressemblait guère aux vastes ateliers, où, pendant environ un quart de siècle, s'imprimia, près de l'archeyêché de Québec, et depuis quelques années, dans l’ancien hôtel du gouvernement en face de le Place d' Armes, dams la même ville, le principal organe du parti conservateur du district de Québec. Le temps a marché, les honneurs et la fortune sont venus aussi vers Cauchon. Entré bien jeune dans la carrière du journalisme, il a escaladé tour à tour le fauteuil de ministre, celui de la mairie et, finalement, celui du sénat. En 1844, il fut choisi pour représenter dans le parlement des Canadas-Unis, le comté de Montmorency dont il a constamment, depuis cette époque jusqu'à l'établissement de la Confédération, tenu le mandat et le plus souvent, hélas, pour le malheur du pays.
Après des efforts, des intrigues, des menées, des luttes, des tergiversations politiques de toutes sortes, il parvint enfin en 1859, à entrer dans le port, pour nous servir d’une expression qu'il a fait naitre et qui est devenue historique. Se croyant assez fort, en sa qualité de Commissaire des Terres de la Couronne, pour passer par dessus la tête de ses collègues et faire, comme on dit, maison nette, il tomba, néanmoins dans un piége qu'on lui tendit pour se débarasser d’un personnage aussi incommode. Un ami,—un collègue, qui était bien aise d’avoir l’occasion de l’éconduir», lui persuada d'offrir, pour la forme, à propos d’une question en litige, sa démission de ministre qui ne devait pas, disait cet ami, être acceptée ; ce qui ren-
drait le prétendu démissionnaire plus puissant que jamais!
Cauchon donna dans le panneau, offrit sa démission qui fut bien et duement acceptée, et resta Gros Jean comme ci-devant !
I] jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus,”
et que si jamais il rentrait au port, il n’en sortirait que bien remplumé ! Et certes, il a tenu sa promesse, car il ne lui a été possible de faire une seconde entrée dans le port qu'à condition d'approuver les comptes d'apothicaire de l'entrepreneur McGreevey et autres au sujet des bâtisses d'Ottawa. Aucun ministre n'avait voulu se compromettre à ce point; mais Cauchon mit de côté toute délicatesse et signa ! Aussi quand il sortit une seconde fois du ministère, était-il le plus riche ministre du pays, à ce que prétendaient, au moins, ses nombreux adversaires qui allaient même jusqu’à dire que, pendant qu'il se vantait d’avoir enfermé l'honorable Dessaules dans la tour centrale, il s'était amusé à la gruger !
Lorsque la Confédération fut définitivement établie, le gouvernement, dans le but de l'empêcher de se mettre du côté de l'opposition, le nomma alors président du sénat et le chargea, en même temps, de former le ministère de la province de Québec. On sait qu'il échoua dans cette dernière tâche ou plutôt qu'il fut joué par certains membres de son propre parti même. (C'e fiasco politique lui pèse énormement sur le cœur : c’est un de ses plus insupportables souvenirs ! Cauchon ne peut se consoler de n'avoir, pendant quelques sessions, représenté le comté de Montmorency, que dans la chambre locale, et non comme ministre encore ! |
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Mais ce qu'il regarde comme la déception la plus amère que lui a causé ce fiasco, c’est la perte de la charge de lieutenant-gouverneur de Québec qui lui est glissée entre les mains et qu'on lui a passé au nez !
Aussi, gare au réveil du lion à demi muselé !
Il dût donc, malgré son dépit rentré, remettre son portefeuille de premier ministre de Québec, maïs en se retirant, il ramassa le projet vital et toujours populaire du Chemin de fer du Nord si souvent pris, abandonné, repris et réabandonné par tant de chercheurs de popularité et de faveurs publiques. C’était, en un mot, l’ancien cheval de bataille monté tour à tour, depuis si longtemps, par tous les blagueurs politiques de la ville de Québec, qu'il enfourchait après vingt-cinq années de repos forcé !
Le nouveau cavalier sera-t-il plus heureux, cette fois, que tous ses prédécesseurs, et le coursier de fer atteindra-t-il le but de la course, avant que les pauvres Québecquois, si souvent dupés, n’aient complètement déserté leur vieille cité ? Il faut, on peut même raisonnablement espérer, aujourd’hui, que ce chemin sera fait, même malgré Cauchon qui, quoiqu'il
dise et quoiqu'il fasse, s’en préoccupe, au point de vue de l'intérêt public, à peu près comme d’un chemin dans la lune ! |
L’inauguration factice de ce chemin a eu lieu depuis déjà à peu près un an, et qu'on nous dise aujourd'hui combien de pieds de lisses ant été posées ?
Pas un pouce !
C'est donc une farce au moyen de laquelle Cauchon veut parvenir en se jouant d'un public crédule ?
Le chemin de fer du Nord coutera énormement
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cher à la ville de Québec, mais lui rapportera encore d'avantage de toutes manières, si toutelois, 1l est un jour construit. On devra en remercier les capitalistes étrangers et non Cauchon qui malheureusement ne se sert de cette entreprise nationale que pour atteindre à ses fins personnelles. |
La lutte, à ce sujet, a été excessivement vive, ou
pour mieux dire, acharnée, terrible et les conséquences s’en feront sentir longtemps. Cauchon es sorti victorieux de cette lutte, pour le moment du moins, mais au dépens de Québec, et au prix de quels sacrifices, grand Dieu !
-.Cauchon a ses partisans aveuglément fidèles et ses ehnemis jurés, ses panégyristes aveugles ou intéressés, et ses détracteurs outrés et intraitables. Il y a des gens qui s’imaginent que cet homme est indispensable, et que l'univers s’écroulerait s’il n’y mettait l'épaule! D'un autre côté, beaucoup de personnes, dans tous les rangs de la société, er c’est le plus grand nombre, prétendent qu'il place la main dans trop de plats à la fois et qu’à force de patauger partout, il finira par tout engloutir !
À l’occasion de cette gigantesque entreprise du Chemin de fer du Nord, l'opinion publique, déjà tant de fois prévenue contre Cauchon, s’élevant de nouveau, et cette fois, avec encore plus de force que jamais, lui prêta des motifs sordides et intéressés. On l’accusa de ne travailler qu'à sa propre fortune tout en faisant construire ce chemin.
‘Quand on songe, disait La foule de ses opposants courroucés, à la somme d'énergie que cet homme a dépensée depuis un quart de siècle pour se jucher où ilest aujourd'hui; que pour faire sa fortune politique,
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il a, chaque fois, qu'il l'a jugé nécessaire à son intérêt personnel, exprimé des opinions, soutenu des systèmes dont il ne pensait pas le premier mot, dont il rlait sous cape avec ses intimes, et cela dans le seul but de se pousser et de parvenir à se caser au prix méme des plus honteux sacrifices, des plus lâches abandons de parti; qu'il n’a fait qu’attaquer les honnètes gens par la seule propension naturelle de son caractère adonné à l'envie et à la malignité jalouse contre ceux ‘ui lui portaient ombrage ou contrecarraient ses projets pernicieux, ses instincts tiranniques et voraces ; que sa seule tactique à été de passer d’un camp à l’autre, (aujourd’hui encore, le voici dans les rangs de l'opposition !) chaque fois qu’il espérait, par ses pérégrinations répétées, remplir abondamment son escarcelle, où au moins, se garnir le gousset ; que jamais homme public ne s’est plus moqué, à la barbe de ses dupes et de ses victimes, des trois quarts des choses qu'il a débitées dans ses discours ou ses écrits; qu'enfin au point de vue de la franchise, de la sincérité des motifs, sa vie politique n’a été qu'un long scandale, un agiotage continuel ; quand on se rappelle tout celä, ajoutaient-ils, comment peut-on éloigner la peur qu'il nous inspire au sujet des deniers publics dont il a la garde ou le maniement ? Comment appaiser les haines qu’il a fait naitre partout et les colères qui sont amoncelées de toutes parts au-dessus de sa tête ?”
Ainsi parlait la voix publique.
De plus, les mauvais plaisants rappelaient avec force commentaires plus ou moins épicés, son approbation des honteux extras des bâtisses d'Ottawa, à sa seconde entrée dans le port, l'histoire ténébreuse des
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rideaux et des devants de cheminées, et, Surtout, la scène aussi grotesque qu'inconvenante où il apprit à la dame de Sir Edmund Head, de quelle manière les Canadiens s'y prennent pour partager une pomme en deux'parties: en la plaçant sur le genou et en la fendant d’un coup de poing ! etc.,etc. Enfin, c'était un vacarme d'enfer, à décourager le plus solide et le plus entreprenant.
Si Cauchon n'avait eu en vue que le bien de son pays, il se serait certainement effacé devant l'opposition formidable, la réprobation universelle que soulevait son passé politique. Mais non, il a tenu tète à l'orage, a fait face à l'opinion publique justement indignée, n’en a tenu aucun compte et a passé outre.
Cauchon doit cependant s'apercevoir aujourd’hui qu'il est encore plus facile d’escamoter une élection dans Québec—Centre, que de lutter contre M. Ross sur le marché monétaire! Il ne lui reste donc qu’une seule chose à faire: se démettre au plus vite de la charge de président de la compagnie du Chemin de fer du Nord. L'éltimalum des capitalistes étrangers exige son abdication! Le salut de Québec est à ce prix.
Nous ne prétendons pas être prophète, mais nous croyons que c’est le Chemin de fer du Nord qui écrasera Cauchon, politiquement parlant. À force d'essayer à aplatir les autres, le héros du Sault à la Puce finira par s’aplatir lui-même !
Et remarquez que quand s’élèva contre lui, cette formidable opposition qui dure encore plus terrible que jamais, et qui, aujourd'hui, est conduite par ses anciens amis, plus fortement que par aucun des libé-
raux; ce ne fut pas seulement les laïques, les gens I d'affaires, qui ne voulaient pas de Cauchon à la tête de cette entreprise nationale ; le clergé même semblait
if s'être, enfin, aperçu qu'il était joué par lui comme . [| tant d’autres l'avaient été. Aussi, jamais depuis £ p | ! l’'excommunication dont l'avait frappé, à Toronto, à A: Monseigneur de Charbonel, jamais, disons-nous, | à
h | Cauchon ne s'était attiré aussi fortement le courroux d'une grande partie du corps religieux, et il faut À
avouer qu'il ne l'avait pas volé ! LE + 1 Ah ! si un homme de sa trempe eut mis ses facultés . ns intellectuelles au service de son pays, au lieu de les di f employer à des fins purement personnelles, quelle bu | belle page il aurait dans l’histoire et quelle large À | place il posséderait dans le cœur de tous ses compa- | triotes! Malheureusement, plus qu'aucun autre, ila An lh, F contribué à les diviser, en jetant, le premier, à la des \ figure des libéraux honnêtes et sincères, comme un lou 4 brandon de discorde, le mot aussi stupide que funeste k che | à de Rouge, mot qui n'a jamais eu sa raison d’être est | en Canada, mais qui, exploité par l'ignorance, le Me | fanatisme, les préjugés, et, surtout, l'esprit de parti | cr * e
égoiste et sans vergogne, a creusé un abime effrayant
qui, chaque jour, s'élargit d'avantage, et que l'esprit | Cpa
. de conciliation, l'abandon, l'oubli des anciennes que- 4U relles, l'amour, enfin, de la patrie, parviendront seuls, tre peut-être, à combler ! bag Oui, si tous ceux qui s'occupent de politique, È de songeaient à notre position exceptionnelle comme . |
peuple, et surtout à l'avenir, ils ne voudraient certai- di
nement pas prononcer les mots de Bleus ou de Rouges, et proclamer par là une scision qui ne doit pas et ne
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Lés les Ile rge pa il à 1 la un este étre , le parti yant sprit queeuls,
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peut pas exister. Il n'y a et ne doit y avoir que des Canadiens en ce pays ?
En semant la zizanie, en soulevant des haïines, des vengeances de tous côtés, comme ils le fait depuis plus d'un quart de siècle, Cauchon a le plus contribué à aflaiblir les Canadiens de toutes manières, mais surtout au point de vue national.
Après cela on comprend mieux l'écrivain dont nous traçons le portrait fidèle, dont la plume et Ia parole ont jeté un si vif éclat sur notre littérature, mais qui, en même temps, ont produit des résultats si funestes à notre pays, car l’on voit que ses actes publics ont déteint considérablement sur ses écrits.
Cauchon n'est pas un orateur, il est ce que les Anglais appellent « debater. I n'a pas l’éloquence des grands maitres parlementaires, mais il posséde la fougue du tribun sans en avoir, néanmoins, ni le charme ni la puissance fascinatrice. Son éloquence est la faconde farouche d’un rhéteur forcené qui conviendrait à des forts de la halle, d’un hurleur qu'ils applaudiraïent, sans aucun doute, à outrance et promeneraient ensuite en triomphe sur leurs épaules. C’est un matamore en bras de chemise, mais qui s’éclipse dès que quelqu'un de sa force ou de sa trempe, peut couvrir sa voix qu'il s'efforce, dans la bagarre, de rendre semblable au roulement du tonnerre, mais qui ne fait qu'écorcher l'oreille, et produit sur l’auditeur une impression aussi désagréable, aussi pénible que celle causée par la plainte d'un coupable surpris et qui craint d’être égorgé !
Qui ne se rappelle cette séance mémorable pendant laquelle Cauchon ayant, avec son insolence ordinaire,
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attaqué l'honorable Loranger, celui-ci lui administra une mercuriale, dont notre héros se souvient encore en grimaçant ? L'ancien député de Laprairie le prit à partie avec l'arme de l'ironie et du riducule qu'il maniait si bien. À chaque coup de canif qu'il donnait à son adversaire aussi cocasse que mal intentionné, la Chambre éclataiten un rire homérique, et Cauchon s'enfonçait de plus en plus dans son fauteuil de député ; tel à point, qu'avant la fin du discours, on ne lui voyait plus que le sommet de la tête ! Il était doublement enfoncé.
Au phisique, Cauchon n’est certainement pas un Quasimado, mais ne peut pas précisément passer, non plus, pour un Adonis. On le reconnaitra sans difficulté, aux quelques coups de brosse que nous allons donner à son individualité phisique.
Cheveux noirs, barbe de même couleur, hérissée, longue et touffue, que le travail et les luttes” font orissonner, regards enfoncé: derrière des besicles montés en or; front proéminent, tête solidement poste sur des épaules bien charpentées; poitrine large et semblant défier les coups; taille au-dessus de la moyenne; buste incliné en avant, ce qui fait que celui auquel il appartient, parait chercher constamment quelque chose à terre ; démarche lourde et saccadée ; la coiffure enfoncée jusqu'aux oreilles ou négligemment renvoyée en arrière ; une grosse canne de bourgeois à la main, voilà Cauchon quand il passe sous la calotte des cieux, dans sa bonne ville de
Québec !
Quand il se lève pour adresser la parole en Chambre, il a l'apparence tapageuse d’un boxeur, Son habitude
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ordinaire est de se laisser aller alors à un mouvement continu et cadencé de va-et-vient qui produit une impression fatiguante. On craint toujours qu'il ne tombe le nez dans la poussière, bien que l’on sache qu'il n’y a aucun danger pour lui de se salir, car lorsqu'il est en Chambre, on peut répéter le mot de Sheridan aux Communes anglaises, le jour où les membres du parlement condamnèrent ce grand homme à embrasser le plancher de leur salle :
TT never saw such a dirty floor as this!”
Il hésite en commençant son discours ; il tatonne, il s'efforce de saisir la phrase tardive et rebelle. On dirait qu'il cherche ses pensées ou qu’il n’en a point. Détrompez-vous, s’il tarde à les faire éclore, c’est qu'il les arrange en ordre dans les cases de son cerveau qui fermente de colère et d’impatience. Mais si avant que ce travail soit achevé, un adversaire lui décoche tout-à-coup un trait qui l’atteint et le blesse, il bondit aussitôt comme le bœuf que le taon a piqué. Il ouvre ou plutôt il brise, dans un suprême effort, la digue qui retient captive sa harangue, et donne libre cours à sa pensée contenue, aux flots irrités de sa parole tumultueuse et précipitée. Alors c’est un torrent qui déborde impétueux et discordant. Son organe fatigué, haletant, se dégage et devient strident, terrible, féroce. Son regard fauve lance des éclairs de rage, sa voix, tour à tour aigre ou rauque, jette des cris de possédé !
Certes, il ne charme pas l'oreille, mais la logique de son raisonnement vous arrête et vous enserre. On veut fuir le tribrn, mais on est forcé d'écouter, malgré soi, le discoureur. Il faut subir son argu-
pr ; 1!
mentation à coup sur incisive, serrée, sinon toujours loyale et sincère. Qu'il ait tort ou raison, et il est plus souvent dans l'erreur qu'avec la vérité, il est maitre de la question qu'il discute et traite à se œuise et à son avantage. On le trouve, presque toujours, très fort et bien renseigné sur tons ies sujets. Trouvant réponse à tout, il a l’audace des menteurs impudents; mais plus il parle, moins il persuade, parceque l’on sent qu'il n’est point sincère et qu'il ne pérore que dans son intérêt personnel.
Il ne s'efforce pas de convaincre son adversaire, mais de détruire l'argumentation de ce dernier. Découvrir le défaut de la cuirasse, voilà son but, et quand il l’a trouvé, il frappe sans relâche ni merci.
N'ayant jamais eu les qualités d’un chef populaire de parti, jamais il ne pourra les acquérir et pour cause ; mails 1l possède les défauts qui le rendent un allié important et dangereux à la fois, pouvant être aussi bien un puissant complice qu'un adversaire redoutable et embarrassant.
Pour bien comprendre ce qu'il vaut, disons qu’il est de l’opinion de ce personnage d’une comédie française auquel on demande qui il aime ?
“Je n'aime que moi-même ! ”
Répond ce personnage égoiste.
Cauchon, comme Médée, s’écrie sans cesse :
‘ Moi, moi seul, et c'est assez!”
Conservateur dans son journal, dans ses discours, il est anarchiste dans ses actes, dans ses procédés. L’ambitioh, la soif du pouvoir et des richesses, dévore le cœur de cet homme public. La jalousie et l'égoisme percent dans ses écrits politiques, dans ses discours
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parlementaires, et surtout, dans ses actions d'homme d'état. |
Comme écrivain, on peut le comparer, quant au style, à Proudhon ou à Louis Veuillot. En politique, il n’a qu'un but: faire fortune à tout prix, même en sacrifiant ses compatriotes.
‘ Périsse la patrie, plutôt que le picotin!” Voilà sa devise. Nans vertus civiques, il est en faveur de tous les gouvernements qui paient le plus cher. En politique, il brise ou compromet tout ce qu'il touche. Pour de l'argent, il s'anéantirait luimême. Ilest le roi du hwmbug,—il en fait à foison— et le type de l’agioteur politique.
Le Rine de New-York eut été fier de lui. Na conscience est de caoutchouc et il change d'opinion aussi souvent que d'habit. On trouve chez lui des instincts, des appétis, des intérêts, mais d'amour du bien publie, du progrès, de liberté, ne lui parlez point : il n’en connait que les mots sans en apprécier les bienfaits. Là où il est passé maitre, c’est dans l’art d'exploiter la corruption ou la faiblesse des partis politiques pour arrondir sa fortune personnelle. Il semble croire, Ini aussi, qu'en politique, ti! y a des intérêts, et voilà tout ! Ka politique ne se bâse pas sur des principes, mais s'échafaude sur des calculs égoistes et mesquins.
Depuis qu'il est journaliste et député, c’est-à-dire depuis plus d'un quart de siècle, Cauchon à écrit et parlé sur toutes les questions qui ont agité le pays durant cette période. Ses articles qui ne sont, pour la plupart, que le reflet et la répétition de ses discours, formeraient des volumes. En 1865, il mit en brochure
une série d'articles pour prouver que la confédération était la seule planche de salut de notre nationalité ; et il en avait publié une autre, quelques années auparavant, en 1858, dans Je but de démontrer que cette même conf”d'ration serait la ruine des Canadiens comme peuple ! Ces deux brochures sont à peu près de valeur égale, quant au style contre lequel il n'y à pas trop à critiquer, car Cauchon avait déjà, à cette époque, acquis le dégré de perfection littéraire qu'on lui reconnait aujourd'hui ; mais nous laissons à d’autres qui ont du temps à perdre, le soin de les juger au point de vue politique. Disons seulement que ces deux élucubrations si dinmétralement opposées, offrent deux frappants exemples des nombreux volte-face de l’auteur. Parodiant les vers célèbres de François I, on peut dire en toute sureté :
“Souvent Cauchon varie, “ Tien fol est qui s'y fie.
Il y a quelques années, Cauchon est devenu propriétaire, sous le couvert d’un ami, du vaste Asile de Beauport que le gouvernement de Québec subventionne d’une manière si extravagante. Accusé, à chaque session, de siéger illégalement dans la parlement local parce qu'il recevait de largent public, comme propriétaire de cet asile et, aussi, en sa qualité de co-propriétaire de l'établissement du Journal de Québec, où s’imprime la Gazette Officielle du gouvernement de Québec, il a constamment nié avoir des intérêts pécuniaires dans l’un ou dans l’autre! Mais un jour, un de ses prète-noms, M. le Roy, un de ses intimes, qu’il avait, parait-il, injustement maltraité, eüt la hardiesse de tout dévoiler !
Ah! la bonne farce! et comme le public, si long-
mel poli qua se & loca com la li élec est | défi qui Cauc il fa Justid Vo sur /’ en dé les m
temps tondu et dupé, a ri de bon cœur en apprenant cette nouvelle défaite de Cauchon qui recevait la digne récompense de ses nombreuses vilenies politiques !
Espérons que M. Côté, imitant M. Roy, se décidera, lui aussi, à faire, un jour, des confidences au profit du coffre public !
Il est temps.
Le rusé dépuié de Montmorency avait réussi jusque là, à imposer silence au docteur Roy et à éloigner le danger; mais les efforts vraiment patriotiques de messieurs Joly, Fournier, Holton et autres députés de l'opposition locale de Québec, mirent au grand jour et dans toute leur laideur, devant un comité d'enquête, les monstrueux tripotages et les menées scandaleuses, en un mot, toutes les vilénies politiques de cet écrivain de talent vraiment remarquable, mais aussi de ce député sans vergogne. Pour se soustraire à la honte d’être chass® du parlement local, Cauchon remit son mandat de député. Il fit comme le criminel qui, pour éviter le châtiment, met
la ligne 45 entre lui et la police. Une nouvelle élection devait avoir lieu dans Montmorency, et il est probable que ce comté aurait donné un congé définitif à ce député si peu digne d’un mandat, et qui l'avait si ignominieusement représenté, mais Cauchon a, cette fois encore, escamoté l'élection, et il faut attendre à la prochaine session pour voir la justice définitivement vengée.
Voilà de ces choses qui rejaillissent même jusque sur l'homme littéraire, l'éclabousent, et le ternissent en dépit des efforts des gens les plus indulgents et les mieux intentionés à son égard,
L’exploit qui a mis le sceau à la réputation scandaleuse de Cauchon, comme homme public, est, sans contredit, son dégoutant triomphe dans Québec- Centre, en juillet dernier. Devant de pareilles orgies,
*la plume tombe des mains, et il vaut encore mieux garder le silence sur des scènes ignobles qui, d’ailleurs, sont malheureusement trop connues, que de les rappeler sans eflet utile. Disons seulement que jusque là, Cauchon s'était, en matière politique, souvent couvert de honte, mais qu'il n'avait pas encore, pour arriver à ses fins, été cause que le sang eùt coulé.
Aujourd'hui il ne manque plus rien à sa gloire !
Cauchon est l’imprimeur officiel du gouvernement de Québec, mais derrière les rideaux, bien entendu ; et en échange, il se fait l'organe officieux de ce gouvernement qui lu: fournit des finances sur une si grande échelle ? Aussi est-il riche, immensement riche. Sa maison, située rue d'Auteuil, à Québec, est entassée d'objets d’art, de curiosités artistiques, de tableaux parmi lesquels se trouvent de véri-
tables croutes qu'il a acceptés comme des chefsd'œuvres, car en fait d'objets d'art et de toiles des erands maitres, Cauchon s'entend à peu près comme un aveugle en couleurs. Il dépense avec une extravagance de boyard, ce que le gouvernement local lui donne avec tant de prodigalité. Cauchon est un gouffre humain ! Il est exigeant comme le Centaure. Nous le rapport de l'appétit politique, c’est un colosse de voracité. Immortels et fortunés sont les gouverments dont le destin est de satisfaire d'aussi incommensurables appétits !
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n'exagérons pas en parlant ainsi, nous allons donner à ce sujet un témoignage dont on ne pourra certes pas mettre en doute ni la compétence ni la sincérité. Voici ce que disait de Cauchon, au commencement de mars dernier, un journal conservateur de cette
ville, à propos de sa récente retraite du camp ministériel :
# La correspondance parlementaire d'Ottawa, parue dans le Journal de Québec, du 12 mars, et dont M. Cauchon, ex-président du Sénat, est l'éditeur responsable, constitue nôn seulement l'acte d’abjuration d’un apostat, mais encore contre les membres et l'esprit du parti dont il s’est honoré d’être un chef pendant 13 ans, la sortie la plus odieuse qui soit jamais échappée d'une plume vénale et d’une conscience avilie.
L'homme que suppose des ventes comme celles qu'il signale, ne connut certainement jamais les premiers principes de la morale, pas plus que les règles de la civilité ; c'est à la fois un coquin et un maloutru...,:....
«Et c'est M. Joseph Cauchon l'élu de Québec-Centre, le produit d’un: élection où la violence chez certains de ses partisans s'est élevée à 11 hau&ur d’un assassinat, qui parle le langage digne d'un prophète! Celui qui parle d'honneurs et démoluments donnés aux amis, aux
parents, ne se rappelle donc pas les scandales du contrat de l’Asilo de Beauport ?...., |
M. Cauchon qui n'a point subi l'épreuve d’une enquète commencée, nul ne l’ignore, sous des auspices on ne peut plus accablants, parle des efforts des entrepreneurs publics, d'espoir d'extras qui dépassent cinq millions, etc., ete.
“Nous n'avons qu'une chose à dire à l’austère M. Cauchon, qu'il veuille bien citer à l'appui des révélations honteuses de l’Asile de Beauport, dix lignes de réhabilitation de la main de l’ex-chef du gouvernement de la province de Québec, dix lignes senties, franches, sans ambiguité, semblables à celles envoyées au Stnateur Colfax par le Président Grant, qu'il obtienne cela, et alors le public osera peut-être
ajouter quelque crédit à des dénonciations, quelque foi anx hypocrites éclats d’une colère insolente et brutale... ...."
Il est difficile d'atteindre à une plus grande hauteur nous ne dirons pas de style, maïs de haine et de vengeance ministérielles contre un ci-devant compagnon du picotin, Les quelques lignes que nous
venons de citer sont extraites de la Minerve ; de sorte ! \ que l’on voit que pour démontrer que Cauchon, { an) Ë sous le rapport politique, est jugé par beaucoup # y} d’autres encore plus sévèrement que par nous, nous À 4 | | n’allons pas chercher des preuves dans les journaux | plu: là. libéraux ou impies! Il est vrai que la Minerve a \ f perdu son titre de sainte et que même elle est déjà R : passablement décanonisée, mais dans le cas qui nous si ni h l occupe, son témoignage est très significatif et tres- : Fe concluent. ; eo Outre la Minerve, un autre journal, Opinion ” 4 Publique, s'est mis aussi de la partie; et si les cari- ‘ us p: catures remplacent les articles, si les attaques portées es à Cauchon par ce dernier journal, ne sont guère a moins violentes ni mieux appropriées; de son côté, as Cauchon ne leur en cède point et leur répond de la son nie même manière et sur un ton encore plus épicé. ue 1 L) Tout cela peut être fort amusant pour les désœurvrés, Las we. mais les gens qui mettent les intérêts du pays nat | à au-dessus des chicanes de journaux ou des rivalités . Le il de personnes, trouvent ce spectacle scandaleux et | s pu | décourageant au suprême dégré. Ni nous rendons 2 Le | justice à Cauchon quand nous croyons qu’il le mérite, Æ hi nous sommes certe loin d’être un de ses admirateurs, . 69 cependant devant la guerre an'on lui fait, les insultes Pur qu’on lui lance, nous ne pouvons nous empêcher de be dire qu’en suivant sa tactique, on se met à son niveau. port
S'il est coupable de ce dont on l’accuse, qu’on lui re LU A Q fasse rendre gorge, au moyen d’une enquête que le
ministère qui en semble prodigue, accordera certai- | Aujo { nement; mais si l’on ne veut pas adopter ce moyen l'oppos || pour le punir, que l’on cesse au moins de l’insulter ee t attant
et de se salir,
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Nous ajouterons que les ministériels qui lui jettent aujourd’hui la boue à la figuré, devraient commencer d’abord par se faire dontier ün bon lavage, et puis ensuite règler de compte avec Cauchon. Ce serait plus logique.
Maintenant si l’on demande la cause de l'étrange et malheureuse conduite publique d’un homme d'état d'une si haute position sociale et d’un talent incontestable, on ne peut en trouver C'autre que celle-ci : pour les hommes violents, emportés par la fougue de leur caractère, exaltés par la soif, l'ambition des honneurs et de l'intérêt; impatients de parvenir à tout prix et au plus vite à leur but; il arrive que souvent la politique les rend pour ainsi dire sourds et aveugles et les grise comme l'odeur de la poudre fait chez le soldat, Alors ils n’ont plus conscience de ce qu'ils font, ils perdent complètement sinon la raison, du moins le sens moral. Les actes qu’ils n’occompliraient pas pour rien au monde dans les transactions, de la vie privée, leurs paraissent des peccadiles quand il s'agit d’affaires politiques. Ils oublient que l’honnêteté est la meilleure politique. Honesty is the best policy, disent les Anglais honnêtes. Les politiciens comme Cauchon et bien d’autres, trouvent que la fin
| J'ustifie les moyens, quand ces moyens font réussir. C’est
cette politique louche, fausse et pernicieuse qui a perdu Cauchon et qui malheureusement en perd et en perdra encore beaucoup d’autres.
Aujourd’hui Cauchon est définitivement rangé dans l'opposition et fait la guerre au ministère pour son propre compte, Il l'a mène même un peu tambour battant, mais en même temps avec une vigueur et
üne énergie qu'il autait dù toujours employer à défendte les intérêts populaires.
Dürant la dernière session des Communes, il a pris à partie le Grand-Tronc qui demandait encore de l'argent, mais bien qu’il eût raison jusqu’à un certain point, son passé politique le rendait suspect et aflai-
.blissait ses coups.
Néanmoins, en voyant ces anciens amis se tirer ainsi aux cheveux, on espère que le résultat de la lutte, benéficiera au peuple, en fin de compte. Il vient un temps où l'excès du mal produit la réaction du bien. Ne pouvant s'entendre, les pillards publics se font souvent réciproquement rendre gorge et le peuple en profite.
Pendant une émeute à Paris, en 1848, Causidière disait à ses collègues qui s’alarmaient :
‘ Soyez sans crainte, je vais faire de l'ordre avec le désordre !”?
Et il réussit en effet, par son énerg'ie, sa promptitude et son sang froid, à faire taire la canaille.
Qui sait, peut-être la nouvelle attitude de Cauchon, aura-t-elle l'effet d’enfoncer la boutique.
Espérons.
Quoiqu'il en soit, Cauchon est dans son genre, une puissance dangereuse, avec laquelle il faut, sinon marcher, du moins compter.
Dans l'intimité Cauchon n’est plus le politique farouche, violent et intraitable que l’on connait. A ses heures, le lion se fait agneau, et son plus grand plaisir est alors de partager les jeux des enfants. Un visiteur le surprit un jour prenant ses ébats au milieu de son salon comme un dauphin qui se joue dans les flots. Il était entouré de trois ou quatre
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bambins qui lui grimpaieñt sut le dos, lui tiraient la barbe ou les oreilles, lui donnaient des taloches et lui faisaient maintes autres espiègleries, Cauchon les laissaient faire ou plutôt les encourageait et se montrait encore plus enfant que ces marmots.
Henri IV, ce roi du peuple, était aussi un grand enfant. Souvent on le voyait gambader à travers les allées du jardin de son palais, et portant sur son dos quelque petit prince qui, une ravache à la main, labourait de son mieux les royuies épaules de Sa Majesté très chrétienne, comme si elle n'avait été qu'une simple monture de vilan !
Aux yeux de certaines personnes, cette conduite de Cauchon peut paraitre très originale, grotesque même, mais elle dénote au moins que sous sa rude enveloppe, il y a encore un cœur sensible qui tient de celui de l’homme.
Accordons lui donc un bon point.
Nous venons de relire cette biographie, et, réflexion faite, nous croyons consciencieusement avoir rendu justice à Cauchon, autant, au moins, qu'il nous a été possible, sous le rapport littéraire et politique. D'ailleurs, les faits sont là, pour prouver que nous sommes resté encore bien en deça de ce que nous aurions pu dire sans blesser ni la justice ni la vérité. C‘omme écrivain, Cauchon est sans contredit l’un de nos écrivains les plus instruits, les plus féconds et les plus énergiques; mais sous le rapport politique, c'est une nuissance, une plaie publique !
Nous nous étions d’abord posé comme règle, en commençant ces critiques, de ne toucher que le moins possible à la carrière politique de ceux de nos
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écrivains qüi se sont occupés activement d'affaires pübliques ; mais dans Je cas actuel, nous avons été nécessairement obligé d'apprécier plus longuement que nous ne voulions, le président de la compagnie du Chemin de fer du Nord, comme homme public, afin de le faire mieux connaitre en sa qualité d'écrivain. L'histoire sera certainement encore plus sévère que le critique littéraire ; mais comme nous ne sommes pas historien, nous nous en tenons à l’'ébauche que notre humble pinceau vient d’esquisser.
Sur ce,nous prenons congé de l'honorable ci-devant président dn sénat canadien, et nous le laissons, couvert de ses dentelles et de ses soieries, se rappeler les délices de Capoue qu’il a dû, sans doute, gouter sur le fauteuil de la première chambre du pays! En terminant nous lui souhaitons de tout notre cœur de le trouver dans trois ans, au plus tard, non pas dans la vallée de Josaphat, mais au terminus d'Hochelaga, arrivant en triomphe sur la première locomotive du rail route du nord !
Cet événement, nous l’espérons avec beaucoup de personnes, mais nous y croyons très peu avec encore un plus grand nombre d’autres !
En attendant, que l’on tienne hien les cordons de la bourse ! Caveant consules !
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La jolie paroisse de Saint-Augustin, située à quatre lieues de Québec, eut l'honneur d’être le berceau de Petitclair. C’est dans cet endroit, renommé par ses vignes sauvages, que M. de Courtenay essaya, il y a quelques années, d'établir la culture de la vigne. Il aurait certainement mieux réussi, s'il eùt été encouragé comme il le méritait, car il était parvenu à fabriquer un vin préférable, sous bien des rapports, à toutes ces boissons frelatées que l’on offre ici en vente comme venant des meilleurs crüs.
C’est aussi dans cette paroisse que se trouve le fameux lac Saint-Augustin dont il est parlé dans Une partie de campagne, charmante comédie en prose due à la plume féconde de celui dont nous allons essayer de tracer le portrait.
Petitclair (Pierre) naquit en août 1813. Les parents de Peticlair étaient de pauvres maïs respectables cultivateurs de Saint-Augustin. Etant venus s'établir à Québec, ils résolurent malgré leurs faibles ressources pécuniaires, de s'imposer de nouveaux sacrifices pour procurer à leur enfant une bonne éducation que l’on trouvait à cette époque, encore plus rarement qu’aujourd’hui, dans nos campagnes. Le jeune Pierre entra d'abord à l’école établie dans cette ville, et soutenue par feu M. J. F. Perrault, cet ami, ce bienfaiteur de la jeunesse de son temps et de l'éducation. Bientôt, letitclair se fit remarquer par sa vive intelligence et
son aptitude à saisir ce qu'on lui enseignait. D
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62 PETITCOLAIÉ.
Quelques années plus tard, son père le plaça en qualité d’externe au séminaire de Québec. Là encore il se distingua par ses talents merveilleux et remporta plusieurs succès. Par malheur, des événements incontrolables arrêtèrent de si beaux progrès, et notre héros fut obligé d'interrompre son cours d’études après avoir suivi les classes jusqu'à celle des belleslettres.
Après sa sortie du collége, il fut employé au Grand Greffe de Québec et passa un brevet afin de pouvoir étudier le droit sous la direction de MM. Perrault et Burroughs. Il resta trois ans dans ce bureau, mais ne se sentant aucun goût, aucune inclination pour débrouiller les affaires de chicane, il mit de côté Pothier, Pigeon, Dénizard et autres vieux auteurs, et se fit copiste.
Quand nous eûmes l'honneur et le plaisir d’être présenté à Petitclair, il était employé comme copiste, à Québec, chez le notaire Archibald Campbell, ce zélé protecteur des arts, ce dilettanti généreux à qui notre éminent compatriote et artiste, le chevalier Falardeau, est redevable d'avoir conquis une si belle position à Florence, puisque, grace à M. Campbell,
notre compatriote distingué, trouva les moyens pécuniaires dont il avait besoin pour se rendre en Europe et s'y perfectionner à l’école des grands maitres de l’art. Petitclair était un calligraphe inimitable, et nous croyons même, qu'il égalait sous ce rapport au moins, notre célèbre Bélanger. Il fut employé pendant quelques sessions à grossoyer sur parchemin les bills de l’ancienne Chambre d’Assemblée. M. Campbell qui était, ce qu’on appelle, Queens Notary (notaire de la reine) avait constam-
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PETITCLAIR, 64
inent besoin de bons calligraphes et il était heureux de pouvoir employer Petitclair dans son étude.
L'auteur de (Griphon, cette comédie si pétillante d'esprit et de malice, était, contraste étrange, d'un caractère tranquille, peu communicatif et d’habitudes sédentaires. Aussi ses amis furent-ils les plus surpris du monde, d'apprendre, un bon jour, que le goût des voyages lui était à coup venu!
Régnard qui fut lui aussi un très grand auteur comique, fit un voyage dans les -régions du nord, en Suède ; Petitclair ne visita point la patrie de Charles XII et de Gustave-Adolphe, mais n’en parcourut pas moins des régions aussi froides que l’auteur du Joueur.
Une riche famille qui faisait en grand le commerce des pelleteries sur les côtes du Labrador, avait réussi à faire décider Petitclair à s’exiler volontairement dans ces lointains parages, et à devenir l’instituteur des enfants de cette famille.
Cependant bien qu'éloigné de Québec, Petitclair ne pouvait oublier tout à fait ses amis et sa ville natale. Tous les deux ou trois ans, il venait se promener à Québec, mais il n’y restait pas longtemps. Comme si un secret instinct, une force invisible, une attraction incontrôlable, l’eut dominé et entrainé, il sen retournait vivre dans les vastes et mornes solitudes du nord du golfe Saint-Laurent. Le sombre et grandiose aspect de ces régions sauvages avait prise sur son imagination déjà que trop naturellement
portée à la mélancolie et à la solitude. Sans doute
que sous l'empire de ces impressions osianesques, il a dû repéter souvent les beaux vers si pleins de sombre et mélancolique rêéverie qu’il composa vers
64 PETITOLAINR.
1830, et qui peignent si bien le cœur de cet homméë ap sensible, honnête et studieux. 4 bic (| { on A Sombre désert, et forût noire, L:
(WP Pour moi vous avez plus d'attraits a HA Que les honneurs, les biens, la gloire, mn il Que le plus brillant des palais. aup f Seul avec moi chez vous je goûte diff.
j Un bonheur, un plaisir plus doux :
‘] Que chez l'homme que je redoute : n ‘7e60 tale
Sombre est mon âme comme vous.
Ciel de rose, et belle aurore . . . ,» Je ra Charmaient jadis mes sens émus ; ses 1
LR ë Le soleil brille, éclaire encore, conn [| Et pourtant ne me charme plus: aptitr Foudres, tombez ; grondez, orages ; C'éta Votre aspect sinistre m'est doux. | | J'aime à vous voir, épais nuages : soute FA er Sombre est mon âme comme. vous. amis, LR lorce f «' Jadis sur vos rives fleuries, led] Petits ruisseaux. oh ! l’heureux jour ! Co &: Je goütais des faveurs chéries, duisai ù Je dorrais sur le sein d'amour ; souve Aujourd’hui, mornes précipices, Gouffres profonds, mers en courroux, Bon Vous m'ètes amours et délices ; | de la Sombre est mon âme comme vous. violon Tu danses, folâtre jeunesse, la suit Des roses naissent sous tes pas: I] lis Comme toi j'aimais l’allégresse Pour moi ei avait des de s el Aujourd’hui je ne vois qu’épines, a8se, Et mon âme, sous les verroux, dieuse Aime à vous voir, tombeaux, ruines, La p | Sombre et morne elle est comme vous. Le } par fois du Pendant son séjour au Labrador, tout en instruisant Æ Connaiïs flatteur
les enfants confiés à ses soins, Petitclair fut souvent
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ruisan souvent
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appelé à agir soit comme notaire ou comme avocat, bien qu’il ne fut légalement ni l’un ni l’autre; mais on sait que dans ces contrées lointaines et désertes, la loi autorise même les prêtres catholiques et les ministres des cultes dissidents, à agir comme tels, auprès des tribunaux. Notre poëte s’acquittait de ces différentes charges à la satisfaction de tous ceux qui recouraient à lui pour solliciter le secours de ses talents, de ses bons offices et de ses connaissances.
Aïmant passionnément la lecture, il consacrait tous ses moments de loisir à acquérir de jour en jour des connaissances en tous genres. Il avait de grandes aptitudes pour les mathématiques et la géométrie. C'était pour lui un plaisir, une récréation que de soutenir une discussion, mais seulement avec des amis, car la foule l’intimidait. Sa logique était d’une force extraordinaire et son argumentation très serrée.
Connaissant à fond le français et l'anglais, il traduisait également bien ces deux langues aujourd'hui souveraines et maitresses de toutes les autres.
Bon musicien, il connaissait très bien les principes
| de la musique. Il jouait également à merveille du
violon ou de la clarinette et pinçait agréablement de la guitare.
I] lisait facilement la musique, et était même assez bon compositeur. Sa voix, une magnifique voix de basse, que Lablache n’eût pas déduigné, était mélodieuse et puissante.
La peinture lui était également familière, et il fit, parfois, des dessins qui excitèrent l'admiration des connaisseurs et lui attirèrent des compliments aussi fatteurs que mérités
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